Il est difficile de s’habituer à la détresse des siens, et encore plus à ses propres inquiétudes. Autour de moi émerge une sorte de résignation, une sagesse imposée par le corps humain pour servir de bouclier devant un amoncellement de contrariétés.

À cette résignation s’ajoute de la lassitude, désespoir du peuple qui se fait ressentir non par un manque de combativité, mais par un rejet du moindre écho, de la moindre phrase qui émanerait des têtes de l’ancien ou du nouveau gouvernement. Un ras-le-bol des interminables discours provenant des idoles de masses, celles-là même qui ont détruit le pays et qui sont toujours présentes sans honte sur la scène politique, jonglant avec des apparitions télévisées barbantes et prometteuses de vent et de radotage à n’en plus finir. Le peuple est las, las des paroles creuses, las des promesses utopiques, las d’être considéré comme suffisamment simplet pour être bernable et berné.

En tendant l’oreille, on perçoit la volonté, surtout chez les jeunes qui ont leur avenir à construire, de trouver des solutions ou de bâtir des plans d’actions pour réagir vite. Le tempo de leurs conversations va decrescendo : un début plein de fougue – jeunesse oblige, de motivation et d’excellentes idées le tout accompagné d’encouragements sincères ; un milieu plat, affaibli, étouffé, déconcertant devant le manque d’aides offertes par le pays ; et une chute accablante, désespérante, face à la triste évidence du peu de chance de réussite et au final chacun se retrouve au même point de départ affligeant.

Quelle horreur ce sentiment de ne pas savoir comment faire ni par où commencer pour se sortir du pétrin dans lequel les voleurs du pays nous ont conduit. Pourtant, une idée transparait dans tous les discours, toutes les discussions, toutes les réflexions, tous les espoirs : la volonté que le voile se lève ENFIN sur l’identité des pilleurs et que le rapatriement des fonds volés soit réalisé !

Cela fait plus de 6 mois que nous attendons, entre autres, une officialisation du nom des coupables et des fraudeurs qui ont conduit le Liban à la ruine, à la misère et le peuple à la famine ! Pourquoi, jusqu’à présent, les noms de ces coupables que tout le monde connaît officieusement – et dont tout le monde parle ouvertement – ne sont pas révélés au grand jour ?

Eh bien, figurez-vous un jeu de quilles et représentez-vous chaque quille comme étant indésirable, parasite, coupable et condamnable. L’idée, pour gagner, serait de renverser toutes les quilles en faisant un strike, BAM ! Maintenant, mettez-vous à la place des quilles qui n’ont, quant à elles, pas envie de s’effondrer.

Chacune éviterait par tous les moyens possibles et i(ni)maginables de tomber et surtout, de laisser sa voisine tomber. Chacune protègerait les autres de peur qu’en cas de chute, l’une n’entraîne dans sa dégringolade fatale toutes les autres quilles. Pour réussir le strike qui nous ferait gagner non pas la partie mais le jeu, il faudrait faire tomber une première quille stratégique, ce qui impliquerait par conséquent un sacrifice de taille.

De quel ordre ? Je n’ose l’écrire.

Mais une fois que la première quille tombera, elle entrainera dans sa chute les autres, une par une, jusqu’à ce qu’elles soient toutes à terre, couchées, vulnérables, prêtes à être éjectées pour de bon. Voici le bowling infernal dans lequel nous sommes contraints de jouer, malgré nous, pieds-nus sur ce parquet bourré d’échardes qui nous blesse à chaque pas.

Tout être humain à l’ambition de créer le temps de sa jeunesse un âge d’or. Il ne me semble pas impossible de créer le nôtre, ou de recréer celui de nos parents, à condition de viser juste et d’envoyer bouler les concernés.

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