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Pour la énième fois, l’Etat commet un nouvel outrage à l’Histoire, à l’Identité et au Patrimoine du Liban. Profitant des précipitations, les travaux de destruction du littoral de Adloun, au nord de Tyr, ont été entamés aujourd’hui, afin de permettre la construction d’un nouveau port de plaisance. Connue pour abriter une nécropole phénicienne taillée dans les rochers, et pour avoir un littoral à forte potentialité portuaire, ayant abrité à trois endroits consécutifs des ports phéniciens naturels, Adloun vient s’ajouter à la liste des localités aux origines phéniciennes que l’Homo Libanicus du XXIe siècle s’acharne à démolir.

Cette nouvelle a été publiée par la page Facebook du collectif الـجنـوبـيـون الـخضـر Green Southern, qui explique que ces travaux entamés par le ministère des Travaux Publics sont illégaux, puisque le ministère de l’Environnement n’a pas donné son accord pour l’enclenchement des travaux. On apprend également que le président à la tête de ce collectif s’était réuni à plusieurs reprises avec le ministre de la Culture M. Raymond Arayji, qui avait dépêché à deux reprises, le 15/03/2015 et le 5/1/2016, une lettre au ministère des Travaux Publics suite aux recommandation du collectif, y faisant part de l’urgence de sauver le littoral de Adloun des éventuels travaux de démolition et du remblai de la côte, ainsi que de la nécessité de déclarer cette plage en tant que réserve éco-archéologique.

En dépit des efforts des habitants et des activistes en vue de l’arrêt des travaux anéantissant le patrimoine historique et écologique de Adloun, le chef de la municipalité semble être favorable à ce projet prétextant ses avantages pour les pêcheurs de la localité. Toujours selon le collectif الـجنـوبـيـون الـخضـر  Green Southern, le futur port est un port de plaisance renfermant neuf bassins pouvant accueillir 400 yachts. Ils expliquent également l’inutilité flagrante d’un port de pêche d’une aussi grande dimension, puisque Adloun compte uniquement quinze pêcheurs, pour la plupart d’entre eux inactifs ; mais surtout que 5km plus loin, se trouve un port de pêche de Sarafand – anéantissant de la sorte le faux prétexte en faveur de la pêche promu par le chef de la municipalité.

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Capture d’écran de la page FB de la municipalité de Adloun, postée sur la Page Facebook : الـجنـوبـيـون الـخضـر Green Southern, montrant les aspiration de la municipalité pour le prochain port.

Adloun, ce patrimoine phénicien du Ve siècle avant notre ère,  est une nouvelle fois vandalisé. Suite au pillage de ses nécropoles, dont les sarcophages ont été soit dévalisés soit déplacés par les Francs pour être aujourd’hui exposés dans la capitale française au musée du Louvre, Adloun aujourd’hui est défigurée, par de nouvelles stigmates en béton, pour des intérêts ignares et pécuniaires.

Ce 14 janvier 2015 fait écho au 26 juin 2012, où l’installation portuaire phénicienne de Beyrouth à été détruite par des promoteurs, au vu et au su de tous, dans le déni et l’indifférence générale, alors que les autorités ont toujours été aux abonnés absents, et que la plupart des associations pour le patrimoine s’activent pour des futilités et des mondanités … entretemps, le patrimoine pour lequel tous ces acteurs prétendent militer dans leurs devises et leurs discours,  s’effrite et s’efface au service des projets immobiliers.

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Page Facebook : الـجنـوبـيـون الـخضـر Green Southern

Par Marie-Josée Rizkallah 

Crédits Photos : ‎الـجنـوبـيـون الـخضـر Green Southern
Site : Greensoutherns.org

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Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l’écriture depuis l’enfance, elle est l’auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l’identité et de l’héritage culturel du Liban, elle a fondé l’association I.C.H.T.A.R. (Identité.Culture.Histoire.Traditions.Arts.Racines) pour le Patrimoine Libanais. Elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession, et donne des cours et des conférences sur l’Histoire et la Théologie de l’Icône ainsi que l’Expression artistique.
Pour plus de détails, visitez son site:
mariejoseerizkallah.com
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mjliban.wordpress.com
et la page FB d’ICHTAR :
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2 COMMENTAIRES

  1. Merci pour cet article. Je pense que nos pourris de politiciens s’efforcent à faire disparaître toute trace de la  » Civilisation Phénicienne « , notre ancienne civilisation et l’une des plus anciennes de l’Histoire. L’argent est ROI et nos pourris de politiciens courent après. Partout dans le monde, là où se trouve d’anciennes civilisations, on les sauvegarde et on les met en avant les utilisant comme atout touristique – donc économiquement bénéfique pour le pays – sauf au Liban. La civilisation Phénicienne est aussi importante que les civilisations Pharaonique, Grecque, Romaine, Byzantine, Amérindienne, Maya, Inca etc……Mais quelle est sa réputation à travers le monde? Presque inconnue. Il ne faudra pas s’étonner qu’un jour on remplace les vestiges de la 1ère cité du monde, Byblos, par un complexe sportif ou résidentiel AVEC MARINA bien sûr. Encore Merci pour ce nouveau bel article.

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