Il est temps de s’étreindre !

On m’avait dit qu’il faut de tout pour faire un monde. Mais le monde devient de plus en plus fou, et ce tout se conjugue parfois à n’importe quoi. On m’avait dit que les goûts et les couleurs ne se discutent pas, mais dernièrement l’intolérance règne et on nous impose d’aimer ce qu’on n’aime pas. À coup de fusils, de mitraillettes, et d’attentats. On m’avait dit un tas de choses pour grandir avec derrière les paupières,  l’image de Peter Pan, et les contes des frères Grimm. On m’avait dit que demain sera un nouveau jour, que tous les impossibles seraient possibles… Sur ce coup là, ils ont eu raison !

À se réveiller dans des marres de sang. Marre de ces absurdités. Marre de voir des jeunes mourir pour des causes détraquées. Des causes qui n’ont aucune cause, aucun fondement, aucune religion. Sinon celle de l’extrémisme. De l’obscurantisme. Des idéologies ratées. À se réveiller avec dans la gorge des silences. Étouffants. Avec dans la  gorge de la rage. La rage de vivre. De respirer. De rêver. Et sous la peau ce besoin viscéral de voir le monde s’arrêter un instant. Pour que tout retourne dans l’ordre. L’ordre de la vie face à la mort. De l’amour face à tous les viols de l’humanité. Ou ce qui nous en reste. À se réveiller pour découvrir l’acharnement de la brutalité. Les tueries au nom d’Allah et compagnie. Les dommages collatéraux des politiques extérieures qui veulent combattre on ne sait plus quoi. Combattre son propre financement en armes. La mitraillette qu’on a nous-mêmes fabriquée. Des jeunes qui crèvent et la justice qui n’existe pas. Il faut sauver les grands de ce  monde et leur économie. Et les petits restent. Pour ramasser les morceaux. Et attendre Becket, qui lui, ne cesse d’attendre Godot !

À se réveiller avec une liste de chose à faire. À ne pas faire. À ne plus refaire. À défaire. Commencer son année avec de bonnes résolutions. Ceux qui veulent arrêter la clope, ne plus se shooter à la caféine, ou se mettre à la gym. Ceux qui ont envie de changer de job, de voyager vers un pays exotique, et de faire l’amour sur le sable brulant des Caraïbes. Il y a ceux qui se promettent de ne plus s’engluer sur les réseaux sociaux, de reprendre des études, ou de ne plus se disputer avec leurs chers voisins. Mais devons-nous attendre une nouvelle année pour se résoudre à vivre ? Faut il du champagne pour se décider à aimer l’autre, à aller vers l’autre, à croire en l’Humain ? Sept milliards sur la planète, et le seul règne est celui de la haine. Sept milliards qui s’en branlent face à un bombardement, un café qui explose, une ville sous les décombres. Tous vautrés devant la télé, et l’indignation qui ne dure qu’un lapse de secondes. Et en quelques secondes… La violence devient notre pain quotidien. Demain est un nouveau jour. On aura oublié en attendant la prochaine !

On m’avait dit que le monde est complètement fou. Que Lénine, si Sardou lui chante encore une fois, pourrait revenir pour régler quelques affaires en suspend. Que la Terre ne cessera de tourner, que Cro-Magnon ou Neandertal, on ne cessera jamais de s’entre-tuer. Que la grotte de Lascaux est une œuvre splendide, et que les femmes étaient de grandes artistes. On m’avait dit qu’une nouvelle année apporte son lot d’espoir. Que les rêves ne s’évaporent jamais. Qu’il faut juste s’armer de patience et de courage. Que ce qui ne nous tue pas nous rendra plus fort. Et puis, s’il nous tue… Tant pis ! Parce que la Terre tournera quand même. On m’avait dit un tas de choses. Et sur cette quantité de choses, j’ai appris de belles leçons de vie. Des leçons de bravoure. Des leçons d’audace. On m’avait dit, que tout va de plus en plus mal, mais que demain est un nouveau jour. Faut-il encore,  attendre demain ?

Le temps de griller une dernière blonde. Le refus brutal de remettre ma vie pour demain… Ils ont eu tort de me dire que je ne suis pas de ce monde !

Hala Moubarak

Photo : Joan Miró ,Ceci est la couleur de mes rêves, 1925

The following two tabs change content below.

Hala Moubarak

Trentenaire aux cheveux rouges. Hier, un cri. Aujourd’hui, elle est «À cor et à cri ». Ambidextre. Architecte d’intérieur. Enseignante. Designer à ses heures perdues. Dévoreuse de livres d’histoire et de littérature. Mordue d’art. Râleuse au second degré. Vit une relation ambigüe avec Beyrouth. Se promène souvent avec l’énergie d’une étoile. Aime manger de la glace à la vanille. Grande rêveuse idéaliste. Atteinte d’une folie passagère. Fut le chat de Toulouse Lautrec dans une vie antérieure ! Si, si… je vous le jure !

Derniers articles parHala Moubarak (voir tous)