
Le ministre israélien à l’origine de la phrase « tout le Liban doit brûler » est Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale et figure de l’extrême droite israélienne. Ses propos interviennent après la mort de quatre soldats israéliens au Sud-Liban et au moment où des frappes israéliennes ont fait au moins 18 morts côté libanais.
Les menaces venues d’Israël ont pris, vendredi 19 juin, une tonalité particulièrement brutale contre le Liban, au lendemain de la mort de quatre soldats israéliens dans le Sud. Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite, a écrit que « tout le Liban doit brûler », après une attaque revendiquée par le Hezbollah contre une force israélienne près de la colline d’Ali Taher. Le même jour, des frappes israéliennes ont fait au moins 18 morts et 33 blessés au Liban, selon le ministère libanais de la Santé.
La phrase a immédiatement résonné à Beyrouth comme une menace visant un pays entier, et non seulement une organisation armée. Elle s’ajoute à une série de déclarations de responsables israéliens, dont celles du ministre de la Défense Israel Katz, qui avait déjà averti que le feu pourrait « brûler le Hezbollah et tout le Liban ». Dans un Liban épuisé par les déplacements, les destructions et l’incertitude politique, ces mots sont perçus comme le signe d’une stratégie de pression qui dépasse le champ strictement militaire.
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Une déclaration de Ben Gvir après la mort de quatre soldats
La déclaration publiée vendredi émane d’Itamar Ben Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale. Chef du parti Force juive, il appartient à l’aile la plus dure du gouvernement de Benyamin Nétanyahou. Son message, diffusé après l’annonce de la mort de quatre soldats israéliens, ne se contente pas d’appeler à une riposte contre le Hezbollah. Il évoque le Liban comme une cible globale, avec une formule destinée à marquer les esprits.
Selon la presse israélienne et des médias français, les quatre soldats ont été tués lors d’une attaque contre un char ou une unité israélienne engagée dans le secteur d’Ali Taher, au sud de Nabatiyé. Le Hezbollah a affirmé avoir mené une embuscade et détruit plusieurs chars Merkava au moyen de missiles guidés. L’armée israélienne a confirmé la mort de militaires, sans que tous les détails opérationnels soient immédiatement publics.
La réaction de Ben Gvir intervient dans un climat déjà inflammable. Depuis plusieurs semaines, Israël maintient une pression militaire accrue au Sud-Liban, malgré les annonces de cessez-le-feu et les tentatives de médiation. Les autorités israéliennes présentent leurs opérations comme des actions contre les capacités du Hezbollah. Les autorités libanaises, elles, dénoncent des frappes qui touchent des villages, des secouristes, des infrastructures et des zones où vivent encore des civils.
Au Liban, un bilan humain qui s’alourdit
Vendredi, le ministère libanais de la Santé a annoncé au moins 18 morts et 33 blessés dans des frappes israéliennes menées dans le Sud-Liban. Les bombardements ont concerné plusieurs localités de la région de Nabatiyé. Des agences de presse ont rapporté que l’intensité des frappes avait compliqué les opérations de secours et d’évacuation. Dans certaines zones, les équipes d’intervention ont dû attendre l’arrêt des bombardements pour atteindre les blessés.
Pour les habitants du Sud, cette séquence n’est pas un épisode isolé. Elle s’inscrit dans une guerre d’usure qui a vidé des villages, détruit des maisons et coupé des routes. Les familles déplacées vivent entre écoles transformées en abris, logements provisoires et retours intermittents dans des localités encore exposées. Le quotidien dépend du bruit des drones, des alertes locales et des nouvelles venues des hôpitaux.
Les autorités libanaises redoutent surtout une banalisation du ciblage de l’ensemble du territoire. Lorsque des responsables israéliens menacent « tout le Liban », le message dépasse la confrontation avec le Hezbollah. Il alimente la crainte d’une campagne plus large contre les infrastructures, les institutions et la population. Dans un pays dont l’économie reste fragilisée, cette perspective ravive le souvenir des guerres précédentes et des longues reconstructions inachevées.
Menaces contre le Liban : un vocabulaire de punition
La formule de Ben Gvir s’inscrit dans une rhétorique déjà installée au sein de l’exécutif israélien. Fin avril, le ministre de la Défense Israel Katz avait menacé le Liban d’un feu susceptible d’embraser ses cèdres. Il avait lié le Hezbollah, son secrétaire général Naïm Kassem et le gouvernement libanais dans une même mise en garde. Pour Beyrouth, cette assimilation pose un problème central : elle efface la distinction entre un parti armé, l’État et les civils.
Le vocabulaire employé n’est pas anodin. Parler d’un pays qui doit brûler revient à faire de l’espace national une cible symbolique. Au Liban, le cèdre représente l’identité collective. Il figure sur le drapeau. Il incarne une permanence fragile au milieu des crises. Le menacer, même par une formule politique, touche un registre profond de la mémoire nationale.
Dans les chancelleries, ces propos risquent aussi de compliquer les efforts de désescalade. Une médiation suppose une possibilité de compromis, ou au moins une retenue dans les objectifs affichés. Or l’idée d’un Liban entièrement exposé à la riposte israélienne affaiblit les acteurs libanais qui plaident pour une solution diplomatique. Elle donne au Hezbollah un argument politique puissant : celui d’un pays menacé dans son ensemble par Israël.
L’État libanais pris dans une équation intenable
Le Liban se trouve confronté à une contradiction ancienne, mais aujourd’hui plus dangereuse. D’un côté, une partie de la communauté internationale exige que l’État exerce seul le monopole des armes et de la décision de guerre. De l’autre, Israël mène des opérations sur le territoire libanais et affirme conserver sa liberté d’action militaire tant que le Hezbollah reste armé.
Cette équation place Beyrouth dans une position presque impossible. L’armée libanaise ne dispose pas des moyens militaires, financiers et politiques nécessaires pour imposer rapidement un nouvel équilibre interne. Le gouvernement reste affaibli par des années de crise économique, de paralysie institutionnelle et de défiance populaire. Dans le même temps, la poursuite des frappes israéliennes affaiblit encore davantage les institutions censées incarner la souveraineté.
Le débat sur les armes du Hezbollah existe au Liban. Il divise fortement la classe politique et la société. Mais les menaces israéliennes contre tout le pays déplacent ce débat. Elles permettent au parti chiite de présenter ses armes comme une réponse à une menace extérieure, au moment où ses adversaires internes voudraient discuter de leur intégration ou de leur retrait dans un cadre national. Chaque menace de destruction générale réduit donc l’espace du débat libanais.
Une confusion entre Hezbollah, État et population
Le point de vue libanais se concentre sur cette confusion. Israël affirme viser le Hezbollah, ses combattants et ses infrastructures. Mais les frappes touchent aussi des lieux de vie, des voies de circulation, des terres agricoles et parfois des structures de secours. Des centres de défense civile et des personnels médicaux ont déjà été touchés depuis l’extension du conflit. Pour les habitants, la distinction affichée par Israël devient difficile à percevoir lorsque la guerre atteint leur maison ou leur quartier.
Cette confusion a des conséquences politiques. Elle affaiblit ceux qui, au Liban, cherchent à distinguer la souveraineté nationale des choix militaires du Hezbollah. Elle nourrit aussi un sentiment d’injustice dans les zones bombardées, où les civils se sentent punis pour des décisions qu’ils ne contrôlent pas. Même dans les milieux critiques du Hezbollah, la menace contre « tout le Liban » est reçue comme une attaque contre la population.
La question du droit international humanitaire se pose alors avec force. Les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution obligent les parties à éviter de traiter un territoire civil comme une extension automatique d’un objectif militaire. Un ministre peut dire qu’il parle sous le coup de l’émotion ou de la colère. Mais lorsqu’il appartient au gouvernement, ses mots ont un effet. Ils peuvent être compris comme une autorisation politique de frapper plus large.
Les secouristes et les déplacés au premier rang
Dans le Sud-Liban, les premières victimes de cette escalade ne sont pas les responsables politiques. Ce sont les habitants, les secouristes et les familles déplacées. À Nabatiyé, des équipes de défense civile ont déjà travaillé dans des conditions extrêmement dangereuses. Des locaux ont été endommagés ou détruits. Des secouristes ont été tués ou blessés depuis le début de la nouvelle phase du conflit.
Les déplacés forment une autre ligne de fracture. Beaucoup ont quitté les villages frontaliers depuis des mois. Certains reviennent brièvement pour récupérer des papiers, nourrir des animaux, vérifier l’état d’une maison ou constater les dégâts. D’autres n’ont plus de logement. Dans les villes d’accueil, les écoles, les proches et les associations locales absorbent une crise sociale qui s’ajoute à la crise économique.
La menace de voir le Liban « brûler » agit alors comme une violence supplémentaire. Elle installe l’idée que le retour n’est pas seulement risqué, mais que le pays tout entier pourrait être entraîné dans une nouvelle vague de destruction. Pour une population déjà marquée par l’explosion du port de Beyrouth, l’effondrement bancaire et les précédentes guerres, ce vocabulaire n’est pas une simple provocation de campagne.
Une frontière entre cessez-le-feu et guerre ouverte
La journée de vendredi montre aussi l’ambiguïté du cadre militaire actuel. Les médiateurs évoquent des cessez-le-feu, des arrangements de sécurité et des mécanismes de retrait. Sur le terrain, les frappes et les embuscades continuent. Israël affirme répondre aux violations du Hezbollah. Le Hezbollah dit riposter à l’occupation, aux frappes et au maintien de forces israéliennes au Liban.
Cette situation crée une zone grise dangereuse. Le Liban n’est ni totalement en paix ni formellement engagé dans une guerre classique déclarée entre États. La population subit pourtant les effets d’un conflit intense. Les routes se ferment, les secours s’organisent sous menace, les écoles interrompent leurs activités et les hôpitaux reçoivent les blessés. La diplomatie, elle, court derrière le terrain.
Les États-Unis et plusieurs acteurs internationaux cherchent à préserver un cadre de désescalade. Mais la persistance de troupes israéliennes dans certaines zones du Sud et les attaques du Hezbollah contre ces positions rendent tout accord fragile. Les déclarations de responsables israéliens comme Ben Gvir ou Katz ajoutent une pression politique à la pression militaire. Elles suggèrent que la riposte pourrait s’étendre si les pertes israéliennes augmentent.
Le poids politique de l’extrême droite israélienne
Itamar Ben Gvir n’est pas ministre de la Défense. Il ne dirige pas l’armée. Mais il occupe un poste important dans le gouvernement israélien et son influence politique dépasse son portefeuille. Son parti est essentiel à la coalition de Benyamin Nétanyahou. Ses déclarations reflètent la pression exercée par l’extrême droite israélienne pour durcir la guerre sur plusieurs fronts.
Du point de vue libanais, cette donnée compte. Elle signifie que les menaces contre le Liban ne viennent pas seulement de responsables militaires ou de porte-parole sous tension. Elles émanent aussi d’une composante politique qui plaide régulièrement pour des réponses radicales. Cette radicalité pèse sur les marges de manœuvre de Nétanyahou, surtout lorsqu’une attaque du Hezbollah provoque des morts dans les rangs israéliens.
La phrase de Ben Gvir peut donc être lue comme une déclaration politique intérieure, destinée à un électorat israélien traumatisé par les pertes militaires et favorable à une riposte dure. Mais elle produit un effet régional. Au Liban, elle transforme un message de politique intérieure israélienne en menace directe contre des civils, des villes et des institutions.
Beyrouth cherche une réponse diplomatique
Face à ces propos, la réponse libanaise la plus attendue reste diplomatique. Le Liban peut demander aux Nations unies, aux capitales occidentales et aux États arabes de condamner les menaces visant l’ensemble de sa population. Il peut aussi documenter les frappes, les destructions et les atteintes aux secouristes, afin de soutenir d’éventuelles démarches internationales.
Cette voie reste difficile. Le Liban souffre d’une perte de crédibilité institutionnelle. Ses dirigeants sont souvent accusés, à l’intérieur même du pays, de ne pas avoir su protéger l’État ni réformer les institutions. Mais sur la question des menaces contre les civils, Beyrouth dispose d’un argument clair : aucune faiblesse interne ne justifie qu’un ministre étranger appelle à faire brûler un pays entier.
Le gouvernement libanais doit aussi éviter de laisser le Hezbollah monopoliser la réponse politique. S’il se contente de dénoncer Israël sans ouvrir le débat sur la souveraineté de la décision militaire, il laisse intacte l’une des causes profondes de la vulnérabilité nationale. S’il ne dénonce pas fermement les menaces israéliennes, il donne l’impression d’abandonner la population du Sud. La ligne est étroite, mais elle existe.
Un pays menacé au-delà de ses divisions
Le Liban reste profondément divisé sur le Hezbollah. Certains le voient comme une force de résistance face à Israël. D’autres le considèrent comme un État dans l’État, qui expose le pays à des guerres décidées hors du cadre national. Entre ces deux lectures, une fatigue commune s’est installée. Les Libanais veulent éviter une destruction supplémentaire, reconstruire les régions touchées et retrouver un minimum de stabilité.
La menace de Ben Gvir ne supprime pas ces divisions. Elle les traverse. Elle rappelle que, lorsqu’un responsable israélien vise « tout le Liban », les distinctions internes deviennent moins audibles à l’extérieur. Les quartiers qui n’ont pas choisi la guerre peuvent être frappés. Les familles qui critiquent le Hezbollah peuvent être déplacées. Les services publics déjà affaiblis peuvent encore se dégrader.
C’est ce point qui domine aujourd’hui la lecture libanaise de la séquence. Le pays ne peut pas être réduit au Hezbollah. Il ne peut pas non plus nier que le Hezbollah pèse sur sa souveraineté. Mais entre ces deux constats, une règle demeure : les civils ne doivent pas devenir les otages d’un langage de feu. Vendredi soir, les secours poursuivaient leurs opérations dans le Sud, tandis que les familles des victimes attendaient l’identification des corps et que les médiateurs tentaient encore d’empêcher une extension de la guerre.


