Nous avons été témoins hier d’une scène perturbante, qui a secoué en nous toutes les craintes et les horreurs possibles et impossibles. L’escalade de la violence dans la rue est effroyable au sein des manifestations qui se veulent pacifiques depuis leur genèse, parce que les revendications s’unissent autour d’une lutte contre une classe politique corrompue qui a tué en nous tout espoir, et tout désir de vie dans ce pays.

Un incident particulier

L’assassinat de Aala’ Abou Fakher devant sa femme et son fils est un incident qui tout simplement n’aurait pas dû se produire. Briser le cœur d’un enfant, d’un être encore proche du domaine angélique, n’est pas un acte insignifiant.

Ce que l’on a vécu aujourd’hui est loin d’être quelque chose de banal, qui puisse arriver n’importe quand, n’importe où. Ce qui s’est déroulé possède un effet si j’ose dire universel, une portée cosmique. Non je ne divague pas. Ce n’est pas seulement un homme qui est tombé, un homme de plus qui gonfle les chiffres des statistiques de mortalité quotidienne.

Méfiez-vous d’un enfant qui a mal

Cette mort d’homme a bouleversé quelque chose dans l’équilibre de l’énergie universelle : un gamin, un cœur d’enfant angélique, a vu de ses propres yeux, son idéal, son cœur d’attache, sa force, son bouclier. Un traumatisme que la raison ignore, une scène qui ne devrait jamais arriver, mais qui a lieu depuis la nuit des temps parce que l’homme se livre nettement plus facilement aux forces du mal qu’à celles du bien.

Sa blessure, son traumatisme, sa tragédie, son cri qui a déchiré notre atmosphère lugubre et qui est monté vers les cieux, sont un couteau que l’injustice a planté dans le cœur de chacun. Dans le palpitant de chaque citoyen qui a mal, qui a eu la bénédiction de vivre un éveil lui permettant de jeter son attachement partisan et confessionnel. Une ambiance lourde a plané aujourd’hui dans l’âme et l’esprit de chacun. Une ambiance qui traduit ce qui remue et marquera le cœur de cet enfant, ses nuits d’insomnie et sa blessure visuelle et émotionnelle qu’il portera à vie. Cette ambiance nous a brisé le cœur et les épaules, sciemment on inconsciemment.

Un cri qui unit les Libanais

Aujourd’hui, le miracle perdure. En dépit des mains calomnieuses et meurtrières, en dépit des volontés de nous projeter de nouveau au seuil des conflagrations utérines de 1975. Mais mon peuple aujourd’hui fait preuve qu’il n’est pas disposé à s’embarquer dans le bus de Ain el Remmané encore une fois, malgré tous les esprits fermés soumis aux armes, aux forces du mal, à leurs gourous diaboliques et corrompus qui les lâchent tels des zombies pour nous bousculer vers ce bus afin de nous ôter notre désir ardent de dignité, d’unité et de patriotisme.

Hier soir, les cloches des églises ont retenti en signe de deuil partout, déplorant ce druze tombé pour avoir ôté son allégeance à son parti pour rejoindre le peuple qui revendique ses droits les plus basiques, fait que témoignent ses posts sur les réseaux sociaux depuis le début de la révolution, le cri de sa femme et de sa mère, et les témoignages de ses amis sur place ; malgré les basses et vaines tentatives de récupérations du parti qui veut monter dans le train de la révolution.

Depuis hier, des bougies s’allument et éclairent la nuit de notre triste situation en hommage à Alaa Abou Fakher. Saida, Khaldé, Aley, Aarsal, Zouk, Jbeil, Tripoli, Koura, Achrafieh, Ring, Chevrolet, Hasbaya, Taalabaya, Marjeyoun, Wadi Khaled, Choueifat, Baakline, Rachaya, Tyr, et la liste est longue… Le plus poignant, ce sont les enfants de Kfar Rouman recueilli devant un parterre de bougie en solidarité avec les enfants de Alaa. Le plus émouvant c’est l’artiste qui a immortalisé le portrait de Alaa à Tripoli qui continue de nous impressionner, et les témoignages saisissant des jeunes en pleurs face à cet incident.

Envers et contre tout !

Plus que jamais, les volontés meurtrières s’évertuent à nous briser le dos. Plus que jamais le spectre de la guerre guette avec sa faucille infernale. Le bruit des marmites vaincra la cacophonie des tambours. Les cœurs qui s’affranchissent de leurs chaînes démoniaques vaincront les bottes des va-t-en-guerre. Oui je crois aux miracles. Je crois à la Providence qui nous tend sa main depuis des lustres et qui n’attend qu’une chaîne humaine de solidarité pour que le miracle se fasse.

Petit enfant, ton cri ne sera pas facile à calmer, tes larmes ne sècheront pas de si vite, tes cauchemars ne se résorberont pas prochainement. Même si demain, ton père aura des funérailles nationales dignes d’un héros national, mais personne ne remplacera la présence de ton papa, aucun homme au monde ne pourra combler ce vide. Mais Dieu te réservera le soulagement que tu mérites, parce que ce miracle qui nous unit pour la première fois, où les prières des Chrétiens, des Musulmans et des Druzes s’élèvent à l’intention de ton père, te permettront d’avoir le front haut toute ta vie. L’insurrection et l’union des Libanais contre le système pourri, du Nord au Sud en passant par la Beqaa, ne sera que plus forte, envers et contre tout !

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, veuillez nous en informer en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée . Il ne s’agit pas d’un espace pour les commentaires.

Un commentaire?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.