samedi, janvier 24, 2026

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“Entrée vers le FMI”: pourquoi la loi est vendue comme condition et comment les banques manipulent l’opinion publique

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Le FMI comme argument de vente, pas comme juge de justice

Le mot “FMI” est devenu un produit marketing. On le brandit comme une étiquette de sérieux. On répète que la loi est “nécessaire” pour avancer. On suggère même que refuser le texte revient à condamner le pays. Cette rhétorique est utile aux banques. Elle transforme un débat de justice en débat de procédure. Elle déplace la colère. Elle fait croire que le problème est le rythme, pas le contenu.

Dans ce récit, la loi serait une clé. Elle ouvrirait une porte. Puis l’argent arriverait. C’est une fable pratique. Le FMI ne finance pas un pays parce qu’il a voté un texte. Il finance quand il croit au plan global. Il regarde les chiffres. Il regarde la cohérence. Il regarde surtout qui paie. Or c’est précisément ce point que les banques veulent garder flou.

Ce glissement est crucial. On ne discute plus de la hiérarchie des pertes. On discute d’un symbole. On ne demande plus si la loi protège réellement les déposants. On demande si la loi “passe”. On ne vérifie plus si les actionnaires absorbent. On se contente d’une promesse de réforme. C’est le terrain préféré d’un cartel. La promesse coûte peu. La contrainte coûte cher.

La stratégie bancaire est simple. Faire du FMI un épouvantail. Sans la loi, pas de FMI. Sans FMI, pas d’aide. Sans aide, effondrement. Avec cette chaîne, tout devient urgent. Et dans l’urgence, on accepte des formulations floues. On accepte des délais. On accepte des exceptions. La peur devient un outil de rédaction.

Cette logique écrase un fait central. Le pays a déjà vécu l’effondrement. Il le vit encore. Les déposants ont déjà payé. Ils ont payé par des restrictions arbitraires. Ils ont payé par la dévaluation. Ils ont payé par l’inflation. Ils ont payé en perdant l’accès à leur argent. Vendre une loi comme “condition FMI” sans parler de ce paiement est une manipulation morale.

Le FMI n’est pas le problème. Le problème est l’usage politique du FMI. Quand le nom sert à faire avaler une loi favorable aux banques, il ne s’agit plus de réformes. Il s’agit d’une opération de communication. Et une opération de communication ne rend pas les dépôts. Elle rend seulement l’injustice plus propre.

La conditionnalité, version bancaire: obtenir la loi, puis vider la loi

Les banques soutiennent la “conditionnalité” tant qu’elle cible l’État. Elles aiment entendre “discipline budgétaire”. Elles aiment entendre “réformes structurelles”. Elles aiment entendre “modernisation”. Ce vocabulaire pointe l’administration. Il pointe la politique. Il pointe le secteur public. Il détourne l’attention du secteur bancaire lui-même.

Mais dès que la conditionnalité touche leur capital, le ton change. On parle alors de “stabilité”. On parle de “préserver la confiance”. On parle de “ne pas casser le système”. Cette bascule révèle tout. Les banques ne sont pas opposées aux conditions. Elles sont opposées aux conditions qui les obligent à payer.

On le voit dans la manière dont elles souhaitent construire une sortie. Elles veulent que l’État porte l’essentiel de la charge. Elles veulent que la Banque du Liban absorbe le choc. Elles veulent que les déposants acceptent des instruments longs, des titres, des étalements. Ensuite, elles veulent que le pays se tourne vers le FMI pour “stabiliser”. Autrement dit, elles veulent un plan où la société paie d’abord, et où l’aide internationale vient ensuite restaurer une façade.

Le mécanisme est cynique. Il repose sur l’épuisement. Plus le temps passe, plus les déposants sont fatigués. Plus ils acceptent des solutions humiliantes. Plus ils renoncent à la justice. Le cartel bancaire a déjà utilisé cette arme. Il la maîtrise. Il sait que chaque mois sans rupture réduit la capacité de résistance.

La loi vendue comme “entrée vers le FMI” sert donc deux objectifs. D’abord, elle donne au gouvernement un trophée. Ensuite, elle donne aux banques un bouclier. Elles pourront dire qu’elles appliquent la loi. Elles pourront dire que le FMI l’exige. Elles pourront dire que le pays n’a pas le choix. Cette triple couverture permet de prolonger une réalité déjà installée: une confiscation lente, sous forme de règles techniques.

Cette stratégie suppose un point clé. Rendre le texte amendable. Le gouvernement vote une version. Puis le Parlement réécrit. Les banques n’ont pas besoin de bloquer. Elles ont besoin de diluer. Elles n’ont pas besoin d’échouer. Elles ont besoin de survivre. Dans ce jeu, le FMI est une étiquette collée sur une bouteille. Le contenu, lui, peut rester le même.

La faille financière: des chiffres connus, mais une responsabilité encore négociée

Les ordres de grandeur circulent depuis longtemps. La distribution des dépôts aussi. Une large majorité de comptes se situe sous 100.000 dollars. Pourtant, cette majorité ne représente qu’une fraction de la masse totale. À l’inverse, une minorité de comptes concentre l’essentiel des montants. Ce simple fait explique la violence des débats.

Prenons des ordres de grandeur discutés dans les institutions en 2025. Environ 782.000 comptes seraient sous 100.000 dollars, pour environ 14,8 milliards de dollars. Au-dessus de 100.000 dollars, environ 145.000 comptes totaliseraient autour de 67,4 milliards. Ces chiffres ne sont pas des détails. Ils déterminent la mécanique du remboursement. Ils déterminent aussi la taille du transfert possible, selon la loi.

Si l’on promet de rendre les dépôts sous 100.000 dollars en quatre ans, la contrainte est immédiate. Il faut environ 3,7 milliards par an. Cela représente un peu plus de 300 millions par mois. Une promesse de ce type ne tient que si la loi écrit des sources fermes. Elle doit dire qui paie. Elle doit dire comment. Elle doit dire ce qui se passe si l’un des acteurs n’exécute pas.

Or les banques veulent une promesse sans verrou. Elles veulent un horizon, pas une obligation. Elles savent que l’horizon apaise la majorité en nombre. Elles savent aussi que le mécanisme réel se jouera sur la tranche supérieure. C’est là que la valeur est concentrée. C’est là que la solvabilité des banques se joue. C’est là que les actionnaires risquent de perdre.

Sur cette tranche supérieure, la tentation bancaire est claire. Transformer un dépôt en papier. Un certificat. Un instrument long. Un remboursement étalé. La personne ne perd pas “sur le papier”. Elle perd sur la valeur réelle. Si le titre se négocie à 70%, la perte est massive. S’il se négocie à 50%, elle devient destructrice. Et ce type de décote peut se produire sans le mot “haircut”.

Le plus choquant n’est pas l’existence d’une perte. La perte existe déjà. Le scandale est la bataille pour choisir qui l’assume. Les banques veulent discuter la responsabilité comme si elle était une variable d’ajustement. Elles veulent que la contribution du capital bancaire soit modulable. Elles veulent que l’État soit appelé au secours. Elles veulent que les déposants servent de coussin. Et elles veulent que tout cela soit présenté comme une condition du FMI, donc comme une nécessité technique.

Le storytelling de la stabilité: quand protéger les banques devient “sauver le pays”

Le cartel bancaire vend toujours la même histoire. Si vous touchez aux banques, vous détruisez l’économie. Si vous imposez des pertes aux actionnaires, vous détruisez la confiance. Si vous forcez une recapitalisation, vous cassez le crédit. Cette histoire mélange des vérités et des mensonges.

La vérité est simple. Le pays a besoin de banques qui fonctionnent. Il a besoin de crédit. Il a besoin de paiement normal. Il a besoin de transferts possibles. La fausse conclusion est tout aussi simple. Pour obtenir cela, il faudrait préserver les propriétaires actuels et éviter la douleur.

En réalité, c’est l’inverse. Une banque peut continuer d’exister sans ses actionnaires actuels. Elle peut être recapitalisée par de nouveaux fonds. Elle peut changer de contrôle. Elle peut fusionner. Elle peut aussi être liquidée de manière ordonnée, si elle est morte. Protéger une licence bancaire n’est pas protéger l’économie. C’est parfois protéger une faillite et prolonger le blocage.

Le discours de stabilité sert donc à éviter le moment de vérité. Ce moment est celui où l’on admet que certaines banques sont insolvables. Qu’elles ne peuvent pas rembourser. Qu’elles ont vécu sur un modèle de rendements artificiels. Qu’elles ont prêté massivement à l’État et à la Banque du Liban. Qu’elles ont engrangé des profits tant que le système tenait. Et qu’elles doivent maintenant absorber une part centrale des pertes.

Les banques craignent surtout deux choses. D’abord, la transparence. Une revue de qualité d’actifs révèle les trous. Ensuite, la hiérarchie des pertes. Si elle commence par les actionnaires, elle détruit l’idée que le capital bancaire est intouchable.

Elles préfèrent donc une stabilité de façade. Elle consiste à maintenir des banques zombies. Elles restent ouvertes. Elles imposent des restrictions. Elles paient au compte-gouttes. Elles empêchent le crédit normal. Elles obligent l’économie à fonctionner en cash. Cette “stabilité” est une illusion. Elle est un régime d’asphyxie.

Le plus ironique est que ce régime est déjà là. Le pays a déjà perdu la confiance bancaire. Les gens ont déjà fui le système. Les entreprises ont déjà cherché des circuits parallèles. Parler de “préserver la confiance” pour préserver les banques revient à protéger une confiance qui n’existe plus. C’est un discours pour gagner du temps, pas pour reconstruire.

Les mécanismes qui transfèrent la perte: pourcentages, délais, et papiers à valeur incertaine

La bataille parlementaire se jouera sur des paramètres. Un pourcentage de contribution bancaire. Une durée d’étalement. Une définition d’éligibilité. Une date de référence. Ces paramètres peuvent déplacer des milliards, sans que le citoyen le voie.

Prenons un exemple sur la tranche supérieure, autour de 67,4 milliards. Si la loi impose une contribution bancaire de 20% sur un mécanisme de remboursement, cela représente environ 13,5 milliards. Si ce 20% devient 10% par amendement, la contribution tombe à environ 6,7 milliards. L’écart est d’environ 6,7 milliards. Ce n’est pas un détail. C’est une redistribution massive du coût. Et ce coût ira ailleurs, vers les déposants ou vers l’État.

Les banques aiment l’étalement pour une autre raison. Un montant énorme devient un flux annuel “supportable” sur le papier. 13,5 milliards sur dix ans, c’est environ 1,35 milliard par an. Sur quinze ans, c’est environ 900 millions. Sur vingt ans, environ 675 millions. Présenté ainsi, tout paraît gérable. Pourtant, cela ne dit rien de la solvabilité immédiate. Une banque insolvable aujourd’hui reste insolvable, même si l’on étale une obligation.

L’étalement devient alors un piège. Il permet aux banques de rester en vie sans recapitalisation. Il permet de prolonger les restrictions. Il transforme une dette envers les déposants en calendrier politique. Et un calendrier politique, au Liban, devient souvent un calendrier sans fin.

Le papier est l’autre piège. Un instrument long peut être présenté comme un remboursement. Pourtant, sa valeur dépend de la liquidité, de la confiance et des garanties. Si les titres se négocient en dessous de leur valeur nominale, la perte devient réelle. Elle peut même être plus lourde que la perte actuelle, car elle devient officiellement acceptée.

Il existe aussi un piège moral. Les banques cherchent à faire accepter ces instruments comme un compromis “raisonnable”. Elles invitent les déposants à devenir des “partenaires” de la sortie. En réalité, elles cherchent à faire des déposants des actionnaires forcés du risque bancaire. C’est une inversion. Le déposant a confié son argent pour le garder disponible. Il n’a pas investi dans un capital à risque. Le transformer en investisseur après coup est une fraude conceptuelle.

L’État et la Banque du Liban comme boucliers commodes: la déviation organisée

Les banques adorent un coupable unique. Elles le trouvent dans l’État. Elles le trouvent aussi dans la Banque du Liban. Elles répètent que l’État a dépensé. Elles répètent que la Banque du Liban a mal géré. Tout cela peut être vrai. Cela ne lave pas les banques.

Une banque n’est pas un témoin. Elle est un acteur. Elle a collecté des dépôts. Elle a vendu des produits. Elle a promis l’accès. Elle a prêté. Elle a accepté des rendements. Elle a donc assumé un risque. Ce risque devait être payé par son capital en cas d’échec. Or le système libanais a tenté l’inverse. Il a protégé le capital bancaire. Il a sacrifié le déposant.

La Banque du Liban, sous la direction de Karim Souaid, est aujourd’hui au centre d’une autre bataille. Certains veulent que l’institution absorbe la charge, via ses actifs et ses revenus futurs. Cela revient à nationaliser les pertes sans nationaliser le contrôle. C’est le pire des mondes. Le public paie, mais le privé reste propriétaire.

Le débat sur des actifs souverains renforce cette dérive. Dès qu’on parle d’utiliser des actifs de l’État pour boucher la faille, on prépare un transfert de richesse. On transforme une faillite bancaire en dette collective. On fait payer le citoyen qui n’a jamais profité des rendements artificiels. On protège en revanche ceux qui ont profité, ou qui ont verrouillé les sorties.

Le FMI, dans ce décor, sert de caution. On dit que le FMI “demande” des actifs. On dit que le FMI “exige” un plan. On transforme une décision politique en fatalité extérieure. Or un plan peut exister sans sacraliser le cartel bancaire. Un plan peut exister en forçant la recapitalisation. Un plan peut exister en changeant des actionnaires. Un plan peut exister en liquidant les banques mortes.

La question est donc simple. Est-ce que l’État sert à sauver les citoyens ou à sauver des bilans privés. La loi vendue comme “entrée vers le FMI” est souvent écrite pour sauver des bilans, puis demander au FMI de stabiliser la société. C’est une inversion totale des priorités.

Le Parlement, la fatigue sociale, et la sortie de secours des banques

La Chambre est le lieu où la réforme peut être sauvée ou enterrée. Les banques le savent. Elles misent sur la technique. Elles misent sur le temps. Elles misent sur la fatigue. Elles savent aussi que la colère des déposants n’est pas un lobby structuré. Elle est immense, mais dispersée. Elle est souvent épuisée.

Un texte peut donc être vidé sans bruit. Une obligation devient une intention. Une sanction devient une procédure longue. Un audit devient une “revue” sans calendrier. Une recapitalisation devient un plan sur plusieurs années. Une protection des déposants devient une promesse conditionnée. Puis la loi passe. Elle est vendue comme une victoire. Et la vie au guichet continue.

Le plus grave est que cette méthode peut être présentée comme “responsable”. On dira que les députés ont évité un choc. On dira qu’ils ont protégé la stabilité. On dira qu’ils ont rendu la réforme possible. En réalité, ils auront protégé les banques contre leur propre faillite.

Nabih Berri, en tant que pivot parlementaire, peut ralentir pour empêcher une loi écrite par les banques. Il peut aussi ralentir pour négocier un compromis qui laisse les banques intactes. La différence se verra dans des détails. Qui paie en premier. Quel pourcentage est obligatoire. Quels délais sont fermes. Quelles sanctions sont automatiques. Quelle transparence est imposée.

L’angle critique est là. Les banques ne veulent pas d’un État fort. Elles veulent d’un État payeur. Elles ne veulent pas d’une loi contraignante. Elles veulent d’une loi qui leur donne un alibi. Elles ne veulent pas d’une entrée vers le FMI qui commence par une vérité comptable et une purge du secteur. Elles veulent une entrée vers le FMI qui commence par une protection de leurs structures, puis une facture socialisée.

La question n’est donc pas “faut-il le FMI”. La question est “que vend-on au FMI”. Si l’on vend une réforme qui protège les banques et légalise la perte des déposants, on ne vend pas une sortie de crise. On vend une continuité. Et cette continuité est exactement ce qui a détruit le pays depuis le début.

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