Les autorités judiciaires françaises, allemandes et luxembourgeoises ont indiqué avoir gelé l’équivalent de 120 millions d’euros issues d’une filière de blanchiment d’argent en provenance du Liban, sans donner plus de détails.

“Cinq biens en Allemagne et en France ont été saisis ainsi que plusieurs comptes bancaires”, indique la dépêche sans donner plus de détails.

Selon les informations actuelles, les personnes impliquées au nombre de 5 seraient soupçonnées d’avoir détourné plus de 330 millions de dollars et 5 millions d’euro entre 2002 et 2021.

Parmi les biens saisis, 3 propriétés sont situées en Allemagne dont une à Hambourg et 2 à Munich, tout comme des parts d’une société immobilière basée à Düsseldorf, pour un montant total de 28 millions d’euros. D’autres actifs pour un montant de 7 millions d’Euros ont également été saisis.

À Paris, les autorités ont saisi deux ensembles immobiliers à Paris d’une valeur combinée de 16 millions d’euros, ainsi que plusieurs comptes bancaires en France pour une somme estimée de 2,2 millions d’euros et à Monaco pour une somme de 46 millions d’euros, et un immeuble à Bruxelles d’une valeur de 7 millions d’euros.

Au Luxembourg, 11 millions d’euros présents sur plusieurs comptes ont été saisis.

Le communiqué précise cependant que les suspects de l’enquête principale sont présumés innocents jusqu’à ce que leur culpabilité ait été prouvée, conformément à la loi.

Et les yeux se tournent vers le patrimoine de Riad Salamé…

Cette information intervient alors que les yeux se tournent vers le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé, le profil de ces investissements, ainsi que la période durant laquelle auraient eu lieu les faits qui leurs sont reprochés, semblant correspondre à ceux qu’il possèderait dans ces pays. Outre lui, son frère Raja, actuellement en prison après avoir avoué les faits qui lui sont reprochés il y a 2 semaines, est également accusé.

Ainsi, en novembre dernier, la justice française, suisse auxquelles s’est jointe la justice luxembougeoise mais également libanaise soupçonnait que ces biens qui ont été perquisitionnés – dont un appartement situé avenue des Champs Elysée et loué par la BdL, appartenant à Anna Kozakova, qui autre que la mère de la fille depuis reconnue par Riad Salamé – avaient été achetés via 300 millions de dollars détournés de la Banque du Liban au profit d’une société appartenant aux frères Salamé.

En Suisse, des commissions à hauteur de 247 millions de dollars auraient été ainsi versées le 6 avril 2002 en retour sur le compte personnel de Raja Salamé. 207 millions auraient été ensuite versés aux bénéficiaires de comptes dans les banques Bankmed, la Banque Misr Liban, le Crédit Libanais, la Banque Audi et la Banque Saradar au titre de “dépenses personnelles”. Le gouverneur de la BdL lui-même aurait reçu plus de 7 millions de dollars en provenance du compte HSBC de Forry Associates. Le 5 avril 2012, Riad Salamé aurait demandé à la banque zurichoise de transférer des obligations du trésor libanais à hauteur de 153 millions de dollars à la Banque Audi Suisse à Beyrouth “avec une signature personnelle”, entrainant les autorités suisses à surveiller les mouvements de ces comptes, confirmant selon les enquêteurs leurs soupçons concernant des détournements de fonds. 

Depuis selon les termes du contrat qui ont été rendus publics par une source anonyme, on apprenait que Forry Estate percevait ainsi une commission des 3/8ème des 1% commissions sur l’achat des certificats de dépôts de l’état via la Banque du Liban par les banques privées entre 2004 et 2014. Ces montants qui atteignaient ainsi ensuite plusieurs millions de dollars étaient reversés et redistribués, selon les aveux même de Riad Salamé, en connaissance de la commission centrale de la Banque du Liban. 

Quant au gouverneur de la BdL, qui est aussi convoqué par le juge Nicolas Mansour en charge du pendant libanais de l’enquête, il se défend de tout détournement de fonds, indiquant avoir mandaté le cabinet BDO Semaan, Gholam & Co, un cabinet fortement décrédilisé au Liban puisqu’il a certifié des comptes de la BdL sur les dires du gouverneur de la Banque du Liban ou encore des comptes de banques privées alors qu’elles sont en quasi-faillite aujourd’hui. 

S’il est aujourd’hui inculpé au Liban pour détournement de fonds, le gouverneur de la Banque du Liban semble toujours jouir du soutien du premier ministre Najib Mikati et d’une partie de la classe politique ainsi que des institutions financières dont beaucoup sont considérées comme étant corrompues au prétexte “qu’on ne change pas un général en pleine bataille”. La révélation de ces affaires intervient en effet alors que le Liban tente de négocier avec le Fonds Monétaire International et d’obtenir le déblocage d’une aide économique pour faire face à la crise financière qu’il traverse.

Cependant, les observateurs estiment qu’il est désormais difficile pour le FMI de négocier face à un homme soupçonné de détournements de fonds publics en dépit du soutien de Najib Mikati ou encore d’une grande partie de l’établissement financier qui a été longtemps en lien avec lui et dont une partie des dirigeants est aussi soupçonnée de fraude financière suite aux opérations qu’il a mis en place.

Pour rappel, dans le cadre de cette même affaire, 6 banques et leurs dirigeants dont Salim Sfeir lui-même, président de la Bank of Beirut et de l’Association des Banques du Liban, font l’objet d’une enquête au Liban et d’un gel de leurs avoirs. Des demandes d’information à leur sujet ont été repoussés par le procureur de la république, le juge Ghassan Oweidat, proche comme eux de Riad Salamé et accusé par ses homologues étrangers d’entrave à la justice.

Ainsi, le premier ministre a invité le gouverneur de la BdL à venir devant le conseil des ministres ce mercredi, une invitation qui a soulevé toutefois l’opposition du Président de la République, le général Michel Aoun, qui réclame la démission de Riad Salamé.

Côté communauté internationale, si on estimait Riad Salamé comme irremplaçable à la tête de la BdL durant de nombreuses années, cela n’est plus le cas aujourd’hui.

L’ambassadrice des Etats-Unis au Liban Dorothy Shea aurait ainsi informé Riad Salamé qu’il ne pouvait plus poursuivre la relation avec lui comme avant, et qu’ils ne voient pas d’inconvénient à apporter des ajustements à la gouvernance de la Banque du Liban. Côté français Samir Assaf – précédemment pressenti comme prochain gouverneur de la Banque du Liban – aurait été chargé par le président de la république française Emmanuel Macron de lui trouver un successeur.

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