Un article du projet de loi du budget 2018 semble engager les différents partis politiques libanais dans la polémique concernant les risques d’implantation des réfugiés syriens et palestiniens présents sur le territoire libanais.

Le Président de la République a officiellement pris position en défaveur de cet article du projet de loi après approbation par le gouvernement. Obligé constitutionnellement parlant à signer cette loi – y compris l’objet de ses critiques – le chef de l’état a invité les députés à réexaminer l’article 49.

Le Patriarche Maronite, Bechara el Raï ira même jusqu’à aborder la question lors de son sermon dominical, lors du dimanche 16 avril 2018:

« Les libanais sont inquiétés par l’approbation de l’Article 49 qui accorde à tout arabe ou étranger qui acquiert un appartement au Liban, un permis de séjour provisoire pour le mari, la femme et les enfants mineurs au détriment des citoyens libanais« 

Le prélat maronite appelle jusqu’à annuler l’article, objet de la polémique.

Face à ces critiques, le Premier Ministre, quant-à-lui favorable à cet article, expliquait devant les conférenciers de CEDRE, la semaine dernière, que ces mesures visent à attirer les investisseurs étrangers à l’image des pratiques déjà mises en place dans différents pays dont la Grèce ou Chypre qui accordent des facilités de séjours à tous ceux qui y investissent.

À priori, le chef du gouvernement a bien raison. Il convient d’accorder à des personnes qui achètent des biens immobiliers au Liban d’avoir le droit d’y séjourner et d’en jouir aux conditions évidentes qu’elles ne soient pas impliquées dans des affaires illégales.

Cependant, il y a tout de même quelques éléments troublants qu’il convient de signaler:

Des investisseurs étrangers souhaitant vivre dans un pays plus connu actuellement par l’intermédiaire de la presse internationale pour ses pollutions aériennes, ses crises aux ordures, ses plages souillées, son manque d’électricité ou d’eau, sa présence de réfugiés qu’ils soient palestiniens ou syriens, pour ne citer que ces problèmes, cela sera chose extrêmement rare à la vue de prix de l’immobiliers excessifs par rapport à cela. La pollution  serait à l’origine de 6000 cas de cancers par an au Liban, de l’aveu même des autorités publiques. Quel investisseur souhaiterait mettre la vie de sa famille en danger?

Et n’évoquons pas encore la politique, la sécurité ou plutôt l’insécurité même si la situation sur ce volet s’est quelque peu amélioré. À se demander si derrière l’article 49 de ce projet budgétaire, ne se trouve pas des motifs tout autre et face à cela nous manquons encore de visibilité pour le comprendre.

Le Liban est en effet un pays en faillite moral au final parce que l’état n’assume plus les tâches essentielles qu’il doit assurer à ses concitoyens. Un étranger en plus n’aurait aucun intérêt à y résider.

Un tel investissement serait par conséquent considéré comme étant un mauvais investissement

Le Liban est dans une spirale de crise immobilière, non seulement pour des raisons politiques mais on a tort de l’oublier, aussi pour des raisons économiques et environnementales graves. Le Liban est un des pays parmi les plus touchés en Méditerranée par ces questions, sur un fond de crise de gouvernance politique et un défaut de transparence des institutions publiques qu’il convient d’arranger.

Avant même de mettre en place des mesures visant à permettre aux étrangers de résider au Liban, peut-être faudrait-il assurer aux Libanais les droits les plus élémentaires  pour y résider eux-aussi, comme le rendre attractif déjà pour les libanais qui peinent à y trouver un emploi en regard de leurs compétences et qui doivent choisir le chemin de l’exil économique notamment dans les pays du Golfe ou en Occident. Ce drainage de notre matière grise est beaucoup plus importante en terme économique que le fait quelques étrangers puissent acheter des appartements au Liban.

Et pendant ce temps-là, les libanais eux quittent le Liban

Preuve en est, beaucoup de ressortissants libanais résidant ou non au Liban, ont entamé une véritable course vers l’acquisition d’une nouvelle nationalité en raison de la dévaluation de la nationalité libanaise avec des difficultés pour l’obtention de visa, aux permis de résidence à l’étranger ou encore à des restrictions d’ordre professionnelles. 93% des libanais ayant fait une telle demande auraient contribué à des fonds gouvernementaux de pays étrangers, des fonds ainsi qui auraient pu contribuer plutôt à notre économie et qui nous ont échappé sur un fond de difficulté économiques, et 7% via l’achat de biens immobiliers alors que notre secteur immobilier est lui en crise profonde et durable.

Il convient également d’assurer un cadre de vie agréable, loin d’une mer polluée où on n’ose même plus y mettre un orteil, par les eaux usées déversées sans contrôle, par les ordures qu’on y jette à Costa Brava ou Bourj Hammoud, loin d’une pollution des eaux et de l’air, en assurant les droits aujourd’hui considérés comme élémentaires à l’eau, à l’électricité 24h sur 24. Evidemment notre chauvinisme désigne le Liban comme l’un des plus beaux pays au Monde et Beyrouth comme l’une des 7 plus belles villes au Monde où il fait bon vivre en dépit des rapports alarmistes concernant la qualité de vie. Nous devons aussi affronter la réalité des choses qui est souvent tout autre que celle de la vitrine qu’on expose et pour laquelle nous ne dupons plus personne.

Il convient simplement d’assurer, à la veille des prochaines élections législatives du 6 mai prochain qui désignera le Parlement en charge d’examiner ce projet de loi budgétaire, à ce que la population libanaise jouisse d’un véritable état au service de ses citoyens et non d’un état qui continue à prendre des mesures plus illogiques les unes que les autres, parfois même au détriment des intérêts de son peuple.

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3 Commentaires

  1. sur le fond je pourrais être d’accord : le pays est une belle poubelle les seuls touristes qui y viennent réellement sont en faits de libanais qui rentrent avec un passeport étranger, les libanais se voient vivre dans un pays si beau qu’ils n’ont jamais visiter le sud ou la békaa ou le akkar, n’étudient pas des sciences sociales qui leurs permettraient d’appréhender mieux leur environnement (historique, social, géographique…) et qui rêvent de souveraineté en donnant la leur à des zaïms de seconde main qui eux même transfèrent la souveraineté à une ambassade étrangère.
    Et si le seul débat qui doit avoir lieu est « l’implantation » des réfugiés il faudrait déjà que le Liban est signé une quelconque convention à ce sujet sur le droit des réfugiés ou simplement des travailleurs étrangers, mais pour cela il faudrait que l’état fut un jour depuis l’indépendance un organe de décision qui prendrait des mesures juridiques notamment dans le domaine du droit du travail, du droit à la nationalité et simplement du droit de vote sur la base d’un homme un vote pour se sortir du modèle colonial du pouvoir aux minorités.
    Pour la patriarche je ne savais qu’il était cardinal merci de la précision mais un correcteur ou secrétaire de rédaction rendrait les choses plus facile à lire

  2. quitte à écrire en français autant le faire bien :
    « ira même jusqu’à aborder la question lors de son sermon dominical, lors du dimanche 16 avril 2018 »
    « Le prélat maronite appelle jusqu’à annuler l’article, objet de la polémique » au passage s’il est patriarche il n’est pas prélat qui correspond à un titre à la curie…
    « À se demander si derrière l’article 49 de ce projet budgétaire, ne se trouve pas des motifs tout autre et face à cela nous manquons encore de visibilité pour le comprendre »

    • Quand on n’a pas d’argument sur le fond, on s’attaque à la forme.
      Parler de prélat est tout à fait approprié, vu qu’il a accepté la place de cardinal contrairement aux autres patriarches des églises uniates.
      Mais on rentre dans des querelles byzantines qui ne font l’objet de ce débat.

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