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Le Hezbollah rejette l’accord-cadre

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Le Hezbollah a rejeté l’accord-cadre signé à Washington entre le Liban, Israël et les États-Unis, par la voix de son secrétaire général, cheikh Naïm Qassem. Dans une déclaration consacrée au texte, le chef du parti chiite accuse les autorités libanaises d’avoir abandonné des cartes de force, d’avoir accepté des concessions gratuites à Israël et d’avoir placé le désarmement de la résistance au cœur d’un mécanisme qui légaliserait, selon lui, la présence israélienne au Sud-Liban. Sa prise de position durcit la bataille politique ouverte à Beyrouth depuis la signature de l’accord.

La déclaration de Naïm Qassem ne se limite pas à un refus de principe. Elle attaque directement la présidence, le gouvernement et la méthode de négociation suivie par les autorités libanaises. Le secrétaire général du Hezbollah estime que l’accord-cadre place le Liban dans une position de faiblesse, au lieu de tirer parti du rapport de force régional créé, selon lui, par les négociations américano-iraniennes. Il accuse aussi l’exécutif libanais d’avoir écarté la résistance en pleine guerre et d’avoir offert à Israël ce que celui-ci n’aurait pas pu obtenir militairement.

Cette déclaration intervient alors que le gouvernement libanais présente l’accord-cadre comme une première étape vers la restauration de la souveraineté, le retour des déplacés et la reconstruction du Sud. Le texte signé à Washington prévoit des zones pilotes, un rôle accru pour l’armée libanaise, un redéploiement progressif israélien et le désarmement vérifié des groupes armés non étatiques. Pour le Hezbollah, cette architecture inverse l’ordre des priorités. Israël devrait d’abord se retirer totalement du territoire libanais. La question des armes ne pourrait, selon le parti, être posée tant qu’une présence israélienne demeure.

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Une accusation directe contre les autorités libanaises

Naïm Qassem ouvre sa déclaration par une mise en cause de la responsabilité des autorités libanaises. Il demande : « Où est l’honnêteté et la responsabilité des autorités libanaises envers leur peuple et la protection de la souveraineté du Liban, alors que le parrain américain ne leur a pas donné de cessez-le-feu ? » Le chef du Hezbollah reproche ainsi au pouvoir libanais de s’être engagé dans une voie diplomatique sans obtenir, selon lui, la garantie préalable qui devait protéger les civils.

Il poursuit en affirmant que le cessez-le-feu serait parvenu au Liban « à travers des négociations américano-iraniennes en avril 2026 », mais que les autorités libanaises l’auraient rejeté. Selon lui, ce refus aurait conduit Israël à commettre ce qu’il appelle le « mercredi noir », avec des centaines de morts et blessés, une terreur imposée à la population et « une campagne de 100 frappes aériennes à travers le Liban, y compris Beyrouth ». Ces éléments relèvent de l’accusation politique formulée par le Hezbollah. Ils n’ont pas été présentés, dans la déclaration, comme des données issues d’un bilan officiel indépendant.

Ce premier volet cherche à déplacer la responsabilité. Le Hezbollah veut montrer que l’accord de Washington n’a pas sauvé le Liban, mais qu’il serait arrivé après des choix gouvernementaux jugés fautifs. L’objectif est clair : contester la narration officielle selon laquelle l’accord serait un progrès diplomatique. Pour Naïm Qassem, les autorités ont refusé une option plus favorable et ont ensuite accepté un texte plus coûteux pour la souveraineté libanaise.

Les négociations directes dénoncées comme des concessions

Le deuxième axe de la déclaration vise les négociations directes. Naïm Qassem affirme : « Nous avons dit aux autorités que les négociations directes sont des concessions gratuites à Israël. » Selon lui, ces réunions ne seraient pas un exercice diplomatique ordinaire, mais des « réunions d’imposition de soumission aux exigences israéliennes et américaines ».

Le chef du Hezbollah soutient aussi que ces discussions se déroulent « en opposition avec plus de la moitié du peuple libanais » et « contrairement à la Constitution et aux lois qui considèrent Israël comme un ennemi et criminalisent tout contact avec lui ». Cette affirmation inscrit le rejet du parti dans un registre à la fois politique et juridique. Le Hezbollah cherche à présenter l’accord comme un problème de légitimité nationale, et non seulement comme un désaccord stratégique.

Naïm Qassem reproche ensuite aux autorités d’avoir abandonné la carte de la résistance. « Vous n’avez aucune carte de force puisque vous avez abandonné la force de la résistance et du peuple », déclare-t-il. La formule résume la doctrine du Hezbollah. Pour le parti, la capacité militaire de la résistance constitue un levier dans toute négociation avec Israël. La considérer comme un problème à résoudre revient, selon lui, à affaiblir le Liban avant même la discussion.

Le passage le plus dur vise la décision gouvernementale du 2 mars. Qassem affirme que les autorités ont « poignardé la résistance dans le dos » en la déclarant hors-la-loi « en pleine guerre », et cela « au service du projet israélien ». Il ajoute : « Les mots ne changent rien, ce sont les résultats qui comptent : c’est un abandon de la souveraineté du Liban. » Le Hezbollah rejette donc le discours officiel sur la souveraineté et affirme que la souveraineté se mesure aux résultats concrets, notamment au retrait israélien.

L’Iran présenté comme une carte de force

La déclaration met aussi en avant le rôle de l’Iran. Naïm Qassem affirme que « le mémorandum de compréhension iranien-américain a placé l’arrêt de la guerre au Liban comme premier point ». Selon sa version, lorsque Israël aurait refusé de s’y conformer, « l’Iran a suspendu l’accord et fermé le détroit d’Ormuz jusqu’à ce que les États-Unis fassent pression et imposent un cessez-le-feu ».

Ces affirmations doivent être rapportées comme la position du Hezbollah. Elles reflètent la lecture du parti sur le rapport de force régional. Naïm Qassem veut montrer que Téhéran aurait agi en faveur du Liban et que les autorités libanaises n’auraient pas su utiliser ce levier. Il affirme que le texte américano-iranien prévoyait « un arrêt immédiat et durable des opérations militaires sur tous les fronts, y compris le Liban », ainsi qu’un engagement à « ne pas recourir à la force » et à « garantir la souveraineté et l’intégrité territoriale du Liban ».

Selon lui, « les négociations pour un accord final doivent se faire dans un délai de 60 jours ». Il ajoute que les autorités libanaises auraient encore refusé cette voie « jusqu’à ce qu’on leur explique que le cessez-le-feu était déjà obtenu et que la négociation sur le retrait israélien relève du Liban ». Qassem conclut cette séquence par une formule politique : « C’est un cadeau de l’Iran au Liban. Mais les autorités ont abandonné ces cartes de force dans l’accord-cadre et donné gratuitement à Israël ce qu’il voulait. »

Cette partie de la déclaration confirme la profondeur du désaccord entre le Hezbollah et le gouvernement. Le pouvoir libanais veut inscrire l’accord dans une relation d’État à État entre le Liban et Israël, sous médiation américaine. Le Hezbollah, lui, insiste sur un cadre régional dans lequel l’Iran reste une puissance de médiation, de pression et de protection. L’accord-cadre cherche à sortir l’Iran de l’équation officielle. Naïm Qassem le remet au centre du récit.

Les zones pilotes dénoncées comme une légalisation de l’occupation

La critique la plus forte porte sur les zones pilotes. Naïm Qassem parle d’une « chute grave » et d’une « erreur majeure » consistant, selon lui, à « céder la souveraineté à l’ennemi israélien ». Il accuse le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d’autoriser le renforcement de l’armée libanaise « uniquement dans deux zones pilotes », tandis que « l’ennemi supervise son déploiement et le désarmement ».

Cette formulation vise le cœur du mécanisme prévu par l’accord. Le texte de Washington prévoit que l’armée libanaise prenne progressivement le contrôle de certaines zones, après vérification du désarmement des groupes armés non étatiques et du démantèlement de leurs infrastructures. Pour les autorités libanaises, cette méthode doit permettre le retour de l’État. Pour le Hezbollah, elle donne à Israël un droit de regard sur le déploiement de l’armée libanaise et sur les affaires internes du pays.

Naïm Qassem affirme que « la période d’essai peut durer des mois, avec validation israélienne à chaque étape ». Il en tire une conclusion très dure : « Cela légalise l’occupation pendant des années, voire la transformation de ces territoires en annexion. » Cette accusation s’inscrit dans un contexte où des responsables israéliens ont déjà évoqué le maintien d’une zone de sécurité au Sud-Liban tant que le Hezbollah ne serait pas désarmé.

Le secrétaire général du Hezbollah estime aussi que l’accord « empêche le retour des Libanais sur leurs terres ». Cette affirmation répond au discours officiel libanais, qui présente au contraire le texte comme une voie vers le retour des déplacés. La divergence porte donc sur le même objectif. Le gouvernement dit que les zones pilotes permettront le retour. Le Hezbollah affirme qu’elles peuvent bloquer ce retour si Israël conserve un pouvoir de validation.

Le refus de lier retrait israélien et désarmement

Le dernier volet de la déclaration porte sur la question la plus explosive : le lien entre le retrait israélien et le désarmement de la résistance. Naïm Qassem déclare : « Quel rapport Israël a-t-il avec nos affaires internes ? Tout accord doit se limiter au sud du Litani. » Le Hezbollah refuse que la question des armes au Liban soit traitée dans un accord avec Israël.

Le chef du parti ajoute : « Lier le retrait israélien au désarmement de la résistance est extrêmement dangereux. » Selon lui, cela ferait « de chaque arme au Liban une justification pour l’occupation continue ». Cette formule résume le cœur de l’opposition du Hezbollah. Si Israël peut rester tant qu’il existe des armes hors État, alors le retrait devient dépendant d’une condition que Tel-Aviv peut juger indéfiniment non remplie.

Qassem affirme ensuite : « La résistance ne sera pas désarmée, et le droit à la défense est légitime. » Cette phrase constitue le point de fermeture de la déclaration. Le Hezbollah ne se place pas dans une logique de négociation sur son arsenal. Il réaffirme une ligne rouge : ses armes ne seront pas remises dans le cadre de l’accord-cadre.

Il conclut : « Israël doit se retirer en tant qu’occupant. Toute autre approche est une récompense pour Israël et une atteinte à la souveraineté du Liban. » Cette phrase inverse la logique de Washington. Pour les États-Unis et Israël, le retrait dépend de garanties contre le Hezbollah. Pour le Hezbollah, toute condition au retrait récompense l’occupation et viole la souveraineté libanaise.

Un défi direct au gouvernement Salam

La déclaration de Naïm Qassem place le gouvernement de Nawaf Salam devant une épreuve immédiate. Le premier ministre présente l’accord comme une voie vers le retrait israélien et le retour de la souveraineté. Le Hezbollah affirme au contraire que le texte abandonne cette souveraineté et donne à Israël un droit d’ingérence dans les affaires internes libanaises.

Le gouvernement devra répondre à plusieurs questions. Les zones pilotes seront-elles placées sous contrôle exclusif de l’armée libanaise, ou Israël conservera-t-il un droit de validation ? Le retrait israélien sera-t-il inscrit dans un calendrier clair ? Les civils pourront-ils rentrer avant le désarmement total du Hezbollah ? L’armée libanaise sera-t-elle appelée à démanteler directement des infrastructures du parti ? Ces questions détermineront la suite.

Le risque est aussi institutionnel. Si l’accord doit être approuvé par le Conseil des ministres ou soumis au Parlement, le Hezbollah et ses alliés pourront utiliser les arguments de Naïm Qassem pour contester sa légalité, sa légitimité et sa conformité à la souveraineté libanaise. Le débat ne sera pas seulement diplomatique. Il deviendra constitutionnel et interne.

L’armée libanaise au centre de la tension

L’armée libanaise est l’acteur le plus exposé. L’accord-cadre lui confie la responsabilité sécuritaire dans les zones pilotes. Naïm Qassem présente ce mécanisme comme une mise sous supervision israélienne du déploiement de l’armée. Cette lecture peut fragiliser l’institution militaire, surtout dans les régions où le Hezbollah conserve une influence sociale et politique.

Si l’armée se déploie dans les zones pilotes sans confrontation, le gouvernement pourra parler de retour de l’État. Si elle doit empêcher le retour du Hezbollah ou démanteler des positions, le risque d’affrontement augmente. Si elle ne le fait pas, Israël et Washington pourront dire que le mécanisme ne fonctionne pas. L’armée peut ainsi se retrouver prise entre exigences extérieures et contestation intérieure.

Naïm Qassem cherche précisément à empêcher cette configuration. En dénonçant l’accord comme une atteinte à la souveraineté, il tente de délégitimer toute mission de l’armée qui serait perçue comme liée aux conditions israéliennes. Le message s’adresse autant au gouvernement qu’aux militaires : l’armée doit protéger le Liban, non appliquer une feuille de route dictée par Israël.

Une bataille du récit sur la souveraineté

La déclaration du Hezbollah confirme que la bataille principale porte désormais sur le sens de la souveraineté. Pour la présidence et le gouvernement, la souveraineté signifie le retour de l’État, de l’armée et des institutions dans le Sud. Pour le Hezbollah, elle signifie d’abord le retrait israélien total et l’absence d’ingérence israélienne dans les affaires internes du Liban.

Les deux camps utilisent donc le même mot pour défendre des priorités opposées. Le gouvernement parle de monopole de l’État sur les armes. Le Hezbollah parle de droit à la défense. Le gouvernement parle de zones pilotes pour restaurer l’autorité libanaise. Le Hezbollah parle de légalisation de l’occupation. Le gouvernement parle de retour des déplacés. Le Hezbollah affirme que l’accord risque de l’empêcher.

Cette bataille du récit déterminera la réception de l’accord au Liban. Si les premières mesures apportent un retrait israélien visible, une baisse des frappes et un retour civil, la ligne officielle gagnera du terrain. Si Israël maintient sa zone de sécurité et si l’accord commence par des exigences de désarmement, la lecture du Hezbollah se renforcera.

Le Sud-Liban comme arbitre

Les habitants du Sud seront les premiers à juger. Beaucoup ont vécu les bombardements, les déplacements, les destructions et l’effondrement des services publics. Pour une partie d’entre eux, l’État n’a pas protégé. L’armée s’est retirée ou n’a pas pu se maintenir dans certaines zones. Dans ce contexte, un accord qui ne garantit pas immédiatement le retrait israélien total peut être accueilli avec méfiance.

Naïm Qassem s’adresse directement à cette perception. Il présente la résistance comme la carte de force que le gouvernement aurait abandonnée. Il présente l’Iran comme un soutien qui aurait offert un cessez-le-feu. Il présente Israël comme un occupant récompensé par l’accord. Ce récit peut trouver un écho si les civils ne voient pas d’amélioration concrète.

Le gouvernement devra donc répondre par des actes plus que par des communiqués. Il devra prouver que l’accord permet le retour, la reconstruction et la fin de la présence israélienne. Sans cela, le rejet du Hezbollah peut devenir un mouvement politique plus large que le parti lui-même.

Un accord déjà menacé par son application

La déclaration de Naïm Qassem ne bloque pas juridiquement l’accord-cadre. Mais elle en menace l’application. Elle annonce que le Hezbollah ne coopérera pas au désarmement prévu par le texte. Elle conteste la légitimité des négociations directes. Elle rejette tout rôle israélien dans les affaires internes libanaises. Elle affirme que la résistance ne sera pas désarmée.

Cette position rend les annexes sécuritaires décisives. Si elles placent le retrait israélien dans un calendrier clair, la pression sur le Hezbollah sera plus difficile à maintenir. Si elles laissent Israël valider chaque étape, le rejet du parti deviendra plus fort. Si elles donnent à l’armée libanaise une mission trop directe contre les infrastructures du Hezbollah, le risque de crise interne augmentera.

Le Hezbollah a donc transformé l’accord de Washington en bataille politique intérieure. Le texte devait ouvrir une voie vers une paix durable. Il ouvre désormais une confrontation sur les armes, la souveraineté, le rôle de l’Iran, la place de l’armée et la définition même de la résistance. La prochaine étape ne se jouera pas seulement entre Beyrouth, Washington et Tel-Aviv. Elle se jouera aussi dans les institutions libanaises et dans le Sud, là où l’accord devra prouver qu’il retire Israël au lieu de légaliser sa présence.

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