Pour reprendre le titre d’un célèbre film…

Alors que les principaux axes routiers sont actuellement rouverts au trafic, de manière générale sans difficultés à part à Jal el Dib où des protestataires entendaient poursuivre le blocage de l’autoroute, des éclaircissements concernant la démission du Premier Ministre Saad Hariri se font jour.

C’est au bout de 13 jours de manifestations, qui ont débuté dans la nuit du jeudi 17 octobre au vendredi 18 octobre, que la lassitude habituelle de la population a laissé place à la colère suite à la décision du Ministre des Télécoms, Mohammed Choucair, d’imposer une nouvelle taxe de 6 USD/mois sur les services VOIP, l’étincelle ayant mis le feu aux poudres ayant été l’altercation entre manifestants et gardes du corps du Ministre de l’Education, Akram Chéhayeb en plein centre ville de Beyrouth. Ces derniers ont alors d’abord tiré en l’air

Ainsi, des sources bien informées ont indiqué que cette décision du Premier Ministre a été prise sans concertation avec le Président de la République, le Général Michel Aoun, et le Président de la Chambre, Nabih Berri, ce qui pourrait rendre quelque peu difficile une nouvelle nomination pour constituer son IVème gouvernement. Il serait question d’un cabinet à format réduit, de 14 ministres, qui devrait être en l’absence de Gébran Bassil, qui était le point d’achoppement sur la question d’un possible remaniement, et d’autres personnalités clés de chaque côté, Ali Hassan Khalil, Mohammed Choucair, Waël Abou Faour, Youssef Fenianos, qui paieraient ainsi le prix de leurs erreurs passées et des pugilats politiques dont ils ont été les acteurs.

Certaines sources indiquent également que cette décision aurait été motivée par plusieurs facteurs, le premier étant l’attaque par une centaine de sympathisants du mouvement Amal et du Hezbollah, des protestataires au centre-ville de Beyrouth, ce mardi 29 octobre.

D’autre part, il s’agissait pour le Premier Ministre de forcer la main. En effet, sa volonté de remanier son gouvernement ou de former un nouveau cabinet préalablement à sa démission se heurtait à l’insistance du chef de l’état à ce que soit reconduit à ses fonctions, le Ministre des Affaires Etrangères, également son gendre, Gébran Bassil. Il s’agissait donc de mettre devant le fait accompli. Il n’est donc pas certain que le prochain gouvernement ne soit constitué dans les jours, voir les mois prochains, puisque le dernier a mis 9 mois de gestation. Mais le temps, sur le plan économique, le Liban n’en dispose malheureusement pas. C’est d’ailleurs le facteur temps qui a retardé la mise en place des plans de réformes précédents et le déblocage des fonds prévus dans le cadre de CEDRE.

Le plus urgent est pour l’heure d’éviter un effondrement immédiat du système financier au Liban. Dès sa réouverture, il sera confronté à des opérations de transferts de devises à l’étranger et de retrait massifs de billets. Cependant, il s’agira de ministres désormais démissionnaires qui affronteront cette situation.

Côté Premiers ministres potentiels, pour l’heure, seul Saad Hariri serait susceptible de succéder à lui-même en dépit d’une possible opposition de la présidence et d’En Tineh, les autres candidats n’ayant pas l’envergure adéquate – notamment sur le plan international, vu le nécessaire recours à une aide étrangère – face à une possible détérioration de la situation économique. En effet, les autorités libanaises font actuellement face à 1.5 milliards de dollars d’émissions obligataires arrivant à échéance et 500 millions de dollars d’intérêt à payer. Préalablement à la crise, le Ministère des Finances envisageait l’émission de nouvelles obligations à hauteur de 2 milliards de dollars. Pour l’heure, les conditions nécessaires à cela ne sont pas remplies.

De même, la situation économique pourrait encore s’aggraver avec l’affaiblissement de nombreuses entreprises ainsi que des banques dont les portes sont restées closes depuis le 18 octobre. Il n’est également pas certain d’une relance du Plan CEDRE, avec l’annulation des prochaines réunions initialement prévues en novembre pour faire le point et certains organismes estimant que le Liban est désormais trop instable pour que soit accordé des prêts. Il semble également difficile pour le prochain Premier Ministre de tenir ses engagements à juguler la dette publique qui atteint déjà 150% du PIB, en raison des notations financières accordées par les agences notations et la probable dégradation de la note des obligations libanaises par Standard & Poor’s qui s’alignera sur ses 2 rivales, Fitch et Moody’s.

Finalement, il est donc très probable que le Prochain Premier Ministre, quelqu’il soit fera donc face à une situation économique pire que celle qu’on a connu jusqu’à présent et aurait donc une tâche très difficile à accomplir.

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