Plusieurs centaines de milliers de personnes bloquées ce vendredi  dans les embouteillages, non pas quotidiens, on en a eu l’habitude désormais, c’est chose devenue normale, mais de celui provoqué par la fermeture des routes du port et du centre-ville de Beyrouth à l’occasion de la préparation du défilé du75ème anniversaire de l’Indépendance du Liban.

On pourrait en pleurer à en rire, nerveusement évidemment,de l’incongruité de la situation, une fête d’indépendance, où la population de ce pays souffre, sans y avoir été conviée, mais où elle défile, bien forcée,sur les autoroutes. Une parade en soit, comme un défilé où se mêlent véhicules bien populaires et ceux d’un luxe certain. La mixité sociale est donc ici, pour une fois, bien présente.

Les citoyens du Pays des Cèdres ont donc eu tous les désavantages causés par une célébration pour laquelle, généralement, ils n’auront la chance de ne la voir qu’au travers du petit écran.
On ne peut que le regretter quand on se souvient de la ferveur populaire qui s’est déroulée au retour des héros de Nahr Bared en 2007, le long de l’autoroute entre Tripoli et Beyrouth. Il y avait là un embouteillage mais celui-ci était provoqué, non pas par l’Armée Libanaise, aux de la population,mais par elle-même. C’était le bon temps de la communion entre le Peuple et son Armée, une fierté retrouvée, à l’unisson face à l’adversité et les menaces présentes.
Dieu sait combien l’Armée Libanaise a sacrifié d’hommes, pour notre sécurité,face aux extrémistes islamiques, de Tripoli à Aarsal, face aux menaces posées par les enjeux actuels et Dieu sait combien cette institution sacrifiera d’Hommes face aux menaces également à venir.

Un défilé d’une fête nationale doit être le moment de rassemblement d’un peuple qui fête son Pays et non le moment où chacun reste chez soi, un moment où on remercie ces hommes qui œuvrent à notre sécurité en dépit d’un manque cruel d’équipements modernes et d’un soutien politique sans faille.

Également, on a beau aujourd’hui accuser l’Armée Libanaise d’être responsable des embouteillages – elle s’en est d’ailleurs excusée dans un communiqué contrairement à bien d’autres … – lors de ce préparatif des cérémonies du 22 novembre. Toujours est-il que l’institution n’en est pas la seule responsable. 

Certes, elle aurait pu procéder comme en France, où les préparatifs pour la Fête Nationale du 14 juillet ont lieu sur une base militaire pour les unités blindées et sur les Champs-Élysées mais très tôt durant la matinée afin de ne pas gêner la circulation.

 Si on souhaite poursuivre la comparaison avec la France, la Fête Nationale est une fête citoyenne, avec l’organisation de bals populaires, le défilé de militaires non pas seulement à Paris mais aussi dans les villes de garnison et non une fête de quelques nantis. Une date aussi où l’on commémore les martyrs de ce pays, en déposant des gerbes aux pieds des monuments aux morts, une chose bien rare dans un Pays où l’on s’empresse à oublier les victimes de la Grande Famine de la Première Mondiale où celles de la Guerre Civile de 1975 à 1990, pour ne pas évoquer celles des opérations de guerre contre le Liban, 1996, 2006, 2007, ou encore celles des opérations militaires contre les groupes terroristes comme Al Nosra ou Daesh.

On devrait à ce moment précis en apprendre beaucoup sur la notion de citoyenneté et de civisme en saluant le courage de ceux qui se sont sacrifiés pour nous.

En évoquant la citoyenneté et le civisme, notre incivilité quotidienne où chacun se croit plus important que l’autre est également en cause.

Est-ce l’Armée Libanaise qui est cause des embouteillages bien quotidiens ? On en connait justement les causes.

Est-ce réellement l’Armée Libanaise qui convoite chaque centimètre d’autoroute, ne laissant aucun espace à la circulation des véhicules en cas d’urgence souvent vitale ?
Est-ce l’Armée Libanaise qui a bloqué chaque carrefour parce que chacun pensait avoir une priorité quelconque, au détriment même des règles, c’est-à-dire du code de la route ?
Est-ce l’Armée Libanaise qui a empêché le passage de véhicules de la Croix Rouge ou de la gendarmerie qui portaient secours à des femmes en passe d’accoucher ?

Non il ne s’agit de citoyens, plutôt bêtas, qui se pensaient être plus VIP, importants que quiconque d’autre.

Certains mettent en cause le pouvoir politique. Mais devraient-on leur rappeler pour qui ont voté, si toutefois ils se sont même rendus aux urnes ?

La citoyenneté commence en effet par le devoir, celui du respect des lois, des autres, et aussi de soi-même. La citoyenneté n’est pas chacun pour soi, et Dieu (encore faudrait-il savoir lequel) pour tous.

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1 COMMENTAIRE

  1. Le devoir est toujours fragilisé par l’impuissance des volontés collectives à se renouveler pour construire l’histoire d’un pays dans le devenir.
    C est dire que ce Liban ne veut pas transmettre de la tradition cette volonté des grands hommes de se reconnaître dans ce qu’ils étaient au moment de leurs pensées et plus encore, dans ce que nous sommes capables en plus de donner.

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