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Liban : l’armée prise dans le bras de fer politique

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Des pressions s’exercent autour du commandement de l’armée libanaise, dans un contexte marqué par la signature de l’accord-cadre avec Israël, les demandes internationales de désarmement du Hezbollah et les tensions persistantes au Sud-Liban. Le nom du général Rodolphe Haykal, nommé commandant en chef de l’armée le 13 mars 2025, est désormais associé à des scénarios de départ, de démission ou de remplacement. Aucune décision officielle n’a été annoncée. Mais les discussions rapportées dans plusieurs cercles politiques et médiatiques ont conduit Nabih Berri à lancer un avertissement direct : « Que personne ne plaisante avec cette plaisanterie, et que personne ne joue avec l’armée. »

L’armée libanaise au cœur des pressions

Le sujet est sensible car il touche à l’une des rares institutions encore perçues comme capables de maintenir un minimum d’équilibre national. Depuis plusieurs mois, l’armée se trouve au centre d’une équation difficile. Elle doit déployer ses unités au Sud, appliquer les décisions du gouvernement sur le monopole des armes, coopérer avec les mécanismes de suivi du cessez-le-feu et éviter une confrontation interne. Dans le même temps, elle subit les conséquences des frappes israéliennes, de moyens limités et de demandes extérieures de plus en plus pressantes.

Selon des informations médiatiques, aucun ordre officiel de limoger le général Haykal n’a été transmis à Beyrouth. Des sources évoquent toutefois un mécontentement international à l’égard de son rythme d’action et de ses réserves face à une opération rapide contre les armes du Hezbollah. Des noms de successeurs potentiels circulent déjà dans certains milieux, notamment ceux de deux officiers supérieurs présentés comme possibles options en cas de vacance. Ces informations n’ont pas été confirmées par les autorités libanaises. Elles suffisent pourtant à nourrir un climat de suspicion.

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La pression ne vient pas d’un seul canal. Elle mêle exigences diplomatiques, critiques parlementaires, signaux américains et débats internes au gouvernement. Des responsables occidentaux veulent voir des avancées rapides dans le désarmement des groupes armés non étatiques. Des élus libanais reprochent à l’armée de ne pas exécuter avec assez de fermeté les décisions du pouvoir civil. D’autres responsables, à l’inverse, jugent qu’une mise en cause du commandement militaire dans une période de guerre et de tensions frontalières ouvrirait une crise dangereuse.

Pour comprendre l’ampleur du dossier, il faut revenir au rôle confié au général Haykal depuis sa nomination. Son arrivée à la tête de l’armée a suivi l’élection de Joseph Aoun à la présidence de la République. L’institution militaire a alors hérité d’un rôle central dans la mise en œuvre du cessez-le-feu conclu à l’automne 2024, puis dans les discussions sur le contrôle du territoire au sud du Litani. Le commandant en chef devait assurer le déploiement de l’armée, coordonner avec la Finul et répondre aux demandes du gouvernement sur l’autorité exclusive de l’État.

Rodolphe Haykal face à une mission impossible

Cette mission s’est compliquée avec l’intensification des affrontements et les débats sur le Hezbollah. Le gouvernement a réaffirmé la nécessité de limiter les armes aux institutions officielles. Mais l’application de cette décision reste un sujet explosif. Le commandement militaire avance que la question ne peut pas être traitée uniquement par la force. Il estime que toute opération mal préparée peut provoquer une fracture interne et exposer l’armée à des risques politiques, confessionnels et opérationnels. Cette prudence lui vaut des critiques sévères.

Le général Haykal a déjà défendu cette ligne dans ses déclarations publiques. Il a indiqué que les attaques israéliennes entravaient la mise en œuvre du plan de l’armée. Il a aussi souligné que le commandement prenait ses décisions en fonction des circonstances complexes, avec pour objectif de préserver le Liban, son unité et l’institution militaire. Ces formulations ont été interprétées de deux manières opposées. Ses soutiens y voient une lecture réaliste du terrain. Ses détracteurs y voient une hésitation face aux décisions de l’exécutif.

Les critiques se sont renforcées après les appels à une application plus rapide du monopole des armes. Des parlementaires indépendants et issus du bloc du Changement ont accusé le commandement de ne pas clarifier suffisamment sa position. Ils estiment que l’armée n’est pas une instance politique et qu’elle doit exécuter les décisions du gouvernement. Dans leur lecture, la légitimité de l’État dépend de sa capacité à imposer une seule autorité armée sur le territoire. Le retard ou la prudence du commandement fragiliserait cette démarche.

À l’opposé, plusieurs responsables considèrent qu’une injonction brutale adressée à l’armée revient à lui demander de résoudre seule une crise politique nationale. Cette position s’appuie sur une réalité connue : l’armée libanaise reflète les équilibres confessionnels du pays et ne peut pas être envoyée dans une confrontation interne sans consensus minimal. Une opération directe contre le Hezbollah ou ses réseaux, dans le Sud ou dans la Bekaa, pourrait entraîner des incidents graves, affaiblir la cohésion des unités et mettre les soldats face à des civils ou à d’anciens combattants lourdement implantés.

C’est dans ce contexte que la question de la démission du commandant a ressurgi. Des informations publiées ces derniers mois évoquaient déjà l’hypothèse d’un départ volontaire si l’armée était placée devant une mission susceptible de provoquer l’effusion de sang entre Libanais. Le message attribué au commandant était clair : il préférerait quitter son poste plutôt que d’ordonner une opération conduisant l’armée à tirer sur des Libanais. Là encore, les formulations relèvent d’informations rapportées, mais elles traduisent un malaise profond au sein de l’équation sécuritaire.

Le remplacement du commandant évoqué en coulisses

La séquence actuelle donne une nouvelle portée à ces rumeurs. La signature de l’accord-cadre avec Israël et les États-Unis place le commandement militaire au centre d’un mécanisme qui prévoit un redéploiement de l’armée, une vérification du retrait des armes non étatiques et des garanties de sécurité au Sud. Si le commandant en chef est jugé trop prudent par certains parrains du processus, son maintien peut être présenté comme un obstacle. Si, au contraire, il est remplacé sous pression, l’armée risque de perdre une partie de son crédit interne.

Le président de la République, Joseph Aoun, ancien commandant de l’armée, a jusqu’ici affiché son soutien à l’institution. Selon des informations médiatiques, il tiendrait au maintien du général Haykal et refuserait un changement de commandement en pleine crise. Cette position s’explique par un impératif de stabilité. Le chef de l’État sait qu’un remplacement du commandant ne serait pas lu comme une simple décision administrative. Il serait interprété comme un signal politique adressé au Hezbollah, aux États-Unis, à Israël et aux partenaires internationaux du Liban.

Le Premier ministre Nawaf Salam se trouve, lui aussi, dans une position délicate. Son gouvernement veut réaffirmer le monopole de l’État sur les armes. Il doit aussi montrer aux partenaires occidentaux et arabes que Beyrouth prend au sérieux ses engagements. Mais il ne peut pas se permettre d’ouvrir une crise avec l’armée. Une rencontre entre le chef du gouvernement et le commandant en chef est évoquée pour suivre l’exécution des décisions gouvernementales et clarifier les points de friction apparus après les derniers communiqués militaires.

Le facteur américain occupe une place majeure dans ce dossier. Washington est le principal soutien extérieur de l’armée libanaise depuis des années. Son aide financière, logistique et opérationnelle pèse sur la capacité de l’institution à fonctionner. Des informations diplomatiques ont évoqué une suspension ou un ralentissement de certaines formes de coordination pour faire pression sur Beyrouth. Les messages américains insistent sur deux axes : le désarmement du Hezbollah et l’ouverture d’un processus plus direct avec Israël. Cette approche accroît la pression sur le commandement militaire.

Berri fixe une ligne rouge

La réaction libanaise reste prudente. Les responsables qui rejettent un changement de commandement ne nient pas les attentes américaines. Ils estiment toutefois que la stabilité de l’armée prime sur l’impatience des partenaires extérieurs. Dans une période où le Sud-Liban reste sous menace, où des localités ont été détruites et où des habitants déplacés attendent leur retour, une crise au sommet de l’armée pourrait paralyser les opérations. Elle pourrait aussi compliquer le dialogue avec la Finul et les mécanismes internationaux de surveillance.

Nabih Berri a choisi d’intervenir publiquement pour fixer une limite. Son avertissement ne s’adresse pas seulement aux adversaires du général Haykal. Il vise aussi les forces extérieures qui pourraient penser que le commandement de l’armée peut être remodelé pour accélérer l’application de l’accord-cadre. En déclarant que l’armée est une « ligne rouge » et l’un des piliers de la stabilité nationale, le président du Parlement place l’institution militaire hors du champ des règlements de comptes immédiats. Il parle en chef politique, mais aussi en acteur capable de bloquer une partie du processus institutionnel.

Ce soutien à l’armée ne signifie pas que le débat sur son rôle soit clos. Au contraire, il montre que l’institution devient le lieu où se croisent toutes les contradictions libanaises. Les uns lui demandent de restaurer l’État. Les autres lui demandent de ne pas déclencher une crise interne. Les parrains internationaux lui demandent des résultats mesurables. Les habitants du Sud lui demandent protection et retour à la sécurité. Le Hezbollah, pour sa part, refuse de voir ses armes traitées comme une simple question policière ou administrative.

Le risque principal est de transformer le commandant de l’armée en fusible politique. Si le processus de désarmement avance trop lentement, certains chercheront à lui imputer l’échec. Si l’armée agit trop vite et provoque des affrontements, d’autres l’accuseront d’avoir exécuté un agenda extérieur. Si elle reste prudente, elle sera accusée d’ambiguïté. Cette position intenable explique la nervosité autour du maintien du général Haykal. Elle explique aussi pourquoi les discussions sur son éventuel remplacement suscitent des réactions aussi rapides.

Une décision qui dépasse une nomination militaire

Les noms de successeurs évoqués dans la presse doivent être traités avec prudence. Ils reflètent des scénarios discutés, non des décisions actées. Le système libanais rend toute nomination militaire sensible. Le commandant de l’armée doit être maronite, selon la pratique institutionnelle issue du partage communautaire des responsabilités. Sa désignation dépend du pouvoir politique et du Conseil des ministres. Dans le contexte actuel, tout changement nécessiterait donc un accord difficile entre la présidence, le gouvernement et les forces politiques influentes.

Le calendrier joue aussi contre une décision précipitée. Un remplacement du commandant quelques jours après la signature d’un accord-cadre contesté serait immédiatement lié à ce texte. Il donnerait l’impression que l’armée est adaptée à une feuille de route extérieure. Il affaiblirait la capacité du nouveau commandant à agir, car son autorité serait contestée dès le départ. Il pourrait aussi envoyer un message de fragilité à Israël, au moment où le Liban cherche à obtenir un retrait et des garanties sur le terrain.

L’affaire révèle enfin la fragilité du compromis libanais sur la sécurité. Tout le monde affirme soutenir l’armée. Mais chacun attend d’elle une mission différente. Le gouvernement veut une force d’exécution de ses décisions. Les partenaires occidentaux veulent un instrument de stabilisation et de désarmement. Nabih Berri veut une institution protégée des pressions et des confrontations internes. Les forces souverainistes veulent un commandement plus ferme. Les habitants du Sud veulent des soldats présents, capables d’empêcher les frappes, les infiltrations et les retours de guerre.

La prudence du vocabulaire officiel confirme cette gêne. Les autorités ne parlent pas de crise de commandement. Elles évoquent le suivi des décisions gouvernementales, la coordination avec l’armée et la nécessité de préserver la sécurité intérieure. Cette retenue vise à éviter un emballement politique. Mais elle laisse aussi un vide que remplissent les fuites, les lectures partisanes et les messages diplomatiques. Dans un pays où chaque nomination sécuritaire traduit un équilibre, le silence officiel peut nourrir autant de tensions qu’une déclaration directe.

La question du remplacement du commandant ne peut donc pas être séparée du débat plus large sur la chaîne de commandement. L’armée obéit au pouvoir politique, mais elle ne peut pas compenser seule l’absence d’un accord national sur les armes, la frontière et la guerre. Son commandant doit exécuter des décisions, tout en évaluant les risques opérationnels. Cette zone grise devient explosive lorsque des puissances étrangères, des partis locaux et des blocs parlementaires cherchent à imposer leur tempo. Le général Haykal se retrouve ainsi au point de contact entre une demande de résultats rapides et la crainte d’une rupture interne durable.

Dans les prochains jours, la position de Joseph Aoun sera déterminante. Si le président réaffirme clairement son appui au général Haykal, les scénarios de remplacement perdront de leur force immédiate. Si le gouvernement hausse le ton contre le commandement, les rumeurs reprendront. Si Washington maintient une pression visible, la question reviendra dans les discussions politiques. À ce stade, le seul élément établi reste l’absence d’annonce officielle de démission ou de limogeage. Le reste relève d’un bras de fer où l’armée libanaise devient, une nouvelle fois, le miroir des tensions du pays.

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