Vue aérienne de la Forêt des Pins. Crédit Photo: Francois el Bacha pour Libnanews.com. Tous droits réservés.
Vue aérienne de la Forêt des Pins. Crédit Photo: Francois el Bacha pour Libnanews.com. Tous droits réservés.

Le secteur immobilier a été le premier révélateur de la crise économique au Liban. Depuis quelques mois, avec le contrôle des capitaux instauré par les banques, beaucoup d’épargnants ont estimé judicieux de sauver leur épargne via des investissements dans ce secteur. Karl Kanaan, directeur commercial et partenaire de la société immobilière S-Gestion nous en dit plus sur ce sujet. 

Quel est l’impact de la crise sur l’immobilier ?

Karl Kanaan – « Quand l’immobilier va, tout va ». Aujourd’hui, on peut absolument contredire cet adage puisqu’au Liban, certes l’immobilier marche, mais rien ne fonctionne plus à coté ! Depuis le soulèvement populaire qui a débuté en octobre 2019, nous assistons à une situation inédite dans le domaine économique et surtout, dans le secteur immobilier. 

Dans un premier temps, la demande d’achat de biens a explosé depuis que les dépositaires craignent un « haircut » sur leurs épargnes ainsi que la faillite des banques.

Pour protéger leurs dépôts, les épargnants se sont tournés massivement vers un investissement sûr qui leur permettrait de sécuriser leur patrimoine, à savoir ce que l’on appelle dans le milieu une « valeur refuge » qui n’est autre que la pierre.

Ensuite, on assiste à une supériorité de la demande par rapport à l’offre du coup, la marge de négociation des prix est très limitée. La difficulté réside donc dans le fait de trouver des vendeurs, surtout qui acceptent d’être payés en chèque bancaire au Liban, d’où la rareté des produits.

Finalement, il y a moins de mise en chantier avec une raréfaction de l’offre exacerbée par un délai de nouvelles constructions. En effet, les matières premières sont aujourd’hui très chères et le mode de paiement ne facilite en rien l’achat des marchandises. 

Qui sont les vendeurs ?

Karl Kanaan  – On a aujourd’hui plusieurs catégories de vendeurs. Il y a les propriétaires voulant solder leurs emprunts, les propriétaires voulant vendre leurs biens actuels pour déménager dans plus grand ou une région différente, les promoteurs qui écoulent leurs projets et réinvestissent dans des terrains et finalement, les propriétaires en indivision successorale. 

Ou investir par temps de crise ? 

Karl Kanaan – S-Gestion a dû gérer une vague de demande conséquente. Chaque bien est adapté à une certaine demande et chaque investisseur doit adapter son investissement par rapport à ses besoins et à ses capacités financières.

Nous conseillons actuellement l’investissement locatif résidentiel plutôt que commercial (locaux ou bureaux) car il reste plus sûr vu la conjoncture économique, à moins d’avoir un projet personnel.

Notre recommandation, pour un investissement avec rentabilité locative, se porte souvent sur des secteurs de la capitale qui sont facilement louable, mais également dans quelques régions comme le Metn et le Keserwan.

Investir dans de l’ancien ou dans du neuf ?

La clientèle hésite souvent entre l’ancien ou le neuf.

Lorsqu’il s’agit de l’ancien, nous conseillons à nos clients de s’informer sur la copropriété de l’immeuble et la direction de sa gestion pour éviter toutes surprises.

Certains immeubles sont gérés par des sociétés comme la nôtre afin d’assurer un entretien optimal du bâtiment et d’éviter tout conflit qui pourrait nuire aux propriétaires.

Le neuf est aussi un bon placement si les prix ne sont pas inappropriés. Au final c’est le prix qui détermine le bon plan.

Comment va évoluer le marché immobilier ?

Karl Kanaan  – Il y aura encore un nombre de ventes importantes durant les prochains mois. La courbe des ventes va diminuer en nombre mais peut-être pas en volumes comparée aux 6 premiers mois puisque certains clients attendent encore que leurs placements bancaires soient débloqués afin de procéder à une acquisition.

Nous avons constaté que certains épargnants avaient la capacité d’acheter plusieurs appartements.

C’est dire que le potentiel immobilier n’était pas complètement exploité et même freiné par les taux bancaires élevés. Aujourd’hui, la demande est certes boostée par la conjoncture du moment, mais cela n’est que provisoire.

La suite dépendra des actions prise par le gouvernement pour contrer la corruption afin de redonner confiance aux investisseurs et de relancer la croissance ainsi que le pouvoir d’achat.

Quel est aujourd’hui le rendement sur le locatif ?

Karl Kanaan  – La rentabilité locative tourne autour des 3% et 4% aujourd’hui. On constate un meilleur rendement pour les petites surfaces, sachant qu’il y aura bientôt un nouveau stock important d’appartements mis sur le marché de la location suite à toutes les opérations immobilières qui ont eu lieu ces derniers mois. Il faut donc s’attendre à une légère diminution de cette rentabilité dans les prochains mois.

Peut-on craindre une vente massive des biens immobiliers détenus par les banques ?

Karl Kanaan  – Non, il ne faut pas craindre une vente massive des biens détenus par les banques car ces dernières vendront leurs biens au fur et à mesure, en « off market » auprès de leurs propres clients. Cela ne risque pas d’influencer le marché immobilier, mais au contraire d’équilibrer le secteur bancaire.


Qui est Karl Kanaan ? 

Titulaire d’une licence en éco-gestion et d’un master en management d’une grande école de commerce, il se spécialise dans le domaine de l’immobilier à Paris au sein des groupes Nexity et Century 21.

De retour au Liban en 2011, il intègre la société Sodeco Gestion – rebaptisée S-Gestion en 2018, dans laquelle il est aujourd’hui partenaire et directeur commercial.

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