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Liban : l’OMS alerte sur une crise sanitaire durable sous la pression du conflit

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Le Liban reste l’un des principaux foyers de la crise sanitaire qui traverse la Méditerranée orientale. Dans son rapport de situation publié pour juillet 2026, l’Organisation mondiale de la santé dresse le tableau d’un pays confronté simultanément aux conséquences humaines du conflit, à des déplacements massifs de population, à la fermeture de structures médicales et à la nécessité de maintenir un système de santé déjà fragilisé par plusieurs années de crise. Cette situation libanaise s’inscrit dans une urgence régionale beaucoup plus vaste : 117 millions de personnes ont désormais besoin d’une aide humanitaire dans la région de la Méditerranée orientale, qui ne représente pourtant que 8 à 9 % de la population mondiale mais concentre 49 % des personnes nécessitant une assistance humanitaire dans le monde.

Plus de 4 300 morts au Liban

Les données concernant le Liban figurent parmi les plus lourdes du rapport. L’OMS recense 4 335 morts et 12 281 blessés depuis le 2 mars, dans le cadre de l’escalade régionale classée par l’organisation comme une urgence aiguë de niveau 3, soit son niveau d’urgence opérationnelle le plus élevé.

Au-delà du bilan humain immédiat, la guerre continue de produire une crise sanitaire indirecte par les déplacements de population et les difficultés d’accès aux soins. Selon les données les plus récentes intégrées au document, 352 793 personnes étaient encore déplacées à l’intérieur du Liban au 6 août, dont 22 800 hébergées dans des centres collectifs au 10 août. Dans le même temps, 834 651 personnes avaient regagné leur région d’origine. Trois hôpitaux et 24 centres de soins de santé primaires restaient cependant fermés.

Les chiffres évoluent rapidement. Pour la seule situation arrêtée au 29 juillet, l’OMS comptabilisait encore 360 132 déplacés internes, dont 27 177 dans 262 sites collectifs, tandis que 821 077 personnes avaient commencé à rentrer dans leurs communautés.

Ces mouvements de retour ne signifient donc pas nécessairement un retour à une situation normale. Une partie des populations revient dans des régions où l’accès aux services demeure difficile et où l’identification des besoins sanitaires constitue elle-même un problème. L’OMS souligne notamment les difficultés rencontrées pour évaluer les besoins des personnes revenues dans des zones difficiles d’accès et pour recueillir les signaux sanitaires provenant des communautés.

5 400 personnels hospitaliers formés à la prise en charge des victimes

Face au risque de nouvelles arrivées massives de blessés, l’OMS concentre une partie importante de son dispositif libanais sur la médecine d’urgence et la capacité des hôpitaux à absorber un afflux soudain de victimes.

Environ 5 400 membres du personnel de 125 hôpitaux libanais ont ainsi été formés à la gestion des afflux massifs de victimes et aux soins traumatologiques. Des équipements destinés à la prise en charge des traumatismes ont également été distribués.

L’organisation participe parallèlement au rétablissement du Laboratoire central de santé publique, notamment du Laboratoire national de référence pour les maladies émergentes et réémergentes. Trois infirmières ont été déployées afin de renforcer la surveillance épidémiologique, la détection précoce des maladies, la prévention des infections et l’application du Règlement sanitaire international.

Cette dimension est importante : la crise sanitaire libanaise ne se limite plus aux blessés directement provoqués par les violences. Les déplacements, la promiscuité dans les centres collectifs, les difficultés d’approvisionnement en eau et les perturbations des services publics augmentent également le risque de maladies transmissibles.

Le ministère de la Santé et l’OMS ont ainsi diffusé dans les centres d’hébergement des informations portant sur la prévention des maladies contagieuses, la qualité de l’eau et des aliments, les maladies diarrhéiques, l’hépatite A, les infections respiratoires, la rougeole et la rage.

Une surveillance épidémiologique qui reste active

Malgré la crise, le dispositif libanais de surveillance sanitaire continue de fonctionner. Entre les semaines 27 et 30 de 2026, 33 signaux épidémiologiques ont été enregistrés au Liban. Selon l’OMS, ils ont tous été vérifiés dans les 24 heures et les investigations correspondantes ont été menées à leur terme.

Les incidents liés à l’alimentation constituaient la première catégorie signalée, devant les maladies diarrhéiques aiguës et les expositions à la rage. Dans ce dernier domaine, l’OMS a formé 237 professionnels de santé à la prise en charge de la rage et des morsures animales, au cours de douze sessions.

La sécurité alimentaire fait également l’objet d’une attention particulière. Des représentants de l’OMS, du ministère de la Santé et du ministère de l’Agriculture ont participé à des formations consacrées aux plans multisectoriels de réponse aux urgences alimentaires. Des recommandations ont également été préparées pour les inspecteurs et les cuisines collectives.

Les médicaments restent disponibles, mais la chaîne d’approvisionnement est vulnérable

Sur le front pharmaceutique, le rapport apporte un élément relativement rassurant : environ 90 % des médicaments figurant sur la liste des médicaments essentiels contre les maladies non transmissibles du ministère de la Santé restent disponibles.

Mais cette disponibilité demeure fragile. L’OMS identifie explicitement l’instabilité régionale, le coût du transport maritime et les retards de livraison comme autant de risques susceptibles de perturber les approvisionnements futurs.

La question est particulièrement sensible dans un pays très dépendant des importations et où les maladies chroniques nécessitent un approvisionnement continu. Une rupture logistique prolongée aurait ainsi des conséquences dépassant largement les seuls soins liés aux victimes du conflit.

Plus de 485 000 personnes bénéficiaires d’interventions sanitaires

L’ampleur du dispositif humanitaire donne également une mesure de la pression exercée sur le pays. À la fin juillet, la réponse coordonnée avait atteint environ 1,2 million de personnes au Liban, selon l’OMS. Plus de 485 000 personnes avaient bénéficié d’interventions sanitaires, tandis que les interventions concernant l’eau, l’assainissement et l’hygiène avaient touché plus de 1,3 million de personnes.

L’enjeu ne porte pas seulement sur les soins physiques. Le rapport fait apparaître des lacunes persistantes dans la prise en charge de la santé mentale. Quatre ateliers réunissant environ 90 participants appartenant à 57 organisations ont été organisés afin de cartographier les acteurs et les services disponibles.

Un atelier national a permis de faire passer de 36 % à 60 % le niveau de confiance déclaré des participants dans la coordination du dispositif. L’OMS relève néanmoins que la fragmentation des systèmes d’orientation des patients et les capacités limitées de coordination restent des difficultés importantes.

Chaleur, manque d’eau et pollution s’ajoutent à la crise

À la guerre et aux déplacements s’ajoute une autre pression, moins spectaculaire mais appelée à peser durablement sur la santé publique. L’OMS identifie au Liban plusieurs risques environnementaux simultanés : chaleurs extrêmes, pénuries d’eau, insécurité énergétique, pollution atmosphérique et inondations.

L’organisation travaille avec ses partenaires à l’élaboration de normes permettant de rendre les établissements sanitaires plus résistants aux effets du changement climatique ainsi qu’à la préparation de dispositifs de surveillance de la qualité de l’eau.

Cette accumulation de facteurs montre surtout que le problème sanitaire libanais dépasse désormais largement le fonctionnement des hôpitaux. Un système de santé doit simultanément absorber les blessés, assurer le suivi des centaines de milliers de déplacés et de personnes revenues dans leurs villages, maintenir les traitements chroniques, surveiller les maladies transmissibles et fonctionner dans un environnement où l’eau, l’électricité et les transports peuvent eux-mêmes devenir incertains.

Les structures de santé restent elles-mêmes exposées

La protection des établissements et des personnels sanitaires demeure par ailleurs une question régionale majeure. L’OMS a recensé 19 attaques contre les soins de santé dans la Méditerranée orientale au cours du seul mois de juillet, soit plus de la moitié des 36 incidents enregistrés dans le monde pendant cette période. Elles ont fait trois morts et quinze blessés.

Le graphique publié par l’OMS montre que deux de ces attaques ont été recensées au Liban en juillet, faisant quatre blessés, tandis que quinze attaques ont été enregistrées dans le territoire palestinien occupé, avec trois morts et onze blessés. L’organisation souligne que les attaques visant les services de santé ont diminué par rapport aux mois précédents avec la baisse de certaines violences après les cessez-le-feu, sans toutefois disparaître.

L’OMS rappelle à ce titre que les personnels, établissements et moyens de transport sanitaires bénéficient d’une protection au regard du droit international humanitaire et des conventions de Genève.

Une région entière au bord de la saturation humanitaire

Le cas libanais s’inscrit enfin dans un environnement régional extrêmement dégradé. L’OMS estime à 117 millions le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire dans sa région de la Méditerranée orientale. Quelque 80 millions se trouvent à des niveaux de crise d’insécurité alimentaire aiguë, 60,4 millions sont déplacées ou considérées comme personnes déplacées relevant de l’assistance humanitaire et 48 flambées épidémiques restent actives.

Au Soudan, choléra, dengue, paludisme, rougeole, diphtérie et poliomyélite circulent simultanément. Entre le 8 mai et le 3 août, 2 399 cas de choléra et 215 décès ont notamment été signalés dans six États. En Somalie, environ 15 800 cas de choléra ou de diarrhée aqueuse aiguë avaient été recensés au cours des trente premières semaines de l’année.

La Syrie reste confrontée à des pénuries de médicaments, de carburant, de moyens diagnostiques et de transport sanitaire, tandis qu’en Iran les attaques enregistrées entre le 27 juin et le 24 juillet ont fait 59 morts et plus de 666 blessés. En Irak, les frappes aériennes du 29 juillet auraient fait une vingtaine de morts et 32 blessés, alors que les stocks nationaux de plusieurs médicaments essentiels étaient épuisés.

Cette crise se heurte enfin à un problème financier. Pour son appel d’urgence consacré au conflit au Moyen-Orient, l’OMS estime avoir besoin de 30,3 millions de dollars. Seulement 10,5 millions, soit 35 %, avaient été reçus au moment du rapport, laissant près de 20 millions de dollars non financés.

Pour le Liban, les données de l’OMS décrivent ainsi moins une urgence sanitaire ponctuelle qu’une crise devenue structurelle. Le pays conserve des capacités médicales et de surveillance importantes, et la disponibilité des médicaments essentiels demeure relativement élevée. Mais ces capacités fonctionnent sous la pression combinée des victimes du conflit, des déplacements de population, des retours dans des régions parfois difficilement accessibles, de la fermeture de structures de soins et de risques épidémiologiques et environnementaux croissants.

Dans ce contexte, la question centrale n’est plus seulement de savoir si le système sanitaire libanais peut répondre à l’urgence actuelle. Elle est de savoir combien de temps il pourra maintenir ce niveau de réponse si le conflit et l’instabilité régionale se prolongent.

Newsdesk Libnanews
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