Ivonne A-Baki, diplomate équatorienne née de parents libanais, est entrée dans la course à la succession d’António Guterres au poste de secrétaire général des Nations unies. Sa candidature, présentée par les Tonga, ajoute un profil directement lié au Liban à une compétition qui compte désormais huit prétendants. Ancienne ambassadrice de l’Équateur aux États-Unis et au Qatar, elle met en avant ses origines libanaises, son expérience entre l’Amérique latine et le Moyen-Orient et son rôle dans le rapprochement entre l’Équateur et le Pérou après leur guerre frontalière de 1995.
Une diplomate d’origine libanaise pourrait succéder à António Guterres à la tête des Nations unies. Ivonne A-Baki a officiellement rejoint la course au poste de secrétaire général, selon une lettre du président de l’Assemblée générale de l’ONU annonçant sa candidature. L’ancienne ministre équatorienne du Commerce extérieur n’a toutefois pas été présentée par l’Équateur : sa nomination a été déposée par le royaume des Tonga, dans le Pacifique.
Cette entrée porte à huit le nombre de candidats déclarés, cinq femmes et trois hommes, alors que les nominations restent ouvertes. Le prochain secrétaire général devra prendre ses fonctions après la fin du second mandat d’António Guterres, prévue le 31 décembre 2026. La compétition intervient dans un contexte marqué par les divisions entre grandes puissances, la multiplication des conflits et les difficultés budgétaires des Nations unies.
Pour le Liban, la particularité de cette nouvelle candidature réside dans les origines d’Ivonne A-Baki. Née de parents libanais et ayant grandi dans un environnement reliant plusieurs cultures, la diplomate revendique elle-même cet héritage comme l’une des caractéristiques de sa candidature. Elle se présente comme un trait d’union potentiel entre l’Amérique latine et le Moyen-Orient, deux régions qui occupent une place centrale dans son parcours personnel et diplomatique.
Ivonne A-Baki revendique directement ses racines libanaises
L’origine libanaise d’Ivonne A-Baki n’est pas un élément secondaire de sa campagne. La candidate l’intègre directement à l’argumentaire qu’elle présente aux États membres des Nations unies. Dans un message annonçant sa candidature, elle a souligné être la seule prétendante dont l’héritage personnel relie l’Amérique latine et le Moyen-Orient. Elle affirme vouloir utiliser cette double appartenance pour contribuer à restaurer la capacité de médiation de l’ONU dans un monde marqué par une multiplication des conflits.
« J’ai vécu les ravages de la guerre », a-t-elle écrit en présentant sa candidature. Elle a également mis en avant son expérience dans la résolution des conflits et son rôle dans le processus qui a suivi la guerre entre l’Équateur et le Pérou en 1995. Son message cherche ainsi à associer son histoire personnelle, ses origines libanaises et son expérience diplomatique à l’une des missions fondatrices des Nations unies : la prévention des guerres.
Ivonne A-Baki appartient à cette importante diaspora libanaise installée depuis plusieurs générations en Amérique latine. Des communautés issues de l’émigration libanaise se sont développées notamment au Brésil, en Argentine, au Mexique, en Colombie, au Venezuela et en Équateur. Plusieurs personnalités politiques de premier plan du continent possèdent des origines libanaises, reflet d’une migration commencée dès la fin du XIXe siècle et poursuivie au cours du XXe.
Dans le cas d’A-Baki, cet héritage a accompagné une carrière construite au service de l’Équateur. Sa candidature reste donc juridiquement et diplomatiquement celle d’une personnalité équatorienne présentée par les Tonga. Ses racines libanaises lui donnent cependant une dimension particulière au moment où le Moyen-Orient constitue l’un des principaux foyers de crise auxquels le futur secrétaire général devra faire face.
Une diplomate passée par Washington et Doha
Le parcours d’Ivonne A-Baki s’étend sur plusieurs décennies et combine diplomatie, fonctions ministérielles et initiatives internationales. Elle a notamment été la première femme équatorienne nommée ambassadrice aux États-Unis, l’un des postes les plus importants de la diplomatie de Quito. Elle a également représenté son pays au Qatar, ce qui lui a permis d’acquérir une expérience diplomatique directe au Moyen-Orient.
Les Tonga ont précisément mis en avant cette combinaison dans le dossier de nomination. Le royaume souligne son expérience comme membre du gouvernement, ambassadrice à Washington et ambassadrice à Doha. Pour un poste dont le titulaire doit dialoguer en permanence avec des gouvernements aux intérêts opposés, cette capacité à évoluer entre plusieurs espaces diplomatiques constitue l’un des principaux arguments de sa candidature.
A-Baki a également occupé le portefeuille du Commerce extérieur en Équateur. Cette expérience lui donne un profil qui ne se limite pas aux questions politiques et sécuritaires. Le futur secrétaire général devra en effet gérer une organisation confrontée à des contraintes financières croissantes, tandis que les questions de développement, de commerce, de climat et de financement international restent étroitement liées aux crises politiques.
Sa candidature insiste toutefois principalement sur la médiation et la prévention des conflits. Elle affirme être la seule candidate actuellement en lice à avoir participé à la négociation d’un accord de paix entre deux États souverains membres des Nations unies. Cette référence concerne le conflit frontalier entre l’Équateur et le Pérou, qui avait connu une nouvelle phase militaire en 1995.
La paix entre l’Équateur et le Pérou au cœur de sa candidature
La guerre du Cenepa avait opposé les deux pays dans une région amazonienne dont la frontière restait contestée. Les combats, relativement brefs, avaient néanmoins confirmé la persistance d’un différend territorial ancien entre Lima et Quito. Après les hostilités, plusieurs années de négociations avaient été nécessaires pour parvenir à un règlement définitif.
Ivonne A-Baki avait participé aux efforts visant à créer un dialogue entre les deux pays après cette confrontation. L’accord de paix définitif fut signé en 1998, mettant fin à l’un des plus anciens différends frontaliers d’Amérique latine. La candidate utilise aujourd’hui cette expérience comme un élément central de son dossier pour l’ONU.
Cette référence répond directement à la situation internationale de 2026. Le prochain secrétaire général héritera d’une organisation confrontée à plusieurs conflits simultanés et aux divisions profondes du Conseil de sécurité. Les désaccords entre les États-Unis, la Russie et la Chine réduisent régulièrement la capacité du Conseil à adopter des positions communes sur les grandes crises internationales.
A-Baki cherche donc à présenter son expérience de médiatrice comme une compétence directement applicable aux fonctions de secrétaire général. Le poste ne permet pas d’imposer une solution aux États, mais son titulaire peut utiliser ses bons offices, faciliter des négociations et ouvrir des canaux lorsque les relations officielles sont bloquées.
Une candidature également marquée par le dossier Yasuni
Le parcours de la diplomate équatorienne comporte aussi un épisode plus controversé. Ivonne A-Baki a été l’une des principales représentantes internationales de l’initiative Yasuni-ITT, un projet lancé par l’Équateur pour éviter l’exploitation de réserves pétrolières situées dans une partie particulièrement riche en biodiversité de l’Amazonie.
Le principe consistait à maintenir le pétrole dans le sous-sol du parc national Yasuni en échange d’une contribution financière importante de la communauté internationale. L’Équateur demandait ainsi aux pays étrangers de participer au coût économique de la non-exploitation des ressources, en contrepartie d’un bénéfice climatique et environnemental global.
A-Baki fut l’un des visages internationaux de cette initiative. Le projet n’a cependant pas réussi à mobiliser les financements espérés. En 2013, le président équatorien de l’époque, Rafael Correa, y a mis fin et autorisé l’exploitation pétrolière, reconnaissant que les contributions internationales avaient été très inférieures aux objectifs.
Cet épisode peut néanmoins peser dans l’évaluation de son profil sous un autre angle. Il lui a donné une expérience directe des négociations internationales sur le financement climatique, la biodiversité et la tension entre développement économique et protection environnementale. Ces dossiers occupent désormais une part importante de l’agenda des Nations unies.
Huit candidats pour succéder à António Guterres
Ivonne A-Baki rejoint une compétition déjà avancée. Cinq femmes et trois hommes sont désormais candidats à la succession d’António Guterres, qui quittera ses fonctions à l’issue de son second mandat, le 31 décembre 2026. Les nominations restent toutefois ouvertes, ce qui laisse encore la possibilité à d’autres personnalités d’entrer dans la course.
Parmi les candidats figurent Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente du Costa Rica et actuelle secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement ; Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et ancienne Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme ; ainsi que María Fernanda Espinosa, ancienne ministre équatorienne des Affaires étrangères et ancienne présidente de l’Assemblée générale.
La liste comprend également Carolyn Rodrigues-Birkett, ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana ; Rafael Grossi, diplomate argentin qui dirige l’Agence internationale de l’énergie atomique ; Olara Otunnu, ancien ministre ougandais des Affaires étrangères et ancien haut responsable des Nations unies ; ainsi que Macky Sall, ancien président du Sénégal.
La présence d’Ivonne A-Baki signifie également que deux personnalités équatoriennes figurent désormais dans la compétition, puisqu’elle rejoint María Fernanda Espinosa. Cette situation illustre la nature particulière de la procédure : un candidat peut être présenté par un État autre que celui dont il possède la nationalité ou auquel sa carrière est principalement associée.
Une course où aucun favori ne s’impose encore
La compétition reste ouverte malgré un premier test au Conseil de sécurité. Celui-ci a organisé en juillet un premier « straw poll », consultation informelle permettant aux quinze membres de mesurer le niveau de soutien dont disposent les candidats. Ivonne A-Baki n’y participait pas encore, puisque sa candidature a été déposée après ce premier tour.
Rebeca Grynspan était arrivée en tête à l’issue de cette première consultation. Ce résultat ne lui garantit toutefois pas la nomination. Plusieurs tours peuvent être nécessaires avant qu’un candidat parvienne à réunir une majorité suffisante tout en évitant l’opposition d’un membre permanent.
Rafael Grossi dispose de son côté d’une forte visibilité internationale en raison de ses fonctions à la tête de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Il a occupé une place centrale dans les dossiers nucléaires iranien et ukrainien au cours des dernières années. Cette notoriété ne suffit cependant pas à faire de lui un candidat assuré de l’emporter, dans une procédure où les considérations géopolitiques jouent un rôle déterminant.
La candidature d’une femme bénéficie par ailleurs d’un argument institutionnel important. Depuis la création de l’ONU en 1945, aucune femme n’a occupé le poste de secrétaire général. La présence de cinq candidates parmi les huit personnalités désormais déclarées renforce la possibilité d’une première en 2027, sans constituer pour autant une garantie dans une procédure dominée par les équilibres du Conseil de sécurité.
Les cinq membres permanents détiennent la clé
Le secrétaire général n’est pas élu directement par l’Assemblée générale. Le Conseil de sécurité doit d’abord recommander un candidat. Pour franchir cette étape, celui-ci doit obtenir au moins neuf voix sur les quinze membres du Conseil et, surtout, éviter le veto de chacun des cinq membres permanents : les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni.
Cette deuxième condition rend les prévisions particulièrement difficiles. Un candidat peut disposer d’un soutien important parmi les membres du Conseil et être néanmoins bloqué par une seule grande puissance. Les consultations informelles servent précisément à identifier progressivement les candidatures capables de réunir un consensus entre des gouvernements dont les relations sont actuellement très tendues.
Les cinq membres permanents n’ont pas encore dévoilé publiquement leurs préférences définitives. Leur position sera déterminante pour Ivonne A-Baki comme pour ses concurrents. Son expérience à Washington peut constituer un élément de son profil auprès des États-Unis, tandis que son passage au Qatar et ses origines moyen-orientales lui permettent de mettre en avant une connaissance de régions situées au cœur des crises internationales. Ces caractéristiques ne permettent cependant pas de présumer du vote américain ni de celui des autres membres permanents.
Une fois recommandé par le Conseil de sécurité, le candidat doit être nommé par l’Assemblée générale, qui réunit l’ensemble des États membres. Dans la pratique, l’étape décisive reste donc la recherche d’un accord au Conseil et, particulièrement, entre ses cinq membres permanents.
Des racines libanaises dans une compétition mondiale
Pour Ivonne A-Baki, l’entrée tardive dans la course représente désormais un premier défi. Ses sept concurrents ont déjà participé à une partie du processus et certains disposent d’une visibilité importante au sein du système des Nations unies. Sa candidature devra rapidement obtenir des soutiens avant les prochaines consultations du Conseil de sécurité.
Ses racines libanaises constituent dans ce cadre un élément identitaire qu’elle a elle-même choisi de placer au premier plan. Elles ne font pas de sa candidature celle du Liban, puisque son parcours politique et diplomatique est équatorien et que sa nomination a été présentée par les Tonga. Elles lui permettent en revanche de revendiquer une expérience personnelle reliant l’Amérique latine au Moyen-Orient à un moment où ces deux espaces occupent une place importante dans les débats internationaux.
Cette dimension pourrait également attirer l’attention au Liban, pays dont la diaspora a produit de nombreuses personnalités politiques, économiques et culturelles dans les Amériques. Une accession d’Ivonne A-Baki au secrétariat général aurait à ce titre une forte portée symbolique, même si la compétition reste aujourd’hui très ouverte.
La diplomate doit désormais passer le même obstacle que ses concurrents : convaincre au moins neuf membres du Conseil de sécurité sans provoquer le veto de Washington, Moscou, Pékin, Paris ou Londres. Son arrivée après le premier vote informel lui impose en outre de rattraper rapidement les candidats déjà testés. Les prochaines consultations permettront de déterminer si son parcours de médiatrice et les racines libanaises qu’elle revendique peuvent transformer cette candidature tardive en candidature de compromis.


