La Banque mondiale prévoit une contraction de 6,4 % de l’économie libanaise en 2026 sous l’effet de la guerre, avec une inflation attendue à 17,5 %. Le choc efface le rebond technique de 4,2 % enregistré en 2025, qui ne constituait pas encore une véritable reprise structurelle après l’effondrement commencé en 2019. Banques toujours en crise, dépôts soumis à des restrictions, dette souveraine non restructurée, pertes accumulées dans le système financier et crédit largement paralysé avaient laissé le Liban sans véritables amortisseurs lorsqu’un nouveau conflit a frappé son économie.
La Banque mondiale prévoit désormais une contraction de 6,4 % du produit intérieur brut réel du Liban en 2026. L’institution attribue directement cette rechute à la guerre, qui a provoqué une chute du tourisme, affaibli la consommation et perturbé les chaînes d’approvisionnement. L’insécurité et les déplacements prolongés de population réduisent également l’activité, tandis que les destructions et l’incertitude pèsent sur les décisions des ménages et des entreprises.
Le retournement paraît spectaculaire au regard du taux de croissance de 4,2 % estimé pour 2025, le plus élevé depuis le déclenchement de la crise financière en 2019. Mais la comparaison doit être interprétée avec prudence. Cette progression relevait largement d’un rebond technique après plusieurs années de contraction et à partir d’une base économique très déprimée. Elle ne signifiait ni un retour au niveau d’activité antérieur à la crise, ni la restauration des mécanismes nécessaires à une croissance durable.
L’économie libanaise avait certes retrouvé davantage d’activité en 2025. Le tourisme, la consommation privée, les transferts de la diaspora et certains investissements avaient soutenu ce rattrapage. Mais les banques ne finançaient toujours pas normalement l’économie, les déposants ne disposaient pas librement de toute leur épargne, la dette publique restait en défaut et les pertes accumulées dans le système financier n’avaient toujours pas été définitivement réparties. Le pays connaissait donc une amélioration conjoncturelle sans avoir réglé les causes structurelles de son effondrement.
C’est cette distinction qui donne toute sa portée à la prévision de la Banque mondiale. La guerre de 2026 n’interrompt pas une économie assainie qui aurait retrouvé un cycle normal de croissance. Elle frappe une économie qui commençait seulement à remonter après plusieurs années d’effondrement, tout en conservant une grande partie des vulnérabilités apparues depuis 2019.
La guerre efface le rebond technique de 2025
Le passage de +4,2 % en 2025 à -6,4 % en 2026 représente un écart de 10,6 points de pourcentage. La Banque mondiale explique cette détérioration par plusieurs effets simultanés du conflit : effondrement du tourisme, affaiblissement de la consommation, perturbation des approvisionnements, insécurité persistante et déplacements de population. Tous touchent des secteurs qui avaient précisément participé au rebond technique de l’année précédente.
Le tourisme occupe une place particulière dans cette équation. Dans une économie privée d’un système bancaire pleinement fonctionnel, les dépenses des visiteurs et les entrées de devises jouent un rôle supérieur à celui qu’elles auraient dans une économie disposant de circuits de financement normaux. Les hôtels, restaurants, transports, commerces et nombreux services dépendent directement ou indirectement de cette activité. Une dégradation sécuritaire réduit donc rapidement les revenus d’une large partie de l’économie.
La consommation subit le même choc. Les déplacements de population modifient les dépenses des ménages, tandis que l’incertitude encourage ceux qui le peuvent à conserver davantage de liquidités. Les entreprises retardent leurs investissements lorsque la visibilité sur l’activité, les approvisionnements et la sécurité se détériore. Dans le même temps, les destructions augmentent les besoins financiers pour réparer logements, commerces, équipements et infrastructures.
Ces mécanismes expliquent pourquoi le rebond de 2025 pouvait être rapidement interrompu. Il reposait en partie sur le retour d’activités très sensibles à la stabilité et sur une économie largement financée par les devises disponibles en dehors du crédit bancaire classique. Cette forme de résilience permet au secteur privé de fonctionner, mais elle ne lui fournit pas les mêmes protections face à un choc majeur.
Une inflation attendue à 17,5 %
La récession devrait s’accompagner d’une nouvelle accélération des prix. La Banque mondiale prévoit une inflation de 17,5 % en 2026, alimentée notamment par les perturbations de l’offre, la hausse des coûts du transport maritime et l’augmentation des prix pétroliers. Pour les ménages libanais, cette évolution menace de réduire encore le pouvoir d’achat après plusieurs années de crise monétaire.
Le renchérissement de l’énergie possède un impact particulièrement large. Le Liban dépend fortement des importations pour ses besoins énergétiques, tandis que les générateurs privés restent indispensables à de nombreux ménages et entreprises. Une augmentation des carburants affecte donc simultanément les transports, la production d’électricité, la logistique et le coût final de nombreux biens et services.
La situation est différente de celle des premières années de la crise, lorsque l’effondrement de la livre alimentait directement une inflation extrêmement élevée. Une partie importante de l’économie fonctionne désormais en dollars et en espèces. Cette dollarisation a apporté une forme de stabilité aux transactions, mais elle n’a pas supprimé les inégalités entre les ménages qui disposent de revenus en devises et ceux dont les ressources restent principalement libellées en livres.
Elle n’a surtout pas recréé un véritable système financier. L’économie peut fonctionner au quotidien grâce au cash, aux transferts de l’étranger et aux revenus en dollars. Elle rencontre en revanche beaucoup plus de difficultés lorsqu’il faut financer des investissements lourds, accorder des crédits sur plusieurs années ou mobiliser l’épargne pour reconstruire des capacités productives.
L’économie libanaise reste marquée par l’effondrement de 2019
La fragilité actuelle trouve ses racines dans le modèle économique qui s’est développé avant 2019. Pendant des années, le Liban a dépendu d’importantes entrées de capitaux et de dépôts, notamment en provenance de sa diaspora. Les banques proposaient des rémunérations élevées pour attirer les devises. Elles plaçaient ensuite une part considérable de ces ressources auprès de la Banque du Liban ou dans le financement de l’État.
Ce mécanisme permettait à la fois de financer les déficits publics et de soutenir la parité de la livre avec le dollar. Mais il nécessitait l’arrivée permanente de nouvelles devises pour rester viable. Lorsque les entrées de capitaux ont ralenti et que la confiance s’est détériorée, le système a perdu progressivement sa capacité à honorer ses engagements.
À partir de 2019, les banques ont imposé des restrictions aux retraits et aux transferts vers l’étranger. Des déposants ont ainsi conservé des soldes bancaires libellés en dollars sans pouvoir disposer librement de leurs fonds. Pendant une longue période, ces restrictions ont été appliquées sans cadre légal général de contrôle des capitaux, avec des conditions qui ont varié selon les banques, les comptes et les mécanismes successivement mis en place.
La crise bancaire a rapidement contaminé toute l’économie. La dépréciation de la livre a détruit une grande partie de la valeur réelle des revenus en monnaie nationale. L’épargne bancaire a été immobilisée. Le crédit s’est effondré. L’État a cessé de rembourser sa dette extérieure en mars 2020. L’économie libanaise est ainsi entrée dans une crise bancaire, monétaire, budgétaire et sociale simultanée.
Banques, Banque du Liban et État : des pertes imbriquées
La difficulté principale vient de l’imbrication des bilans. Les banques commerciales avaient placé une partie considérable de leurs ressources auprès de la Banque du Liban et financé directement ou indirectement l’État. La banque centrale avait elle-même accumulé d’importants engagements envers le système bancaire. L’État, enfin, avait accumulé une dette publique devenue insoutenable.
Lorsque ce système s’est effondré, les pertes n’ont pas disparu. Elles se sont retrouvées réparties entre ces différents bilans sans qu’un mécanisme global soit rapidement adopté pour déterminer qui devait les absorber. Les banques détiennent des créances sur l’État et la Banque du Liban, tandis que les déposants détiennent des créances sur les banques. Toute solution appliquée à l’un des acteurs produit donc des conséquences sur les autres.
La Banque mondiale avait évalué les pertes du secteur financier à plus de 70 milliards de dollars au cours des premières années de la crise. Leur ampleur doit être replacée dans la taille exceptionnelle qu’avait atteinte le système bancaire avant 2019. Les actifs bancaires représentaient environ 450 % du PIB à la fin de 2018, signe d’un secteur financier devenu disproportionné par rapport à l’économie réelle.
Cette situation explique pourquoi la crise n’a pas pu être réglée par une simple recapitalisation de quelques établissements. Le problème concerne simultanément les pertes de la Banque du Liban, les engagements de l’État, les fonds propres des banques et les droits des déposants. La question centrale consiste depuis plusieurs années à déterminer comment répartir ces pertes sans rendre définitivement insoutenable la dette publique ni faire supporter l’essentiel du coût aux épargnants.
Les dépôts restent au cœur de la crise bancaire
Pour les ménages, le problème possède une dimension beaucoup plus concrète. Une partie des économies accumulées avant 2019 reste soumise à des restrictions. Différents mécanismes ont permis des retraits partiels ou encadrés, mais le fonctionnement normal d’un compte bancaire en devises n’a pas été rétabli pour l’ensemble des anciens dépôts.
La question des dépôts constitue ainsi l’un des principaux obstacles à une restructuration définitive. Reconnaître une créance est une chose ; disposer des actifs permettant de la rembourser en est une autre. Le système doit déterminer quelles ressources peuvent réellement être mobilisées, dans quel ordre les pertes doivent être absorbées et sur quelle période les déposants pourront récupérer leurs fonds.
Le Fonds monétaire international insiste notamment sur la nécessité de respecter une hiérarchie des créanciers compatible avec les pratiques internationales. Les actionnaires et les détenteurs de créances de rang inférieur doivent supporter les pertes avant que celles-ci ne soient transférées aux déposants. Cette question est particulièrement sensible au Liban en raison de l’écart considérable entre la valeur nominale des engagements du système et les actifs effectivement disponibles.
Les retards accumulés depuis 2019 ont également un coût économique. Tant que les bilans ne sont pas assainis, les banques ne peuvent pas retrouver pleinement leur fonction traditionnelle. La crise des dépôts n’est donc pas seulement un conflit entre établissements et épargnants. Elle empêche aussi le rétablissement du financement de l’économie.
Le crédit reste l’un des grands absents de la reprise
Le rebond technique de 2025 illustrait précisément cette anomalie. L’activité pouvait progresser sans véritable redémarrage du crédit bancaire, grâce aux dollars en circulation, aux transferts de la diaspora, aux ressources propres des entreprises et aux dépenses touristiques. Mais ce fonctionnement possède des limites évidentes.
Une entreprise peut financer son activité quotidienne en espèces. Elle rencontre davantage de difficultés lorsqu’elle souhaite construire une usine, acheter des équipements coûteux ou engager un programme d’investissement sur plusieurs années. Les ménages rencontrent le même problème pour financer un logement. Sans banques capables de transformer l’épargne en prêts à moyen et long terme, la capacité d’investissement de l’économie reste réduite.
La guerre rend cette faiblesse encore plus coûteuse. Les destructions créent précisément des besoins de financement de longue durée. Logements, commerces, exploitations agricoles, équipements et infrastructures doivent être réparés ou reconstruits. Dans une économie financièrement normale, une partie de ces dépenses serait financée par le crédit, les marchés et l’État. Le Liban dispose aujourd’hui de possibilités beaucoup plus limitées.
Cette situation explique pourquoi une croissance positive en 2025 ne pouvait pas être assimilée à une sortie de crise. Une véritable reprise structurelle aurait supposé le retour d’un système bancaire fonctionnel, la reprise du crédit, une restructuration de la dette publique, un traitement crédible des pertes et une amélioration durable de l’investissement productif. Ces conditions n’étaient pas réunies lorsque la guerre a éclaté.
Le défaut souverain continue de limiter l’État
Le secteur bancaire n’est pas le seul amortisseur financier dont le Liban reste privé. L’État est en défaut sur sa dette extérieure depuis mars 2020, lorsqu’il a annoncé qu’il ne rembourserait pas une échéance d’eurobonds. Plus de six ans après cette décision, le pays n’a toujours pas retrouvé un accès normal aux marchés internationaux.
Cette situation limite fortement la capacité du gouvernement à répondre à une nouvelle crise. Un État disposant d’une dette soutenable et de la confiance des marchés peut emprunter pour financer temporairement des dépenses exceptionnelles. Le Liban ne dispose pas de cette marge dans les mêmes conditions. Les besoins liés à la guerre apparaissent alors que le pays doit déjà restructurer sa dette et reconstruire la crédibilité de ses finances publiques.
Les origines de ce problème sont elles aussi anciennes. Pendant des années, l’État a accumulé des déficits et une dette élevée, financés en grande partie par le secteur financier local. Les banques et la Banque du Liban sont ainsi devenues étroitement liées au financement du Trésor. Lorsque l’État a cessé de pouvoir soutenir cette dette et que les entrées de capitaux ont diminué, l’ensemble du mécanisme s’est retrouvé sous pression.
La récession prévue en 2026 complique encore l’équation budgétaire. Une contraction du PIB réduit l’assiette fiscale au moment où les besoins humanitaires, sociaux et de reconstruction augmentent. Le gouvernement doit donc mobiliser davantage de ressources dans une économie plus petite et avec un accès limité au financement.
Les réformes bancaires avancent, mais tardivement
Les autorités libanaises ont accéléré certaines réformes depuis 2025. Le cadre du secret bancaire a été modifié et le Parlement a avancé sur les textes destinés à restructurer le secteur financier. En août 2026, les députés ont adopté des amendements à la loi sur la résolution bancaire, l’un des dossiers suivis par les institutions financières internationales.
Le FMI a accueilli favorablement ce vote, qu’il considère comme une étape importante vers un cadre conforme aux meilleures pratiques internationales. Le texte doit permettre de mieux organiser la restructuration ou la liquidation des banques qui ne sont plus viables. Il ne règle toutefois pas, à lui seul, les pertes accumulées depuis 2019.
La prochaine étape consiste à traduire le cadre légal dans les bilans. Il faut déterminer quelles banques disposent encore d’actifs suffisants, lesquelles doivent être recapitalisées et lesquelles ne peuvent plus poursuivre leur activité sous leur forme actuelle. Il faut parallèlement traiter les engagements de la Banque du Liban, la dette souveraine et les droits des déposants.
C’est sur ce point que la nouvelle prévision de la Banque mondiale prend une dimension supplémentaire. Les réformes qui étaient déjà nécessaires pour sortir de la crise financière deviennent indispensables pour financer les conséquences d’une nouvelle guerre. Plus leur application est retardée, plus le Liban dépend de financements extérieurs, de l’aide internationale, des transferts privés et des liquidités de la diaspora.
Une récession qui superpose deux crises
La contraction de 6,4 % annoncée pour 2026 ne constitue donc pas une nouvelle crise indépendante de celle commencée en 2019. Elle ajoute un choc de guerre à une crise financière qui n’a jamais été complètement résolue. Les deux se renforcent désormais mutuellement.
La guerre détruit des capacités productives, déplace des populations, décourage le tourisme et l’investissement, augmente les coûts logistiques et alimente l’inflation. La crise bancaire réduit, de son côté, la capacité à financer les réparations et les investissements nécessaires pour compenser ces destructions. Le défaut souverain limite la capacité de l’État à emprunter, tandis que les restrictions sur les dépôts empêchent de mobiliser normalement une partie de l’épargne privée.
Cette interaction permet aussi de mieux comprendre la nature du rebond de 2025. Une croissance de 4,2 % après plusieurs années d’effondrement pouvait améliorer certains indicateurs sans modifier fondamentalement la situation du pays. L’économie produisait davantage qu’au point bas de la crise, mais elle restait très éloignée d’un fonctionnement financier normal.
Le terme de rebond technique décrit ainsi mieux cette période qu’une véritable reprise structurelle. Le tourisme, la consommation et les transferts en devises avaient permis un rattrapage, mais le crédit, l’investissement à long terme et l’intermédiation bancaire n’avaient pas retrouvé leur rôle. La guerre a précisément frappé les activités qui avaient rendu ce rattrapage possible.
Le FMI attendu à Beyrouth en septembre
La reprise annoncée des discussions avec le Fonds monétaire international en septembre intervient donc dans un contexte beaucoup plus difficile. Le Liban doit désormais mener de front la restructuration du secteur bancaire, le traitement des pertes, la question des dépôts, la dette publique et les conséquences économiques de la guerre.
La Banque mondiale considère que les réformes bancaires et l’amélioration de la gestion budgétaire seront essentielles pour rétablir la confiance et mobiliser les financements nécessaires à la reconstruction. Cette exigence dépasse désormais la seule sortie de la crise de 2019. Elle conditionne aussi la capacité du pays à répondre au choc de 2026.
L’aide internationale peut apporter des ressources, mais elle ne peut pas remplacer durablement un système financier national. Les transferts de la diaspora peuvent soutenir la consommation, mais ils ne constituent pas une politique de crédit. La dollarisation peut faciliter les transactions, mais elle ne recapitalise pas les banques et ne restructure pas la dette publique.
Le défi consiste donc moins à retrouver rapidement un taux de croissance positif qu’à transformer une éventuelle reprise future en croissance durable. Le précédent de 2025 montre qu’un PIB peut rebondir sans que les déséquilibres fondamentaux soient réglés. La prévision de -6,4 % pour 2026 montre, inversement, à quelle vitesse ce rattrapage peut disparaître lorsqu’un nouveau choc frappe une économie dépourvue d’amortisseurs financiers.
Les réunions prévues avec le FMI en septembre devront désormais intégrer cette nouvelle réalité. Le Liban n’aborde plus les négociations seulement avec Le FMI attendu à Beyrouth en septembre
La reprise annoncée des discussions avec le Fonds monétaire international en septembre intervient donc dans un contexte beaucoup plus difficile. Le Liban doit désormais mener de front la restructuration du secteur bancaire, le traitement des pertes, la question des dépôts, la dette publique et les conséquences économiques de la guerre. Ces dossiers étaient déjà étroitement liés avant le nouveau conflit. La contraction attendue en 2026 réduit encore les ressources disponibles pour les résoudre.
La Banque mondiale considère que les réformes bancaires et l’amélioration de la gestion budgétaire seront essentielles pour rétablir la confiance et mobiliser les financements nécessaires à la reconstruction. Cette exigence dépasse désormais la seule sortie de la crise ouverte en 2019. Elle conditionne aussi la capacité du pays à répondre au choc de 2026, alors que les destructions, les déplacements de population et le ralentissement de l’activité créent de nouveaux besoins financiers.
L’aide internationale peut apporter des ressources, mais elle ne peut pas remplacer durablement un système financier national. Les transferts de la diaspora peuvent soutenir la consommation et fournir des devises, mais ils ne constituent pas une politique de crédit. La dollarisation facilite une partie des transactions courantes, mais elle ne recapitalise pas les banques, ne restitue pas automatiquement les anciens dépôts et ne restructure pas la dette publique. Le fonctionnement quotidien de l’économie ne doit donc pas être confondu avec la restauration de ses mécanismes financiers.
Le défi consiste moins à retrouver rapidement un taux de croissance positif qu’à transformer une éventuelle reprise future en croissance durable. Le précédent de 2025 montre qu’un PIB peut rebondir après un effondrement sans que les déséquilibres fondamentaux soient réglés. La prévision de -6,4 % pour 2026 montre, inversement, à quelle vitesse ce rattrapage peut disparaître lorsqu’un nouveau choc frappe une économie dépourvue d’amortisseurs financiers solides.
Les réunions prévues avec le FMI en septembre devront désormais intégrer cette nouvelle réalité. Le Liban n’aborde plus les négociations seulement avec les séquelles de la crise bancaire commencée en 2019. Il doit aussi présenter une trajectoire crédible pour une économie de nouveau en récession, avec une inflation attendue à 17,5 % et des besoins de reconstruction supplémentaires. L’application de la loi sur la résolution bancaire, le traitement des pertes et les modalités de restitution des dépôts feront partie des éléments permettant de mesurer si les réformes votées commencent réellement à modifier le fonctionnement du système financier.
La trajectoire économique dépendra parallèlement de l’évolution de la guerre. Une amélioration sécuritaire pourrait permettre au tourisme et à certaines activités de services de repartir relativement rapidement, comme cela avait été observé lors du rebond technique de 2025. Une prolongation du conflit augmenterait au contraire les destructions, les déplacements et les coûts d’approvisionnement, avec le risque de rendre les projections actuelles encore plus difficiles à tenir. La prévision de contraction de 6,4 % constitue ainsi un état des lieux de l’économie libanaise en 2026, mais son évolution restera directement liée à la durée des hostilités et à la capacité des autorités à avancer, cette fois, sur les réformes financières restées inachevées depuis 2019.



