Le spectre de la mort semble ne pas avoir épargné la localité de Kfarchima en cette fin de mois d’octobre. En début de semaine, le village a été témoin du départ de la mère de la grande diva Majida el Roumi. Quelques jours plus tard, l’illustre chanteur et compositeur Melhem Barakat s’est éteint à l’âge de 71 ans, des suites d’une longue maladie. Secouée par cette pénible nouvelle, la diva libanaise a interrompu les condoléances de sa mère pour se rendre, accompagnée de son frère, au bercail de Melhem Barakat, afin de présenter ses condoléances à sa famille. Ensuite, elle lui a adressé une lettre émouvante en arabe, qui a été diffusée en masse sur les réseaux sociaux, que nous avons traduit ci-dessous :

De Majida el Roumi à Melhem Barakat,

«Hier, depuis les condoléances de ma mère jusqu’aux tiennes, depuis le couvent Qarqafi à Kfarchima jusqu’à l’église Saints-Pierre-et-Paul à Kfarchima,
j’ai parcouru cette distance dans notre petit village, le cœur affligé à l’écoute de ta voix émanant de chaque rue et chaque quartier …

Ta voix, Melhem, qui m’a enchantée toute ma vie, cette même voix ne m’a laissée hier plus une seule larme pour te pleurer.

Ces mêmes ruelles de Kfarchima, Melhem, où nous nous sommes promenés depuis notre plus tendre enfance, que nous avons vu fleurir, qui nous ont souris, et qui nous ont offert tous les printemps du monde et toutes les lueurs d’espoirs possibles, ces mêmes ruelles hier, se sont métamorphosées en une arrière-saison triste, prête à se dépouiller de toutes ses feuilles et à pleurer avec nous, et écrire sur les feuillets d’octobre 2016 : « Tout est fugace, seule la Face de Dieu est éternelle »…

J’ai vu que tout le monde était triste comme nous, tout le monde t’aime comme nous t’aimons, tu manqueras à tout ce monde, et nous dirons tous aux générations futures que tu es une des voix les plus éminentes qu’aie connues cet Orient.

Lorsque ta voix s’attendrit elle fait pleurer la roche; lorsqu’elle s’emporte, elle déchaîne la tempête; et lorsqu’elle se déploie, elle fait verdoyer en nous des jardins d’éden

Tu es une phrase musicale prospère et chevronnée, qui restera une leçon de justesse à toute personne férue de musique, aujourd’hui, chaque jour, et jusqu’à la fin des temps.

Abou Majd*, toi le bien-aimé de tous les Libanais et de tous les Arabes, toi le fils vertueux de Kfarchima, qu’importe si le temps nous éloigne, nous allons nous retrouver un jour, c’est notre foi en Dieu, et nous nous retrouverons pour chanter éternellement les gloires de Dieu.

Je te prie, en ce si triste jour, de bien vouloir accepter avec beaucoup d’amour jaillissant des tréfonds de mon cœur, toute mon incommensurable estime envers ton art authentique, ta voix universelle et tout ce que tu as été dans cette vie …

Majida el Roumi,

Kfarchima, le 30/10/16.»

(Traduction : Marie-Josée Rizkallah)

  • Abou Majd : surnom donné à Melhem Barakat, qui signifie le père de Majd, ce dernier étant le prénom de son fils aîné, qui signifie littéralement « la gloire ».