Dans une allocution diffusée lundi soir sur Al Manar, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a demandé l’annulation de la réunion prévue mardi à Washington entre les ambassadeurs du Liban et d’Israël. Il a jugé ces discussions inutiles tant que les bombardements israéliens se poursuivent et a réaffirmé la poursuite de la confrontation militaire.
Rejet des discussions prévues mardi
Naïm Qassem a ouvert son intervention par un message de Pâques adressé aux chrétiens. Il a ensuite qualifié l’offensive israélienne d’agression ne respectant ni considérations humaines ni considérations morales, avant d’affirmer que la diplomatie libanaise n’avait pas obtenu d’avancée tangible depuis quinze mois et que l’accord indirect conclu en novembre 2024 n’avait pas été appliqué.
Le chef du Hezbollah a rejeté toute négociation avec Israël dans les circonstances actuelles. Il a estimé qu’aucun responsable libanais ne pouvait engager le pays dans cette voie sans consensus interne, et a présenté la réunion de Washington comme une concession faite sous le feu. Il a aussi soutenu que le seul chemin vers la souveraineté passait, à ses yeux, par l’application de l’accord existant et d’abord par l’arrêt total de l’agression.
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Les cinq points avancés par le Hezbollah
Dans le détail, Naïm Qassem a énuméré cinq priorités. Il a demandé l’arrêt complet des bombardements israéliens, le retrait immédiat de toutes les terres libanaises occupées, la libération des prisonniers, le retour des habitants jusqu’au dernier village frontalier et le lancement de la reconstruction, qu’il a présenté comme le cinquième point devant être pris en charge par une décision officielle et un soutien international.
Son discours intervient à la veille d’une rencontre prévue à Washington entre les ambassadeurs du Liban et d’Israël aux États-Unis. Selon Reuters, Beyrouth entend utiliser cette réunion pour tenter d’obtenir un cessez-le-feu, tandis qu’Israël a exclu de discuter d’une trêve avec le Hezbollah dans ce cadre. AP souligne de son côté qu’il s’agit d’un face-à-face rare entre représentants de deux pays officiellement toujours en guerre.
Message direct au pouvoir libanais
Dans son allocution, Naïm Qassem a directement mis en cause l’orientation suivie par le pouvoir libanais. S’adressant au président Joseph Aoun, il a affirmé que des pressions extérieures visaient à pousser l’État à affronter sa propre population. Il s’en est aussi pris au Premier ministre Nawaf Salam, en demandant ce que les pressions exercées sur le Liban avaient apporté au pays depuis la formation du gouvernement.
Le secrétaire général du Hezbollah a appelé les responsables libanais à « faire face ensemble à l’agression », puis à discuter ensuite de l’avenir du pays. Dans la même séquence, il a accusé les autorités de multiplier les concessions gratuites et a répété que l’État devait, selon lui, répondre à l’agression en chargeant l’armée et les forces de sécurité de la confrontation avec l’ennemi.
Refus de la reddition et poursuite des combats
Sur le plan militaire, Naïm Qassem a assuré que les combattants du Hezbollah restaient présents sur le terrain. Il a affirmé que le mouvement ne se calmerait pas, ne s’arrêterait pas et ne se rendrait pas, en répétant que la résistance continuerait « jusqu’au dernier souffle ». Il a aussi rejeté l’idée selon laquelle les combats en cours relèveraient des « guerres des autres », en présentant le conflit comme une guerre menée contre le Liban lui-même.
Dans la dernière partie de son intervention, le chef du Hezbollah a salué les morts de la Sécurité d’État, de l’armée, des services médicaux, infirmiers et de secours. Il a inscrit ces pertes dans une lecture plus large du conflit, en affirmant qu’Israël ne visait pas seulement les combattants de première ligne.
Une prise de position avant un rendez-vous diplomatique sous tension
L’intervention de lundi s’inscrit dans un contexte d’escalade militaire continue. Reuters rapportait lundi que les combats se concentraient autour de Bint Jbeil, à la veille des discussions de Washington, tandis que les autorités libanaises évaluent désormais à plus de 2 000 le nombre de morts depuis le début de l’offensive déclenchée après l’entrée du Hezbollah dans la guerre le 2 mars. AP évoque de son côté plus d’un million de déplacés et une tension croissante entre le mouvement chiite et le gouvernement libanais.
À la veille du rendez-vous de Washington, le discours de Naïm Qassem a donc fixé une ligne publique claire : refus des négociations directes avec Israël tant que les bombardements se poursuivent, rejet de toute logique de reddition et maintien de la confrontation armée.


