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Tannourine : les cèdres menacés par un incendie

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Un important incendie s’est déclaré lundi 24 août 2026 aux abords de la réserve naturelle des cèdres de Tannourine, dans le caza de Batroun, faisant craindre une propagation vers l’une des plus importantes cédraies du Liban. Les flammes ont progressé dans une zone escarpée proche d’Arz al-Bilad, entre Tannourine, Hadath el-Jebbé et Kfour el-Arabi. La Défense civile a mobilisé des équipes provenant d’une dizaine de centres, avec l’appui d’un hélicoptère de l’armée libanaise. Un pompier a été légèrement blessé par l’explosion d’une ancienne mine pendant les opérations.

Le feu s’est développé dans un terrain particulièrement difficile d’accès, compliquant l’intervention des équipes au sol. Au cours de l’après-midi, les habitants et les responsables locaux ont demandé un renforcement des moyens aériens après des difficultés rencontrées par le premier dispositif engagé. L’objectif immédiat était d’empêcher les flammes de franchir les secteurs périphériques et d’atteindre le cœur de la forêt de cèdres, dont la valeur écologique dépasse largement les limites de Tannourine.

Les premières informations disponibles en fin de journée indiquaient que le feu menaçait directement la réserve sans qu’un bilan définitif des surfaces brûlées ou du nombre de cèdres touchés puisse encore être établi. Les opérations d’extinction se poursuivaient. La cause du sinistre n’avait pas non plus été déterminée, ce qui impose de distinguer la menace constatée pour la forêt des spéculations sur l’origine du feu.

Un incendie aux portes de la cédraie de Tannourine

Le sinistre a été signalé dans la matinée du lundi 24 août dans la région d’Arz al-Bilad. Le relief accidenté a rapidement constitué l’un des principaux obstacles aux opérations. Le feu s’est propagé dans un vallon abrupt où les véhicules de la Défense civile ne peuvent pas toujours accéder directement aux foyers. Cette configuration augmente le risque qu’un incendie progresse sous l’effet du vent avant que les équipes puissent créer des lignes d’arrêt ou atteindre les flammes.

La Défense civile a annoncé l’engagement d’équipes provenant d’environ dix centres. L’armée libanaise a apporté un soutien aérien avec un hélicoptère utilisé pour effectuer des largages d’eau. Des citernes et une réserve artificielle d’eau ont également été mobilisées afin d’accélérer le ravitaillement des moyens engagés contre le feu. Au cours de l’après-midi, des responsables locaux ont indiqué que les équipes se rapprochaient d’une maîtrise du sinistre, tout en maintenant les opérations pour éviter toute reprise.

Cette mobilisation reflète la sensibilité du site. Le feu ne menace pas seulement un espace boisé local. La réserve de Tannourine protège l’un des principaux ensembles de Cedrus libani encore présents dans le pays. Le ministère libanais de l’Environnement estime que la communauté de cèdres de cette réserve représente environ un quart des forêts de cèdres restantes au Liban, ce qui donne à chaque incendie susceptible d’y pénétrer une dimension nationale.

La situation restait toutefois évolutive lundi. Les informations recueillies au fil de la journée ont décrit tantôt un feu situé aux abords de la réserve, tantôt un incendie touchant son périmètre. En l’absence d’une évaluation officielle complète des dégâts, il n’était pas possible d’affirmer que le cœur de la cédraie avait brûlé. La priorité des secours demeurait précisément d’éviter cette progression.

Une ancienne mine blesse un pompier

Les opérations ont été compliquées par un incident supplémentaire. Un membre de la Défense civile a été légèrement blessé lorsqu’une ancienne mine, posée par une milice très présente durant la guerre civile, vestige des conflits passés, a explosé dans la réserve. Selon la Défense civile, une pierre tombée sur l’engin aurait provoqué la détonation. Le pompier a été transporté à l’hôpital pour recevoir des soins.

Cet accident illustre les risques particuliers auxquels les équipes peuvent être confrontées dans certains espaces montagneux libanais. Au danger immédiat du feu s’ajoutent parfois des munitions ou des mines anciennes dont la présence rend plus dangereuse la progression à pied dans des zones difficiles. Les équipes doivent pourtant s’approcher suffisamment des foyers pour empêcher la propagation sous les arbres et traiter les reprises après les largages aériens.

La blessure n’a pas interrompu les opérations. La Défense civile a indiqué que ses équipes poursuivaient leur travail pour encercler le sinistre et limiter son extension, avec le soutien de l’armée. Aucun autre blessé n’avait été officiellement signalé dans les informations disponibles en fin de journée.

Une réserve essentielle au patrimoine naturel libanais

La réserve naturelle de la forêt des cèdres de Tannourine a été créée par la loi en 1999 et se situe dans les montagnes du nord du Mont-Liban. Elle protège un vaste ensemble forestier où le cèdre du Liban domine, aux côtés notamment de genévriers, de chênes et d’érables. Sa topographie, longtemps difficile d’accès, a contribué à protéger une partie de la forêt des coupes et de l’exploitation humaine qui ont réduit les anciennes cédraies libanaises au fil des siècles.

Le ministère de l’Environnement recense plus de 600 espèces végétales dans la réserve, ainsi qu’une vingtaine d’espèces de mammifères et plus de quarante espèces de papillons et de papillons de nuit. La région est également reconnue pour son importance pour les oiseaux, notamment sur les routes migratoires. La perte d’une partie de ce couvert forestier aurait donc des conséquences qui ne se limiteraient pas aux cèdres eux-mêmes.

Le cèdre possède en outre une place particulière dans l’identité libanaise. Présent sur le drapeau national, il est à la fois un symbole historique et une espèce dont les peuplements naturels sont aujourd’hui fragmentés. Les grandes cédraies ne couvrent plus qu’une fraction des massifs qu’elles occupaient autrefois. Tannourine constitue, avec d’autres forêts du Nord et du Chouf, l’un des noyaux essentiels de leur conservation.

Cette rareté augmente la gravité potentielle des incendies. Un arbre adulte peut survivre à certaines atteintes limitées, mais un feu intense peut détruire les jeunes arbres, endommager les troncs et altérer le sol nécessaire à la régénération. La disparition de la végétation expose aussi davantage les pentes à l’érosion, particulièrement sur des reliefs rocheux et abrupts comme ceux de Tannourine.

Des cèdres déjà soumis à plusieurs pressions

L’incendie du 24 août ne constitue pas la seule menace pesant sur la forêt. La cédraie de Tannourine a déjà traversé une importante crise phytosanitaire à partir des années 1990, lorsqu’un insecte jusque-là inconnu sur le site a provoqué une défoliation répétée des arbres. L’espèce, baptisée Cephalcia tannourinensis, a nécessité un programme de surveillance et d’intervention associant les autorités libanaises et des chercheurs.

Cet épisode a montré la vulnérabilité d’un écosystème que son apparente robustesse peut masquer. Les cèdres sont adaptés aux conditions difficiles de la montagne libanaise, mais les changements de température, la sécheresse, les parasites et les incendies peuvent se combiner et affaiblir leur capacité de régénération. La hausse des températures et l’allongement des périodes sèches augmentent notamment la quantité de végétation susceptible de s’enflammer durant l’été.

Le risque d’incendie faisait précisément l’objet d’une surveillance nationale ces derniers jours. Le Centre national pour les risques naturels et l’alerte précoce publie quotidiennement des niveaux de risque pour les localités libanaises. Pour le 24 août, plusieurs secteurs du caza de Batroun et des régions voisines présentaient des niveaux allant de moyen à très élevé, selon les zones. Les cartes ne permettent pas d’attribuer une cause au sinistre de Tannourine, mais elles montrent que les conditions estivales demeurent favorables à des départs et à des propagations rapides de feu.

L’étendue des dégâts reste à établir

La priorité reste désormais d’éteindre complètement les foyers et d’empêcher toute reprise nocturne. Dans les incendies de montagne, des braises peuvent subsister sous la végétation ou dans des zones rocheuses après la disparition des grandes flammes. Le vent peut ensuite réactiver ces points chauds et faire repartir le feu dans un secteur voisin. Les équipes doivent donc poursuivre la surveillance après la phase la plus spectaculaire de l’intervention.

Une évaluation écologique sera également nécessaire une fois le sinistre maîtrisé. Elle devra préciser la superficie brûlée, identifier les types de végétation atteints et déterminer si des cèdres, notamment de jeunes arbres, ont été directement touchés. En fin de journée lundi, aucun chiffre officiel suffisamment consolidé ne permettait encore d’établir ce bilan.

La détermination de l’origine du feu constituera une autre étape. Aucune cause certaine n’avait été annoncée au moment des opérations. Les incendies de forêt peuvent résulter d’activités humaines, d’imprudences ou d’autres facteurs, mais aucune hypothèse ne peut être attribuée au sinistre de Tannourine sans enquête.

Pour les équipes mobilisées lundi, l’urgence restait donc très concrète : contenir le front de flammes avant son entrée dans les secteurs les plus denses de la cédraie. À mesure que la nuit approchait, la réussite de cette opération devait déterminer si Tannourine sortirait de l’incendie avec des dégâts limités à sa périphérie ou si l’un des principaux sanctuaires du cèdre du Liban subirait des pertes plus importantes.


Newsdesk Libnanews
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