Interrogations justifiées

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Quels sentiments ont eu les parents et les proches des 9 militaires disparus dont on a appris ce dimanche la fin tragique, en voyant leurs assassins être évacués vers les territoires que Daesh détient toujours en Syrie? De la rage très certainement … Et cette rage est partagée.

On peut écrire des lignes et des lignes sans rien dire au final. On reste sous le choc, celui d’un espoir qui a été déçu même s’il n’y avait que peu de place pour un dénouement positif en raison des précédents de Daesh. Aurait-on oublié les images terribles des crimes et autres atrocités commises par cette organisation au cours des dernières années? Celles de femmes et d’enfants transformées en esclaves sexuelles données au bon vouloir de combattants aux allures nauséabondes? Celles d’un pilote jordanien brulé vif ou celles de syriens décapités et dont les têtes ornaient, il y a peu les piques des parcs de la ville de Raqqa ou de Palmyre? Le résultat funeste était malheureusement attendu même si on nous a fait croire à un miracle, celui qu’ils étaient encore en vie.

Evidemment, on pense et on s’exprime avec nos émotions aujourd’hui. Après avoir été informé du décès de nos 9 militaires, on était enragé, on souhaitait la mort de ces assassins sous le napalm, mais il ne faut pas oublier aussi que ce mensonge a été entretenu, non pas seulement par Daesh mais aussi par certains de nos responsables. On nous a fait avaler des mensonges ces dernières années à défaut de couleuvres qui pourraient être un peu plus appétissantes mêmes-elles:
On souhaiterait que le Liban puisse juger les responsables – tant ceux de l’organisation terroriste elle-même coupables d’avoir tués – mais aussi à degré moindre, comprendre pourquoi en interrogeant d’autres responsables de ce fiasco, politique en particulier, qui sous le couvert de calculs… ont empêché l’Armée d’agir quand il n’était pas déjà trop tard. On aimerait voir ces comptes être rendus publics, parce qu’on nous a soustrait des vies qui nous sont chères.
Mais de guerre lasse, certains laissent tout simplement tomber, dans la certitude que de toute façon, rien ne changera. Non pas qu’ils ne croient plus en un état de droit mais ils sont fatigués d’attendre. Cela se comprend également.

Evidemment, on pense à ces criminels de Nahr Bared déjà, qui ont égorgé nos militaires, bien avant qu’on entende parler de Daesh, ou ces autres aussi qui se pavanent aux côtés de nos responsables politiques alors qu’ils font l’objet d’un mandat d’arrêt de notre justice, tous ces criminels qui prétendent être innocents, au nom de quoi? D’une religion ou d’une guerre sainte? Cela absout-il leurs pêchés face au 1er commandement: Tu ne tueras point? face au système judiciaire étatique?
Les précédents judiciaires ne plaident évidemment pas de facto en notre faveur de part l’Histoire contemporaine du Liban. Nos prisons sont déjà pleines de ces terroristes dans l’attente d’une prochaine loi d’amnésie à défaut d’être jugés comme cela est généralement le cas avec les manifestations de leurs proches au détriment des proches de nos héros et de nos martyrs décédés en les combattant, en les empêchant de nous assassiner.

Pourtant les choses sont différentes aujourd’hui. Il y a unanimité nationale aujourd’hui face à au meurtre de nos 9 militaires, même entre les différentes communautés religieuses et les penchants politiques différents qui saluent à quelques exceptions prêts notre Armée Nationale. On n’entend pas de voix distordantes dans l’exigence de la Justice.
Les terroristes ayant du sang sur les mains se doivent donc d’être jugés ou qu’ils soient.
Il y a un bon timing pour qu’enfin la Justice puisse s’exprimer au Liban et que ce pays des Cèdres puisse devenir un Etat de Droit.

C’est toutefois oublier dans le cas présent que les choses ne sont pas aussi simple qu’il n’y paraisse. Beaucoup de sang a déjà été versé et les combats qui étaient prévus dans cette partie escarpée du Nord Liban auraient été encore plus durs avec une issue incertaine pour nombreux de nos militaires. S’agit-il d’avoir plus de martyrs? On peut certainement se poser la question du pour ou du contre. Cyniquement, il serait plus aisé de combattre ces terroristes dans un désert que dans les zones escarpées d’une montagne, d’autant plus que cela ne concernera pas les soldats libanais mais syriens, devraient calculer certaines personnes.

L’autre paramètre réaliste à prendre en compte est que la zone est frontalière, à cheval entre le Liban et la Syrie. Les combats concernent donc autant la Syrie que le Liban. Des combats aussi durs et sanglants que les notre ont eu lieu de l’autre côté de la frontière. Il manquait cependant la médiatisation de ces opérations militaires entreprises par le Hezbollah et l’Armée Syrienne.

Faute que certains qui détiennent une partie du pouvoir politique acceptent officiellement de coordonner les négociations avec la Syrie et le Hezbollah face à Daesh et donc de devenir partie prenante de cette procédure, on apprend par certaines rumeurs relayées par la presse que c’est le mouvement chiite lui-même faisant ses bons offices entre Damas et Beyrouth qui aurait obtenu les informations sur l’emplacement des dépouilles de nos hommes.
Ces autorités locales, au nom de principes politiques partisans érigés en dogmes étatiques, sont à nouveau absentes de ce front, faute d’avoir su se faire violence, tout comme elles ont été prises à défaut depuis février 2015, quand elles ont été informées du décès probable de nos 9 soldats. Ils ont manqué à cette vision et les ont encore une fois tué une deuxième fois après les avoir abandonné à leurs sorts en n’agissant pas pour le bien de la Nation.
La Politique ici, cette chose si compliquée, n’a pas acquise de lettres de noblesses dans cette affaire et s’est fait défenseur des intérêts propres par ses calculs et non dans celui de la Nation.

Certes, le Liban était en position de faiblesse notamment parce que la zone à laquelle les terroristes souhaitaient se voir exfiltrés se trouve être en Syrie, c’est à dire vers Deir el Zor, mais également parce que Daesh, disposant d’une porte de sortie frontalière pouvait simplement se retirer de la zone libanaise s’il obtenait mieux de l’autre côté des frontières. Et d’ailleurs, l’évacuation ne s’est déroulée pas du côté libanais mais bel et bien du côté syrien.

Ces personnes qui vocifèrent aujourd’hui chose manquent de voir en raison d’un aveuglement particulier ce qui concerne une stratégie et le manque de choix sur le terrain qu’ils ne semblent pas connaitre comme nos troupes et qui impose un certain réalisme.

Par conséquent, la réponse qu’on peut formuler est quelque peu ambiguë tout comme cette victoire qui au final à la Pyrrhus puisque l’un des objectifs de départ donné par l’Armée Libanaise était le retour de ses hommes debout et non les pieds devant et encore moins, 6 pieds sous terre aujourd’hui comme ils gisent.
Justice oui, elle est nécessaire d’autant plus à notre Nation en voie toujours de devenir sur cette thématique d’un Etat de Droit, et quel prix doit-on encore une fois accepter de payer?
Cette réponse, ce choix, je ne prétends pas pouvoir décider et je ne possède pas la science infuse pour le faire. Je suis comme beaucoup, je m’interroge et j’enrage de voir ces criminels tout simplement partir comme cela. Et s’il y a une chose à quoi on devrait tous tenir, c’est de faire en sorte que le sacrifice de ces 9 hommes ne soit pas resté en vain.

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