Depuis près d’un siècle, l’Occident se rappelle de ceux qui sont morts pour que leur Patrie puisse vivre, pour que leurs descendants restent libres. Ceci s’appelle le Devoir de mémoire. Parce que celui qui n’a pas de mémoire, celui qui passe l’éponge sur son passé, n’a certainement pas d’avenir. Les Occidentaux respectent leurs morts – ceux qui sont tombés sur les champs d’honneurs pour que leurs patries vivent du moins – et n’hésitent pas à se recueillir avec déférence devant ceux qui, il y a presque cent ans, ont péri pour que ces derniers demeurent.

En ce 11 novembre, je n’ose même pas comparer cet acte de mémoire à la relation du peuple libanais avec son passé et ses morts.

De un : parce que ce n’est pas comparable, mais ceci ne m’empêche pas de me révolter de notre mémoire tellement courte et en déni perpétuel du présent – avant même que de pouvoir l’être pour le passé – qu’elle fait fi de tous ceux qui ont encore des principes et s’enrôlent pour défendre le pays et mourir pour que le Liban vive.

De deux : parce que nous oublions nos soldats qui sont encore vivants et qui se battent quotidiennement à Ersal. Notre entendement alzheimeresque exclue ce fait, et nous nous contrefichons si nos soldats finissent ou pas par toucher leurs salaires en raison de différends partisans, ou s’ils seront libérés d’entre les mains de Daech et d’Al Nosra ou pas.

De trois : parce nous avons déjà oublié qu’il y en a qui sont morts il y a moins de quinze ans à Abra, Tripoli, Nahr el Bared, Ersal, Behnin, Deniye, Maameltein. Certainement, parce que c’est peut-être de l’acquis et que nous nous contentons d’un Ya Haram, alors que ceux qui font pitié sont bel et bien nous, peuple insouciant et insipide. Parce que pendant que ces braves hommes meurent sur le champs d’honneurs faute de matériels et d’équipements, subissant par-dessus le marché des pressions politiques, nous sommes occupés à positiver et à applaudir la source de leurs maux et des nôtres, et à prendre des photos avec ces politiciens responsables directement ou indirectement des martyrs de ces Héros.

De quatre : parce que nous avons certainement oublié les martyrs de la guerre civile. Ils se retournent dans leurs tombes tous ceux qui sont morts pour une cause. Et les disparus de guerre, on ne se gêne même pas pour se rendre compte que ce dossier traîne depuis 25 ans et qu’il y a des familles qui souffrent encore de ne pouvoir faire correctement leur deuil ou retrouver leurs proches disparus.

De cinq, les martyrs de la première guerre mondiale ? Vous voulez certainement rigoler ? Ceux qui sont morts de famine, ceux qui sont morts au nom de la liberté, parce qu’ils avaient des principes et tout et tout ? Notre Etat a annulé leur journée de commémoration national, le 6 mai, jugé désuet peut-être, privilégiant le culte d’un personnage en février aux dépends des Héros d’une nation. Et tout ceci, dans un silence, une apathie, et une absence totale de réactions – à part la téméraire mère du martyr lieutenant Nadim Semaan qui a manifesté seul pendant un mois en mai dernier devant le Sérail réclamant le retour du 6 mai dans le calendrier des commémorations nationale.

Un peuple dites-vous ? Un Etat ? Wlek TFEH !!!!

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Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l’écriture depuis l’enfance, elle est l’auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l'identité et de l’héritage culturel du Liban, elle a fondé l'association I.C.H.T.A.R. (Identité.Culture.Histoire.Traditions.Arts.Racines) pour le Patrimoine Libanais dont elle est actuellement présidente. Elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession, et donne des cours et des conférences sur l'Histoire et la Théologie de l'Icône ainsi que l'Expression artistique. Pour plus de détails, visitez son site: mariejoseerizkallah.com son blog: mjliban.wordpress.com et la page FB d'ICHTAR : https://www.facebook.com/I.C.H.T.A.R.lb/

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