Le président libanais Joseph Aoun a rendu hommage, mercredi 26 août, à la Sûreté générale à l’occasion du 81e anniversaire de sa création. Il l’a qualifiée de « première ligne de défense de la sécurité de la société » et d’« œil vigilant sur la souveraineté de la patrie ». Ces déclarations interviennent dans un contexte particulièrement sensible pour l’institution : deux jours auparavant, son directeur général, le général Hassan Choucair, a accordé une résidence de six mois à Mohammad Reza Chibani, désigné par Téhéran comme ambassadeur au Liban mais dont Beyrouth avait refusé l’accréditation. La Sûreté générale assure que cette résidence ne lui confère aucun statut diplomatique.
Aoun place la Sûreté générale au cœur de l’État
Joseph Aoun a adressé ses félicitations au directeur général de la Sûreté générale, le général Hassan Choucair, ainsi qu’aux officiers, sous-officiers, fonctionnaires et militaires de l’institution.
Le chef de l’État a exprimé sa fierté devant l’histoire de la Sûreté générale et les sacrifices consentis par ses personnels. Il a rappelé ses missions dans la protection de la sécurité nationale, la stabilité, le contrôle des frontières et les services rendus aux citoyens et aux résidents étrangers.
Le président a surtout replacé cet anniversaire dans la situation actuelle du pays.
« Cette occasion intervient alors que le Liban traverse une phase délicate et exceptionnelle de son histoire », a-t-il déclaré. Il a évoqué l’imbrication des défis économiques, sociaux et sécuritaires, qui placent selon lui les institutions de l’État face à une épreuve de résistance et de préparation.
Joseph Aoun considère que la Sûreté générale a réussi à maintenir ses missions malgré ces difficultés. Il l’a décrite comme une « soupape de sécurité » et un « pilier essentiel de la stabilité nationale ».
Son message dépasse donc l’hommage traditionnel adressé à une institution à l’occasion de son anniversaire. Il réaffirme la place des organismes militaires et sécuritaires dans la conception présidentielle de l’État.
La Sûreté générale, « première ligne de défense »
Joseph Aoun a utilisé des termes particulièrement appuyés pour définir la fonction de la Sûreté générale.
Il l’a présentée comme « la première ligne de défense de la sécurité de la société » et « l’œil vigilant sur la souveraineté de la patrie ». Il a également estimé qu’elle reflétait le visage institutionnel du Liban.
Le président a énuméré plusieurs priorités : maintenir la préparation face aux menaces sécuritaires, lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée, appliquer la loi avec fermeté et justice et assurer les services administratifs avec transparence.
Il a également insisté sur la préservation de la cohésion intérieure.
Cette référence à la souveraineté et à l’application des lois prend une résonance particulière au lendemain d’une décision de la Sûreté générale qui a suscité une controverse politique : celle concernant le séjour au Liban de Mohammad Reza Chibani.
La résidence de Chibani place la Sûreté générale sous les projecteurs
L’affaire remonte au lundi 24 août. Mohammad Reza Chibani a déposé auprès de la Sûreté générale une demande de résidence au Liban sur la base d’un passeport iranien valide.
Le directeur général de la Sûreté générale, Hassan Choucair, lui a accordé une résidence d’une durée de six mois.
Le point essentiel concerne toutefois le statut sous lequel cette autorisation a été délivrée. Chibani bénéficie de cette résidence comme ressortissant iranien et non comme ambassadeur ou diplomate accrédité auprès de l’État libanais.
La décision repose, selon les informations communiquées sur le dossier, sur le décret-loi n° 10188 du 18 juillet 1962, notamment son article 21. Celui-ci permet au directeur général de la Sûreté générale d’accorder certaines résidences dans le cadre de ses prérogatives administratives.
La Sûreté générale dispose notamment de la possibilité d’accorder des « résidences de courtoisie » à certaines catégories de ressortissants étrangers. La durée peut atteindre trois ans et être renouvelée. Dans le cas de Chibani, la période accordée a été limitée à six mois.
Cette décision ne lui confère aucune qualité diplomatique.
Cette distinction juridique se trouve au cœur de la réponse apportée à la controverse : la Sûreté générale a autorisé la présence de Chibani sur le territoire libanais, mais elle ne l’a pas reconnu comme représentant diplomatique de la République islamique d’Iran.
Beyrouth avait refusé son accréditation diplomatique
L’enjeu dépasse néanmoins une simple formalité administrative.
Mohammad Reza Chibani avait été choisi par Téhéran pour succéder à Mojtaba Amani à la tête de l’ambassade iranienne à Beyrouth. Mais les autorités libanaises ont finalement refusé son accréditation.
Le dossier avait déjà provoqué des tensions entre Beyrouth et Téhéran. La question de son séjour est donc devenue politiquement sensible lorsque son autorisation précédente est arrivée à expiration le 24 août.
Quelques jours avant cette échéance, des informations de presse indiquaient que le Liban ne comptait pas renouveler le document permettant à Chibani de rester sur son territoire.
La décision finalement prise par Hassan Choucair a ouvert une voie différente : permettre à l’intéressé de rester six mois au Liban, mais uniquement comme ressortissant iranien.
Sur le plan juridique, les deux questions sont distinctes. L’accréditation d’un ambassadeur relève des relations diplomatiques et nécessite l’acceptation de l’État hôte. Une autorisation administrative de résidence ne vaut pas reconnaissance diplomatique.
C’est précisément cette distinction que les autorités ont mise en avant pour expliquer la situation.
Une décision administrative devenue affaire politique
Malgré cette distinction, la décision a provoqué des critiques.
Le sujet est sensible parce que Chibani n’est pas un ressortissant iranien sans fonction particulière. Il est l’homme choisi par Téhéran pour représenter officiellement l’Iran au Liban, alors même que les autorités libanaises n’ont pas accepté cette désignation.
La question posée dans le débat public porte donc sur l’opportunité de lui permettre de rester au Liban après le refus de son accréditation.
Les critiques de la décision y voient une situation ambiguë : le Liban refuse Chibani comme ambassadeur mais l’autorise à demeurer six mois sur son territoire.
La réponse juridique repose au contraire sur la séparation entre les deux statuts. L’autorisation accordée par la Sûreté générale ne permet pas à Chibani d’exercer les fonctions d’ambassadeur. Elle ne lui accorde ni accréditation ni qualité diplomatique.
Cette distinction permet également de mieux comprendre pourquoi parler simplement de « renouvellement du visa de l’ambassadeur iranien » peut prêter à confusion. Il s’agit plus précisément d’une résidence accordée à Mohammad Reza Chibani comme ressortissant iranien, alors que son statut d’ambassadeur désigné n’a pas été reconnu par Beyrouth.
La controverse intervient sur fond de tensions avec l’Iran
L’affaire ne peut être séparée de la dégradation des relations politiques entre Beyrouth et Téhéran.
Les tensions ont notamment porté sur les prises de position iraniennes concernant les décisions de l’État libanais relatives au monopole des armes et à l’autorité des institutions légales.
Des déclarations de responsables iraniens ont été perçues au Liban comme des interventions dans les affaires intérieures du pays. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, figure parmi les responsables dont certaines prises de position ont suscité des réactions libanaises.
Dans ce contexte, la question de l’ambassadeur iranien ne constitue plus seulement un dossier protocolaire.
Le refus d’accréditer Chibani est devenu l’un des signes visibles des tensions entre les deux États. La résidence qui lui a été accordée le 24 août intervient donc dans un environnement diplomatique déjà chargé.
Elle place aussi Hassan Choucair et la Sûreté générale dans une position exposée. Leur décision relève de leurs compétences administratives, selon les éléments avancés pour la justifier, mais ses conséquences sont inévitablement politiques compte tenu de l’identité du bénéficiaire.
Les propos de Joseph Aoun prennent une portée particulière
C’est dans ce contexte que Joseph Aoun a choisi, deux jours plus tard, de rendre un hommage appuyé à Hassan Choucair et à l’ensemble de la Sûreté générale.
Rien dans le message présidentiel transmis pour le 81e anniversaire ne présente explicitement les déclarations de Joseph Aoun comme une réponse à la polémique Chibani.
Il serait donc excessif d’y voir une validation présidentielle directe de la décision prise le 24 août.
La proximité chronologique mérite néanmoins d’être relevée. Le président félicite personnellement Hassan Choucair et décrit son institution comme garante de la souveraineté et de l’application de la loi au moment même où ces deux notions sont invoquées dans le débat sur la présence de Chibani au Liban.
Joseph Aoun insiste en particulier sur la nécessité d’« appliquer les lois avec fermeté et justice ».
Le message présidentiel prend ainsi une dimension institutionnelle supplémentaire. Il rappelle que le chef de l’État entend faire des organismes légaux l’un des instruments centraux de la restauration de l’autorité publique.
Aoun lie les institutions sécuritaires à la « survie de l’État »
Le passage le plus politique du message concerne d’ailleurs l’ensemble des institutions militaires et sécuritaires.
« Aujourd’hui, le pari sur la Sûreté générale et sur l’ensemble des institutions militaires et sécuritaires est un pari sur la survie de l’État et sur le concept de loi », a déclaré Joseph Aoun.
Le président lie donc explicitement le fonctionnement de ces institutions à l’existence d’un État capable d’exercer son autorité.
Cette position rejoint un thème central du débat politique libanais actuel : celui du monopole de l’État sur les décisions souveraines, la sécurité et l’usage de la force.
La Sûreté générale occupe une place spécifique dans ce dispositif. Ses compétences couvrent notamment les frontières, l’entrée et le séjour des étrangers, les passeports et plusieurs questions relevant de la sécurité nationale.
L’affaire Chibani montre précisément comment une décision relevant de ces compétences administratives peut rapidement acquérir une dimension diplomatique et politique.
Les difficultés économiques des agents restent entières
Joseph Aoun a parallèlement consacré une partie importante de son message aux conditions de vie des personnels de la Sûreté générale.
Il a reconnu que ses militaires et agents subissent la crise économique et financière, comme leurs collègues des autres institutions militaires et sécuritaires et comme l’ensemble des Libanais.
Le chef de l’État a assuré que le gouvernement travaillait à traiter cette situation par un effort institutionnel et une « volonté ferme ».
Il n’a cependant annoncé aucune nouvelle mesure financière précise à l’occasion de cet anniversaire.
Joseph Aoun a surtout voulu assurer les personnels de son soutien. Il leur a affirmé que leurs sacrifices constituaient une source de fierté et qu’ils ne seraient pas vains.
Le 81e anniversaire de la Sûreté générale intervient donc à un moment où l’institution se trouve simultanément confrontée aux difficultés matérielles de ses personnels, aux défis sécuritaires du pays et à une controverse diplomatique inhabituelle.
La question de Mohammad Reza Chibani reste, elle, suspendue à une distinction que Beyrouth entend maintenir : sa présence au Liban est désormais autorisée pour six mois en tant que ressortissant iranien, mais cette autorisation ne modifie pas le refus libanais de lui reconnaître la qualité d’ambassadeur.


