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Shibani reste à Beyrouth : le compromis des six mois

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Mohammad Reza Shibani restera finalement à Beyrouth. L’ancien ambassadeur iranien a obtenu le 24 août 2026 une résidence de six mois délivrée par la Sûreté générale, alors que son droit au séjour arrivait à expiration. Cette formule ne lui rend ni son agrément ni son statut d’ambassadeur. Elle évite toutefois son départ immédiat et referme, provisoirement, un dossier qui menaçait de provoquer une nouvelle tension entre le Liban et l’Iran.

Le compromis est administratif dans sa forme, mais politique dans ses effets. Depuis mars, le ministère libanais des Affaires étrangères considérait Shibani comme persona non grata et demandait son départ. Le maintien de l’ancien diplomate sur le territoire paraissait donc difficilement conciliable avec cette décision. À quelques heures de l’échéance, la Sûreté générale a retenu une autre lecture : distinguer le statut diplomatique, définitivement perdu, du droit personnel de résider au Liban.

Un départ qui paraissait inévitable

Le dossier remonte au 24 mars 2026. Le ministère des Affaires étrangères avait alors remis à l’ambassade d’Iran une note officielle retirant l’accord à la nomination de Mohammad Reza Shibani. Beyrouth l’avait également déclaré persona non grata sur le fondement de l’article 9 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques. Son départ avait été demandé avant le 29 mars.

La décision ne signifiait pas une rupture des relations entre Beyrouth et Téhéran. Elle visait Shibani personnellement. La diplomatie libanaise lui reprochait notamment des prises de position sur des affaires intérieures et des contacts avec des acteurs libanais hors du cadre que le ministère entendait imposer aux représentants étrangers.

Shibani n’avait pourtant pas quitté le pays. Au fil des mois, son cas avait donc changé de nature. La question n’était plus seulement de savoir si le Liban acceptait de l’accréditer comme ambassadeur. Il s’agissait aussi de déterminer sur quelle base juridique il pouvait continuer à séjourner à Beyrouth après avoir été déclaré indésirable.

L’échéance du 24 août a rendu cette contradiction impossible à différer. Le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raggi, défendait une ligne stricte : le statut de persona non grata devait entraîner le départ de Shibani. Une prolongation sous une autre qualité risquait, selon cette lecture, de vider la décision diplomatique de sa portée.

Shibani obtient six mois sans redevenir ambassadeur

La solution retenue le 24 août repose précisément sur une séparation entre deux questions. Mohammad Reza Shibani n’est pas rétabli comme ambassadeur d’Iran au Liban. Il ne récupère pas l’agrément retiré en mars et son séjour ne repose plus sur une reconnaissance diplomatique. En revanche, la Sûreté générale lui accorde une résidence légale de six mois.

Selon les informations publiées par plusieurs médias libanais, Shibani a présenté sa demande à la Sûreté générale avec son passeport iranien. La formule est décrite comme une « résidence de courtoisie » accordée dans le cadre des prérogatives de l’administration chargée du séjour des étrangers.

Cette construction permet de résoudre le problème immédiat. L’ancien ambassadeur peut rester sur le territoire sans que le ministère des Affaires étrangères revienne formellement sur la décision de mars. Pour Téhéran, elle évite l’image d’une expulsion. Pour les autorités libanaises, elle permet de soutenir que la qualité diplomatique de Shibani n’a pas été restaurée.

Le compromis ne supprime cependant pas la contradiction politique. Il la déplace. La question porte désormais sur l’autorité qui a décidé cette résidence, sur les responsables qui en ont été informés et sur la compatibilité de cette décision administrative avec la position défendue par la diplomatie libanaise.

Al Akhbar met Hassan Choucair au centre du compromis

Dans son édition du 25 août, Al Akhbar présente le directeur général de la Sûreté générale, le général Hassan Choucair, comme l’un des principaux artisans de la sortie de crise. Selon le journal, il aurait mené une médiation politique auprès du président de la République, Joseph Aoun, afin de trouver une formule qui évite une escalade avec l’Iran sans restituer à Shibani sa qualité diplomatique.

Le quotidien affirme également que le processus aurait été coordonné avec le président de la Chambre, Nabih Berri. Dans cette version, la résidence de six mois n’est donc pas un simple acte administratif isolé. Elle constitue l’aboutissement d’une recherche de compromis bénéficiant d’une couverture politique au sommet de l’État.

Al Akhbar rattache la décision aux pouvoirs de la Sûreté générale en matière de séjour. Le journal invoque le décret-loi du 18 juillet 1962 et, en particulier, les dispositions permettant au directeur général d’accorder certaines résidences de courtoisie. Cette lecture donne au compromis une double assise : une compétence administrative pour la forme et un accord politique pour éviter une confrontation avec Téhéran.

Le quotidien va plus loin dans son interprétation politique et présente le maintien de Shibani comme l’échec de ceux qui réclamaient son départ. Cette appréciation appartient toutefois à la ligne éditoriale du journal. Le fait vérifiable reste plus étroit : Shibani demeure au Liban pour six mois, mais sans retrouver son statut d’ambassadeur.

Annahar et Asharq Al-Awsat soulignent l’absence de la diplomatie

La lecture d’Annahar introduit une différence importante. Le quotidien rapporte que des contacts ont bien abouti à une formule confiant à la Sûreté générale l’émission d’une résidence de courtoisie. Il souligne cependant que le ministère libanais des Affaires étrangères n’aurait pas été informé de la décision de la même manière que les autres acteurs impliqués.

Asharq Al-Awsat rapporte une version comparable, mais apporte une précision sur la chaîne de décision. Selon une source sécuritaire citée par le journal, Hassan Choucair aurait proposé la résidence en s’appuyant sur ses compétences légales et aurait informé les autorités politiques concernées avant de la signer, notamment la présidence de la République, la présidence du gouvernement et le ministère de l’Intérieur.

Dans le même article, des sources du ministère des Affaires étrangères affirment cependant que celui-ci n’avait pas été informé de l’octroi de la résidence. Cette différence est centrale. Elle ne porte pas sur l’existence du permis de six mois, qui est acquise, mais sur la manière dont l’État a produit sa décision.

Les récits ne sont donc pas totalement incompatibles. Al Akhbar décrit une médiation politique destinée à construire un compromis. Annahar et Asharq Al-Awsat mettent davantage l’accent sur le décalage entre cette solution et la position du ministère des Affaires étrangères. Ensemble, ils dessinent une décision dont le résultat est clair, mais dont le circuit institutionnel reste discuté.

Pourquoi Youssef Raggi contestait le maintien de Shibani

La position de Youssef Raggi repose sur la décision prise en mars. Pour le ministre des Affaires étrangères, déclarer Shibani persona non grata ne devait pas seulement entraîner la perte de sa qualité d’ambassadeur. Cette mesure impliquait aussi son départ du territoire libanais.

Dans cette logique, lui accorder ensuite un droit de séjour comme simple ressortissant iranien crée un problème de cohérence juridique et politique. Le changement de catégorie administrative permet certes de distinguer le diplomate de l’étranger résidant au Liban. Mais il permet aussi à la même personne de rester dans le pays malgré une décision dont l’objectif était précisément son départ.

C’est sur ce point que se situe la fracture entre les deux lectures. Pour les défenseurs du compromis, les compétences de la Sûreté générale permettent de traiter séparément la résidence et l’accréditation diplomatique. Pour la ligne défendue par Raggi, cette séparation risque de contourner les conséquences d’une décision souveraine prise par le ministère compétent en matière de relations extérieures.

Une solution administrative qui pose une question d’État

L’affaire Shibani ne se résume donc plus à la présence d’un ancien ambassadeur iranien à Beyrouth. Elle pose une question sur la chaîne de décision libanaise. Si la résidence de six mois relève uniquement des pouvoirs de la Sûreté générale, l’épisode peut être présenté comme une solution administrative exceptionnelle destinée à gérer le séjour d’un ressortissant étranger sans modifier son statut diplomatique.

Si, au contraire, cette solution a été élaborée politiquement sans association pleine du ministère des Affaires étrangères, le dossier révèle une divergence plus profonde. Une institution aurait alors maintenu les effets de sa décision diplomatique tandis qu’une autre aurait utilisé ses propres compétences pour empêcher son effet le plus immédiat : le départ de Shibani.

Pour l’instant, le compromis tient sur une distinction précise. Mohammad Reza Shibani reste à Beyrouth, mais il n’y est pas reconnu comme ambassadeur. Son séjour est limité à six mois. La prochaine étape dépendra notamment de la manière dont Téhéran organisera sa représentation au Liban et de ce que décideront les autorités libanaises à l’expiration de cette résidence.

Newsdesk Libnanews
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