L’été 2026 restera comme un tournant dans l’histoire récente du Liban. Le 26 juin, après des semaines de négociations sous la houlette de Washington, un accord‑cadre en 14 points a été signé entre le Liban et Israël. Ce texte inédit vise à mettre fin aux combats meurtriers qui ravagent le Sud depuis des mois et à jeter les bases d’une normalisation. Mais loin de faire consensus, il a révélé de profondes lignes de fracture au sein de la classe politique et suscité des inquiétudes dans la population. Du palais présidentiel de Baabda au perchoir d’Aïn el‑Tinéh où siège le président du Parlement, en passant par les bureaux du chef du gouvernement, chacun avance ses pions. Au cœur de la bataille : l’autorité de l’armée libanaise et la question de son exclusivité sur les armes, face à des groupes armés bien implantés. Cette enquête revient sur les contacts et les positions des principaux acteurs, les soutiens et les oppositions à l’accord, le rôle du gouvernement, ainsi que les enjeux constitutionnels qui s’annoncent.
Des contacts au sommet : Aoun, Berri et Bassil se parlent
Lorsque l’émissaire américain est venu à Beyrouth pour lancer la phase de mise en œuvre de l’accord, le président Joseph Aoun et le chef du Parlement Nabih Berri ont multiplié les échanges. Selon des sources politiques, les deux hommes se sont entretenus à plusieurs reprises pour tenter de limiter les dégâts. Par la suite, Gebran Bassil, chef d’un grand mouvement parlementaire, s’est rendu à Aïn el‑Tinéh, résidence du président du Parlement. Lors de cette rencontre, les deux dirigeants ont affiché une unité de façade en rappelant deux principes : éviter toute discorde interne et protéger l’armée libanaise. Ce message, largement relayé par les médias locaux, visait à rassurer une opinion publique traumatisée par les bombardements et à montrer que, malgré les divergences, la classe politique ne cherche pas l’affrontement . Les participants se sont félicités que la question sécuritaire soit gérée par les institutions et ont appelé à un débat démocratique plutôt qu’à des manifestations de rue .
En coulisses, le ton est cependant moins conciliant. Des proches du chef de l’État indiquent que Joseph Aoun a rappelé à Nabih Berri que l’accord‑cadre avait été conclu par l’État libanais au terme de négociations officielles et qu’il appartient désormais aux institutions de le mettre en œuvre. Le président insiste sur la nécessité de restaurer la souveraineté et de faire respecter les résolutions internationales. De son côté, le président du Parlement déplore un texte qu’il juge déséquilibré et un processus mené dans la précipitation. Il reproche au chef de l’État et au gouvernement d’avoir cédé à la pression américaine sans prendre en compte l’avis des forces politiques opposées. Si les deux hommes se parlent, c’est davantage pour prévenir l’explosion que pour enterrer la hache de guerre.
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Des positions irréconciliables : appliquer ou encadrer ?
Baabda et le gouvernement, promoteurs de l’application
Pour le président Joseph Aoun et le premier ministre Nawaf Salam, l’accord‑cadre représente une « première étape » vers la restauration de la souveraineté libanaise. Dès la signature, le chef du gouvernement a déclaré sur les réseaux sociaux que l’entente visait « le retrait des troupes israéliennes de tous les territoires libanais » . Le président a, quant à lui, salué un accord qui permet de mettre fin à l’occupation et d’établir l’autorité de l’armée libanaise sur l’ensemble du territoire . Pour Baabda, le texte est clair : l’armée israélienne s’engage à se retirer progressivement des zones qu’elle occupe, en échange de l’engagement du Liban à déployer ses soldats et à désarmer toutes les formations armées non étatiques . La mise en place de deux « zones pilotes » au Nord et au Sud du fleuve Litani doit permettre de tester ce mécanisme avant de l’étendre à tout le Sud.
Les partisans de l’accord au sein de l’exécutif soulignent qu’il s’agit d’une avancée historique. « Jamais Israël n’avait reconnu officiellement la souveraineté du Liban sur son territoire ; c’est aujourd’hui chose faite », confie un conseiller présidentiel. Le gouvernement de Nawaf Salam estime qu’il a pris ses responsabilités face à une guerre qui échappait au contrôle de l’État. Dans un contexte où l’économie est exsangue et la population à bout, entrer en négociation était la seule option réaliste. Les ministres mettent en avant la dimension internationale du texte : la présence des États‑Unis comme médiateur et garant offre, selon eux, une protection contre une reprise des hostilités. Ils assurent que le gouvernement veillera à ce que la mise en œuvre respecte la Constitution et les droits du Liban, tout en rappelant que les opérations doivent commencer rapidement pour éviter l’enlisement.
Le chef de l’État a également cherché à rassurer l’institution militaire. Devant des officiers, il a affirmé que l’armée devait rester « la colonne vertébrale du pays » et qu’aucune campagne de dénigrement ne pourra saper son moral . Selon lui, le succès de l’accord repose sur la confiance entre la troupe et la population, et sur la neutralité politique des soldats. Les hauts gradés soulignent que la situation sur le terrain reste volatile : les bombardements israéliens continuent par endroits, rendant difficile la planification des opérations. Les généraux demandent un appui financier et logistique accru des partenaires étrangers pour équiper les unités et assurer la sécurité des civils.
Berri et l’opposition : encadrer et réviser
À l’opposé, le président du Parlement Nabih Berri ne cache pas sa méfiance. Selon des proches, il estime que l’accord ne peut pas être mis en œuvre sans l’aval formel des représentants du peuple. Il rappelle que l’article 52 de la Constitution exige la ratification des accords internationaux par le Parlement si ceux‑ci impliquent des questions de finances ou de souveraineté territoriale . Dans sa vision, le texte doit être « encadré » par les institutions pour éviter des dérives. « Il s’agit d’un accord international ; il doit suivre la procédure constitutionnelle », répète‑t‑il.
Lors de sa réunion avec Gebran Bassil, il a averti que toute tentative de passer outre le Parlement serait vécue comme une déclaration de guerre institutionnelle. Il a aussi mis en garde contre les attaques visant l’armée ou son commandant, prévenant qu’elles mèneraient à une catastrophe nationale . Dans son entourage, on explique qu’il n’est pas opposé à l’idée d’un retrait israélien, mais qu’il refuse de lier ce retrait à la remise des armes du Hezbollah. « On ne peut pas poser comme condition la capitulation d’une partie du pays », souffle un député proche de son camp. Certains voient dans cette attitude la défense des intérêts du mouvement Amal, qui constitue avec le Hezbollah la principale force armée dans le Sud.
Le président du Parlement affirme qu’il prépare une bataille parlementaire. Il compte sur une majorité relative au sein de l’hémicycle pour imposer des amendements ou retarder l’application tant que des garanties ne seront pas obtenues. « Si l’accord est imposé sans modification, il ne passera pas », confie un de ses conseillers . Sa stratégie consiste à utiliser les mécanismes internes : absence de quorum, renvoi au Conseil constitutionnel ou déclenchement d’un vote public pour rendre la décision impopulaire. Il se dit aussi prêt à recourir à des moyens de pression plus politiques en mobilisant ses alliés.
Bassil : entre soutien et réserves
Le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, navigue entre soutien et critique. Après sa rencontre avec Nabih Berri, il a rappelé que la priorité était d’éviter une nouvelle guerre civile et de protéger l’armée. Il a insisté sur la nécessité de « rejeter la discorde » et de « faire front commun pour préserver l’institution militaire » . Pour lui, la guerre externe est plus facile que le conflit interne . Dans le même temps, il souligne que l’accord doit être examiné dans ses moindres détails et amendé si besoin. Il souhaite que le retrait israélien soit garanti et que les droits du Liban sur ses ressources et son territoire soient préservés.
En position d’équilibriste, l’ancien ministre tente de ménager son électorat et ses alliés. Il n’exclut pas de soutenir le texte si des garanties sont apportées, mais refuse de s’aligner sans conditions. Sa formation est divisée : certains députés estiment que l’accord est une occasion unique d’affaiblir les milices, d’autres redoutent qu’il ne mène à une confrontation avec le Hezbollah. Bassil se dit ouvert au dialogue et demande un débat national. Il propose qu’une conférence élargie réunisse tous les partis afin de fixer une feuille de route. Par cette posture, il se démarque de l’intransigeance de Nabih Berri et du refus absolu du Hezbollah, tout en se positionnant comme acteur incontournable des négociations.
Ceux qui refusent l’accord : rejet total et colère populaire
Le Hezbollah : « accord nul et non avenu »
Parmi les forces politiques, le rejet le plus virulent vient du Hezbollah. Peu après la signature, son numéro deux a déclaré que l’accord était « nul et non avenu » et une capitulation de la souveraineté nationale . Il a rejeté la disposition qui conditionne le retrait israélien au désarmement des milices, y voyant une tentative de légitimer l’occupation. Le mouvement chiite affirme qu’il continuera la « résistance armée » tant qu’Israël occupe des territoires et menace le Liban . Des cadres du parti ont averti que l’armée libanaise risquait une guerre civile si elle essayait de confisquer ses armes .
Cette ligne dure s’appuie sur une base populaire mobilisée. Des manifestations ont eu lieu dans les banlieues sud de Beyrouth et dans les villages du Sud, où des milliers de déplacés brandissaient le drapeau du parti. Ils dénonçaient un « acte de reddition » et criaient leur refus de cohabiter avec l’armée israélienne. Les habitants victimes de bombardements affirment qu’ils ne peuvent pas accepter un accord qui ne garantit pas un retrait immédiat. Dans les zones chiites, des voix dénoncent également la dépendance aux États‑Unis, considérés comme alliés d’Israël. Un responsable religieux a comparé l’entente à l’accord du 17 mai 1983, signé puis rejeté sous la pression de la rue.
Amal et les partisans de Berri
Le mouvement Amal, dirigé par Nabih Berri, rejette lui aussi le texte dans sa forme actuelle. Dans un communiqué, le parti a dénoncé un accord déséquilibré en faveur d’Israël et contraire aux droits du Liban . Ses cadres accusent le gouvernement de s’être aligné sur les exigences américaines. Toutefois, la tonalité est moins radicale que celle du Hezbollah : Amal ne ferme pas la porte à une renégociation et insiste sur la nécessité de préserver l’unité nationale. Les partisans de Berri soulignent qu’ils continueront à soutenir l’armée mais qu’ils se réservent le droit d’utiliser tous les moyens légaux pour empêcher la mise en œuvre sans modifications.
Autres forces et critiques sociétales
Au‑delà des grands partis, d’autres formations dénoncent ce qu’ils considèrent comme un « accord de soumission ». Des figures de la gauche nationaliste évoquent un texte qui « sacrifie la résistance » et livrerait le Liban aux ambitions d’Israël. Dans la rue, la colère est palpable dans les villages du Sud où les destructions sont visibles. Des habitants racontent qu’ils n’ont plus de maison, plus d’école, plus d’hôpital. « On nous dit d’accepter l’ennemi comme voisin alors qu’il vient de détruire nos villages », témoigne un père de famille. La comparaison avec Oslo est fréquente : l’accord palestino-israélien des années 1990 est perçu comme un précédent qui n’a pas empêché la poursuite de l’occupation .
Des soutiens inattendus : vers la normalisation ?
Face à ces critiques, des voix se sont élevées pour défendre l’accord. Le chef d’un grand parti de l’opposition libanaise l’a qualifié de « plus grande avancée politique depuis cinquante ans », estimant qu’il permettait enfin de résoudre le problème des armes hors de l’État . Selon lui, la résistance armée a « ravagé le pays » et l’heure est à la reconstruction et à la réconciliation. D’autres responsables ont affirmé que le texte donne au Liban l’occasion d’échapper au cycle des guerres. Ils soulignent que l’accord stipule qu’Israël n’a aucune revendication territoriale au Liban et que la reconstruction internationale sera conditionnée à la souveraineté retrouvée.
Le soutien ne se limite pas à certains leaders politiques. Des organisations de la société civile y voient une possibilité de reconstruire le Sud avec l’appui des bailleurs internationaux. Elles mettent en avant les paragraphes qui prévoient des fonds pour réparer les infrastructures détruites et permettre le retour des déplacés. Dans certaines régions chrétiennes, on considère que l’accord pourrait enfin permettre à l’État de reprendre le contrôle de ses frontières et de réduire l’influence des milices. Des universitaires estiment que la situation actuelle est plus dangereuse que le texte proposé et que ne rien faire reviendrait à prolonger un conflit coûteux.
Le rôle délicat du gouvernement de Nawaf Salam
Désigné début 2026, le premier ministre Nawaf Salam se trouve dans une position délicate. Sa mission consiste à mener les réformes nécessaires et à gérer la mise en œuvre de l’accord. Dès la signature, il a expliqué que le cadre visait à obtenir le retrait israélien et à permettre à l’armée de reprendre la main . Il a soutenu que l’accord s’inscrit dans la continuité des précédentes résolutions internationales qui imposent l’autorité de l’État sur tout le territoire. Mais il doit composer avec un Parlement divisé et un pays en crise.
Le gouvernement a formé une commission interministérielle chargée de préparer l’annexe sécuritaire qui détaillera le calendrier des retraits et le plan de désarmement. Cette commission est en contact avec les négociateurs américains et israéliens pour préciser les critères de succès des zones pilotes. Elle doit également assurer la coordination avec l’armée et les forces de sécurité afin de sécuriser les routes, déminer les champs et préparer la reconstruction. La tâche est colossale, car il faut simultanément gérer la crise économique, assurer les services publics, planifier la reconstruction et apaiser les tensions internes.
Nawaf Salam, juriste de formation, est attentif au respect des procédures. Il sait qu’un passage en force risquerait de déclencher une crise de légitimité. Son entourage affirme qu’il souhaite soumettre l’accord au vote dès que l’annexe sera finalisée, mais qu’il craint un blocage parlementaire. « Nous ne pouvons pas attendre indéfiniment que tous soient d’accord ; il faudra un moment trancher », confie un ministre. Le chef du gouvernement mise sur le soutien des bailleurs internationaux, notamment de l’Union européenne et du Golfe, pour convaincre les indécis.
Le prochain champ de bataille : un débat constitutionnel explosif
Au‑delà des positions politiques, la bataille autour de l’accord‑cadre se joue maintenant sur le terrain juridique. Plusieurs juristes s’interrogent : s’agit‑il d’un traité nécessitant l’approbation du Parlement, ou d’un simple accord exécutif relevant de l’exécutif ? L’article 52 de la Constitution prévoit que le président négocie et ratifie les traités en accord avec le gouvernement, mais que ceux qui impliquent des finances publiques ou modifient l’ordre juridique intérieur doivent être approuvés par l’Assemblée nationale . Or, le cadre impose au Liban de financer le redéploiement de l’armée, de reconstruire des infrastructures et de coordonner avec des bailleurs étrangers. Cela, selon les juristes, pourrait justifier une ratification.
Le même article prévoit que le Parlement est convoqué spécialement pour examiner les traités, et l’article 65 stipule que les décisions importantes au Conseil des ministres nécessitent l’accord des deux tiers des membres, soit 16 sur 24 ministres dans le gouvernement actuel . Le président du Parlement s’appuie sur ces dispositions pour revendiquer un droit de regard. La Constitution prévoit aussi que les lois et les accords peuvent être soumis au contrôle du Conseil constitutionnel par un minimum de dix députés (article 19) . Les opposants envisagent d’utiliser cette voie pour contester la légalité de la mise en œuvre.
Le jeu des quorums complique la donne. L’article 34 impose la présence de la majorité absolue des députés (65 sur 128) pour que l’Assemblée puisse délibérer . L’article 36 précise que les votes se font à main levée et qu’en cas d’égalité, le président tranche. Dans l’Assemblée actuelle, aucun camp ne dispose d’une majorité écrasante. Les partisans de l’accord – qui incluent les Forces libanaises, des indépendants, des députés sunnites et certains centristes – comptent tout au plus sur une soixantaine de voix. Les opposants (Hezbollah, Amal, certains députés chrétiens et la gauche) disposent d’une minorité de blocage mais pas d’une majorité. Le camp indécis, notamment les députés du Courant patriotique libre et ceux du Parti socialiste progressiste, pourrait faire pencher la balance .
En cas d’absence de quorum ou de vote défavorable, le gouvernement pourrait être tenté d’appliquer l’accord par des décisions internes. Ce scénario ouvrirait la voie à une crise institutionnelle inédite. Les juristes soulignent qu’une saisine du Conseil constitutionnel entraînerait la suspension de l’application jusqu’au rendu de l’arrêt. D’autres se demandent si le Conseil pourrait se déclarer incompétent au motif qu’il ne s’agit pas d’une loi mais d’un accord sécuritaire. Ces incertitudes renforcent l’idée que la bataille juridique sera longue et que les institutions seront soumises à rude épreuve.
Un pays au bord de l’implosion : entre urgences sociales et enjeux géopolitiques
La controverse sur l’accord se déroule alors que le Liban traverse une crise multiforme. Sur le plan humanitaire, les chiffres sont accablants : plus de 4 200 personnes ont été tuées dans le Sud et 11 000 bâtiments détruits . Des centaines de milliers de personnes vivent dans des abris de fortune ou chez des proches. L’économie, déjà exsangue, souffre des coupures d’électricité, de l’effondrement de la livre libanaise et du manque de liquidités. Les banques sont insolvables et les déposants ne peuvent pas retirer leurs économies. La situation sociale est explosive.
Sur le plan géopolitique, la signature du cadre intervient sur fond de tensions régionales accrues. L’Iran et les États‑Unis discutent d’un cessez‑le‑feu global impliquant le Liban . Les Européens et les États arabes suivent attentivement l’évolution de la situation et conditionnent leur aide à la stabilité. Des responsables israéliens affirment que leurs troupes resteront tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé . Dans ces conditions, le gouvernement doit naviguer entre les pressions des différentes parties et éviter que le Liban ne devienne un théâtre de négociations internationales qui le dépassent.
Vers quel horizon ?
À mesure que les semaines passent, l’accord‑cadre demeure au cœur des débats. Les contacts entre Baabda et Aïn el‑Tinéh n’ont pas permis de rapprocher les points de vue. Le président du Parlement continue de dénoncer un texte qu’il juge imposé, tout en se présentant comme le défenseur de l’armée. Le président et le gouvernement réaffirment leur volonté d’appliquer l’accord et de restaurer la souveraineté. Gebran Bassil cherche une voie médiane. Les partisans du refus, menés par le Hezbollah, promettent de résister, tandis que les Forces libanaises et d’autres acteurs espèrent tourner la page des milices.
La prochaine étape sera la publication de l’annexe sécuritaire, qui précisera le calendrier de retrait et les conditions de désarmement. Ce document, négocié en secret, déterminera la suite des événements. S’ensuivra probablement un débat parlementaire houleux, puis un éventuel recours devant le Conseil constitutionnel. Dans les villages du Sud, les habitants attendent surtout la fin des bombardements et la reconstruction de leurs maisons. Pour eux, peu importe les querelles politiques : ils veulent pouvoir rentrer chez eux en sécurité.
Au final, la question centrale demeure : l’armée libanaise, soutenue par le gouvernement, peut‑elle reprendre seule le contrôle du Sud et désarmer les groupes armés sans provoquer de nouveau conflit interne ? La réponse dépendra de la capacité de la classe politique à dépasser ses rivalités, de la coopération des partenaires étrangers et de la patience d’une population lassée par les crises. L’accord‑cadre ouvre un chemin, mais celui‑ci est semé d’embûches et d’incertitudes. L’histoire dira si le Liban aura su saisir cette occasion ou si elle rejoindra la longue liste des espoirs avortés.



