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Accord-cadre : Geagea cible le Hezbollah

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Le président des Forces libanaises, Samir Geagea, a défendu l’accord-cadre signé sous parrainage américain comme une occasion de replacer l’État libanais au centre du jeu politique et sécuritaire. Dans un entretien accordé à la presse italienne, il a présenté ce texte comme un tournant possible pour le Liban, à condition que les engagements annoncés débouchent sur des mesures concrètes dans le Sud et sur l’ensemble du territoire.

Son message tient en une formule: l’accord-cadre ne doit pas seulement conduire au retrait israélien complet. Il doit aussi mettre fin à la situation militaire imposée par le Hezbollah, dont l’arsenal reste, selon lui, le principal obstacle à l’autorité exclusive de l’État. Cette lecture place le débat libanais dans une équation étroite, entre souveraineté, sécurité des frontières et monopole légal de la force.

Les déclarations de Samir Geagea interviennent alors que le pays reste divisé sur la portée de ce processus. Une partie de la classe politique y voit une voie de sortie à un cycle de guerres et de déplacements. Le Hezbollah, lui, rejette le lien entre retrait israélien et désarmement. Le débat se déplace donc vers une question centrale: l’État libanais peut-il passer des décisions politiques à leur exécution effective?

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Geagea fait de l’accord-cadre un test pour l’État

Samir Geagea considère que l’accord-cadre ouvre une phase nouvelle. Il ne le présente pas comme un simple arrangement de sécurité, mais comme une tentative de restaurer l’État réel, face à ce qu’il décrit comme un État longtemps réduit à une existence formelle. À ses yeux, le Sud a servi pendant des décennies de frontière ouverte, utilisée par des organisations armées au nom de causes successives.

Cette frontière, selon son raisonnement, a exposé le Liban à des guerres répétées et à des destructions lourdes. Geagea affirme que le changement tient au fait que le dossier est désormais traité comme une question de souveraineté nationale. Fermer la frontière à la logique des armes parallèles reviendrait, selon lui, à sortir le pays d’une crise chronique qui a pesé sur ses institutions, son économie et sa population.

Le chef des Forces libanaises insiste sur la notion d’État effectif. Il oppose cette idée à une situation où les décisions de guerre et de paix échappent aux institutions constitutionnelles. Pour lui, le Sud ne peut plus rester une zone où coexistent l’armée nationale, des forces internationales et une organisation armée autonome. La stabilité suppose un commandement unique et une responsabilité politique identifiable.

Cette position s’inscrit dans une ligne constante des Forces libanaises. Le parti défend depuis des années la centralité de l’armée et l’application complète de l’accord de Taëf. Mais le contexte actuel donne à ce discours une portée différente. L’accord-cadre lie la question du retrait israélien à celle du démantèlement du dispositif militaire du Hezbollah, ce qui rend le débat plus direct et plus conflictuel.

Le retrait israélien au cœur de la séquence

Samir Geagea soutient que le texte vise, en bout de course, un retrait israélien complet du territoire libanais. Il affirme que cette perspective s’accompagne d’un engagement israélien à ne pas nourrir d’ambitions territoriales au Liban. Cette affirmation reste au centre de son argumentaire, car elle cherche à répondre à l’accusation selon laquelle l’accord normaliserait une présence militaire israélienne durable.

Dans sa lecture, la présence israélienne actuelle dans le Sud résulte d’abord de la guerre ouverte par le Hezbollah en soutien à Gaza, puis élargie dans un contexte régional dominé par la confrontation avec l’Iran. Geagea impute donc au parti chiite la responsabilité politique de la situation créée sur le terrain. Il estime que l’entrée d’Israël sur des portions du territoire libanais découle d’une décision de guerre prise en dehors de l’État.

Ce point est sensible. Le Hezbollah affirme de son côté que son armement relève de la résistance face à Israël et que tout retrait doit être inconditionnel. Ses responsables dénoncent l’idée d’un désarmement lié au départ des forces israéliennes. Pour eux, cette équation renverse les priorités et affaiblit la position libanaise. Le clivage ne porte donc pas seulement sur la méthode, mais sur la définition même de la souveraineté.

Geagea répond en ramenant le débat au monopole de la décision nationale. Selon lui, le retrait israélien et la fin des armes illégales doivent avancer ensemble. Il juge que l’accord-cadre a fait tomber un récit entretenu par le Hezbollah, selon lequel l’Iran pourrait obtenir, par un arrangement avec Washington, un retrait israélien sans que le parti ne renonce à son arsenal. Cette lecture vise à délégitimer l’argument d’une protection extérieure.

Le Hezbollah désigné comme obstacle principal

Dans l’entretien, Samir Geagea ne se contente pas de défendre l’accord-cadre. Il désigne le Hezbollah comme le principal obstacle à l’application complète du retrait israélien et au retour des déplacés du Sud. Il considère que le parti porte seul la responsabilité d’avoir ouvert une confrontation qui a exposé les villages frontaliers, prolongé l’évacuation de nombreux habitants et aggravé l’impasse politique.

Cette accusation s’inscrit dans une bataille de récits. Le Hezbollah présente son action comme une réponse à la guerre à Gaza et comme une forme de solidarité armée. Les Forces libanaises y voient au contraire une décision unilatérale ayant placé le Liban dans une guerre dont l’État n’avait ni fixé les objectifs ni maîtrisé le calendrier. Entre ces deux visions, le gouvernement doit préserver un équilibre institutionnel fragile.

Geagea affirme que l’accord-cadre met le Hezbollah devant ses responsabilités nationales. Il estime que le parti ne peut plus invoquer l’occupation israélienne pour justifier indéfiniment son dispositif militaire. À ses yeux, le maintien de ce dispositif retarde le retrait, empêche la normalisation de la vie dans le Sud et maintient le pays dans une logique de conflit permanent. Le chef des Forces libanaises présente donc le désarmement comme une condition de retour à la stabilité.

Cette position ne signifie pas que l’application serait simple. Le Hezbollah conserve une base sociale, un poids parlementaire et une capacité d’influence dans les institutions. Toute évolution concernant son arsenal peut provoquer des tensions politiques et communautaires. Geagea le sait, mais il estime que le rapport de forces politique a changé, notamment parce qu’une partie plus large de la société libanaise veut tourner la page des guerres répétées.

Des conditions politiques jugées désormais réunies

Samir Geagea affirme que la plupart des conditions politiques nécessaires sont aujourd’hui réunies pour placer toutes les armes sous l’autorité de l’État. Il cite un président de la République engagé en faveur de l’exclusivité des armes légales, un chef du gouvernement défendant la même ligne, ainsi qu’une majorité ministérielle et parlementaire favorable à cette orientation. Il évoque aussi une opinion publique plus transversale que par le passé.

Cette appréciation vise à montrer que la question n’est plus seulement théorique. Le Liban a déjà connu de nombreuses déclarations en faveur de la souveraineté de l’État. Mais ces déclarations ont souvent buté sur le poids du Hezbollah et sur les risques de crise interne. Geagea considère que la décision de se rendre à la négociation, malgré les accusations de trahison lancées par le parti chiite, marque un déplacement du centre de gravité politique.

Il voit dans cette évolution le signe que le pouvoir libanais commence à se libérer de la tutelle des armes. La formule est forte. Elle traduit l’idée que l’État ne peut décider pleinement tant qu’une organisation conserve un pouvoir militaire autonome. Pour les Forces libanaises, la souveraineté ne se mesure pas seulement aux frontières. Elle se mesure aussi à la capacité du gouvernement d’imposer ses décisions sur son propre territoire.

Le défi, selon Geagea, n’est donc plus d’adopter des textes. Il est de les appliquer. Il juge les décisions gouvernementales courageuses, mais encore incomplètes tant qu’elles ne modifient pas le terrain. Le passage de la déclaration à l’exécution devient ainsi le véritable test. Il suppose une chaîne de commandement claire, un calendrier crédible et une capacité à éviter l’escalade interne.

Le rôle décisif attribué aux États-Unis

Le chef des Forces libanaises rappelle que l’accord-cadre a été parrainé par les États-Unis. Il considère Washington comme l’acteur capable de garantir le suivi du processus et d’en accompagner les étapes. Dans son raisonnement, cette garantie extérieure compte autant que le contenu du texte. Elle doit permettre de vérifier les engagements et de réduire le risque d’interprétations divergentes entre Beyrouth et Israël.

Geagea affirme qu’Israël a pris deux engagements essentiels dans ce cadre: se retirer complètement après la fin du dispositif militaire illégal du Hezbollah, et confirmer l’absence d’ambitions territoriales au Liban. Il relie cette position à un précédent historique, le retrait israélien de 2000. Selon lui, Israël n’est revenu militairement au Liban qu’après des affrontements déclenchés par le Hezbollah, notamment en 2006 et après le 8 octobre 2023.

Cette lecture reste contestée par les adversaires de l’accord. Pour le Hezbollah et ses alliés, la garantie américaine ne suffit pas, car Washington reste le principal allié d’Israël. Ils redoutent qu’un mécanisme conditionnel ne transforme le retrait en processus prolongé et soumis à des critères définis hors du Liban. Ils dénoncent aussi une négociation directe qui, selon eux, offre des gains politiques à Israël.

Geagea défend l’option inverse. Il estime que le Liban doit saisir une fenêtre diplomatique, même imparfaite, pour obtenir le retrait et restaurer l’autorité de l’État. Sa position repose sur une idée pragmatique: sans garantie américaine, le processus risquerait de rester lettre morte. Avec cette garantie, le gouvernement peut exiger des étapes vérifiables et inscrire la question des armes dans un cadre internationalement suivi.

L’armée libanaise placée au centre du dispositif

La question de l’armée occupe une place majeure dans l’argumentation de Samir Geagea. Il affirme qu’aucune autre institution ne bénéficie du même niveau de légitimité nationale pour protéger les frontières et étendre l’autorité de l’État. Dans un pays fragmenté par les appartenances politiques et communautaires, l’armée reste l’un des rares points d’appui communs dans le discours public.

Geagea reconnaît toutefois que l’institution militaire a besoin de moyens supplémentaires. Il cite le soutien financier, l’armement et les capacités logistiques. Le déploiement dans le Sud, le contrôle des axes, la surveillance des zones sensibles et la sécurisation du retour des habitants exigent des ressources durables. L’armée ne peut remplir cette mission avec de simples déclarations de principe.

Mais il insiste sur un autre aspect: le défi principal serait d’abord politique, non militaire. À ses yeux, l’armée possède les effectifs, l’expérience et la compétence nécessaires pour agir rapidement si elle reçoit un ordre clair. Le problème naît lorsque la décision politique reste ambiguë ou soumise à des compromis qui limitent l’action des forces régulières. La question de l’autorité précède donc celle des moyens.

Cette analyse place le gouvernement devant une responsabilité directe. Il ne suffit pas de demander un renforcement de l’armée. Il faut aussi lui donner le mandat d’appliquer les lois et les décisions prises. Le dossier du Sud devient ainsi un test de cohérence pour l’exécutif. Toute hésitation pourrait affaiblir la crédibilité du processus et offrir au Hezbollah une marge de manœuvre pour retarder les échéances.

Un débat qui dépasse la frontière sud

L’accord-cadre ne concerne pas seulement la ligne de front. Il touche à l’organisation du pouvoir au Liban. Depuis la fin de la guerre civile, l’accord de Taëf prévoit le principe d’un État souverain exerçant son autorité sur tout le territoire. La persistance d’armes hors du contrôle gouvernemental a toujours constitué une exception majeure à ce principe. Le débat actuel remet cette exception au premier plan.

Samir Geagea insiste sur ce point. Il refuse de présenter l’exclusivité des armes comme une demande israélienne. Il la définit comme une exigence libanaise ancienne, inscrite dans la logique même de l’État. Cette distinction est importante. Elle vise à couper court à l’accusation de répondre à une condition imposée par Israël. Pour lui, le désarmement du Hezbollah n’est pas une concession à l’adversaire, mais une condition de souveraineté interne.

Cette argumentation peut parler à une partie de l’opinion fatiguée des crises. Les guerres, les déplacements, l’effondrement économique et l’émigration ont réduit la tolérance envers les aventures militaires. Beaucoup de Libanais souhaitent la stabilité, le retour des habitants du Sud et la relance d’institutions capables de décider. Mais cette aspiration ne produit pas automatiquement un consensus sur la manière d’y parvenir.

Le Hezbollah conserve un récit puissant auprès de ses partisans, fondé sur la protection face à Israël, le souvenir de l’occupation et la méfiance envers les garanties occidentales. Toute tentative de régler la question des armes devra donc affronter non seulement un appareil militaire, mais aussi un imaginaire politique et social. C’est ce qui rend la séquence actuelle délicate.

Une séquence ouverte pour le gouvernement

Les propos de Samir Geagea renforcent la pression sur l’exécutif. Le gouvernement doit démontrer que l’accord-cadre ne reste pas une annonce diplomatique. Il doit aussi éviter que le débat ne bascule en crise institutionnelle ou en confrontation de rue. La marge est étroite, car chaque camp cherche à imposer sa lecture du texte avant que les mécanismes d’application ne soient entièrement visibles.

Pour les partisans de l’accord, la priorité consiste à obtenir un calendrier de retrait, à sécuriser le Sud et à remettre la décision militaire entre les mains de l’État. Pour ses adversaires, la priorité est d’empêcher que le désarmement du Hezbollah soit traité comme une condition imposée de l’extérieur. Le gouvernement devra donc arbitrer entre une demande de clarté et la nécessité de contenir les tensions internes.

Samir Geagea mise sur une dynamique politique déjà engagée. Il affirme que l’accord a brisé une illusion et qu’il rend désormais plus difficile le maintien du statu quo. Mais le rapport entre texte diplomatique, volonté politique et réalité du terrain reste incertain. Le Liban a souvent connu des accords ambitieux, freinés ensuite par l’absence de moyens, la pression des armes ou les divisions internes.

La prochaine étape se jouera dans la capacité des autorités à préciser les mécanismes d’application. Le calendrier du retrait, le rôle exact de l’armée, les garanties américaines et le traitement du dispositif militaire du Hezbollah formeront les premiers points de friction. C’est sur ces éléments concrets, plus que sur les déclarations politiques, que se mesurera la portée réelle de l’accord-cadre.

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