L'entrée principale de la Banque du Liban (BDL) Crédit Photo: Libnanews.com, tous droits réservés
L'entrée principale de la Banque du Liban (BDL) Crédit Photo: Libnanews.com, tous droits réservés

Le Président de la république a indiqué ce jeudi sur son compte Twitter que le dernier délai accordé à la Banque du Liban pour remettre les documents nécessaires à l’audit juricomptable de ses comptes expire dans quelques jours seulement.

Ce rappel intervient alors que la Banque du Liban indique avoir remis un premier lot de documents, le 9 avril dernier, au ministère des finances qui devrait lui-même les remettre au cabinet Alvarez & Marsal en charge de la procédure.

La Banque du Liban est par ailleurs régulièrement accusée de rétention d’information pour cet audit pourtant jugé nécessaire au déblocage de l’aide de la communauté internationale et des négociations avec le fond monétaire international. Cette aide est d’autant plus nécessaire que le pays des cèdres fait face à la plus grave crise économique dans son histoire contemporaine avec une récession qui a atteint près de 29 % en 2020 selon certains rapports.

Pour l’heure, certains documents demandés par le cabinet manquent toujours à l’appel alors que la banque du Liban a demandé un nouveau délai en vue de réunir les informations nécessaires.

Un audit nécessaire au déblocage de l’aide internationale

Les négociations avec le FMI ont rapidement achoppé sur la capacité des autorités libanaises à mener les réformes nécessaires pour le déblocage de l’aide internationale ainsi que sur le dossier du chiffrage des pertes du secteur financier. Les autorités libanaises estiment ainsi que ses pertes atteindraient 241 000 milliards de livres libanaises sur la base d’un taux de change de 3600 LL/USD, soit 80 milliards de dollars environ, ce que refusent les banques locales via l’association des banques du Liban ou encore la Banque du Liban elle-même.

L’association des banques du Liban a ainsi activé ses relais présents au sein du parlement via la commission parlementaire des finances et du budget. Cette dernière, où sont présents certains actionnaires et représentants de banques locales, n’ont chiffré les pertes financières qu’à 81 000 milliards de livres libanaises sur la base d’un taux de change de 1507 LL/USD.

Désormais, ce chiffrage des comptes de la Banque du Liban devait être mené par les cabinets Alvarez & Marsal pour l’audit juricomptable et par KPMG et Oliver Wyman pour l’audit normal. Pressenti dans un premier temps pour mener l’audit juricomptable, le cabinet Kroll, spécialisé dans la matière a été écarté suite aux pressions du président de la chambre Nabih Berri, estimant l’entreprise liée à l’état hébreu.

Parallèlement, l’association des banques du Liban a présenté un plan de sauvetage rejeté par le FMI et les autorités libanaises, prévoyant la vente d’une partie de l’or du Liban et la session pour une durée déterminée de biens publics. Ce plan est également rejeté par les spécialistes qui estiment que la vente de biens publics ne pourrait se faire qu’en les bradant en raison des circonstances actuelles.

Certaines sources évoquent désormais des pertes pour le secteur financier qui dépassent les 100 milliards de dollars, estimant que le Liban nécessiterait désormais un plan de relance de 63 milliards de dollars mais que seulement 26 milliards au maximum sont disponibles. Selon ces mêmes sources, toutes les banques libanaises sont aujourd’hui insolvables.

Coup de tonnerre, le cabinet d’Alvarez & Marsal annonce son retrait de la procédure d’audit juricomptable, le 20 novembre 2020 après que la Banque du Liban ait refusé de répondre à 57% des questions posées, sous le prétexte du code du crédit et de la monnaie ou encore des législations liées au secret bancaire, plongeant le Liban dans l’incertitude. En effet, cet audit est désormais considéré comme essentiel pour l’obtention de l’aide de la communauté internationale. Le ministère des finances ou encore celui de la justice estimaient que le contrat ne violait pas les textes en vigueur.

Le cabinet annoncera son retour dans la procédure fin décembre, suite à l’adoption à l’adoption, d’une loi suspendant les réglementations liées au secret bancaire pour une durée d’une année après que le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé ait refusé de transférer les documents jugés nécessaires par Alvarez & Marsal à une telle procédure.

Un audit où le rôle du gouverneur de la Banque du Liban pourrait être mis en cause

un rapport d’audit plus usuel de 2018 qui a avait été révélé en dépit de son caractère confidentiel avait révélé que le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, avait abusé de déclarations unilatérales de profits fiduciaires, 6 milliards rien qu’en 2018, 30 milliards de dollars peut-être.
Certaines sources estiment même que les réserves monétaires brutes sont déjà négatives en raison des pertes accumulées depuis des années, ce qui signifie également que les dépôts des gens auprès de la Banque du Liban n’existent tout simplement plus. 

Ces hypothèses sont toutes présentes parce qu’en dépit du caractère officiel de la Banque du Liban, cette institution ne respecte pas les réglementations sur le droit d’accès aux informations pourtant adoptée par le parlement libanais. L’audit juricomptable visait justement à permettre de lever ces soupçons. 

La Banque du Liban se trouve en effet au coeur d’un scandale d’état. Il s’agit de l’outil même qui a permis à ce qu’on arrive là. L’établissement n’a pas joué son rôle de régulateur des banques privées d’une part et même encouragé ces dernières à mal gérer ou encore à investir dans des produits financiers défectueux comme la dette publique ou encore ses propres CD dans la perspective de gagner le plus de temps possible tout simplement.

Un audit “hautement politique”

Le premier ministre désigné Saad Hariri n’avait jamais fait mystère sur son opposition à l’audit juricomptable même si aujourd’hui, suite à sa nomination, il en accepterait le principe. 
Cependant, il a, à plusieurs reprises, rappelé son soutien au gouverneur de la Banque du Liban, un de ses proches, qui jouit ainsi, selon lui, d’une immunité totale. 

Ainsi, certains observateurs craignent que ce dernier ne choisisse d’enterrer la procédure afin de protéger certains intérêts dont les siens, la famille Hariri possédant 10% des actions de l’ensemble des banques libanaises et ayant bénéficié, par conséquent, des différentes mesures de la Banque du Liban en leurs faveurs. 
Ils notent que cet audit pourrait constituer une preuve supplémentaire de l’implication de hauts dirigeants libanais dans différentes opérations de transfert financiers dont ils ont bénéficié au détriment de l’état avec la complicité de certaines banques locales. 

Cet audit complexifie donc la relation entre la Présidence de la République, le Général Michel Aoun et le Premier Ministre désigné Saad Hariri qui négocient actuellement la répartition des différents portefeuilles ministériels au sein d’un cabinet pourtant nécessaire afin de débloquer l’aide de la communauté internationale.

Riad Salamé dans la tourmente judiciaire

Un groupe d’activistes basé à Londres a accusé nommément le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé ainsi que ses proches, de corruption et de blanchiment d’argent sale.

Le groupe qui s’appelle Guernica37 a ainsi transmis ce rapport à la police britannique dès l’année dernière ainsi qu’à l’Agence Nationale de lutte contre le crime. Ce rapport a été préparé à la demande de groupes d’activistes de la société civile libanaise.

Une enquête préliminaire serait également en cours pour vérifier les informations publiées. Il s’agira ensuite d’ouvrir une enquête formelle.

Riad Salamé aurait ainsi pu détourner plusieurs centaines de milliards de livres libanaises, réinvestis en actifs financiers en Grande Bretagne, accusent les auteurs de ce rapport qui l’ont également transmis aux autorités judiciaires d’autres pays européens.
Riad Salamé, qui a pris connaissance de ce rapport estime qu’il s’agit de fausses allégations.

Ce rapport accuse notamment le gouverneur de la Banque du Liban d’avoir fait bénéficier un certain nombre de ses proches dont son ex-gendre, avocat. Recourir aux services de ce dernier était alors obligatoire afin de procéder à des achats d’actions de gré à gré des banques libanaises.

Le rapport de Guernica37 (en anglais)

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Les accusations de malversation déjà rejetées par Riad Salamé

Pour rappel, Riad Salamé avait catégoriquement rejeté les accusations des autorités helvétiques qui avaient demandé des détails concernant certains virements. Il avait indiqué avoir transféré la somme 240 millions de dollars seulement à l’étranger depuis 2002. 

Certaines sources indiquent que seraient visés par l’enquête, outre le gouverneur de la Banque du Liban lui-même, son frère Raja et son assistante Marianne Hoayek.

Outre la ministre de la justice Marie Claude Najem qui a transféré le dossier au procureur de la République, le Président de la République, le Général Michel Aoun et le Premier Ministre sortant Hassan Diab, auraient également été informés de la demande de Berne. 

De son côté, Riad Salamé – soutenu par le premier ministre désigné Saad Hariri – a démenti être à l’origine de tels transferts tout comme son frère ou encore son assistante. 

Cette information intervient alors qu’il avait déjà été accusé, en avril dernier, par Daraj Media, d’être à l’origine de tels mouvements de fonds. 

https://libnanews.com/de-nouvelles-accusations-contre-le-gouverneur-de-la-banque-du-liban-et-ses-proches-daraj-media

Le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé, son frère Raja et sa proche conseillère Marianne Hoayek seraient accusés de détenir des comptes pour plusieurs centaines de millions de dollars sur base de documents fournis lors du scandale des Panama Papers. 

Ainsi, Marianne Hoayek aurait ouvert un compte au bénéfice de Riad Salamé pour plus de 187 millions de dollars au sein de la banque Banco Allado Panama et un autre compte au sein de VP Bank Tortola BVI pour 150 millions de dollars.

Par ailleurs, une société appartenant à Rami Makhouf, un cousin du président syrien Bachar el Assad aurait transféré au compte zurichois du gouverneur de la Banque du Liban 55 millions d’euros. Il possèderait également un compte de 80 millions d’euro à la First national Bank. 

Avec son frère Raja, il possèderait ainsi plus de 446 millions de dollars placés essentiellement à l’étranger. Quant à Marianne Hoayek, pour laquelle 340 millions de dollars auraient été placés sous son nom, elle est haut fonctionnaire au sein de la Banque du Liban.

Ces chiffres avaient été révélés lors que la question du renouvellement du mandat du gouverneur de la Banque du Liban en 2016 avant de voir l’affaire être étouffée, soulignait Dima Sadek.

La journaliste avait alors été convoquée en mai 2020, elle a été convoquée par les Forces de Sécurité Intérieure suite à une plainte « pour atteinte à la réputation des banques et au prestige de l’économie » du gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé.

Une enquête ouverte depuis en Suisse pour blanchiment d’argent

Depuis, le gouverneur de la Banque du Liban aurait vu ses biens gelés en Suisse suite à la découverte de documents détaillant des mouvements de fonds entre le Liban et la Suisse qui auraient été opérés par Riad Salamé et son frère. Les hommes sont ainsi accusés de blanchiment d’argent depuis 2002.

Les autorités suisses notent ainsi que 300 millions de dollars auraient été transférés sur base sur base un contrat daté du 6 avril 2002 entre la Banque du Liban (BDL) et la société Forry Associates Ltd, enregistrée à Tortola aux îles Vierges et disposant d’un bureau à Beyrouth, dont le bénéficiaire économique serait Raja Salamé, mettant ainsi en évidence un détournement de fonds de la Banque du Liban au bénéfice de ce dernier.

Des commissions à hauteur de 247 millions de dollars auraient été ainsi versées le 6 avril 2002 en retour sur le compte personnel de Raja Salamé. 207 millions auraient été ensuite versés aux bénéficiaires de comptes dans les banques Bankmed, la Banque Misr Liban, le Crédit Libanais, la Banque Audi et la Banque Saradar au titre de “dépenses personnelles”. Le gouverneur de la BdL lui-même aurait reçu plus de 7 millions de dollars en provenance du compte HSBC de Forry Associates. Le 5 avril 2012, Riad Salamé aurait demandé à la banque zurichoise de transférer des obligations du trésor libanais à hauteur de 153 millions de dollars à la Banque Audi Suisse à Beyrouth “avec une signature personnelle”, entrainant les autorités suisses à surveiller les mouvements de ces comptes, confirmant selon les enquêteurs leurs soupçons concernant des détournements de fonds.

10 millions de dollars auraient même été versés sur des comptes personnes appartenant à Riad Salamé au titre d’une société fictive, “Westlake Commercial Inc”, dont les comptes seraient hébergés également par la banque suisse Julius Baer

Le gouverneur de la Banque du Liban disposerait de 50 millions de dollars en Suisse ainsi que de nombreux bien immobiliers.

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Autre problème, la société en question serait inconnue au Liban et n’aurait pas agi dans le cadre du contrat, indiquent certaines sources judiciaires.

Et 2 plaintes déposées en France

Depuis avril 2021, 2 plaintes ont été déposées à l’encontre du gouverneur de la Banque du Liban, l’une par l’association suisse Accountability Now et l’autre par l’association Sherpa appuyant un collectif Franco-Libanais. Ils accusent Riad Salamé, par ailleurs détenteur de la nationalité française de détournements de fonds et de blanchiment d’argent sale.

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