Cette année, je ne vais pas te jouer le coup de la Leila Abdelatif. Et pour cause, depuis qu’il y a plus de déchets que d’eau potable dans mon aquarium de poisson rouge, je vois mieux le fond du bocal.

Rappelle-toi, 2009, il n’y a pas longtemps, les jaunes-oranges avec les deux tons de vert, revenaient de Doha, le ventre plein de loukoums, criant victoire pour la nouvelle loi électorale sensée leur amener la majorité des sièges du parlement. La démocratie étant ce qu’elle est, c’est-à-dire un choix entre le pire et l’autre pire, les bleus-blacks ont gagné.

Dans tout autre pays, les uns auraient fait la fête et les autres la défaite, et nous aurions eu un gouvernement de personnes pas nécessairement affiliées aux uns ou aux autres, mais capables de résoudre quelques-uns des cent mille problèmes que nous avons (tu as senti l’odeur de l’eau de ton robinet dernièrement?).

C’est sans compter qu’au Liban, la constitution est un point de vue. Il faut d’ailleurs suivre le débat sur le bonus-temps des officiers de 1994, pour comprendre que chacun de nos zaïm lit la constitution dans son marc de café.

Résultat, feuk la séparation des pouvoirs: les zaïms, à défaut de personnes compétentes, ont décidé de nous offrir un parterre de ministres représentatifs des gagnants et des perdants (par exemple un ancien militaire pour représenter les femmes au gouvernement). Pour comprendre l’efficacité du «tout-le-monde-a-gagné», il te suffit de savoir qu’en un an et deux mois, dans un des pays où la corruption crève tous les plafonds de tous les indices, le secrétaire d’Etat pour la Lutte contre la corruption, n’a pu arrêter un seul fonctionnaire corrompu. Sachant qu’un ministre touche $103,496 par an et en utilisant la règle de trois et le théorème de Pythagore, il te faudrait piler tous les lingots d’or de la réserve de la banque fédérale de New-York et les offrir au gouvernement avant que la corruption ne soit éradiquée.

Je t’évite les exemples sur l’électricité, l’eau, les déchets, l’économie, les finances et tout le reste. Si tu penses encore que nous vivons dans la Suisse de l’Orient, sache que, d’après les dernières statistiques, la moitié des réfugiés Syriens et Palestiniens te disent m… et qu’ils n’ont pas attendu ton Zaïm pour plier bagages et aller vivre n’importe où mais ailleurs.

Pour revenir au sujet, les pouvoirs législatifs et exécutifs étant devenus représentatifs de ton zaïm et de celui de ton frère, il fallait représentativiser le pouvoir judiciaire (c’est un nouveau concept et je suis sûr que ton zaïm peut le retrouver dans le texte de la constitution). Le remplacement du juge Sader a mis le feu à la poudre mouillée. Ca a fait pffffchtttt pendant quelques jours et puis tout le monde a repris sa narguilé et oublié l’incident. Les autres désignations ont suivi. Le conseil constitutionnel sera bientôt remplacé, à quelques mois des élections qui seront donc organisées, gérées et contrôlées par le groupe des représentatifs.

En deux mots, les pouvoirs législatif, exécutif et judicaire ayant fusionné, tu n’as pas de souci à te faire. Sauf si tu as peur des atteintes aux bonnes mœurs. Dans ce cas, pas de souci : Si Kalam Ennas – Marcel Ghanem et Ziad Doueiri sont le sommet de la pointe de l’iceberg, les journalistes, artistes, écrivains, bloggeurs et politiciens accusés et traînés en justice, plus bas dans la hiérarchie, sont de plus en plus nombreux. On attend tous impatiemment, après tous les records accumulés depuis la plus grande assiette de hummus, la plus grosse montagne d’ordures, et le pays à l’Internet le plus lent (là j’exagère de deux places), le nouveau record en terme de libertés.

En résumé, je te souhaite une bonne année 2017, parce que, à quelques hématomes près, l’année 2018 risque d’être encore plus représentative que cette année-ci.

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