Le cessez-le-feu de dix jours entre le Liban et Israël place désormais l’État libanais face à une épreuve politique et sécuritaire immédiate. Samir Geagea a estimé samedi que cette période ne devait pas être traitée comme une simple pause militaire, mais comme un test concret de la capacité de l’État à rétablir sa pleine souveraineté. Pour le chef des Forces libanaises, l’urgence n’est pas de produire de nouveaux textes, mais d’appliquer sans délai les décisions déjà prises en matière de sécurité, de contrôle du territoire et de monopole de la force.
Le dirigeant chrétien a placé le débat sur un terrain direct. Selon lui, aucune sortie durable de crise n’est possible tant que la décision de guerre et de paix échappe à l’État. Il a ainsi présenté la fenêtre du cessez-le-feu comme un moment décisif pour montrer que le Liban est capable d’agir comme un véritable État, de faire respecter ses choix et de reprendre une autorité qu’il juge confisquée depuis trop longtemps par les armes non étatiques.
Cette prise de position intervient alors que le pays tente de passer d’un arrêt fragile des hostilités à une séquence plus incertaine, mêlant négociations, retour des déplacés, reconstruction urgente et redéploiement des institutions publiques. Dans ce contexte, Samir Geagea remet au centre le clivage qui structure une large partie de la vie politique libanaise : celui du monopole de la force, de la place du Hezbollah et de la capacité réelle du pouvoir à imposer ses décisions sur l’ensemble du territoire.
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Le chef des Forces libanaises a insisté sur un point précis : les dix jours de cessez-le-feu ne constituent pas un détail de calendrier. Ils représentent, selon lui, une occasion rare de s’attaquer aux causes qui ont conduit à la guerre. Cela suppose que l’État renforce son emprise sur tout le territoire et empêche tout glissement vers une nouvelle confrontation. À défaut, a-t-il averti, le Liban manquerait encore une fois une chance de sortir d’un cycle de guerre, de destruction et de paralysie.
Cessez-le-feu : Geagea presse l’État d’agir
Samir Geagea a présenté le cessez-le-feu comme une période d’examen pour les institutions. Le défi principal, selon lui, n’est pas seulement de gérer la trêve, mais de démontrer que l’État libanais peut enfin exercer ses responsabilités sans hésitation. Il a appelé le gouvernement à appliquer ses propres décisions, à agir à partir du cadre fixé par la Constitution, par les résolutions internationales, par le discours d’investiture du président et par le programme gouvernemental.
Le président des Forces libanaises a estimé que la responsabilité du pouvoir est désormais historique. Il l’a liée à un double objectif. D’abord, restaurer la confiance des Libanais dans leur État. Ensuite, convaincre les partenaires étrangers que le Liban dispose d’un pouvoir réel, capable d’appliquer ses choix et de faire prévaloir sa souveraineté. La trêve sera donc jugée, selon lui, non sur sa seule durée, mais sur ce qu’elle permettra ou non de changer dans l’équilibre intérieur.
Dans ce cadre, Samir Geagea a insisté sur la notion de décision confisquée. Pour lui, rétablir le contrôle de l’État sur la décision militaire revient à réduire le risque d’un retour à la guerre. Son raisonnement est direct. Tant que le pouvoir de déclencher ou d’élargir un conflit n’est pas exclusivement entre les mains de l’État, le pays reste exposé à une rechute. La priorité, dans cette logique, n’est pas seulement diplomatique. Elle est d’abord institutionnelle.
Le chef des Forces libanaises a aussi voulu empêcher toute lecture passive du cessez-le-feu. Il refuse que la trêve soit perçue comme un simple répit accordé par les circonstances régionales. Il la traite comme une obligation d’agir. Le temps ouvert par l’arrêt des hostilités doit servir, selon lui, à éliminer les facteurs qui ont rendu la guerre possible. À ses yeux, le cessez-le-feu doit être mis à profit pour rétablir l’autorité de l’État sur le terrain.
Le désarmement placé en tête des priorités
Le point le plus net de son intervention concerne les armes non légales. Samir Geagea en fait la priorité absolue. À ses yeux, aucune construction étatique n’est possible si le monopole de la force n’appartient pas à l’État seul. Il ne présente pas cette question comme un débat théorique ou comme un objectif lointain. Il la pose comme la première urgence nationale, la condition préalable à tout retour durable de la stabilité, du fonctionnement institutionnel et même de la prospérité.
Le chef des Forces libanaises rappelle que le gouvernement a déjà adopté plusieurs décisions claires. Il cite celles d’août 2025 sur le désarmement du Hezbollah, celle du 2 mars dernier sur l’interdiction de ses activités militaires et sécuritaires, ainsi que celle du 9 avril sur la limitation des armes à Beyrouth. Selon lui, le problème n’est donc plus celui du manque de décisions. Le vrai problème est l’absence d’exécution.
Cette distinction est centrale dans son propos. En rappelant les dates et les décisions, Samir Geagea veut déplacer le débat de la parole vers l’acte. Le pouvoir, dit-il en substance, a déjà pris des engagements. Il lui reste à les faire appliquer avec fermeté, sérieux et rapidité. Pour lui, le coût politique, sécuritaire et humain de l’inaction est désormais supérieur au coût d’une mise en œuvre effective.
Dans la même logique, il élargit la portée de ce débat. Le désarmement n’est pas présenté seulement comme une revendication partisane ou comme un objectif lié au seul Hezbollah. Il est décrit comme le cœur même de la restauration de l’État. L’idée répétée est simple : sans monopole des armes, il n’y a ni Constitution pleinement appliquée, ni stabilité durable, ni relations extérieures cohérentes, ni vraie relance intérieure.
« Le temps des décisions est passé »
Cette insistance vise directement le gouvernement. Samir Geagea lui demande de montrer qu’il ne reculera pas devant ses propres décisions. Le message est politique, mais aussi institutionnel. À partir du moment où l’exécutif a adopté des textes aussi explicites, il ne peut plus, selon lui, se réfugier derrière l’ambiguïté ni renvoyer l’application à plus tard.
Le chef des Forces libanaises laisse ainsi entendre que le Liban a déjà trop souvent accumulé les déclarations, les résolutions et les engagements sans aller jusqu’au bout de leur mise en œuvre. Pour lui, la période actuelle oblige au contraire à rompre avec cette pratique. Il faut, dit-il, faire la preuve que l’État existe par ses actes et non seulement par ses communiqués.
Dans son raisonnement, si les armes illégales demeurent hors de portée de l’État, la trêve ne deviendra qu’un intervalle entre deux crises. C’est pourquoi il présente la mise en œuvre des décisions comme le principal enjeu des dix jours de cessez-le-feu. À ses yeux, la réussite ou l’échec de cette période se mesurera à la capacité de l’État à passer à l’exécution.
Les villages chrétiens du Sud au cœur de son message
Une part importante de ses déclarations a porté sur la situation des villages chrétiens du Sud. Samir Geagea affirme avoir fait de ce dossier l’une de ses priorités depuis le début de la guerre, qu’il relie au déclenchement du front à partir du 2 mars. Il décrit des localités inquiètes, menacées par le spectre du déplacement, du vide et d’une répétition des épreuves vécues lors de précédentes guerres.
Le chef des Forces libanaises insiste sur un point politique majeur. Selon lui, ces villages n’ont aucun lien avec le projet militaire iranien qu’il attribue au Hezbollah. Il présente donc leurs habitants comme des civils sans rapport avec les choix militaires qui ont exposé la zone frontalière au danger. Cette distinction lui permet de défendre une ligne de protection spécifique, centrée sur la sécurité des populations civiles et sur leur maintien dans leurs terres.
Il affirme avoir ouvert des canaux de communication directs avec les habitants et avec les responsables locaux de ces régions, afin de chercher les moyens de renforcer leur capacité à rester sur place. Il explique aussi avoir mené des contacts rapides avec de hauts responsables américains pour faire valoir que ces populations sont pacifiques, qu’elles ne sont impliquées dans aucune action armée et qu’elles veulent uniquement vivre en sécurité dans leurs maisons.
Selon son récit, ces démarches auraient abouti à une assurance américaine selon laquelle les habitants pouvaient rester dans leurs villages à condition qu’aucun élément ni aucune activité liés au Hezbollah ne s’y trouvent. Il dit avoir, en parallèle, contacté les responsables officiels afin de renforcer la présence de l’armée et des forces de sécurité et d’empêcher l’entrée de tout élément armé dans ces localités.
Ce volet de son intervention lui permet aussi de revenir sur sa critique centrale du Hezbollah, accusé d’avoir entraîné dans la guerre des zones qui n’avaient, selon lui, aucun rapport avec sa logique militaire. Il en tire une conclusion simple : la protection des habitants passe, à ses yeux, par une présence plus forte de l’État et par l’exclusion de toute activité armée de ces villages.
Une demande de soutien humanitaire
Le discours ne s’arrête pas à la seule dimension sécuritaire. Samir Geagea explique aussi avoir cherché à traiter l’aspect humanitaire de la situation. Il dit avoir demandé que ces villages soient considérés comme des localités de déplacement de fait, dans la mesure où leurs habitants, même lorsqu’ils ne partent pas, ne peuvent plus vivre normalement, travailler ou faire tourner leurs activités.
Ce point décrit une réalité particulière de certaines zones frontalières. Les habitants peuvent rester dans leurs maisons tout en vivant une forme de paralysie économique et sociale. En demandant un soutien comparable à celui accordé aux déplacés, Samir Geagea cherche à faire reconnaître cette situation intermédiaire, où le maintien sur place ne signifie pas retour à la normale.
Dans ses déclarations, cette demande complète l’approche sécuritaire. Il ne suffit pas, à ses yeux, d’empêcher l’entrée d’éléments armés dans ces villages. Il faut aussi donner aux habitants les moyens matériels de tenir. Le chef des Forces libanaises affirme avoir contacté les responsables de l’aide publique pour demander un soutien à ces populations, au même titre qu’aux autres déplacés ou sinistrés.
Hezbollah, guerre et responsabilité
Samir Geagea revient longuement sur la question de la responsabilité dans l’élargissement du conflit. Sa thèse est nette. Il attribue au Hezbollah l’initiative de l’ouverture du front et lui impute la responsabilité principale de la guerre. Pour soutenir cette lecture, il remonte au lancement de l’opération du 7 octobre 2023, puis à la décision annoncée le lendemain par Hassan Nasrallah d’entrer dans une « guerre de soutien » à Gaza.
Le dirigeant des Forces libanaises rappelle qu’avant cette étape, la confrontation avec Israël restait, selon lui, limitée au champ politique et médiatique. Il souligne aussi qu’une délimitation maritime avait été conclue à la fin de 2022, soit moins d’un an avant l’élargissement de la confrontation. Dans sa logique, cela suffit à montrer que le front n’était pas inévitable et que sa réouverture relève d’une décision politique et militaire prise par le Hezbollah.
Il ajoute que son camp a ensuite tenté d’obtenir l’arrêt de la guerre en appelant à l’application des résolutions internationales. Il cite les conférences de Maarab, convoquées selon lui pour pousser à l’application de la résolution 1701 puis des résolutions 1559, 1680 et 1701. Il soutient que le refus du Hezbollah de s’y conformer a contribué à l’aggravation de la guerre.
Son argumentation repose ainsi sur une chaîne de causalité claire. Le Hezbollah ouvre le front. Il refuse ensuite l’application des cadres internationaux qui auraient pu en limiter l’extension. Puis il refuse, selon lui, d’exécuter les dispositions de l’accord du 27 novembre 2024, qui prévoient la centralisation des armes dans les mains de l’État. Enfin, il s’engage le 2 mars dans ce que Samir Geagea décrit comme une guerre de soutien à l’Iran, ce qui aurait provoqué davantage de morts, de déplacements et de destructions.
Dans cette lecture, le Hezbollah n’est pas seulement responsable d’un choix militaire. Il devient le principal obstacle à la restauration de l’État. C’est pourquoi Samir Geagea fait de son désarmement le point de départ de toute reconstruction politique sérieuse.
La place du Hezbollah dans la vie politique
Le chef des Forces libanaises va plus loin lorsqu’il aborde l’existence politique du Hezbollah. Il établit un lien direct entre l’interdiction des activités militaires et sécuritaires du parti et la légitimité de sa présence dans les institutions. Selon lui, cette présence politique ne peut être admise que si le parti respecte le cadre constitutionnel, les résolutions internationales, le discours d’investiture, le programme gouvernemental et les décisions de l’exécutif.
Il affirme qu’à partir du moment où le Hezbollah poursuit la guerre à l’encontre de la volonté du gouvernement, alors même qu’il participe à ce gouvernement, la question de son maintien au pouvoir se pose de manière logique. Il va jusqu’à évoquer l’idée d’une réflexion sérieuse sur une éventuelle interdiction politique si le parti persiste dans cette voie.
Sur son influence, Samir Geagea affirme aussi que le Hezbollah a nettement reculé. Selon lui, le parti ne dispose plus de véritables alliés sur le plan national, combat seul et perd du soutien jusque dans son propre environnement. Il soutient également qu’il n’a plus la capacité de bâtir des alliances transcommunautaires ou de pénétrer les autres composantes du pays comme auparavant.
Cette lecture s’accompagne d’une analyse sur le soutien iranien. Samir Geagea estime que Téhéran n’est plus en mesure d’approvisionner le Hezbollah comme auparavant, en raison de la fermeture des voies terrestres par la Syrie et d’une surveillance accrue par air et par mer. Il en conclut que le parti se trouve dans une situation de recul militaire et d’encerclement logistique, sans véritable couverture gouvernementale ni appui national large.
Le dossier du pouvoir et des institutions
En liant la question des armes à celle de la légitimité institutionnelle, Samir Geagea franchit un pas supplémentaire dans son discours. Il ne demande pas seulement l’application des décisions sécuritaires. Il pose aussi la question de la présence du Hezbollah au sein même du pouvoir, tant que le parti ne se conforme pas, selon lui, aux choix arrêtés par l’État.
Cette partie de sa déclaration vise à replacer le débat sur le terrain des institutions. Pour les Forces libanaises, le problème n’est pas seulement militaire. Il concerne aussi le fonctionnement du gouvernement, la cohérence de la majorité et la possibilité même d’exercer l’autorité publique si un parti continue de participer au pouvoir tout en contestant la ligne officielle sur la guerre et sur les armes.
Paix, dialogue direct et retour à la logique d’État
Interrogé sur la paix et sur le dialogue direct avec Israël, Samir Geagea reprend sa ligne centrale. Pour lui, la question ne peut pas être sérieusement abordée tant que l’État libanais n’a pas rétabli son monopole sur la force. Il dit en substance que les débats sur le dialogue, sur la stabilité, sur l’ouverture extérieure ou sur l’essor économique resteront suspendus si le Liban ne redevient pas un État réel.
Il insiste sur le fait qu’avant de parler de relations extérieures, il faut d’abord restaurer l’ordre intérieur. Dans son raisonnement, la priorité absolue reste l’arrêt de l’utilisation du Liban comme plateforme militaire, le contrôle des frontières et le retour à la logique de l’État. Il présente d’ailleurs le face-à-face actuel avec Israël comme une conséquence directe de l’action du Hezbollah, estimant que c’est ce dernier qui a conduit le Liban à cette situation.
Lorsqu’il résume les mesures les plus urgentes pour assurer la paix et l’avenir du pays, Samir Geagea ne varie pas. Il répète que la première, la deuxième et la troisième priorité restent le désarmement des armes non légales. Cette répétition donne au message sa forme la plus claire. Aux yeux des Forces libanaises, tout le reste dépend de ce point.
Le président du parti termine enfin sur un appel au soutien international à l’État libanais. Il demande aux gouvernements étrangers, notamment européens, d’appuyer les autorités libanaises afin qu’elles puissent imposer leur pleine souveraineté sur l’ensemble du territoire. Son objectif affiché est de tourner la page d’un Liban utilisé comme terrain aux armes, aux guerres et au désordre.
Ce discours replace ainsi le cessez-le-feu dans une bataille politique intérieure. Derrière la trêve de dix jours, Samir Geagea voit moins une pause qu’un compte à rebours. Pour lui, le Liban dispose d’un temps limité pour montrer s’il veut redevenir un État pleinement souverain, capable de décider, de protéger son territoire et d’empêcher qu’une nouvelle guerre lui soit imposée.



