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Le Président du Parlement Nabih Berri pensait avoir remporté la bataille en bloquant lui-même les projets de lois – comme la levée du secret bancaire – et le plan du gouvernement via la Commission parlementaire des Finances et du Budget, en faisant démissionner le gouvernement (après que le Premier ministre eut voulu mettre à l’ordre du jour du Conseil des ministres la dissolution du Parlement), en écartant Kroll au profit d’Alvarez & Marsal pour mener l’audit juricomptable (« forensic audit ») de la Banque Centrale du Liban (BDL), en obtenant la désignation de Saad Hariri comme Premier ministre et en s’assurant l’octroi du ministère des Finances à son parti (le mouvement Amal). 

Le « club des anciens Premiers ministres » (composé de Najib Mikati, Fouad Siniora, Saad Hariri et Tammam Salam mais excluant Sélim Hoss) pensait aussi avoir remporté la bataille avec la mise en échec (au Parlement) et la démission du Premier ministre Hassan Diab (désigné sans leur accord) et de son gouvernement (qui, lors de sa formation, sans leur participation et sans leur représentation, avait réussi à obtenir, sans leurs voix, la confiance du Parlement), la désignation de l’un des leurs (Saad Hariri) pour former un gouvernement sans les voix des députés des blocs parlementaires du Courant patriotique libre (fondé par le Président Michel Aoun) et du Hezbollah. 

À travers le Président du Parlement Nabih Berri et le club des anciens Premiers ministres, c’est le « parti des Banques » qui pensait avoir remporté la bataille en contrôlant le pouvoir législatif (le Parlement), le plus puissant dans notre démocratie parlementaire, et en reprenant le contrôle du pouvoir exécutif (le Gouvernement), d’autant que le projet de loi sur l’indépendance du pouvoir judiciaire reste bloqué au Parlement. Ce parti qui est en fait une coalition des banques (actionnaires, membres de conseil d’administration, consultants et avocats de celles-ci) et de grands déposants (qui auraient à contribuer à la restructuration bancaire par le biais du « bail-in » ou renflouement interne, c’est-à-dire le transfert dans le bilan comptable d’une partie des dépôts en capital) qui s’est formé pour lutter contre le plan soumis par le gouvernement au Fonds monétaire international (FMI) – qui l’a accepté – et a fait un lobbying puissant auprès de la Commission parlementaire des Finances et du Budget – qui a contesté le montant des pertes pourtant confirmé par le FMI –, est dirigé par le gouverneur de la BDL Riad Salamé. Ce dernier règne en maitre sur l’Association des Banques du Liban (ABL) car ses membres ne s’entendent sur rien mais lui obéissent et s’opposent au plan du gouvernement qui prévoit la disparition (« wipe-out ») des actionnaires et de leur capital (« write-off ») dans les banques.

Le Président de la République Michel Aoun sait tout cela et a décidé d’utiliser la seule prérogative réelle dont sa fonction dispose, c’est-à-dire accepter ou pas la formation du gouvernement, pour obtenir le départ du gouverneur de la BDL Riad Salamé. Ce dernier est en train de faire échouer l’audit juricomptable exigé par le FMI et que Michel Aoun veut voir aller à son terme et même s’étendre ensuite aux ministères, à l’administration et aux organismes d’État créés après la guerre (le Conseil du Sud – entre les mains du mouvement Amal –, la Caisse des déplacés – entre les mains du Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt –, le Haut Comité de secours, et le CDR ou Conseil pour le développement et la reconstruction – tous deux entre les mains du Courant du Futur de Fouad Siniora et Saad Hariri). Rappelons que l’ancien ministre des Finances (dans le dernier gouvernement dirigé par Sélim Hoss entre 1998 et 2000) Georges Corm a récemment estimé que la crise ne pourra pas être résolue sans changement de gouvernance à la BDL. De même, il n’y aura pas de réformes sans un tel changement. Le Président de la République l’a bien compris et est prêt à retarder la constitution du cabinet pour être sûr d’avoir gain de cause d’autant qu’il en va de son mandat et surtout de l’intérêt du Liban et des Libanais qui font face à une multiplicité de crises : financière, économique, sociale, sanitaire et monétaire. 

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