Légitimité communautaire et légitimité nationale

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De plus en plus, à travers l’histoire récente du Liban, il s’avère de façon flagrante, que la compétition frénétique et féroce, allant souvent jusqu’à l’élimination physique, a terriblement nui aux maronites du Liban. La présidence de la république, qui leur a été accordée comme garantie, de leur survie culturelle et politique en Orient et pour préserver, la vocation pluriculturelle libanaise, est devenue au fil du temps, un enjeu de pouvoir personnel, que chacun prétend s’accaparer et incarner, de manière exclusive. On a fini par confondre, la fin et les moyens.

A dire la vérité, en tant que maronite et en tant que libanais, je suis peu soucieux aujourd’hui, du nom du futur président. Ma seule préoccupation, c’est qu’il ait une légitimité communautaire et nationale (car le Liban est une fédération de communautés, dans un système parlementaire unifié) et qu’il réconcilie, en profondeur et de manière définitive, les maronites avec leur histoire et avec eux-mêmes.

Ce qui a énormément affaibli les maronites, en tant que communauté, autrement dit, en tant que groupe culturel et politique, acteur privilégié de l’entité libanaise, depuis l’Emirat du mont Liban (1516-1842) et la déclaration du Grand Liban (1 er septembre 1920), ce sont les luttes intestines intra maronites. Depuis leur accession au pouvoir, autrement dit depuis Béchir II Chehab (1789-1840), dont la génération du  grand père s’était convertie du sunnisme au maronitisme et qui a éliminé, son propre grand  cousin et les enfants de ce dernier, jusqu’à la vacance présidentielle, qui dure depuis mai 2014, les maronites n’ont cessé de se faire la guerre entre eux, souvent au sein de la communauté voire de la même famille. Ces luttes fratricides, intracommunautaires, se sont accentuées avec la fin du mandat français et sont devenues sanglantes, depuis la guerre civile de 1975.

Voilà que nous nous retrouvons, 27 ans après la désastreuse première vacance présidentielle, et tous les dégâts qui en ont résulté, avec exactement  les mêmes acteurs de l’époque, Gemayel, Geagea et Aoun et aujourd’hui  Frangieh, petit fils homonyme de celui qui fut le dernier président démocratiquement élu , avant le déclenchement de la guerre et qui se proposait en 1988 , de rétablir l’ordre et l’autorité de l’Etat ,avant que les trois  autres, ne se liguent contre lui et finissent par la suite, par  s’éliminer les uns les autres.(La candidature Daher avait été alors  envisagée, comme un compromis, qui une fois refusé, avait cédé la place au chaos ).

Il n’est nullement dans mon intention, de porter un jugement de valeur, sur l’action politique de l’un ou l’autre, de nos leaders maronites communautaires de premier plan .Je ne mets pas en doute ,les énormes sacrifices qu’ils ont dû consentir, souvent avec leurs familles et leur proche entourage et je pense que chacun d’eux, s’est acquitté de bonne foi, de ce qu’il pensait être le meilleur, pour sa communauté et pour le Liban. Le message pluriculturel du Liban passe par le communautaire, pour rejoindre le national mais si le communautaire est irrémédiablement  divisé, il risque d’être instrumentalisé, au détriment de l’intérêt national   .

Je rêve d’un président, qui puisse réunifier avant tout, sa propre communauté, par sa sagesse, sa culture, son expérience, sa vision, son intégrité, son sens des responsabilités, pour qu’elle redevienne, un partenaire fiable et non versatile, au Liban .Et qu’il élargisse son ouverture à l’Orient et au monde, pour porter véritablement et pacifiquement, ce modèle libanais, d’interculturalité réussie et intériorisée. On commence par fédérer sa famille propre, pour s’ouvrir par la suite, à son environnement. Pour que cette communauté puisse perdurer en Orient, avec ses valeurs culturelles et ses libertés politiques, il faudrait qu’au-delà des personnes, qu’elle renoue avec elle-même,  ses racines, sa vocation et  son destin.

L’expérience libanaise est intéressante, en tant que valeur ajoutée symbolique, si elle est cohérente avec elle-même et si elle répond, à des impératifs collectifs, qui dépassent les intérêts individuels. Une fois élu, le nouveau président devra nommer urgemment,  une commission, qui travaillera objectivement, à la définition d’une même identité pluriculturelle libanaise.

Un quart de siècle après la fin de la guerre civile libanaise (1975-1990) et presqu’un siècle après la déclaration du Grand Liban, les maronites,  appâtés par la présidence de la république, ne parviennent pas à comprendre, qu’ils ne pourront durer, dans l’espace et  le temps, que s’ils maintiennent entre eux, une solidarité positive et salutaire.  C’est à celui qui se cherche plus des alliances internes et des protecteurs régionaux et internationaux. Ils s’affaiblissent mutuellement et bientôt il n’y aura plus, que la sainte  providence pour, peut être  un jour, les éclairer et les relever.

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