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Première mondiale de l’œuvre musicale « Baalbek II » de Noémie Ochoa (NMCH) à Paris 

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Toute naissance est le résultat d’une longue gestation pavée de rencontres fortuites, de coïncidences amusantes et d’un travail constant, souvent semé d’embûches. Tout comme l’enfant qui voit le jour grâce à la rencontre de deux êtres, l’œuvre musicale naît de l’intersection de la trajectoire de son créateur avec celles d’un nombre indéterminé d’êtres ou avec des événements imprévus dont le récit alimentera par la suite mille anecdotes croustillantes. Ce qui semble fortuit revêt soudain un sens propre. La création naît du désir et d’un rêve qui, soudain, prend corps et acquiert sa personnalité profonde.

Nous nous trouvons à Paris, au Pavillon de la Sirène, en cette soirée du 19 juin, pour la première mondiale de “Baalbek II”, œuvre en deux parties de Noémie Ochoa (connue comme compositrice sous le sigle NMCH). Plusieurs pièces contemporaines sont prévues au programme, dont «Transumanti» de Nicolas J. Chaanine, compositeur libanais dont la réputation n’est plus à faire, «Vocalise» de Hélène Rasquier, récemment décédée, amie illustre de Jean-Pierre Schmitt, chef d’orchestre français installé à New York, venu spécialement à Paris pour l’occasion, «Caprice» d’Eugène Ysaÿe, d’après l’étude en forme de valse de Camille Saint-Saëns, interprété par la magnifique violoniste Eva Gris. Tout s’insère harmonieusement avec le concerto pour hautbois et violon BWV 1060 (version pour deux saxophones) de Bach, où dialoguent les saxophones de Javier Oviedo et du jeune et talentueux Luisma González Jiménez.

Personnalité intense et discrète, la compositeure et pianiste NMCH est installée en retrait dans la salle et suit avec émotion chaque note de l’œuvre — initialement écrite pour piano et saxophone (Baalbeck I) — réécrite pour ensemble à cordes et saxophone. L’orchestre de Saint-André-des-Arts, créé par le violoniste Régis Ytier, professeur à l’École Normale de Musique de Paris, est dirigé par le Maestro Schmitt, Français devenu citoyen new-yorkais, et accueille pour l’occasion une figure éminente à l’interprétation impeccable et au souffle puissant : le saxophoniste Javier Oviedo, arrivé également de New York en compagnie de Jean-Pierre Schmitt.

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C’est de la rencontre fortuite du maestro Schmitt et du saxophoniste Oviedo avec Noémie Ochoa, dans son atelier même, lors d’un rendez-vous avec feue Hélène Rasquier, que la collaboration artistique avait commencé. Très vite, un échange s’établit. Jean-Pierre Schmitt, amoureux du Liban et grand admirateur des artistes et des musiciens libanais, a contribué à la naissance du Beirut Chamber Orchestra que préside le compositeur Nicolas J. Chaanine. Il dirige lui-même le CSP (Classical Saxophone Project) à New York. Il fait part à la jeune femme de sa passion pour le pays des cèdres et décrit le foisonnement artistique qui y règne. Il commande d’abord une pièce pour piano et saxophone pour le CSP. Noémie Ochoa ne connaît pas le Liban, mais une sensibilité à fleur de peau et une grande intuition lui ouvrent d’emblée les pans d’un paysage artistique et affectif qu’elle découvre avec doigté. Elle écoute Feyrouz, s’éprend du magnifique chant écrit par Gibran Khalil Gibran dans son œuvre «Le Livre des processions», mis en musique par le compositeur libanais Najib Hankash. Elle souhaite d’abord rendre un hommage au thème de Feyrouz en l’incorporant dans son œuvre. Elle approfondit ses recherches sur le Liban, son histoire tourmentée, et suit l’actualité. En 2024, les alentours du fabuleux site de Baalbeck sont bombardés. NMCH décide spontanément de dédier l’œuvre au lieu magique où se dressent les temples romains mondialement réputés, sur les marches desquels Feyrouz a maintes fois chanté les poètes et l’amour du pays.

Ainsi naît la première partie de l’œuvre, reflet d’une âme perturbée par le bruit des bombardements aériens, nourrie par l’empathie pour la souffrance d’autrui. L’œuvre «Baalbek II» est d’abord tourment, qu’expriment les fluctuations inquiètes et aiguës du saxophone auquel répond l’ensemble à cordes dans un crescendo de notes graves. Des césures marquent l’effet tragique créé par la musique. On croit entendre les murs du pays de Canaan tomber sous les sons des trompettes de Jéricho. La transition entre les deux parties s’opère en douceur, dans une mutation habile et sensuelle des notes qui enveloppent le thème de Feyrouz et l’exaltent dans une adroite mise en abyme musicale. C’est le saxophone qui émule le chant de la flûte, tandis que les instruments à cordes construisent en filigrane un écrin digne du thème de Gibran : « Donne-moi le nay et chante ! / Le chant est secret d’immortalité / Et la plainte du nay survit à l’anéantissement de l’existence. »

Le talent de NMCH comme compositrice s’impose à travers la traduction de l’instant dramatique et de l’œuvre lyrique en écriture musicale puissante, où sont maîtrisés l’harmonie, le toucher et le rythme. La jeune femme, pianiste affirmée, a été formée auprès des plus grands professeurs. Destinée à interpréter la musique de Beethoven dans un parcours classique, elle s’impose comme une compositrice résolument moderne, à l’écoute des pulsations du monde, capable de narrer l’instant dramatique et de le faire imploser en insufflant l’espoir, et susceptible de rassembler mélomanes avertis dans le sens le plus classique du terme et adeptes de la note libre, ouverte à des langages musicaux nouveaux.

Émue par l’écoute et l’émotion du public, Noémi Ochoa remercie à son tour l’orchestre dont elle a suivi, avec l’autorisation du Maestro, les répétitions et la maîtrise de l’œuvre interprétée dans les temps records autorisés. L’osmose créée grâce à la conduction parfaite où se fondent la maestria du saxophoniste new-yorkais et le talent des musiciens de l’Orchestre a permis de transmettre fidèlement les intentions de l’auteure.

Il demeure à espérer que Jean-Pierre Schmitt dirigera un jour “Baalbek II” sur les marches de Baalbeck, au cours du splendide festival éponyme, et que le public libanais découvrira l’hommage rendu au plus prestigieux site de son pays. NMCH, une fois que les canons se seront tus, devrait urgemment découvrir les temples majestueux auxquels elle a dédié cette œuvre tissée d’âme et de lumière.

La compositrice saluant Javier Oviedo, saxophoniste du CSP (classical saxophone project de New York) et le chef d’orchestre Jean-Pierre Schmitt.

Interprétation de Baalbek II au Pavillon de la Sirène à Paris. 

Portrait de NMCH

Le chef d’orchestre Jean-Pierre Schmitt dirigeant l’orchestre de Saint –André- des -Arts.

Le chef d’orchestre Jean-Pierre Schmitt dirigeant “Baalbek II”

Le saxophoniste Javier Oviedo jouant sous la direction de Jean-Pierre Schmitt dans “Baalbek II”

Au premier plan, à gauche, le violoniste Régis Ytier, à l’origine de l’orchestre de Saint-André-Des Arts

Capture d’un moment intense durant l’interprétation de “Baalbek II” de NMCH

Capture d’un moment intense durant l’interprétation de “Baalbek II” de NMCH

Le saxophoniste javier Oviedo félicitant chaleureusement NMCH après le concert

Javier Oviedo, saxophoniste new-yorkais du Classical Saxophone project au cours de l’interprétation de Baalbek II

De gauche à droite: les solistes protagonistes du concert: le saxophoniste Javier Oviedo, la violoniste Eva Gris et le saxophoniste Luisma Gonzalez Jimenez. Le violoniste Régis Ytier félicite le chef d’orchestre Jean-Pierre Schmitt.

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Nada Skaff
Nada Skaff
Nada Skaff est une poète libano-italienne d’expression française et italienne, née à Beyrouth. Microbiologiste de formation, elle a enseigné les sciences au Collège International de Beyrouth à partir de 1992 et a collaboré activement à La Revue du Liban, hebdomadaire de langue française, entre 1995 et 1997. En 1998, elle a quitté le pays des cèdres pour s’installer à Naples avec son époux italien. Passionnée de langues, elle a regagné les bancs de l’université et entrepris des études de littératures française et espagnole à l’Université de Naples L’Orientale, où elle a obtenu, en 2014, une maîtrise en langue et littérature françaises. Elle a publié plusieurs recueils en langues française et italienne, et a traduit en arabe son premier recueil, Fleur de sel. Lauréate de nombreux prix de poésie, elle a obtenu, en décembre 2024, le prestigieux prix Laurentum Dante Alighieri, décerné au Parlement italien à Rome. Depuis 2016, Nada Skaff est enseignante qualifiée de langue française dans une école italienne. Elle est également créatrice de bijoux personnalisés en métaux précieux et pierres fines depuis 2006, et continue de collaborer à divers journaux en ligne à travers des articles culturels et des poèmes.

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