Parlement libanais, crédit photo Francois el Bacha

L’incompétence et l’irresponsabilité ne sont pas les pires caractéristiques de la classe politique libanaise. La faillite morale des professionnels de la politique politicienne est, de loin, la tarre qui porte le plus grand préjudice à l’Etat et au Liban. Surtout que le citoyen renonce à demander des comptes aux dirigeants, volontairement, car complice du système, ou par lassitude. Cela garantit la pérennité des dirigeants venus, par hérédité ou par accident, guider une base qui se prête donc volontiers à ce jeu macabre. Des dirigeants incompétents, irresponsables, immoraux et prétentieux, qui surfent sur l’ignorance, la peur et la complicité de citoyens ainsi redevenus sujets. L’Etat tombe en ruines et la nation se perd. 

Les grands dossiers, stratégiques pour espérer le redressement de l’Etat et la survie de la nation, sont traités avec la légèreté habituelle par cette classe politique formatée à traficoter des dossiers politiquement et financièrement plus rentables. Experts en acrobatie politicienne, ces dirigeants sont capables de toutes les aberrations (économiques, financières, administratives) pour servir quelques intérêts communautaires, claniques, personnels. Prétentieux, ils n’hésitent pas à s’inviter dans la cour des grands, pour expliquer la vision, la stratégie, la politique et la tactique (toutes confondues bien sûr) de telle puissance internationale, au Moyen-Orient, mais également sur les mers et les continents, dans l’espace et au-delà… Sans embarras, et sans aucun complexe, ils sont capables de proposer leurs contributions aux grandes puissances internationales, parfois directement à des Ambassadeurs devenus courtisans par complaisance ou par cynisme. Pour les plus érudits parmi eux, ceux qui « lisent », même quand ils lisent en diagonale le plus souvent par paresse intellectuelle, l’arrogance perd ses limites, et leurs contributions deviennent des vérités historiques… 

Dans un pays où les urnes, lorsqu’on y a recours, confirment la nature anti-démocratique du système, les sondages, aussi bidons soient-ils, sont en vogue, et donnent aux citoyens l’impression d’être de vrais électeurs. Autant en profiter pour sonder nos dirigeants sur des questions aussi insignifiantes en temps normal, que celles de savoir si eux et les membres de leurs familles possèdent un autre passeport que celui du Liban, s’ils ont investi dans un bien ou refuge immobilier à l’étranger, s’ils ont mis en lieux surs et à l’étranger bien évidemment leurs avoirs les plus précieux, etc. Des questions banales qui montreront, violemment, la vraie distance qui sépare cette élite dirigeante et sa base, et qui confirmeront ce dont on se doute tous : le navire est en train de couler, et notre cher équipage, notre équipe dirigeante, l’a déjà quitté depuis longtemps, pratiquement. 

Fadi Assaf, Middle East Strategic Perspectives (www.mestrategicperspectives.com)