Nous suivre sur

Mémorandum d’Islamabad : le Liban au cœur du deal Iran-USA

- Advertisement -

Chapeau — Le projet de mémorandum d’Islamabad entre les États-Unis et l’Iran ne se limite pas au nucléaire, aux sanctions et au détroit d’Ormuz. Sa première clause mentionne explicitement le Liban, l’arrêt permanent des opérations militaires sur tous les fronts et la garantie de la souveraineté libanaise. Cette formulation peut devenir un levier majeur pour Beyrouth, mais seulement si elle se traduit par un retrait israélien vérifiable du Sud-Liban.

Le texte présenté comme « Islamabad Memorandum of Understanding » entre les États-Unis et la République islamique d’Iran place le Liban au cœur d’un compromis beaucoup plus large. Il ne s’agit pas seulement d’un document sur le nucléaire iranien, les sanctions ou le détroit d’Ormuz. Dès son premier paragraphe, il mentionne l’arrêt permanent des opérations militaires « sur tous les fronts, y compris au Liban », et ajoute une formule importante sur la garantie de l’intégrité territoriale et de la souveraineté libanaises. Cette mention change la portée politique du texte.

Le document reste, à ce stade, un projet attribué aux discussions entre Washington et Téhéran. Il doit donc être lu avec prudence. Il n’a pas la valeur d’un traité tant qu’il n’est pas signé, publié officiellement et confirmé par un mécanisme juridique. Mais sa structure éclaire déjà les priorités des deux parties. L’Iran obtient l’inscription de la souveraineté, de la levée des sanctions, du déblocage de ses fonds et de la réouverture maritime. Les États-Unis obtiennent un engagement nucléaire, un statu quo pendant les négociations et un cadre de surveillance. Le Liban obtient une mention décisive, mais encore insuffisante si elle n’est pas accompagnée d’un retrait israélien vérifiable.

Traduction intégrale du mémorandum d’Islamabad

Mémorandum d’entente d’Islamabad entre les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran.

Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran sont convenus conjointement, de bonne foi, à telle date, de ce qui suit.

Paragraphe 1

Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran, ainsi que leurs alliés dans la guerre en cours, déclarent, par la signature du présent mémorandum d’entente, la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, et s’engagent désormais à ne déclencher aucune guerre ni aucune opération militaire les uns contre les autres, à s’abstenir de toute menace ou de tout recours à la force les uns contre les autres, et à garantir l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban. L’accord final confirmera la cessation permanente de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que les autres dispositions du présent paragraphe.

Paragraphe 2

Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran s’engagent à respecter mutuellement leur souveraineté et leur intégrité territoriale, et à s’abstenir de toute ingérence dans leurs affaires intérieures respectives.

Paragraphe 3

Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran s’engagent à négocier et à parvenir à l’accord final dans un délai maximal de soixante jours, prorogeable par consentement mutuel.

Paragraphe 4

Immédiatement après la signature du présent mémorandum d’entente, les États-Unis d’Amérique commenceront à lever leur blocus naval et toute perturbation ou entrave dirigée contre la République islamique d’Iran, et mettront entièrement fin au blocus naval dans un délai de trente jours. Pendant cette période, le trafic des navires sera rétabli par la République islamique d’Iran proportionnellement aux niveaux du trafic d’avant-guerre. Les États-Unis d’Amérique s’engagent en outre à retirer leurs forces de la proximité de la République islamique d’Iran dans un délai de trente jours après l’accord final.

Paragraphe 5

Dès la signature du présent mémorandum d’entente, la République islamique d’Iran prendra, en déployant ses meilleurs efforts, les dispositions nécessaires au passage sûr des navires commerciaux, sans frais pendant une période limitée à soixante jours, du golfe Persique vers la mer d’Oman, et inversement. Le trafic des navires commerciaux commencera immédiatement et, compte tenu de la nécessité pour la République islamique d’Iran de retirer les obstacles techniques et militaires et de procéder au déminage, sera rétabli dans un délai de trente jours. La République islamique d’Iran engagera un dialogue avec le sultanat d’Oman afin de définir l’administration future et les services maritimes dans le détroit d’Ormuz, en concertation avec les autres États riverains du golfe Persique, conformément au droit international applicable et aux droits souverains des États côtiers du détroit d’Ormuz.

Paragraphe 6

Les États-Unis d’Amérique s’engagent, avec des partenaires régionaux, à élaborer un plan définitif, mutuellement agréé, doté d’au moins 300 milliards de dollars américains pour la reconstruction et le développement économique de la République islamique d’Iran. Le mécanisme de mise en œuvre de ce plan sera finalisé dans le cadre de l’accord final, dans un délai de soixante jours. Toutes les licences, dérogations et autorisations nécessaires aux transactions financières concernées seront accordées par les États-Unis d’Amérique.

Paragraphe 7

Les États-Unis d’Amérique s’engagent à mettre fin à tous les types de sanctions contre la République islamique d’Iran, y compris les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, les résolutions du Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique, ainsi que toutes les sanctions unilatérales américaines, primaires et secondaires, selon un calendrier convenu dans le cadre de l’accord final. La République islamique d’Iran et les États-Unis d’Amérique reconnaissent l’importance critique de la question de la fin des sanctions mentionnée ci-dessus, et expriment leur intention d’aborder immédiatement ces questions dans les négociations afin de parvenir à un accord mutuel à leur sujet.

Paragraphe 8

La République islamique d’Iran réaffirme qu’elle ne se procurera ni ne développera d’armes nucléaires. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran sont convenus de résoudre la question du sort des matières enrichies stockées selon un mécanisme qui sera mutuellement accepté, conformément au calendrier mentionné au paragraphe 7, la méthode minimale devant consister en une dilution sur site sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Les deux parties sont également convenues de discuter de la question de l’enrichissement et d’autres sujets mutuellement agréés liés aux besoins nucléaires de la République islamique d’Iran, sur la base du cadre statutaire qui sera convenu dans l’accord final. L’accord final confirmera les dispositions du présent paragraphe. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran reconnaissent l’importance critique des questions nucléaires susmentionnées et expriment leur intention d’aborder immédiatement ces questions dans les négociations afin de parvenir à un accord mutuel à leur sujet.

Paragraphe 9

Dans l’attente de l’accord final, les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran conviennent de maintenir le statu quo. La République islamique d’Iran maintiendra le statu quo actuel de son programme nucléaire, et les États-Unis d’Amérique n’imposeront aucune nouvelle sanction et ne déploieront pas de forces supplémentaires dans la région.

Paragraphe 10

Les États-Unis d’Amérique s’engagent à ce que, immédiatement après la signature du présent mémorandum d’entente, et jusqu’à la fin des sanctions, le département du Trésor des États-Unis délivre des dérogations pour l’exportation de pétrole brut iranien, de produits pétroliers et dérivés, ainsi que pour tous les services associés, y compris les transactions bancaires, les assurances, le transport, etc.

Paragraphe 11

Les États-Unis d’Amérique s’engagent à rendre entièrement disponibles à l’utilisation les fonds et avoirs gelés ou restreints de la République islamique d’Iran dès la mise en œuvre du présent mémorandum d’entente. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran conviendront mutuellement des procédures relatives à la libération de ces fonds pendant les négociations. Ces fonds, qu’ils soient conservés sur le compte d’origine ou transférés, seront rendus pleinement utilisables pour tout paiement à tout bénéficiaire final désigné par la Banque centrale de la République islamique d’Iran. Les États-Unis d’Amérique s’engagent à délivrer toutes les licences et autorisations nécessaires en conséquence.

Paragraphe 12

Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran conviennent qu’un mécanisme exécutif sera établi pour surveiller la bonne mise en œuvre du présent mémorandum d’entente et le respect futur de l’accord final.

Paragraphe 13

Après la signature du présent mémorandum d’entente, sous réserve du début de la mise en œuvre des paragraphes 1, 4, 5, 10 et 11 du présent mémorandum, et de la poursuite de la mise en œuvre de ces mesures, les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran commenceront les négociations relatives à l’accord final exclusivement sur les autres paragraphes.

Paragraphe 14

L’accord final sera approuvé par une résolution contraignante du Conseil de sécurité des Nations unies.

Le Liban, premier bénéficiaire potentiel et premier angle mort

La partie libanaise du texte se trouve presque entièrement dans le premier paragraphe. C’est peu en volume, mais très important politiquement. Le mémorandum ne se contente pas de parler de cessez-le-feu. Il mentionne la cessation permanente de la guerre « sur tous les fronts, y compris au Liban », puis ajoute l’engagement de garantir l’intégrité territoriale et la souveraineté libanaises. Cette formule est plus forte que les versions vagues qui se limitaient à évoquer un arrêt des hostilités. Elle donne au Liban un statut explicite dans l’accord.

Pour Beyrouth, cette phrase peut devenir un levier diplomatique. Si les États-Unis et l’Iran signent un texte qui garantit la souveraineté libanaise, le maintien de forces israéliennes au Sud-Liban devient difficile à justifier politiquement. Il ne s’agit plus seulement d’une revendication libanaise. Il s’agit d’un engagement inscrit dans un mémorandum entre Washington et Téhéran, puis destiné à être confirmé dans un accord final et validé par une résolution contraignante du Conseil de sécurité. La portée juridique dépendra du texte final, mais la portée politique est déjà considérable.

Le problème tient à ce que le paragraphe ne détaille pas les modalités. Il ne fixe pas de calendrier de retrait israélien. Il ne mentionne pas le retour des déplacés. Il ne précise pas le rôle de l’armée libanaise, ni celui de la FINUL. Il ne dit pas comment les villages détruits seront sécurisés. Il ne définit pas non plus ce qui se passera si Israël affirme rester au Sud-Liban tant que le Hezbollah n’est pas désarmé. C’est l’écart entre la formule générale et la réalité du terrain qui constitue le principal risque pour le Liban.

Le Liban peut donc lire le texte de deux manières. La première est favorable : l’accord inscrit enfin sa souveraineté dans la séquence régionale, ce qui peut forcer Washington à exercer une pression plus forte sur Israël. La seconde est prudente : sans calendrier, sans carte et sans mécanisme de vérification, la mention du Liban peut rester une clause politique sans effet immédiat. Le test ne sera pas la signature. Il sera le retrait effectif, le silence des drones, la fin des destructions et le retour réel des habitants du Sud.

Une pression nouvelle sur Israël

Pour Israël, le mémorandum est contraignant même s’il n’est pas signé directement par son gouvernement. Le premier paragraphe vise les États-Unis, l’Iran et « leurs alliés dans la guerre en cours ». Cette formule inclut implicitement les acteurs régionaux engagés dans les fronts liés au conflit. Elle place Israël devant une difficulté. Si Washington signe l’arrêt permanent des opérations sur tous les fronts et la garantie de la souveraineté libanaise, il devient plus difficile pour Israël de poursuivre librement ses opérations au Sud-Liban sans apparaître comme l’acteur qui défie la ligne américaine.

Le texte touche directement la doctrine israélienne de liberté d’action. Israël affirme vouloir rester au Sud-Liban tant que le Hezbollah n’est pas désarmé. Des responsables israéliens évoquent une présence durable et le contrôle de certaines zones frontalières. Le mémorandum, lui, parle d’arrêt permanent de la guerre et de souveraineté libanaise. Ces deux logiques s’opposent. L’une construit une zone de sécurité sous contrôle israélien. L’autre cherche à refermer tous les fronts dans un cadre régional.

Israël peut tenter de contourner cette pression. Il peut dire qu’il n’est pas partie au mémorandum. Il peut soutenir que ses opérations relèvent de la légitime défense. Il peut conditionner tout retrait au désarmement du Hezbollah. Il peut aussi demander aux États-Unis des garanties annexes sur le nord d’Israël. Mais la marge politique se réduit. Si Trump veut faire de l’accord avec l’Iran un succès, il devra empêcher Israël de saboter le premier paragraphe.

Cette tension peut provoquer une crise politique entre Washington et Tel-Aviv. L’alliance reste solide, mais les intérêts divergent. Les États-Unis veulent stabiliser la région, rouvrir Ormuz et éviter une guerre plus large. Israël veut empêcher le Hezbollah et l’Iran de présenter l’accord comme une victoire. Le Sud-Liban devient donc l’un des lieux où se mesurera la capacité américaine à imposer une discipline à son allié.

Les États-Unis obtiennent une sortie, mais au prix de concessions lourdes

Pour les États-Unis, le mémorandum offre une sortie de crise. Il arrête les hostilités, fige le programme nucléaire iranien, évite de nouveaux déploiements militaires et ouvre une négociation de soixante jours. Il donne aussi à Washington un cadre de contrôle : l’Iran réaffirme qu’il ne développera pas d’armes nucléaires, accepte une discussion sur les matières enrichies et admet le principe d’une supervision de l’AIEA pour la dilution minimale sur site.

Mais le prix politique est élevé. Les États-Unis s’engagent à lever leur blocus naval, à délivrer des dérogations pétrolières, à rendre utilisables les fonds iraniens gelés, à mettre fin aux sanctions selon un calendrier convenu et à participer, avec des partenaires régionaux, à un plan d’au moins 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement de l’Iran. Même si ces mesures sont conditionnées à l’accord final, leur inscription dans le mémorandum donne à Téhéran un avantage narratif immédiat.

Washington pourra présenter ces concessions comme le prix d’une stabilisation. La réouverture d’Ormuz est essentielle pour l’économie mondiale. Le gel du programme nucléaire évite une course à l’escalade. Le cessez-le-feu sur tous les fronts réduit le risque d’une guerre régionale. Le mécanisme de suivi permet de surveiller l’exécution. Mais l’opposition américaine peut lire le texte autrement : comme une série de concessions majeures accordées à l’Iran après une guerre qui n’a pas atteint ses objectifs.

Le paragraphe 13 est particulièrement important. Il prévoit que les négociations finales commencent après le début de mise en œuvre des paragraphes 1, 4, 5, 10 et 11. Autrement dit, l’arrêt des opérations, la levée du blocus naval, la réouverture maritime, les dérogations pétrolières et la libération des fonds doivent commencer avant que les autres questions soient négociées. L’Iran obtient donc des gestes concrets en amont. Les États-Unis parient que ces gestes créeront les conditions d’un accord final, mais ils prennent le risque de réduire leur levier de pression trop tôt.

L’Iran obtient une reconnaissance stratégique

Pour l’Iran, le texte est une victoire diplomatique s’il est confirmé. Il reconnaît sa souveraineté, prévoit la levée progressive des sanctions, ouvre la voie à la réactivation de ses exportations pétrolières, débloque ses fonds et organise un plan économique massif. Il permet aussi à Téhéran de présenter la guerre comme un échec de la pression américaine. L’Iran n’est pas forcé de capituler. Il négocie avec Washington sur un pied politique plus élevé qu’avant le conflit.

Le dossier nucléaire est le principal compromis iranien. Téhéran réaffirme qu’il ne cherchera pas l’arme nucléaire. Il accepte de discuter du sort des matières enrichies stockées et évoque une dilution sur site sous supervision de l’AIEA comme méthode minimale. Cette formule préserve une part de souveraineté technique. Elle évite l’image d’un transfert humiliant de toutes les matières hors du pays. Elle laisse aussi ouverte la discussion sur l’enrichissement, les besoins nucléaires civils et le cadre final.

Le paragraphe 5 donne également à l’Iran un rôle central dans Ormuz. Téhéran s’engage à permettre le passage sûr des navires commerciaux, mais il le fait en rappelant les droits souverains des États côtiers et en ouvrant un dialogue avec Oman et les autres États riverains. L’Iran obtient ainsi une reconnaissance de son rôle dans l’administration future des services maritimes du détroit. Ce n’est pas un détail. Le détroit d’Ormuz devient un objet de négociation régionale où l’Iran n’est plus seulement accusé de perturber le trafic. Il est présenté comme acteur nécessaire de sa sécurisation.

Enfin, le texte protège l’image régionale de l’Iran en mentionnant le Liban. Téhéran peut dire à ses alliés qu’il n’a pas signé un accord uniquement pour ses sanctions et son pétrole. Il peut affirmer que le front libanais, le Hezbollah et la souveraineté du Liban sont inclus dans le compromis. Cette dimension est importante pour éviter l’accusation d’abandon. Elle ne suffira toutefois que si le retrait israélien devient réel.

Le nucléaire : une formulation habile, mais incomplète

Le paragraphe 8 est l’un des plus techniques. Il contient trois éléments. L’Iran réaffirme qu’il ne développera pas d’armes nucléaires. Les deux parties acceptent de régler le sort des matières enrichies stockées par un mécanisme mutuellement agréé. La méthode minimale serait la dilution sur site sous supervision de l’AIEA. Enfin, l’enrichissement et les besoins nucléaires iraniens seront discutés dans le cadre statutaire de l’accord final.

Cette formulation évite l’affrontement immédiat. Les États-Unis obtiennent un engagement public contre l’arme nucléaire et une discussion sur les stocks enrichis. L’Iran évite d’accepter dès le mémorandum un démantèlement complet ou une sortie totale de l’enrichissement. Le langage renvoie les détails au texte final. Cela permet de signer vite, mais cela reporte les difficultés.

Le risque est évident. Si les deux parties ne s’accordent pas sur les niveaux d’enrichissement, les stocks, les centrifugeuses, les inspections, les sites sensibles et les délais, l’accord peut se bloquer dans les soixante jours. Le statu quo prévu au paragraphe 9 limite les risques immédiats. Il n’empêche pas les divergences de fond. Le nucléaire reste donc contenu, mais non résolu.

Pour Washington, la question sera de savoir si la dilution sur site suffit à réduire le risque. Pour Téhéran, il faudra éviter une solution perçue comme une humiliation. Pour l’AIEA, il faudra obtenir un accès réel, pas seulement un rôle symbolique. Le mémorandum donne une architecture, pas encore un régime complet de vérification.

Ormuz et les sanctions, cœur économique du compromis

Les paragraphes 4, 5, 7, 10 et 11 forment le cœur économique du mémorandum. Ils organisent une séquence : levée du blocus naval américain, réouverture du trafic commercial à Ormuz, dérogations pétrolières, libération des fonds iraniens et négociation de la fin des sanctions. C’est cette combinaison qui donne au texte sa valeur immédiate pour Téhéran et pour les marchés.

Le paragraphe 4 impose aux États-Unis de commencer à lever le blocus dès la signature. Le paragraphe 5 demande à l’Iran d’assurer le passage sûr des navires commerciaux pendant soixante jours sans frais. Le paragraphe 10 impose au Trésor américain de délivrer des dérogations pour le pétrole brut, les produits pétroliers et les services associés. Le paragraphe 11 rend les fonds iraniens utilisables selon les bénéficiaires désignés par la Banque centrale iranienne.

Cette logique montre que l’accord repose sur des gestes vérifiables. Les navires passent ou ne passent pas. Les dérogations sont délivrées ou non. Les fonds sont utilisables ou non. Les sanctions sont levées ou maintenues. Contrairement à une déclaration politique générale, ces éléments peuvent être mesurés rapidement. C’est aussi ce qui rend l’accord fragile. Tout blocage bancaire, tout incident maritime ou toute frappe régionale peut être présenté comme une violation.

Le plan de 300 milliards de dollars ajoute une dimension de reconstruction. Il ne s’agit pas seulement de libérer les échanges. Il s’agit d’offrir à l’Iran une perspective de développement. Le mécanisme reste à définir. Les partenaires régionaux devront accepter d’y contribuer. Les licences américaines devront permettre les transactions. Ce point peut devenir l’un des plus contestés, car il donnera à l’Iran une marge économique nouvelle.

Un accord qui dépendra de la résolution de l’ONU

Le paragraphe 14 prévoit une résolution contraignante du Conseil de sécurité. Ce choix vise à donner au texte final une force internationale. Il permettrait de sortir le compromis du seul rapport bilatéral entre Washington et Téhéran. Il engagerait aussi les autres membres permanents du Conseil, dont la Russie et la Chine. Pour l’Iran, cette validation offrirait une garantie contre un retrait américain ultérieur. Pour les États-Unis, elle pourrait donner un cadre juridique à la levée de certaines sanctions multilatérales.

Mais cette étape est complexe. Une résolution contraignante exige un texte précis. Elle devra traiter le nucléaire, les sanctions, la sécurité maritime, les mécanismes de suivi et les conséquences d’une violation. Elle devra aussi gérer la question libanaise si le premier paragraphe est confirmé. Une formulation vague sur le Liban serait insuffisante. Une formulation précise sur le retrait israélien serait politiquement explosive.

Le Conseil de sécurité deviendra donc un champ de bataille diplomatique. La Russie et la Chine pourraient soutenir un texte favorable à une levée rapide des sanctions. Les États-Unis voudront préserver des mécanismes de retour automatique en cas de violation. Les Européens chercheront à maintenir le rôle de l’AIEA. Israël fera pression pour que la résolution ne limite pas sa liberté d’action. Le Liban devra tenter d’y inscrire sa souveraineté de manière opérationnelle.

Le point décisif : transformer les phrases en mécanismes

Le mémorandum d’Islamabad est ambitieux parce qu’il cherche à couvrir tous les fronts. Il ne se limite pas au nucléaire. Il touche aux sanctions, au commerce maritime, aux fonds gelés, aux forces américaines, à la reconstruction économique, à Ormuz, à l’AIEA et au Liban. C’est sa force. C’est aussi sa faiblesse. Plus le texte couvre de sujets, plus les risques de blocage augmentent.

Pour le Liban, l’enjeu est clair. Le paragraphe 1 doit devenir un mécanisme. Il faut un calendrier de retrait israélien, un arrêt vérifiable des frappes, un retour des déplacés, un rôle précis pour l’armée libanaise et la FINUL, et une interdiction de toute zone tampon imposée. Sans cela, la souveraineté libanaise restera une formule utile, mais fragile.

Pour Israël, l’accord impose un choix. Soit il accepte la discipline américaine et limite ses opérations au Sud-Liban. Soit il défie l’esprit du texte et risque de détériorer sa relation avec Trump. Pour les États-Unis, l’accord offre une sortie, mais exige de contrôler leur allié israélien autant que leur adversaire iranien. Pour l’Iran, il représente une reconnaissance stratégique, mais l’oblige à livrer des garanties nucléaires et maritimes concrètes.

Le texte ouvre donc une fenêtre réelle. Il peut arrêter une guerre, rouvrir Ormuz, alléger les sanctions et replacer le Liban dans un cadre international. Mais il peut aussi échouer si chacun signe sa propre interprétation. Dans les prochaines heures, le point le plus sensible ne sera pas seulement le montant des fonds, ni la formulation nucléaire. Il sera de savoir si la phrase sur la souveraineté du Liban produit enfin un retrait israélien visible au Sud.

Recommande par Libnanews
Applications Libnanews

Retrouvez Libnanews sur mobile avec notifications et lecture rapide.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

A côté de l'actualité