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Joseph Aoun défend la souveraineté à Baabda et salue le rôle de Nabih Berri

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Au palais présidentiel, un plaidoyer pour « le meilleur possible »

Alors que le Liban reste plongé dans une crise politique et sécuritaire sans précédent, le président de la République Joseph Aoun a choisi d’ouvrir ses salons à des délégations des ordres d’avocats de Beyrouth et du Nord ainsi qu’à des représentants des milieux économiques. Cet entretien, largement relayé par la presse, a été l’occasion pour le chef de l’État de réaffirmer sa confiance dans la « formule d’encadrement » née des négociations de Washington. Cette formule, a‑t‑il expliqué, « préserve les droits du Liban sur le plan juridique et sur le terrain » et répond à la logique de l’État. Le président a martelé que « nous ne nous sommes pas rendus et nous n’avons pas renoncé à nos droits » et que le choix de la négociation, mené par l’État, constitue « le meilleur possible » après l’échec des confrontations armées.

Le chef de l’État a insisté sur la dimension souveraine de la démarche. « Le Liban est un État souverain qui négocie en son nom et pour son compte », a‑t‑il lancé. Pour lui, la signature de l’accord-cadre ne signifie pas que le pays se place sous la tutelle d’une puissance étrangère. Au contraire, il s’agit d’arracher la paix sur la base des résolutions internationales et de mettre fin à des décennies de guerre et d’occupation. Selon un observateur présent, le président a rappelé que la délégation libanaise avait imposé ses lignes rouges, notamment l’exclusion de toute revendication territoriale et la reconnaissance de la souveraineté libanaise . Il a précisé que le texte issu de Washington engageait les deux parties à un processus réciproque : l’armée libanaise se déploiera dans des zones pilotes, assurera le désarmement des groupes armés et consolidera l’autorité de l’État, tandis que les forces israéliennes se retireront en plusieurs étapes . Cette séquence, bien que conditionnée à des vérifications, est présentée comme un gage de paix durable.

Un message d’unité pour conjurer la discorde

Au‑delà des considérations juridiques, Joseph Aoun a tenu à saluer « l’attitude responsable » du président du Parlement, Nabih Berri, que beaucoup considèrent pourtant comme l’un des principaux opposants au texte. « Je salue la position de M. Berri pour éviter la discorde », a déclaré le président, estimant que le patron du mouvement Amal avait joué un rôle clé en freinant les appels à la rue et en préservant l’institution militaire. « Nous sommes tous d’accord pour dire que la discorde et toute atteinte à l’armée sont interdites », a‑t‑il ajouté. Ce discours de conciliation intervient alors que le projet d’accord soulève de vives tensions et que certains partis menacent de descendre dans les rues si le texte devait être ratifié sans modifications .

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La veille, une rencontre à Aïn el‑Tinéh entre Nabih Berri et l’ancien ministre Gebran Bassil avait donné lieu à des déclarations similaires. Les deux hommes, portés par des intérêts divergents, avaient appelé à éviter la fitna, la discorde confessionnelle, et à soutenir l’armée . Pourtant, le président du Parlement n’a pas renoncé à sa stratégie de blocage : il exige que le cadre soit soumis à l’Assemblée et se réserve le droit d’utiliser les mécanismes constitutionnels pour en retarder l’application. En saluant la « sagesse » de M. Berri, Joseph Aoun tente visiblement de désamorcer la confrontation institutionnelle et de faire basculer le débat sur le terrain juridique plutôt que dans la rue.

Réaffirmer la souveraineté et rejeter les rumeurs

Le président a ensuite abordé un sujet qui circulait depuis plusieurs jours dans les médias et sur les réseaux sociaux : la rumeur d’une destitution du commandant en chef de l’armée et de plusieurs directeurs d’organes de sécurité. « Il n’y a aucune vérité dans ces rumeurs », a‑t‑il assuré, précisant que « leur rôle est essentiel pour maintenir la sécurité et affirmer la souveraineté de l’État ». Les forces armées libanaises, placées sous la direction de Rodolphe Haykal, sont considérées par de nombreux observateurs comme la dernière institution encore capable de réunir les différentes composantes de la société. Leur neutralité et leur discipline sont un atout majeur pour la mise en œuvre de l’accord. Ces dernières semaines, des miliciens et des activistes avaient lancé des campagnes sur les réseaux pour exiger le départ des chefs militaires, accusés de « trahison » pour avoir soutenu la formule de Washington. En réponse, Joseph Aoun a répété que la sécurité interne reste une priorité absolue et que les tentatives de fragiliser l’armée équivalent à un acte de sédition .

Le chef de l’État a également rappelé que les habitants du Sud, quelles que soient leurs confessions, avaient le droit de vivre en paix et de ne plus subir de cycles de destruction et de déplacements forcés. Les chiffres parlent d’eux‑mêmes : plus de 4 200 personnes ont été tuées et 11 000 bâtiments détruits dans les derniers affrontements . Des familles entières ont été déracinées à plusieurs reprises en quelques mois. « Nos concitoyens du Sud ne doivent plus payer un prix aussi élevé », a‑t‑il martelé. Le message s’adresse autant à Israël qu’aux milices qui, selon lui, transforment ces régions en champs de bataille permanents.

Une formule née à Washington : rappel du contenu et des enjeux

Pour comprendre les enjeux du propos présidentiel, il faut rappeler les contours de la « formule de Washington » qui polarise le débat. Signé le 26 juin 2026 dans la capitale américaine, ce cadre en quatorze points a pour ambition de mettre un terme à l’état de guerre entre le Liban et Israël et de poser les bases d’une paix durable. Il prévoit un processus réciproque : l’armée libanaise doit se déployer dans des secteurs pilotes au Sud du pays, instaurer la sécurité et désarmer les groupes non étatiques, tandis que l’armée israélienne se retire graduellement . Le document affirme la souveraineté de chacun et proclame que les différends seront réglés par des négociations directes sous médiation américaine. À terme, il ouvre la voie à un traité de paix formel et à une reconstruction internationale.

Le texte prévoit la création d’une commission de coordination militaire composée des forces libanaises et israéliennes, sous supervision d’experts étrangers, pour définir les zones à évacuer et vérifier le désarmement. Il stipule également que les fonds étrangers destinés à la reconstruction ne pourront en aucun cas financer des organisations armées. Pour beaucoup, ce point vise clairement le Hezbollah et les autres milices chiites, sunnites ou palestiniennes présentes dans le pays. Enfin, l’accord mentionne que tout soutien financier international est conditionné au respect du calendrier de désarmement et au déploiement effectif de l’armée libanaise. Autant de clauses qui suscitent l’espoir d’un retour à la souveraineté, mais aussi des craintes liées à la possibilité d’une tutelle étrangère.

Les réactions politiques : soutien, réserve et hostilité

L’appui des forces réformistes

Au sein de la classe politique, certains partis voient dans l’accord une opportunité historique. Des responsables réformistes affirment que le cadre de Washington est « l’avancée la plus importante depuis cinquante ans », car il met sur la table la question des armes illégales et offre une feuille de route pour retrouver l’autorité de l’État. Ils soulignent que les guerres à répétition n’ont rien apporté si ce n’est des destructions et des exodes, et qu’une trêve durable permettrait de relancer l’économie. Ces partis rappellent que l’accord exclut toute revendication israélienne sur les terres libanaises et qu’il subordonne l’aide internationale à l’exercice exclusif de la souveraineté par le gouvernement.

Des organisations de la société civile, notamment des collectifs de déplacés et des associations d’entreprises, soutiennent également le processus. Ils estiment que le retrait progressif de l’occupant et le désarmement des milices sont indispensables pour reconstruire le Sud et attirer des investissements. Pour eux, les critiques brandies au nom de la résistance ne font que perpétuer un statu quo destructeur. Un économiste libanais souligne que la reconstruction du Sud et le retour des habitants ne seront possibles qu’avec la garantie que les tirs de roquettes et les bombardements cessent, et que l’autorité civile prenne le relais.

Les réserves de certains alliés

D’autres responsables adoptent une position nuancée, à l’image de Gebran Bassil, chef du Courant patriotique libre. S’il ne rejette pas le texte, il souhaite qu’il soit complété par des garanties sur la restitution des territoires occupés et sur la protection des droits du Liban. Après sa rencontre avec Nabih Berri, il a rappelé que « la guerre externe est plus facile que la guerre interne » et qu’il convenait de préserver l’unité nationale avant tout . Selon lui, la discorde confessionnelle est la véritable menace, et le débat autour de l’accord ne doit pas être instrumentalisé pour attiser les tensions. Il appelle à une conférence nationale afin d’étudier en détail le document et de proposer des amendements.

Le mouvement Amal, mené par Nabih Berri, se montre méfiant. Dans plusieurs interventions, le chef du Parlement a qualifié le texte de « déséquilibré » et a averti qu’il ferait tout pour éviter un passage en force . Il exige que l’accord soit soumis à l’approbation du Parlement et se dit prêt à utiliser les dispositions constitutionnelles pour en retarder l’adoption. Sa stratégie est d’ouvrir un débat sur la légalité du processus, en exploitant les dispositions de l’article 52 de la Constitution qui imposent la ratification des accords internationaux impliquant des engagements financiers ou territoriaux . Il avertit qu’il ne tolérera aucune atteinte à l’armée, qu’il continue de présenter comme la ligne rouge.

Le rejet frontal du Hezbollah

Le principal front du refus est sans surprise le Hezbollah. Son numéro deux a qualifié l’accord de « nul et non avenu » et d’« humiliation » . Le parti chiite voit dans la condition de désarmement un diktat imposé par Israël et les États‑Unis. Il rappelle que, selon sa doctrine, la résistance armée est justifiée tant que des territoires libanais restent occupés et que l’État ne peut pas protéger les populations du Sud. Des meetings ont été organisés dans les banlieues sud de Beyrouth et dans les villages du Sud pour dénoncer le texte. Certains responsables ont averti que la tentative de confisquer les armes du parti équivaudrait à une déclaration de guerre civile . Cette posture rend la mise en œuvre de l’accord incertaine : sans l’adhésion du principal acteur armé, l’armée libanaise risque de se retrouver dans une situation impossible.

Un cadre sous la loupe juridique : à l’Assemblée et au Conseil constitutionnel

Le président Joseph Aoun, conscient des objections, a insisté sur le fait que la formule de Washington sera appliquée selon les procédures constitutionnelles. La question de la ratification par l’Assemblée divise les juristes. Certains affirment que l’accord relève d’un arrangement sécuritaire et ne nécessite pas de vote. D’autres rappellent que la Constitution impose un passage au Parlement pour tout traité impliquant des engagements financiers et territoriaux. L’article 65 prévoit que le Conseil des ministres doit être saisi avec une majorité des deux tiers pour les décisions fondamentales , tandis que l’article 19 permet à un groupe de députés de saisir le Conseil constitutionnel pour contester un texte .

La procédure risque d’être longue. Le gouvernement de Nawaf Salam a créé une commission chargée de rédiger une annexe sécuritaire qui détaillera les modalités de retrait et de désarmement. Ce document, qui doit être finalisé dans les semaines à venir, pourrait clarifier certains points et lever des ambiguïtés. Mais il faudra ensuite arbitrer entre un vote parlementaire, un recours au Conseil constitutionnel et la pression de la rue. Le président du Parlement a déjà évoqué la possibilité d’un référendum, tandis que d’autres proposent un vote public à main levée.

Le Sud au cœur du débat : droits des populations et mémoire des conflits

Le discours de Joseph Aoun a accordé une place importante aux habitants du Sud. Il a rappelé que ces populations de toutes confessions avaient payé le prix fort des affrontements successifs : morts, blessés, maisons détruites et exode. Il a insisté sur la nécessité de leur offrir des garanties concrètes de sécurité. Le cadre de Washington prévoit la création de « zones pilotes » à proximité du fleuve Litani, où l’armée libanaise se déploiera en priorité . Les habitants de ces secteurs pourront revenir chez eux une fois la sécurité rétablie. Cependant, la perspective d’une présence israélienne prolongée ou d’un contrôle militaire étranger a suscité des protestations, notamment dans les milieux proches du Hezbollah.

Des organisations humanitaires ont rappelé que plus d’un million de personnes ont été déplacées . Dans les campagnes, les agriculteurs attendent de pouvoir récupérer leurs terres sans risquer d’être victimes de bombardements ou d’opérations de déminage. Les écoles et les hôpitaux ont été détruits, les réseaux de distribution d’eau et d’électricité sont à reconstruire. De nombreux observateurs estiment que la réussite de l’accord dépendra de la rapidité avec laquelle des projets de reconstruction seront lancés et des fonds débloqués. Sans perspective de relance économique, la population pourrait rejeter le processus et rejoindre les rangs des opposants.

Entre Washington, Téhéran et Beyrouth : un jeu d’équilibriste

La formulation de Joseph Aoun ne peut être dissociée du contexte régional. L’accord-cadre s’inscrit dans le prolongement des pourparlers entre les États‑Unis et l’Iran, parrainés par le Qatar, pour mettre fin à la guerre au Moyen‑Orient. Certains commentateurs craignent que le Liban ne devienne qu’une monnaie d’échange dans un accord plus large entre Washington et Téhéran. D’autres rappellent que la formule de Washington vise justement à empêcher que le dossier libanais soit englouti dans la négociation régionale. Le président a assuré à plusieurs reprises que le Liban refuse d’être un simple « annexe » au compromis américain-iranien . Il a affirmé que toute solution durable doit passer par Beyrouth et que personne ne peut se substituer au gouvernement libanais.

La diplomatie américaine insiste pour sa part sur la nécessité de désarmer le Hezbollah afin de rétablir la souveraineté . Elle affirme soutenir l’extension de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire et considère les négociations directes comme le seul moyen de sortir de la crise . La France et d’autres pays européens se montrent favorables, à condition que les droits des victimes et la reconstruction soient pris en compte. L’Iran et la Syrie se disent prêts à appuyer tout cessez‑le‑feu, mais refusent que le Hezbollah soit désarmé unilatéralement. Cette imbrication complique davantage l’équation.

Une opinion partagée entre espoir et scepticisme

Dans les rues de Beyrouth, le discours du président a été diversement accueilli. Pour certains, il incarne l’espoir d’une paix durable et d’une normalisation des relations. Ils voient dans l’accord une chance unique de sortir de décennies de guerre et d’attirer des aides massives. Pour d’autres, les mots du chef de l’État ne sont qu’un discours de circonstance destiné à masquer un abandon. Les réseaux sociaux ont reflété ces divergences : messages de soutien saluant le courage du président, appels à la prudence pour éviter une nouvelle “capitulation”, slogans exigeant que l’État protège la « résistance » et ne cède pas aux pressions étrangères.

Les acteurs économiques, eux, veulent y croire. Les principales organisations patronales estiment que la stabilité est une condition sine qua non pour relancer les investissements. Elles encouragent le gouvernement à travailler sur un plan de reconstruction et de développement pour le Sud et les régions sinistrées. Les syndicats des travailleurs se montrent plus méfiants, rappelant que les crises précédentes ont toujours débouché sur une hausse des taxes et des prix . Les ONG humanitaires mettent en avant l’urgence d’une assistance aux déplacés et d’une réhabilitation des infrastructures.

Un avenir incertain : entre mise en œuvre et contestation

L’intervention de Joseph Aoun à Baabda marque un tournant dans la communication de la présidence. En mettant l’accent sur les droits et la souveraineté, en saluant la retenue du président du Parlement et en démentant les rumeurs sur l’armée, il tente de donner l’image d’un chef de l’État rassembleur. Mais les obstacles restent nombreux. La suspension ou non du commandant en chef de l’armée, la mise en place de l’annexe sécuritaire, la discussion parlementaire, la résistance du Hezbollah, la reconstruction du Sud et l’évolution des pourparlers internationaux sont autant de dossiers sur la table.

La population attend des réponses concrètes : un calendrier précis, des garanties de sécurité, des mesures pour éviter la flambée des prix, des emplois. Les prochaines semaines diront si la formule de Washington se traduira sur le terrain ou si elle restera lettre morte. Le chef de l’État a mis en avant le dialogue comme seul moyen de sortir du cycle de violences. Il appartient désormais aux différentes composantes du pays de prendre leurs responsabilités pour éviter un nouvel embrasement et avancer vers une solution qui préservera à la fois les droits du Liban et la paix régionale.

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