Le Président de l'Association des Banques du Liban (ABL) Salim Sfeir

Le Président de l’Association des Banques du Liban (ABL) Salim Sfeir a réitéré son rejet du plan de sauvetage présenté par le gouvernement libanais et qui prévoit un approvisionnement à la totalité du capital des actionnaires des pertes du secteur financier privé.

Conformément au plan déjà présenté par l’ABL, Salim Sfeir a plaidé pour la création d’un fond de 40 milliards de dollars en coopération avec la Banque du Liban et garanti par les biens publics. Il a également mis en garde contre le plan du gouvernement Hassan Diab, estimant que le secteur financier pourrait être mis en danger.

Cette conférence s’est tenue alors que l’ABL a fortement critiqué l’accord conclu entre le gouvernement libanais et la banque centrale reconnaissant les pertes de la BDL qui, par ailleurs s’apprête à demander aux établissements bancaires locaux d’approvisionner à hauteur de 45% les pertes induites par l’état de défaut de paiement des eurobonds en mars 2020.

Salim Sfeir indique que toute perte de la BDL induira des décôtes ou haircuts et donc contredit le cadre législatif actuel.

Un refus d’un état de paiement de la dette interne

Depuis l’annonce par le gouvernement libanais de son souhait de voir le secteur bancaire tant public que privé être restructuré, les banques locales font face à un risque important de défaut de paiement, de l’ordre de 20 milliards de dollars de dette publique qu’elles détienne. Par ailleurs, elles sont également exposées indirectement par les Certificats de dépôt de la Banque du Liban qu’elles détiennent. Au total, le secteur financier fait face à près de 100 milliards de dollars de pertes, 63 milliards de dollars pour la Banque du Liban elle même.

Document Abl
L'ABL réitère son rejet du plan de sauvetage du gouvernement 2

Le plan présenté par l’Association des Banques du Liban, qui se présente comme garante des dépôts de 3 millions de personnes, prévoit que l’état se défasse de près de l’état 40 milliards de dollars de biens publics, comme les entreprises publiques ou encore obtenir des concessions et le droit d’exploiter les biens maritimes, à la faveur d’un fonds qui serait gérée par la Banque du Liban. La rémunération de ce fonds servira alors à annuler au final, la portion de dette publique interne détenue par la BDL. Cette proposition avait déjà été formulée dans le rapport semestriel du département de recherche économique de la Banque Audi.

Cependant, cette stratégie n’éviterait pas un appel au FMI, notent les auteurs de ce rapport. Il s’agira alors de faire tout de même appel au Fonds Monétaire International pour une somme estimée à 8 milliards de dollars.

Une autre partie de la dette publique, détenue notamment par les banques, devrait être renégociée. Cependant, cette publication semble oublier que ce sont les créanciers internationaux qui restent prioritaires dans les négociations, cela conformément au droit international, suite au défaut de paiement des autorités libanaises, début mars.

Selon l’ABL, cette absence de défaut de paiement est un préalable nécessaire à un retour de la confiance des déposants locaux.

Aussi le plan de restructuration de la dette publique tant interne qu’externe ne semble pas prendre en compte des hypothèses de croissance économique, alors que le Liban pourrait connaitre jusqu’à 12% de récession en 2020.

Une fiscalité en faveur des catégories de la population devenues vulnérables

Selon l’ABL, un surplus fiscal de 2.1% par rapport au PIB devrait être dégagé suite à la restructuration de la dette publique. Les sommes ainsi recueillies devraient financer un programme visant à assurer la sécurité sociale des catégories les plus vulnérables de la population.

L’unification des taux de change brusque et aucune mention de la fin du contrôle des capitaux

L’Association des Banques du Liban semble envisager un flottement brusque de la Livre Libanaise face au dollar, synonyme de perte brutale de la valeur de la livre libanaise, avec, à l’avenir, une intervention de la Banque du Liban limitée aux périodes d’extrême volatilité, alors que le gouvernement envisage, de son côté, une période de transition avant un flottement de la livre libanaise.

Une restructuration du secteur bancaire à peine envisagée

Selon le document, l’absence d’un état de défaut de paiement sur la dette interne devrait permettre un retour à la confiance de la population envers le système bancaire. Par ailleurs, en cas de non respect des conditions de capitaux propres induits par les accords de Bales III, l’ABL estime que certaines banques devront être fusionnées. Le document n’évoque aucun cas de liquidation ou de mise en faillite.

Pour les autres, il s’agira de présenter un business plan et un plan de recapitalisation selon des modalités à définir.

Cependant, le plan ne donne pas la proportion des établissements bancaires actuellement en difficulté.

Un cercle vicieux à briser

Les auteurs de l’étude mettent sur le dos des déficits fiscaux et commercial, la crise économique. Selon eux, ces 2 déficits étaient financés par les dépôts bancaires des résidents et non résidents.

Le rapport estime que la dégradation des conditions économiques depuis 2016, en raison des évènements en Syrie et de la crise des réfugiés, une crise en réalité qui a débuté en 2011 et non à cette date, aurait contribué à creuser la dette publique à des niveaux non supportables.

Par ailleurs, la mise en place d’une politique, dès les années 90, avec un secteur productif réduit et l’absence d’exportation a mené à une perte de croissance et à l’accroissement du déficit commercial.

L’ABL souhaite donc la mise en place d’une politique économique liée à une discipline fiscale et une politique monétaire consistante sans en dire plus, à la mise en oeuvre des ressources autorités à des secteurs prioritaires tel que le transport ou la production d’électricité, à l’amélioration de l’environnement des affaires et au développement d’industries à forte valeur rajoutée.

La surévaluation de la Livre Libanaise doit également être corrigée

L’ABL estime la surévaluation de la monnaie locale entre 33% et 60% par rapport à sa valeur réelle. Les auteurs de l’étude proposent une unification des taux de change qui suivrait un accord avec le FMI, ce qui pourrait s’avérer difficile puisqu’il s’agit d’une condition préalable de l’institution internationale. L’association reconnait qu’une importante inflation pourrait se produire en raison de l’absence de produits de consommations locaux notamment dans le secteur agricole. Cette absence devrait être palliée à moyen terme.

Aussi ils estiment que la levée du contrôle des capitaux, à une date non mentionnée pourrait améliorer la parité de la livre libanaise de 10% à 25%.

La hausse de la TVA et la baisse des dépenses publiques pour équilibrer le budget

Le souhait de protéger les personnes vulnérables au niveau fiscal mais également la classe moyenne devrait aboutir à diminuer la pression fiscale.

Ce programme devrait devrait être financé par une augmentation des taxes indirectes sur les revenus et notamment de la TVA sur les marchandises non-essentielles et l’élimination de la TVA sur d’autres produits ou encore par l’augmentation des taxes sur les revenus.

Côté revenus, l’ABL propose la fin des subventions pour l’EDL, la réduction des salaires de certains fonctionnaires, la remise en cause des retraites de certaines catégories de fonctionnaires également ou encore une révision totale des dépenses publiques.

Des secteurs économiques à développer

Certains secteurs économiques seraient à développer, notamment celui des infrastructures, comme le port de Beyrouth où 13 jours seraient en moyenne nécessaires pour sortir une marchandise. Cependant, le rapport ne note pas que ces délais sont induits, non pas par l’infrastructure elle-même mais par l’habitude de certains de percevoir certaines commissions pour permettre la sortie des marchandises.

L’ABL estime également que le secteur agricole doit être développé via la mise en place de nouvelles technologiques, tout comme le secteur industriel et l’économie du savoir.

Aussi, les problèmes auxquels le secteur de production de l’électricité public fait face et son déficit chronique doit être comblé. L’ABL propose ainsi d’augmenter la part de l’énergie renouvelable sans en dire l’origine d’ici 2030.

Une réforme administrative devrait être menée avec notamment une simplification des démarches commerciales. Concernant les procédures d’appel d’offre, l’ABL propose de suivre les recommandations de la Banque Mondiale pour plus de transparence.

La lutte contre la corruption est également abordée via un programme de la Banque Mondiale pour le recouvrement des fonds détournés. L’intégration de l’économie informelle est évoquée sans donner plus de détails.

La mobilisation d’un soutien international nécessaire

Le rapport estime nécessaire la remobilisation de la diaspora libanaise pourtant échaudée par l’instauration du contrôle des capitaux par l’ABL et les amis du Liban, via le programme CEDRE ou les autres banques de développement comme la BERD.

20200520-ABL-Contribution-vf.pdf

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