Des Narguilés dans le Souk de Byblos. Crédit Photo: François el Bacha
Des Narguilés dans le Souk de Byblos. Crédit Photo: François el Bacha

Parmi les nouvelles mesures du budget 2019 visant à réduire les déficits publics et qui seront difficiles à faire respecter, l’instauration d’une taxe de 1 000 livres libanaises sur chaque consommation de narguilé dans les restaurants ou encore dans les « deliveries » comme on les appelle au Liban.

Première difficulté, le contrôle. Nombreux sont déjà les restaurants et deliveries qui trichent dans leurs livres de compte. Il est en effet assez difficile de contrôler le nombre de clients de tels établissements et certains sont largement utilisés par des circuits de recyclage d’argent. Le narguilé étant fait d’une quantité inégale de tabac contrairement aux cigarettes, le nombre de clients étant variables, le contrôle par les agents fiscaux pourrait s’avérer ardu.

Les inspecteurs du Ministère des Finances ou encore celui de l’Economie ont déjà fort-à-faire dans un pays où les détournements fiscaux sont devenus presque un sport national sans parler du non-respect assez courant des règles sanitaires de ces établissements…

Pour rappel, certains experts et économistes estiment déjà à 4.5 milliards de dollars, les sommes déjà détournées annuellement. Le Ministre des Finances avait ainsi déjà déclaré par le passé que ses services estimaient à 1.5 milliards de dollars, les sommes détournées rien que pour les services de la douane. L’augmentation ou la création de nouvelles taxes pourrait ainsi également figurer comme étant un voeux bien pieux si la lutte contre la corruption n’était pas déjà une des priorités absolues pour réduire le déficit public sans trop affecter la population libanaise.

D’autres instruments existent donc pour lutter contre le déficit public mais il semble que l’état n’ait pas les mêmes priorités quand il s’agit de mettre fin à la gabegie présente au sein des administrations publiques.

Deuxième point, le paradoxe. Considéré comme un fléau, la mise en place d’une fiscalité propre aux narguilés pourrait être considérée comme un bienfait pour le public et notamment pour les jeunes. Pour rappel, 38% des écoliers âgés de 13 ans à 18 ans seraient des consommateurs réguliers de ce type de tabac selon une étude effectuée en 2018, par la Lebanese EPIC Monitor.

Après l’entrée en vigueur des lois antitabacs, il semblerait que cette loi pourrait paradoxalement être considérée comme une manière implicite pour l’état à légaliser voir même encourager le fait de fumer dans les lieux publics alors que la loi actuelle, même si elle n’est pas respectée, l’interdit. Des aménagements avaient été décidés en 2012 lors de l’adoption de cette réglementation. Les restaurateurs avaient à l’époque estimé que cette loi couterait 2 600 emplois au Liban, indiquant que le Narguilé constituait un appel à se rendre dans leurs établissements et soulignant l’impact sur le tourisme d’une mesure de restriction de ce qui est devenu une coutume locale, voir d’un art de vivre comme se plaisent à le dire certains consommateurs.

En attendant l’entrée en vigueur d’une telle taxe, il semblerait donc que cette mesure, qui parmi toutes celles qui visent à réduire le déficit public dont souffre le Liban, soit fumée jetée aux yeux comme une poudre de perlimpinpin.

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