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Naim Kassem fixe la ligne du Hezbollah

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Naim Kassem a replacé le Hezbollah dans la séquence ouverte par l’accord régional entre Washington et Téhéran avec une ligne claire : le retrait israélien doit précéder tout débat sur les armes. Le secrétaire général du parti chiite ne ferme pas la porte à un dialogue national libanais, mais il refuse que ce dialogue soit organisé sous pression israélienne, américaine ou occidentale, alors que des troupes israéliennes restent présentes dans le Sud-Liban. Sa dernière déclaration, prononcée près du mausolée de Hassan Nasrallah et rapportée par Al-Manar ainsi que par des agences de presse, insiste sur cinq demandes : arrêt des attaques israéliennes, retrait complet, libération des détenus, retour des déplacés et reconstruction. Pour le Hezbollah, les questions internes libanaises doivent rester libanaises. Pour ses adversaires, cette position risque de bloquer le retour complet de l’État.

Une déclaration construite autour du retrait israélien

La déclaration de Naim Kassem intervient à un moment très particulier. L’accord américano-iranien a placé le Liban dans le premier cercle de la désescalade régionale. La première clause du mémorandum prévoit la fin des opérations militaires sur plusieurs fronts, dont le Liban. Mais sur le terrain, Israël conserve des positions dans le Sud et poursuit des opérations ponctuelles. Cette contradiction donne au Hezbollah son principal argument : il n’y aura pas de discussion sérieuse sur les armes tant que le territoire ne sera pas libéré.

Selon les éléments rapportés par Al-Manar et repris par l’agence Xinhua, Naim Kassem a déclaré que le Hezbollah rejetterait toute proposition liée au désarmement. Il a affirmé que les négociations avec Israël devaient porter sur la sécurité mutuelle et sur la restauration de la souveraineté libanaise. Il a accusé Israël de vouloir éliminer la présence militaire, politique, sociale et populaire du Hezbollah au Liban. Il a aussi présenté le conflit avec Israël comme une lutte existentielle, dans laquelle le parti dit défendre l’avenir, le territoire et la population du Liban.  

La déclaration, dans sa totalité rapportée par les dépêches disponibles, peut être résumée ainsi sans en altérer le contenu : le Hezbollah rejette tout projet de désarmement ; il considère que les discussions avec Israël doivent se limiter à la sécurité et à la souveraineté ; il exige l’arrêt des attaques israéliennes, le retrait complet de l’armée israélienne, la libération des détenus, le retour des déplacés et la reconstruction ; il affirme que les dossiers internes libanais ne doivent pas être inclus dans des négociations avec Israël ; il appelle à appliquer le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, qui prévoit la fin des hostilités et le déploiement de l’armée libanaise au sud du Litani ; il maintient que la résistance reste une composante de la défense du pays tant que la menace israélienne persiste.  

Cette architecture est politique. Kassem ne parle pas seulement au gouvernement libanais. Il parle aussi à Washington, à Téhéran, à Israël, aux déplacés du Sud et à sa base populaire. Le message est calibré : le Hezbollah ne refuse pas le mot « État », mais il conteste l’ordre des étapes. Il ne veut pas que le désarmement devienne le prix d’un cessez-le-feu incomplet. Il veut que le retrait israélien soit d’abord acté, vérifié et transformé en fait territorial.

Le message central : pas de désarmement sous pression

Le cœur du message tient en une phrase : le Hezbollah ne discutera pas de ses armes sous occupation. Cette position n’est pas nouvelle. Elle structure depuis des années la rhétorique du parti. Mais elle prend une force particulière dans le contexte actuel, car l’accord régional donne au Liban un cadre diplomatique nouveau. Le Hezbollah estime que sa participation au conflit a permis d’imposer le front libanais dans les négociations entre les États-Unis et l’Iran. Il en tire une conclusion politique : ses armes auraient produit un résultat, donc leur remise en cause immédiate serait illogique.

Cette lecture est contestée par une partie des forces libanaises. Pour elles, l’arsenal du Hezbollah a surtout entraîné le pays dans une guerre dévastatrice, déplacé des centaines de milliers de personnes et exposé le Sud à des destructions massives. Elles considèrent que l’État ne peut pas retrouver sa souveraineté si une formation armée conserve une capacité autonome de décider de la guerre et de la paix. Elles voient dans l’accord régional une occasion de replacer le monopole des armes au centre de la vie nationale.

Mais le Hezbollah répond que le monopole de l’État ne peut pas être rétabli par injonction extérieure. Le parti affirme que les armes doivent être discutées dans un cadre national, après le retrait israélien et après la restauration effective de la souveraineté. Ce point permet à Kassem de déplacer le débat. Il ne parle pas d’un refus absolu de toute discussion future. Il refuse le moment choisi par ses adversaires.

Cette distinction est importante. Elle permet au Hezbollah d’éviter l’image d’un parti opposé à l’État par principe. Il se présente comme une force qui accepte un débat national, mais seulement lorsque les conditions seront réunies. Pour ses opposants, cette formulation peut servir à gagner du temps. Pour ses partisans, elle protège le pays d’un désarmement imposé alors qu’Israël demeure sur le terrain.

L’accord du 27 novembre comme cadre tactique

Naim Kassem a également appelé à appliquer le cessez-le-feu conclu le 27 novembre 2024. Ce rappel n’est pas anodin. Cet accord prévoyait un arrêt des hostilités, un retrait des combattants au sud du Litani et un rôle accru de l’armée libanaise. Pour le Hezbollah, ce texte demeure un cadre de référence, mais il estime qu’Israël l’a vidé de son contenu par ses frappes et son maintien militaire au Sud.  

En invoquant cet accord, Kassem cherche à retourner l’argument occidental. Les pays du Groupe des sept et les partenaires du Liban demandent le monopole des armes par l’État et le renforcement de l’armée libanaise. Le Hezbollah répond : commencez par faire appliquer les engagements israéliens, puis le Liban discutera de son organisation interne. Le parti se place ainsi sur le terrain juridique et diplomatique, pas seulement militaire.

Cette stratégie est habile. Elle renvoie les États-Unis à leur responsabilité vis-à-vis d’Israël. Elle renvoie la France et les Nations unies à la question du respect du territoire libanais. Elle renvoie le gouvernement libanais à ses propres limites : comment demander au Hezbollah de céder sa principale carte si l’État ne peut pas garantir le retrait israélien ?

Mais cette position comporte une limite. L’accord du 27 novembre n’était pas seulement un engagement israélien. Il supposait aussi un redéploiement sécuritaire au Sud et une réduction de la présence armée non étatique. En s’appuyant sur ce texte, le Hezbollah accepte implicitement que l’armée libanaise joue un rôle central au sud du Litani. La question devient alors : jusqu’où le parti est-il prêt à laisser cette armée exercer réellement son autorité ?

Le face-à-face avec le Groupe des sept

La déclaration de Kassem répond indirectement au Groupe des sept. Les dirigeants occidentaux ont appelé à un cessez-le-feu solide au Liban, au respect de l’intégrité territoriale du pays et au monopole des armes par l’État. Cette formule semble équilibrée, mais elle contient une tension. Elle exige simultanément le retrait israélien, la souveraineté libanaise et le désarmement du Hezbollah. Or chaque acteur donne une priorité différente à ces trois objectifs.

Pour les pays occidentaux, le désarmement du Hezbollah est devenu une condition de stabilisation. Ils estiment que l’État libanais ne pourra pas se reconstruire si le parti chiite conserve une force militaire autonome. Ils soutiennent donc l’armée libanaise, la FINUL et le gouvernement de Beyrouth dans l’idée d’un retour progressif au monopole de la force.

Pour le Hezbollah, cette approche inverse le problème. Le parti affirme que les armes existent parce qu’Israël occupe, frappe et menace. Il considère donc que la priorité doit être le retrait et l’arrêt des opérations israéliennes. Le reste appartient au dialogue libanais. Le mot « dialogue » devient ainsi une protection politique. Il permet de repousser les pressions extérieures sans fermer la porte à un débat futur.

Pour l’État libanais, la position est plus délicate. Joseph Aoun et Nawaf Salam veulent réinstaller l’État comme interlocuteur unique. Ils savent que la souveraineté exige un jour une réponse à la question des armes. Mais ils savent aussi qu’ouvrir ce dossier sous occupation israélienne peut provoquer une crise interne majeure. L’État cherche donc une séquence : retrait israélien, déploiement de l’armée, retour des déplacés, puis discussion nationale.

Israël comme argument permanent du Hezbollah

La position israélienne donne au Hezbollah un carburant politique. Benjamin Netanyahu et plusieurs responsables israéliens affirment que l’armée restera dans des zones de sécurité aussi longtemps que nécessaire. Pour Israël, ce maintien répond à la menace du Hezbollah et à la nécessité de garantir le retour des habitants du nord. Pour le Liban, il s’agit d’une atteinte à la souveraineté. Pour le Hezbollah, c’est la preuve que ses armes restent nécessaires.

Reuters rapporte que le Hezbollah estime que l’Iran ne signera pas d’accord final avec Washington si Israël ne se retire pas du Liban. Le bureau de presse du parti a indiqué que le retrait israélien serait un résultat attendu des prochaines discussions, et non une précondition immédiate. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a déclaré de son côté que la fin de la guerre régionale devait inclure la fin de l’occupation des terres libanaises.  

Cette articulation entre Hezbollah et Iran est centrale. Le parti libanais affirme que Téhéran a fait du Liban une priorité dans la négociation avec Washington. Selon une déclaration rapportée par l’agence de presse ghanéenne, Kassem a estimé que l’Iran avait obtenu l’arrêt immédiat et permanent des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, et que cette clause constituait le premier fondement du cadre conclu avec Washington. Il a ajouté : « L’Iran a donné au Hezbollah et au Liban tout, et n’a rien pris en retour. »  

Cette phrase révèle la lecture du parti. Le Hezbollah présente l’Iran comme un garant de la protection libanaise, non comme un acteur utilisant le Liban dans sa négociation. Cette interprétation heurte une partie des responsables libanais, qui accusent au contraire Téhéran de traiter le Liban comme une carte régionale. Elle officialise aussi l’influence iranienne sur le dossier libanais, au moment même où l’État tente de reprendre l’initiative.

Une stratégie de conservation des cartes

La logique du Hezbollah est simple : conserver ses cartes tant que le terrain n’a pas changé. Les armes, l’implantation au Sud, le lien avec l’Iran, la capacité de mobilisation sociale et le récit de résistance forment un ensemble. Le parti estime qu’abandonner un élément avant d’avoir obtenu des garanties concrètes serait une faute stratégique.

Reuters a rapporté que l’accord américano-iranien pourrait renforcer politiquement et financièrement le Hezbollah. Des sources proches du dossier indiquent que Téhéran aurait promis davantage de soutien financier une fois certains fonds débloqués. Les États-Unis affirment de leur côté qu’aucun fonds ne sera libéré s’il doit bénéficier à une organisation qu’ils désignent comme terroriste. Cette bataille autour de l’argent montre que l’après-guerre ne sera pas seulement militaire. Il sera aussi social et financier.  

Le Hezbollah a besoin de financer sa base. Les destructions au Sud sont massives. Les familles déplacées attendent des aides. Les réseaux sociaux, religieux, sanitaires et municipaux proches du parti seront sollicités. Si l’Iran peut augmenter son soutien, le Hezbollah retrouvera une partie de sa capacité à peser politiquement par l’assistance. Cela compliquera la tâche de l’État, surtout si l’aide publique tarde.

Cette dimension est cruciale. Le débat sur les armes ne se joue pas seulement dans les casernes ou les négociations. Il se joue aussi dans les maisons détruites, les familles déplacées et les villages à reconstruire. Celui qui aide rapidement gagne de l’influence. Celui qui promet sans agir perd de la crédibilité. Le Hezbollah connaît cette règle. L’État libanais aussi.

Les risques d’un blocage politique

La position de Kassem peut renforcer le Hezbollah à court terme. Elle peut aussi enfermer le Liban dans une crise prolongée. Si le parti refuse tout débat avant un retrait complet, et si Israël refuse le retrait tant que le Hezbollah reste armé, le pays se retrouve dans une boucle. Chacun attend que l’autre commence. Pendant ce temps, le Sud reste vulnérable, les déplacés hésitent à rentrer, l’armée libanaise manque de moyens et la diplomatie s’enlise.

Ce risque est réel. Israël peut utiliser les armes du Hezbollah pour justifier une présence prolongée. Le Hezbollah peut utiliser la présence israélienne pour justifier ses armes. Les États-Unis peuvent conditionner l’aide à l’armée ou à l’État à des progrès sur le monopole de la force. L’Iran peut maintenir le dossier libanais dans sa négociation avec Washington. Le Liban, lui, peut perdre encore une fois la maîtrise de son propre calendrier.

Le blocage peut aussi accroître la pression internationale. Le Groupe des sept, les États-Unis et plusieurs capitales européennes considèrent que le retour au monopole de la force par l’État est indispensable. Si le Hezbollah refuse toute discussion, il risque d’être accusé de saboter la stabilisation. Si l’État libanais n’avance pas, il risque d’être jugé trop faible pour recevoir un soutien massif. Cette pression peut fragiliser Joseph Aoun et Nawaf Salam.

Le risque inverse existe aussi. Si le gouvernement ouvre brutalement le dossier des armes sans retrait israélien, il peut provoquer une polarisation interne dangereuse. Le Hezbollah dénoncerait une manœuvre dictée par Washington ou Tel-Aviv. Ses adversaires l’accuseraient de prendre l’État en otage. L’armée serait placée dans une position impossible. Le pays n’a pas besoin d’un affrontement interne au moment où il doit reconstruire le Sud.

Les conditions d’un dialogue national possible

Un dialogue national sur les armes ne pourra s’ouvrir que si plusieurs conditions sont réunies. La première est un retrait israélien vérifié. Sans cela, le Hezbollah refusera de discuter sérieusement. La deuxième est un arrêt réel des frappes et des survols. Une désescalade limitée ne suffira pas à créer la confiance. La troisième est un déploiement crédible de l’armée libanaise, avec des moyens suffisants et un mandat clair. La quatrième est une garantie internationale qui protège la souveraineté libanaise sans imposer un agenda partisan.

La cinquième condition est interne. Le débat ne peut pas être présenté comme une victoire d’un camp libanais sur un autre. Il doit être formulé autour d’une stratégie de défense nationale. Cette stratégie devra répondre à une question simple : comment protéger le Liban sans laisser une force autonome décider seule de la guerre ? Le Hezbollah devra y trouver une sortie politique. Ses adversaires devront accepter que la transition ne se fasse pas par humiliation.

La déclaration de Kassem montre que le parti ne veut pas entrer désarmé dans cette discussion. Elle montre aussi qu’il sait que la question reviendra. Le mot « dialogue » n’est pas anodin. Il signifie que le Hezbollah prépare une bataille politique, pas seulement militaire. Il cherchera à transformer ses armes en élément d’une stratégie nationale ou en capacité intégrée, plutôt qu’en arsenal séparé à abandonner.

Pour l’État, le défi sera de ne pas laisser cette formule vider le monopole de la force de son contenu. Un dialogue qui consacre simplement le statu quo ne renforcera pas la souveraineté. Un dialogue qui ignore le rapport de force échouera. Il faudra donc une méthode, un calendrier, des garanties et une autorité présidentielle capable de tenir la ligne.

Le Hezbollah dans une séquence favorable, mais instable

Naim Kassem parle depuis une position plus favorable qu’il y a quelques semaines. L’accord régional a inclus le Liban. L’Iran affirme défendre le retrait israélien. Les États-Unis veulent éviter une reprise de la guerre. Les destructions du Sud nourrissent le récit de résistance. Israël, en maintenant des positions, donne au Hezbollah un argument immédiat.

Mais cette position reste instable. Le parti a subi des pertes lourdes. Sa base sociale est éprouvée. Ses capacités financières dépendent en partie de l’Iran. Son rôle militaire reste contesté par une partie des Libanais. Sa capacité à empêcher une nouvelle guerre n’est pas garantie. S’il bloque trop longtemps le retour de l’État, il peut renforcer l’hostilité interne et internationale.

La déclaration de Kassem est donc à la fois défensive et offensive. Défensive, parce qu’elle protège les armes du parti contre une pression croissante. Offensive, parce qu’elle tente d’imposer l’ordre des étapes à l’État libanais et aux parrains étrangers. Le Hezbollah veut que la séquence soit lue ainsi : Israël se retire, l’État se déploie, puis les Libanais discutent entre eux. Ses adversaires veulent l’ordre inverse ou simultané : cessez-le-feu, monopole des armes, retrait, stabilisation.

La différence entre ces deux calendriers déterminera la prochaine phase libanaise. Le retrait israélien peut ouvrir une discussion nationale. Son absence peut tout bloquer. Une pression extérieure trop brutale peut renforcer le Hezbollah. Une indulgence trop longue peut affaiblir l’État. Le Liban avance donc sur une ligne étroite.

Naim Kassem a fixé la position du Hezbollah. Elle est claire : pas de désarmement sous contrainte, pas de négociation interne dans le cadre d’une discussion avec Israël, application du cessez-le-feu, retrait israélien complet, retour des déplacés, reconstruction et dialogue national seulement après la restauration effective de la souveraineté. La prochaine réponse ne viendra pas seulement de Beyrouth. Elle viendra aussi du terrain, de Washington, de Téhéran et de la capacité d’Israël à accepter ou non que le Sud-Liban redevienne un territoire tenu par l’État libanais.

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