Quand après le long défilé, a surgi dans la roche, délicatement ciselée, la façade du « trésor », l’émotion m’étreignit. 

Dans cet écrin grandiose, l’homme a laissé sa marque, il a érigé des tombeaux pour ses morts, d’une finesse infinie. Mû par l’élan vital qui bâtit une civilisation. Celle-là qui aujourd’hui avorte ses enfants et achève ses vieux. 

Nous l’avons rencontré dans son stand tourné vers les tombeaux royaux. Nous cherchions du khôl. Il dit que Petra n’est jamais si belle qu’à l’heure du couchant. Quand le grès devient rouge et les tombes flamboient. Qu’il faut une vie pour la connaître. Juvénile mais vêtu d’un thobe gris, sans « laffa » sur la tête et sans noir sur les yeux, il dit : L’Etat a construit, plus loin, un village aux bédouins. Mais lui, en secret, dort encore ici. Sur un matelas roulé avec un plaid. Tel Quasimodo à Notre-Dame, il est l’âme de la cité et se couche tous les soirs près de ses coussins en laine, ses colliers bigarrés et ses lampes d’Aladin. Bercé par les effluves de musc, de myrrhe, d’ambre et d’encens et veillé par les étoiles. 

Alors qu’il parlait, pondéré et serein, quelqu’un lui a demandé ce qu’il pensait du progrès. Il dit : Le monde a changé mais Petra est restée la même. 

Pourtant ses traits s’émoussent, comme une photo floutée. Et une main, sur une paroi, négligemment posée, peut la réduire en cendres.

Même une mer peut mourir. Celle de Jordanie demeure à marée basse. Elle retourne les nageurs sur le dos. A l’hôtel, un serveur a dit, nous montrant la mer Morte : En Palestine, ces lumières sont celles de Jérusalem et Jéricho. Du Nord au Sud, on désignera ainsi le pays voisin. 

La différence entre vous et nous, dit un bédouin, parmi ses chameaux et ses chèvres, est que nous vivons le moment présent. A Wadi Rum, le sable est pavé de dunes en miniature avec leur ligne de crête et leur ombre en creux. Ici, pas de gel et de masques et pas de muezzin. A l’heure où débute le jeûne, le désert devient rose. 

Dans l’amphithéâtre de Jarash, des musiciens jouent l’Ode à la joie à la cornemuse, héritée des Écossais. 

Pourquoi cet air m’a glacée ? que j’aimais tant. Pour tromper notre méfiance, l’Europe emprunte nos codes et nos coutumes. Comme un prédateur revêt les habits de sa proie. 

A Jarash, bien conservée, la justesse des monuments en pierre, sur lesquels se hasarde, parfois, un mille-pattes. 

Au moment de rentrer, un Yéménite m’a dit : Dans notre vocabulaire, le Liban veut dire le cœur du monde.  

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Née au Liban, Nada Bejjani Raad est architecte et pratique son métier en France depuis 1989. Contributrice régulière dans la presse francophone, bloggeuse à l’Agenda Culturel, elle est l’auteur du roman Le jour où l’agave crie.