Est-ce le début de la mise en place d’une politique d’austérité au Liban?  Le Premier Ministre Saad Hariri a demandé aux différents ministères et administrations publiques de diminuer leurs budget de 20% en 2018 en sauvegardant toutefois les salaires des fonctionnaires.

Cette mesure, qui touchera principalement les capacités des ministères à mener des investissement publics ce qui impactera évidemment le PIB, concernerait tous les ministères sans aucune exception alors que les déficits publics atteindraient en 2018 un chiffre record de 5 Milliards de dollars en 2018 soit 9% du PIB. Ce déficit est principalement causé par la hausse des salaires des fonctionnaires alors que la croissance libanaise que certains estimait pouvoir atteindre 3% sans que cette mesure ne soit encore annoncée, se fait toujours attendre. Une croissance de 4% reste cependant nécessaire pour tout juste équilibrer les comptes publics.

Cette nouvelle intervient alors que des agences de notation internationales mettent en garde contre toute aggravation des déficits publics tout en maintenant des notes stables pour l’économie libanaise. Ils notent cependant qu’une crise majeure interne ou externe pourrait destabiliser le Pays des Cèdres.

Cette annonce intervient également alors que l’agence S&P dit craindre une dégradation progressive des actifs des banques libanaises, actifs qui servent principalement à financer les déficits publics. Détenant une large partie des bonds du trésors, les eurobonds et les certificats de dépôt émis par le gouvernement libanais, les établissements libanais restent exposés aux risques de défaut de paiement des autorités publics.

Face à cette crise sans précédant, alors que le taux d’endettement public atteindra prochainement 160% par rapport au PIB, il était attendu à ce que l’Etat soit obligé de recourir à une cure d’austérité en vue d’assainir ses finances en dépit de l’annonce de plusieurs plans d’investissements publics dans des secteurs aussi divers que l’aéroport international de Beyrouth, ou de la remise à niveau de diverses infrastructures comme le percement d’une nouvelle autoroute entre Dbayeh et Jbeil ou de l’équipement de l’Armée Libanaise.

Cette annonce intervient également alors que se prépare une conférence des Pays Donateurs pour le Liban, dite conférence Paris IV, à l’invitation des autorités françaises. Cette conférence décidée suite à la crise politique de novembre dernier engendrée par la démission surprise du Premier Ministre Saad Hariri, démission que beaucoup considèrent comme ayant été provoquée par sa mise en résidence surveillée en Arabie Saoudite, pourrait permettre au Liban de disposer d’une somme de 16 milliards de dollars de donations et de prêts afin de réformer son économie. La position de Paris reste largement expliquée par la présence au Liban de plus d’un million de réfugiés syriens – grévant les capacités de l’économie libanaise et dont beaucoup pourraient déferler sur l’Europe en cas de troubles sécuritaires ou économiques au Liban.
Cette somme reste cependant exagérée aux yeux des observateurs qui doutent de la volonté de certains pays arabes notamment de l’Arabie Saoudite ou des monarchies du Golfe de soutenir les autorités libanaises qu’elles accusent être inféodées à l’Iran par l’entremise du Hezbollah.

Face à cette situation, seule une politique d’austérité pourrait préserver les institutions libanaises d’un possible défaut de paiement.