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Retrait israélien : le test libanais

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Le retrait israélien du Sud-Liban s’impose comme le test décisif de l’accord régional conclu entre Washington et Téhéran. Depuis l’annonce d’une désescalade incluant le front libanais, les autorités de Beyrouth, le Hezbollah, Israël et les parrains occidentaux ne parlent pas du même calendrier. Le cessez-le-feu peut réduire les frappes. Il ne suffit pas à restaurer la souveraineté libanaise si l’armée israélienne conserve des positions, une zone de sécurité ou une liberté d’action permanente. Pour le Liban, l’enjeu est clair : le retour de l’État ne pourra être crédible que si le territoire est libéré, sécurisé et placé sous autorité publique.

Des frappes malgré le climat de désescalade

La séquence ouverte par l’accord américano-iranien n’a pas effacé la réalité du terrain. Dans le Sud-Liban, les survols, les drones, les frappes ponctuelles et les accusations croisées de violation entretiennent une situation de guerre réduite, mais non terminée. Selon la presse internationale, des attaques israéliennes ont encore été signalées après l’annonce de la trêve régionale, y compris dans des zones où les habitants espéraient déjà un retour progressif à la normalité. Cette persistance des opérations nourrit la méfiance libanaise et donne au débat sur le retrait une dimension concrète.  

Le cessez-le-feu peut produire une baisse de l’intensité militaire. Il ne règle pas la question principale : qui contrôle le sol ? Tant qu’Israël garde des positions au Liban, l’accord régional reste incomplet. Tant que les drones traversent l’espace aérien libanais, la souveraineté demeure théorique. Tant que les habitants du Sud ne peuvent pas rentrer sans craindre une frappe ou une reprise des combats, la désescalade ressemble davantage à une pause qu’à un règlement.

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Cette différence entre arrêt des hostilités et retrait effectif est centrale. Elle explique la prudence des autorités libanaises. Beyrouth ne peut pas présenter l’accord comme une victoire si des zones restent occupées ou si l’armée israélienne conserve la capacité de décider seule du rythme des opérations. L’État libanais a besoin d’un résultat visible : des positions évacuées, des routes rouvertes, des villages accessibles et une présence accrue de l’armée libanaise.

C’est aussi ce qui inquiète Israël. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu considère que le Sud-Liban reste un espace de menace tant que le Hezbollah conserve des capacités militaires. Pour l’armée israélienne, une zone de sécurité peut apparaître comme une garantie minimale. Pour Beyrouth, elle signifie une occupation. Entre ces deux lectures, le retrait devient le vrai juge de paix.

Le cessez-le-feu ne suffit pas

Le droit international et la diplomatie ne se satisfont pas d’un simple ralentissement des tirs. Un cessez-le-feu répond à l’urgence. Il protège, en principe, les civils et ouvre un espace de négociation. Mais il peut aussi figer un rapport de force défavorable si aucun calendrier de retrait n’est fixé. Le Liban connaît ce risque. Son histoire récente montre que les arrangements provisoires peuvent durer, surtout lorsqu’ils s’installent sous prétexte de sécurité.

Israël défend une lecture sécuritaire. Des responsables israéliens ont affirmé que l’armée ne quitterait pas immédiatement les zones prises ou conservées au Sud-Liban. Le ministre de la Défense Israel Katz a notamment défendu le maintien de zones de sécurité au Liban, en Syrie et à Gaza, au nom de la protection des citoyens israéliens. Selon la presse israélienne et internationale, des discussions ont aussi été engagées avec Washington pour préserver une présence militaire israélienne dans le Sud, malgré les clauses de l’accord régional sur l’intégrité territoriale libanaise.  

Cette position place les États-Unis devant une contradiction. Washington présente l’accord avec l’Iran comme une architecture de désescalade régionale. Mais cette architecture perd sa force si son principal allié au Proche-Orient refuse d’en appliquer le volet libanais. Les États-Unis peuvent soutenir Israël sur le plan sécuritaire. Ils doivent aussi montrer que leur signature engage un résultat. C’est ce rapport entre solidarité stratégique et crédibilité diplomatique qui donne au dossier libanais sa sensibilité.

Le Groupe des sept a tenté de tenir les deux fils. Dans sa déclaration, il soutient un cessez-le-feu robuste au Liban, le monopole des armes par l’État et la protection de l’intégrité territoriale du pays. Cette formulation cherche un équilibre. Elle demande le renforcement de l’État libanais et le désarmement du Hezbollah, mais elle admet aussi que la souveraineté et l’intégrité territoriale sont des conditions indispensables. Le débat n’est donc pas seulement militaire. Il porte sur l’ordre des étapes.  

Joseph Aoun et Nawaf Salam sur une ligne d’État

Le président Joseph Aoun et le premier ministre Nawaf Salam défendent une ligne institutionnelle. Elle repose sur trois idées : retrait israélien, renforcement de l’armée et réaffirmation de l’État comme seul cadre légitime de décision. Joseph Aoun a fait du retrait israélien une exigence non négociable. Cette position vise à empêcher que le Liban soit entraîné dans une négociation où sa souveraineté deviendrait une variable d’ajustement.  

Nawaf Salam porte la même logique dans les capitales étrangères. À Paris, lors de ses échanges avec Emmanuel Macron, il a insisté sur le fait qu’aucune stabilisation durable n’est possible sans retrait israélien complet. La France a repris cette articulation en liant retrait israélien, désarmement du Hezbollah par les Libanais eux-mêmes et reconstruction du Sud. Cette séquence est importante. Elle montre que la question des armes ne peut pas être isolée du territoire, des déplacés et du retour de l’autorité publique.  

La ligne libanaise cherche donc à éviter deux pièges. Le premier serait d’ouvrir immédiatement un affrontement interne sur les armes du Hezbollah alors que l’armée israélienne reste présente. Le second serait de reporter indéfiniment le débat sur le monopole de la force au nom de la résistance. L’État doit trouver une voie étroite. Il doit obtenir le retrait pour reprendre pied. Il doit ensuite transformer ce retrait en moment politique, non en simple répit.

Cette position exige des moyens. L’armée libanaise doit pouvoir se déployer, tenir les axes, sécuriser les villages, coordonner avec la FINUL et rassurer les populations. Sans appui financier, logistique et politique, le discours de souveraineté restera fragile. C’est pourquoi les discussions diplomatiques sur l’aide à l’armée ne sont pas secondaires. Elles conditionnent la possibilité même d’un retour de l’État au Sud.

Naim Kassem fixe l’ordre des étapes

Le Hezbollah défend une lecture inverse de celle des chancelleries occidentales. Son secrétaire général, Naim Kassem, affirme que tout débat sérieux sur les armes doit venir après le retrait israélien, non avant. Le mouvement dit accepter le principe d’un dialogue national, mais il refuse un désarmement sous pression extérieure, surtout si Israël garde des positions ou poursuit ses frappes.  

Cette position répond à une logique politique précise. Le Hezbollah sait que ses armes constituent sa principale carte de négociation. Il estime que les abandonner avant un retrait israélien reviendrait à perdre son moyen de dissuasion sans garantie de souveraineté. Il présente donc son arsenal comme une réponse à l’occupation, aux violations et à la menace israélienne. Dans son récit, le retrait est la preuve préalable que le terrain a changé.

Ce raisonnement parle à une partie de son environnement social et politique. Les villages du Sud ont payé un prix lourd. Des familles rentrent dans des quartiers détruits. Beaucoup craignent que l’État, seul, ne puisse pas empêcher Israël de frapper de nouveau. Le Hezbollah exploite cette inquiétude pour défendre la nécessité de conserver ses capacités tant que l’armée libanaise et les garanties internationales ne sont pas jugées suffisantes.

Mais cette stratégie comporte aussi des risques. Elle peut bloquer le retour complet de l’État. Elle peut offrir à Israël un argument pour maintenir des zones de sécurité. Elle peut renforcer la pression occidentale sur Beyrouth. Elle peut enfin placer le Liban dans une dépendance durable à l’égard des négociations entre l’Iran et les États-Unis. Si le Hezbollah conditionne tout à la suite de l’accord régional, l’État libanais risque de rester spectateur.

Israël veut conserver une profondeur de sécurité

La position israélienne part d’un impératif intérieur. Le gouvernement doit promettre aux habitants du nord d’Israël qu’ils pourront revenir sans vivre sous la menace des tirs du Hezbollah. Cette promesse pèse lourd dans le débat israélien. Elle explique l’insistance sur les zones de sécurité, les frappes préventives et la destruction d’infrastructures attribuées au Hezbollah.

Benjamin Netanyahu et son cabinet affirment que le retrait ne peut pas précéder une garantie réelle sur la menace. Israël ne veut pas revivre un scénario où l’armée quitte une zone et voit, quelques mois plus tard, le Hezbollah se réinstaller près de la frontière. Cette crainte est centrale dans la doctrine israélienne. Elle justifie, aux yeux de Tel-Aviv, le maintien d’une pression militaire au Liban.  

Pour le Liban, cette doctrine est inacceptable si elle se traduit par une présence durable sur son territoire. La souveraineté ne peut pas dépendre de l’appréciation sécuritaire d’un État voisin. Le problème est que l’État libanais doit convaincre au-delà de ses déclarations. Il doit prouver qu’un retrait israélien ne laissera pas un vide exploité par des groupes armés. C’est là que le rôle de l’armée, de la FINUL et des garanties internationales devient décisif.

La position israélienne peut donc produire l’effet inverse de celui recherché. En restant au Sud, Israël renforce l’argument du Hezbollah selon lequel ses armes restent nécessaires. En poursuivant les frappes, il affaiblit les autorités libanaises qui veulent ouvrir un dialogue interne. En refusant un calendrier de retrait, il transforme le cessez-le-feu en trêve suspendue, sans horizon politique clair.

Trois scénarios pour le Liban

Le premier scénario est celui d’un retrait complet, vérifié et accompagné. Israël évacue les positions qu’il conserve au Sud-Liban. L’armée libanaise se déploie avec un soutien international visible. La FINUL renforce sa coordination avec Beyrouth. Les habitants reviennent progressivement. Dans ce cadre, l’État peut ouvrir un dialogue national sur les armes du Hezbollah avec un argument nouveau : le territoire est libéré, la sécurité doit désormais relever des institutions.

Ce scénario est le plus favorable pour le Liban. Il ne garantit pas un règlement rapide. Le Hezbollah ne déposera pas ses armes par simple effet mécanique. Mais le retrait complet modifierait le rapport politique. Il retirerait au mouvement son argument le plus puissant. Il donnerait à Joseph Aoun et Nawaf Salam une base pour parler de stratégie de défense, de monopole de la force et de reconstruction. Il permettrait aussi aux partenaires étrangers de soutenir l’armée sans être accusés d’appuyer une pression exercée sous occupation.

Le deuxième scénario est celui d’un retrait partiel. Israël évacue certaines positions, mais conserve des points jugés stratégiques, des couloirs de contrôle ou une liberté d’action aérienne. Ce scénario est probable, car il permet à chaque camp de revendiquer une partie du résultat. Washington pourrait dire que la désescalade avance. Israël pourrait dire qu’il protège ses frontières. Beyrouth pourrait saluer une réduction de la présence israélienne tout en exigeant la suite.

Mais le retrait partiel prolongerait la crise. Il empêcherait le retour complet des habitants. Il maintiendrait le Hezbollah dans une posture de résistance. Il affaiblirait l’État, contraint de célébrer une avancée incomplète. Il donnerait aussi aux acteurs extérieurs le temps de renégocier sans régler le terrain. Le risque serait celui d’une normalisation de l’entre-deux : ni guerre totale, ni souveraineté restaurée.

Le troisième scénario est celui de l’absence de retrait. Israël maintient ses positions, poursuit les frappes ciblées et affirme que la zone de sécurité restera tant que le Hezbollah n’est pas neutralisé. Dans ce cas, l’accord régional serait fragilisé. L’Iran pourrait accuser Washington de ne pas respecter l’esprit du texte. Le Hezbollah pourrait reprendre ou intensifier ses opérations. L’État libanais serait pris en étau entre pression internationale pour désarmer le mouvement et impossibilité politique d’agir sous occupation.

Ce scénario ouvrirait la voie à un retour progressif à la confrontation. Il ne prendrait peut-être pas la forme d’une guerre immédiate. Il pourrait se traduire par des incidents, des tirs, des drones, des représailles limitées et une dégradation continue de la vie dans le Sud. Les familles déplacées resteraient dans l’attente. Les municipalités ne pourraient pas reconstruire. L’armée libanaise serait cantonnée à un rôle symbolique ou défensif.

Le retour de l’État dépend du terrain

Le débat sur les armes du Hezbollah ne disparaîtra pas. Il est au cœur de la souveraineté libanaise. Aucun État ne peut être pleinement souverain si une force armée autonome décide seule de la guerre et de la paix. Mais cette vérité institutionnelle ne suffit pas à produire une solution. Le calendrier compte autant que le principe. Ouvrir le débat sous occupation israélienne peut renforcer le Hezbollah. Le repousser sans condition peut condamner l’État à l’impuissance.

La fenêtre actuelle doit donc être utilisée avec méthode. Le Liban doit demander un calendrier de retrait précis, des garanties de surveillance, un soutien immédiat à l’armée et un mécanisme international de vérification. Il doit aussi préparer, en interne, une discussion sur la stratégie de défense. Cette discussion ne peut pas être improvisée après le retrait. Elle doit être pensée dès maintenant, avec des étapes, des garanties politiques et une définition claire du rôle des institutions.

Les partenaires extérieurs ont leur responsabilité. Washington doit démontrer qu’il peut peser sur Israël. Paris doit soutenir l’armée et porter le dossier au niveau européen. Le Groupe des sept doit éviter de réduire la souveraineté libanaise au seul désarmement du Hezbollah. Téhéran doit cesser de traiter le Liban comme une carte de négociation. Israël doit comprendre qu’une présence prolongée au Sud nourrit exactement la menace qu’il prétend contenir.

Le retrait israélien du Sud est donc plus qu’une clause diplomatique. Il est le critère concret de l’accord régional. Si le retrait a lieu, le Liban pourra tenter de transformer la désescalade en restauration de l’État. S’il reste partiel, le pays entrera dans une crise grise. S’il n’a pas lieu, le cessez-le-feu risque de devenir une parenthèse avant une nouvelle confrontation, alors que les habitants du Sud attendent encore de savoir si le retour chez eux signifie enfin le retour à une vie normale.

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