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Sud-Liban : Berri refuse les zones pilotes et exige un retrait israélien total

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Nabih Berri a franchi un pas politique important dans le dossier du Sud-Liban. Le président du Parlement affirme désormais pouvoir s’engager, au nom de son allié Hezbollah, sur une zone au sud du Litani sans armes, si Israël respecte cette fois un cessez-le-feu complet au Liban. Dans des propos publiés lundi par un quotidien panarabe et repris par un média libanais, il rejette en même temps le principe de « zones pilotes », jugées trop lentes et trop exposées aux marchandages géographiques.

Cette position ne règle pas le cœur du conflit. Elle modifie toutefois le cadre de négociation. Berri accepte le principe d’un désarmement localisé du Hezbollah, mais il le transforme en échange strict : retrait israélien, déploiement de l’armée libanaise, retour des déplacés, libération des prisonniers et lancement d’une reconstruction soutenue par les partenaires arabes et internationaux. Le message vise Israël, Washington, Baabda et le Hezbollah. Il dit que le front sud peut être stabilisé, mais seulement si chaque étape se déroule en parallèle, sous pression américaine et avec un calendrier précis.

Sud-Liban : Berri reprend l’initiative

La déclaration de Nabih Berri intervient dans une séquence où le Liban risque de perdre la maîtrise de son propre dossier. Les discussions régionales entre l’Iran et les États-Unis ont replacé le cessez-le-feu libanais dans un cadre plus large. Washington cherche une désescalade régionale. Téhéran veut préserver son influence sur l’équation libanaise. Israël veut maintenir des garanties sécuritaires. Le Hezbollah veut éviter une concession unilatérale. Dans cet espace, Berri tente de redevenir l’intermédiaire indispensable.

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Le président du Parlement parle avec un double statut. Il dirige l’institution législative, mais il reste aussi l’allié politique le plus central du Hezbollah dans l’appareil d’État. Quand il promet une zone sans armes au sud du Litani, il ne parle donc pas seulement comme responsable public. Il parle comme canal capable de transmettre, filtrer et reformuler la position du parti chiite. Cette fonction peut choquer ceux qui veulent un État pleinement souverain. Elle reflète néanmoins le rapport de force réel.

Son message contient une concession et une condition. La concession tient à la reconnaissance d’un objectif longtemps contesté dans les faits : le sud du Litani doit être débarrassé des armes non étatiques. La condition tient au refus d’une mise en œuvre asymétrique. Berri ne veut pas que le Hezbollah se retire ou démantèle ses moyens pendant qu’Israël maintient des positions, poursuit ses frappes ou conserve une liberté d’action militaire.

Le rejet des zones pilotes

La critique des « zones pilotes » est l’élément le plus technique et le plus révélateur de la position de Berri. Ce modèle consiste à choisir des secteurs limités, où Israël se retirerait d’abord, avant un déploiement de l’armée libanaise et une vérification du retrait des armes. Ses défenseurs y voient une méthode graduelle. Elle permettrait de tester la capacité de l’État libanais, de réduire les risques et de ne pas attendre un accord complet sur toute la ligne.

Berri y voit au contraire un piège de calendrier. Selon lui, discuter des frontières de chaque zone pilote, de leur ordre de priorité et de leurs critères ralentirait le retrait israélien. Le risque serait de voir chaque périmètre devenir une négociation séparée. Une colline, un village, une route, un point d’observation ou une vallée pourraient bloquer l’ensemble. Dans un territoire aussi sensible, la carte n’est jamais neutre. Celui qui découpe le terrain impose souvent le rythme politique.

Le président du Parlement propose une autre méthode : avancer par districts administratifs, avec un calendrier strict pour chaque retrait. Cette approche vise à réduire le débat sur les micro-frontières. Elle donne aussi une forme plus lisible au processus. Un caza libéré devrait être un caza placé sous autorité de l’armée libanaise, sans armes du Hezbollah et avec retour organisé des habitants. La logique est plus politique que militaire. Elle cherche à transformer une négociation fragmentée en feuille de route territoriale.

Le choix des cazas comme outil de pression

Le passage par les cazas présente un avantage pour Beyrouth. Il correspond à des unités administratives connues, avec des municipalités, des réseaux locaux et des autorités capables de participer au retour des habitants. Il permet de relier sécurité, services publics et reconstruction. Une zone pilote, au contraire, peut être définie par des critères militaires ou par des besoins israéliens, sans tenir compte de la cohérence sociale des villages concernés.

Cette méthode comporte aussi un risque. Les districts du Sud ne sont pas homogènes. Certains secteurs sont plus exposés que d’autres. Des axes routiers, des zones agricoles, des villages frontaliers et des localités de l’arrière-pays ne posent pas les mêmes problèmes. Un calendrier par caza devra donc rester assez précis pour éviter les zones grises. Si les cartes ne sont pas publiées ou validées par l’État, le dispositif pourrait reproduire les ambiguïtés que Berri affirme vouloir éviter.

Le retrait israélien comme condition centrale

Berri replace le retrait israélien au centre du dispositif. Cette priorité correspond à la position officielle libanaise. Beyrouth affirme que toute présence israélienne au Sud viole la souveraineté nationale et bloque l’application complète du cessez-le-feu. Le président du Parlement ajoute une dimension politique : sans retrait israélien crédible, aucun engagement du Hezbollah ne peut être vendu à sa base, ni défendu devant les forces chiites, ni accepté comme un compromis équilibré.

Cette logique répond aussi aux accusations israéliennes. Israël affirme que le Hezbollah reste une menace pour ses localités du Nord et que l’État libanais n’a pas démontré sa capacité à empêcher un réarmement. Berri inverse la charge. Il dit que le Hezbollah respecte la trêve et qu’Israël la viole. Ce désaccord ne se règlera pas par des déclarations. Il exigera un mécanisme de vérification, des rapports de terrain, des horaires de retrait et une définition commune de ce qui constitue une violation.

Le risque principal tient à l’absence de confiance. Israël peut craindre qu’un retrait par districts laisse au Hezbollah le temps de déplacer des moyens ou de conserver des caches. Le Hezbollah peut craindre qu’un retrait partiel israélien serve à obtenir des concessions sans mettre fin aux frappes. L’État libanais peut craindre d’être placé devant des obligations qu’il ne peut pas faire respecter seul. C’est précisément pour cette raison qu’un calendrier strict doit être accompagné d’une supervision solide.

L’armée libanaise, seule sortie institutionnelle

Le déploiement de l’armée libanaise est la pierre angulaire du scénario défendu par Berri. Sans l’armée, une zone sans armes au sud du Litani serait une promesse sans autorité. Avec elle, le processus peut être rattaché à l’État, à la résolution 1701 et au mandat de la FINUL. Cette articulation reste indispensable. Elle évite que le Sud-Liban soit administré par un arrangement entre Israël, le Hezbollah, l’Iran et les États-Unis, au détriment des institutions libanaises.

L’armée devra pourtant affronter une mission difficile. Elle doit rassurer Israël sans apparaître comme l’outil d’une pression israélienne. Elle doit coopérer avec la FINUL sans perdre sa liberté d’appréciation. Elle doit empêcher le retour d’armes non autorisées sans provoquer une confrontation intérieure. Elle doit aussi protéger les habitants, rouvrir les axes et soutenir les municipalités. Cette accumulation de tâches exige des moyens, des effectifs, des renseignements et une couverture politique nationale.

Le Liban ne peut pas demander à son armée de garantir seule une transformation aussi lourde. Il lui faut un soutien financier, logistique et diplomatique. Les partenaires internationaux devront fournir des équipements, des capacités de surveillance, des véhicules, des moyens de déminage et une aide aux soldats. Les autorités libanaises devront, elles, éviter les messages contradictoires. Si chaque camp interprète le mandat de l’armée à sa manière, le déploiement deviendra source de tensions plutôt que facteur de stabilité.

Hezbollah : une promesse par procuration

La phrase la plus sensible de Berri est celle qui engage le Hezbollah. Le président du Parlement promet, pour le compte de son allié, que le sud du Litani pourra devenir une zone sans armes. Cette promesse soulève une question institutionnelle : qui a le droit d’engager une force armée non étatique ? Dans un État pleinement souverain, la réponse devrait être simple. Seules les institutions légales décident de la guerre, de la paix et du statut des armes. Au Liban, la réalité demeure plus complexe.

Berri joue ici le rôle de garant politique. Il peut parler au Hezbollah, mesurer ses marges, obtenir son silence ou son accord, puis traduire cette position dans un langage négociable. Cette fonction peut débloquer une impasse. Elle peut aussi confirmer que l’État n’est pas le seul centre de décision. C’est toute l’ambiguïté libanaise. Le même canal qui permet d’obtenir une concession révèle en même temps la limite du monopole étatique.

Le Hezbollah, de son côté, ne peut pas se contenter d’une formule générale. S’il accepte de retirer ses armes au sud du Litani, il voudra que le retrait israélien soit visible, vérifiable et complet dans les secteurs concernés. Il voudra aussi préserver l’idée que ses armes restent liées à une menace israélienne plus large. Cette position ouvre un débat au nord du Litani. Une zone sud désarmée ne règlera pas la question de l’arsenal national du Hezbollah, mais elle peut devenir une première étape si l’État impose une méthode.

Les objectifs communs affichés avec Aoun et Salam

Berri affirme rester en contact permanent avec le président Joseph Aoun et le premier ministre Nawaf Salam, malgré des divergences de points de vue. Cette précision vise à éviter l’image d’un canal parallèle qui court-circuiterait l’exécutif. Il dit partager avec eux les mêmes objectifs : retrait israélien du Sud, déploiement de l’armée, retour des déplacés, libération des prisonniers et lancement d’un plan de reconstruction soutenu par les pays arabes et les partenaires internationaux.

Cette liste donne une architecture politique à l’accord possible. Elle montre que la sécurité ne peut pas être isolée du retour des habitants. Une zone sans armes n’aura pas de sens si les villages restent détruits, si les routes restent coupées ou si les familles déplacées ne peuvent pas rentrer. Elle ne sera pas durable non plus si les prisonniers restent un motif de mobilisation ou si la reconstruction devient un instrument de chantage entre factions.

La reconstruction occupe une place particulière. Les bailleurs ne financeront pas massivement des zones qui pourraient être de nouveau bombardées dans quelques semaines. Ils demanderont des garanties de sécurité, des circuits transparents et un rôle clair des institutions. Berri le sait. Le Hezbollah le sait aussi. Une partie de la bataille politique portera donc sur la gestion de l’aide. L’État voudra centraliser. Les réseaux partisans voudront rester présents. Les habitants, eux, demanderont des maisons, des écoles et des services.

Washington, arbitre nécessaire mais limité

Berri espère que la trêve tiendra cette fois grâce à la pression américaine. Cette phrase résume la dépendance actuelle du Liban. Aucun mécanisme ne peut fonctionner si Washington ne pèse pas sur Israël. Les États-Unis disposent de leviers militaires, diplomatiques et politiques que Beyrouth n’a pas. Ils peuvent encourager un retrait, conditionner certaines garanties, encadrer les discussions et empêcher une escalade qui ruinerait leur propre négociation régionale avec l’Iran.

Mais la pression américaine a ses limites. Washington ne contrôle pas entièrement le calcul politique israélien. Le gouvernement israélien peut refuser un retrait qu’il juge dangereux. Il peut maintenir une zone de sécurité ou poursuivre des frappes en invoquant des menaces immédiates. Les États-Unis devront alors choisir entre deux priorités : protéger l’accord régional ou préserver la liberté d’action israélienne. Le Liban ne peut pas fonder toute sa stratégie sur une pression américaine dont l’intensité peut varier.

Cette limite impose à Beyrouth de documenter chaque étape. Les autorités doivent produire des cartes, des rapports, des demandes écrites, des listes de prisonniers, des évaluations de dommages et des propositions de calendrier. Plus le dossier libanais sera précis, plus il sera difficile de le réduire à une clause secondaire des négociations régionales. Berri peut ouvrir une porte. L’État doit entrer avec ses propres documents.

Une avancée, mais pas encore un accord

La proposition de Berri peut être lue comme une avancée réelle. Elle confirme que le tabou du sud du Litani sans armes non étatiques a reculé. Elle reconnaît aussi que le déploiement de l’armée libanaise doit remplacer les acteurs armés et non simplement cohabiter avec eux. Elle offre enfin une alternative aux zones pilotes, dont le découpage pouvait devenir interminable. Sur le papier, cette approche peut accélérer un retrait israélien si elle reçoit un soutien international.

Elle peut aussi être une manœuvre. En rejetant les zones pilotes, Berri peut gagner du temps tout en affirmant vouloir un calendrier. En promettant l’absence d’armes au sud du Litani, il peut limiter la discussion à une zone déjà couverte par la 1701, sans aborder l’arsenal du Hezbollah ailleurs au Liban. En conditionnant tout à Israël, il peut reporter la responsabilité de l’échec sur l’adversaire. Ces ambiguïtés ne condamnent pas la proposition. Elles montrent qu’elle doit être testée par des engagements vérifiables.

Le test commencera par la méthode. Le premier document devra dire quels districts sont concernés, dans quel ordre, avec quels délais et sous quelle supervision. Il devra préciser le rôle de l’armée, celui de la FINUL, les modalités du retrait israélien, les procédures de vérification et les conséquences d’une violation. Sans ces éléments, le mot calendrier restera politique. Avec eux, il peut devenir un instrument de pression sur toutes les parties.

Les questions qui restent ouvertes

Plusieurs questions demeurent. La première porte sur la définition d’une zone sans armes. S’agit-il seulement des armes lourdes, des positions militaires, des lanceurs, des dépôts et des tunnels, ou de toute présence organisée du Hezbollah ? La deuxième porte sur les habitants affiliés au parti. Berri a déjà rejeté l’idée d’expulser des personnes originaires du Sud au motif de leur appartenance politique. La distinction entre civil, militant et combattant sera donc explosive.

La troisième question concerne Israël. Acceptera-t-il un retrait par cazas si ses services estiment que le Hezbollah conserve des capacités cachées ? Acceptera-t-il que la vérification passe par l’armée libanaise et la FINUL plutôt que par sa propre liberté d’action ? La quatrième concerne le Hezbollah. Acceptera-t-il une zone réellement contrôlée par l’État, sans droit de veto opérationnel ? La cinquième concerne Washington. Les États-Unis imposeront-ils un calendrier à Israël ou se limiteront-ils à encourager une désescalade progressive ?

Ces questions ne trouveront pas de réponse dans une interview. Elles se régleront dans les cartes, les rapports de terrain, les réunions de suivi et les premiers retraits. Berri a placé une offre sur la table. Elle engage plus que son camp, car elle touche à la souveraineté libanaise et au rapport entre l’État et les armes. La prochaine étape dira si cette offre devient un mécanisme de retour de l’État au Sud ou si elle reste une nouvelle formule dans la longue série des cessez-le-feu conditionnels.

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