Un des derniers numéros de Géo est sur la Patagonie.  Je rêve de devenir reporter pour Géo, comme ceci, pour un moment. Partir dans ces destinations ; nature, littéraire, historique et écrire et jouir de ce spectacle. La nature.

Alexandre Lacroix, directeur de Philosophie Magazine écrit « Devant la beauté de la nature »,tout un essai pour nous dire ce qu’il y a de plus simple, de plus évident. Les rythmes de la nature, le bio mimétisme. Dans la nature, il y a des saisons,  des cycles. On a besoin de cette saison de repos, de terre en jachère, qui accueille les semences, l’amour. La terre en jachère n’est pas inutile. Elle prépare, elle se prépare. Avoir envie de ce temps; prendre ce temps. Le marché impose de ne pas disparaitre, de ne pas se préparer, d’être tout le temps présent. Préférer la loi de la nature à la loi du marché. Celle qui veut bien qu’il soit en train de se passer quelque chose mais que ce n’est pas forcément visible vs celle du marché, qui elle,  va avec celle de la visibilité. Exhiber l’activité tout le temps, l’amplifier par les réseaux sociaux. Ne pas disparaitre longtemps : twitter, instagram, Facebook… tout le temps.

 Voilà pourquoi j’aime les iles grecques, voilà pourquoi j’aime ce gaucho photographié dans Géo.  «Qui est pressé ici, perd son temps»dit-il, pourtant il fait un travail énorme… Voilà pourquoi j’aime les designers ou start-uppersqui travaillent à leur rythme, hors pression du marché ; qui ne participent pas aux compétitions avec des milliers d’autres et qui néanmoins font leur chemin et percent. Mon travail me conduit à me rendre à deux grandes messes pour start-ups.  Le bruit, la musique envahissent l’espace, les candidats font leur pitch comme qui ferait un show à la télé. Le titre d’une des compétitions, Battlefield, est d’ailleurs à lui seul évocateur. Les espaces, y compris économiques deviennent des champs de bataille. 

 Sylvain Tesson s’est retiré un an dans les iles grecques pour écrire ; il n’en reste pas moins un journaliste et un écrivain  très suivi, très lu et très sollicité. Kazantzakis en son temps, amoureux des iles, y passent de longs moments.  

Nommé ministre sans portefeuille en 1945 ; il démissionnera un an plus tard, écœuré. C’est par le film Kazantzakis, de Yannis Smaragdis, projeté lors du festival du film européen à Metropolis, qu’on l’apprend: on part dans les Cyclades, dans la lumière de la Méditerranée… et dans les affres de la guerre que tout homme sensible honnit, lorsqu’il voit de quoi cela tient.

La projection à Antwork, du film About à War, en  présence de membres de l’association libanaise Fighters for Peace, le confirme. Tous bords confondus, ceux-ci ne veulent plus entendre parler de la guerre et œuvrent ensemble, pour qu’elle ne se reproduise pas.  

Le documentaire qui recueille les témoignages de trois protagonistes de la guerre libanaise, ennemis d’hier, FL, communiste et palestinien ; amis aujourd’hui, nous saisit à la gorge. A sa manière, chacun de ces anciens combattants cherche une rédemption ; mais ils ont pour beaucoup, perdu la joie ou la spontanéité de la joie comme ils le disent eux-mêmes. « J’ai beau chercher la joie, la vouloir ; quelque chose est brisé. La guerre mange ta spontanéité »dit un des combattants interviewés, celui qui pourtant a le visage le plus malicieux et le plus souriant.

Eux ont tout compris ; les méfaits de la guerre et son retournement contre les petites mains plutôt que contre les esprits qui l’ont fomenté. On aimerait que le film soit projeté dans les  grandes salles et dans de grands rassemblements, partout dans le pays et pas seulement dans un espace coworking. Qui plus est, le public est ce soir- la, majoritairement européen. Nous Libanais, ne voulons plus voir, ni savoir… Chacun dans sa bulle; nul n’ose plus le « eye contact » et  le casque isolant fait ses adeptes, tout comme en Europe.

Prendre le temps de lever les yeux, de regarder, avec compassion même si cela sera douloureux  – on sort du film About a waréprouvé – pour  se réconcilier ; avec soi aussi… avant de pouvoir continuer. Pour se battre, il faut des ressources et de l’amour. Pour pouvoir devenir des « combattants de la paix », il  faudrait, pour commencer, ne pas avoir peur du bruit, de l’autre ou du silence.

Article paru dans l‘Agenda Culturel avec l’aimable autorisation de son auteur.