Le port de Beyrouth avant l'explosion
Le port de Beyrouth avant l'explosion

Sans revenus pétroliers et gaziers, le Liban a longtemps misé sur ses ressources humaines qualifiées, ses écoles, ses universités, ses hôpitaux et sur ses banques et s’est souvent présenté comme la jonction entre l’Europe et le monde arabe. Si le Liban pense aujourd’hui posséder des réserves d’hydrocarbures, celles-ci ne sont pas encore exploitées. Le pays fait face depuis un an et surtout depuis cet été à un exode massif de ses jeunes et à la fermeture d’écoles, d’universités mais aussi d’hôpitaux. Les banques sont devenues des banques-zombies. Plusieurs pays arabes du Golfe ont normalisé leurs relations avec Israël qui profitant de sa relation spéciale avec les États-Unis, les sanctions contre le Hezbollah et l’explosion au port de Beyrouth se présente à eux comme la jonction avec l’Occident en général. Les start-ups israéliennes entrent en bourse à New York tandis que les Chinois investissent dans l’ouverture et le développement de centres de recherche technologique et numérique en Israël. Américains, Chinois, Émiratis et Turcs rêvent de mettre la main sur le port de Haïfa que le gouvernement israélien cherche à privatiser. Dans le même temps, le Liban n’a pas d’électricité, ses infrastructures sont détruites ou manquantes et n’attire pas les investisseurs occidentaux, asiatiques ou arabes. Il négocie même la délimitation de ses frontières maritimes et peut-être terrestres avec Israël pour pouvoir réellement réaliser l’exploration pétrolière et gazière dans ses eaux. Le monde a toutefois changé : le prix du pétrole a baissé, l’exploration offshore est coûteuse, la production est plus importante que la demande et les investissements pour liquéfier le gaz sont massifs alors que la concurrence est féroce. 

C’est un tableau très sombre et pour certains, fatalistes, très réaliste. Pourtant, il existe une opportunité : la reconstruction de la Syrie et de l’Irak. On parle de milliers de milliards de dollars. Leur reconstruction peut passer par le Liban : son port principal (Beyrouth), ses banques, ses entreprises et ses ressources humaines qualifiées. 

Le port de Beyrouth est idéalement (géographiquement et stratégiquement) placé pour cela, mieux que Haïfa et Jebel Ali (aux Émirats arabes unis).

Beyrouth doit devenir un hub logistique pour l’e-commerce (en s’associant peut-être à Amazon, Google ou DHL) et le centre névralgique de la chaîne d’approvisionnement (supply chain) des projets de reconstruction en Syrie et en Irak. À l’instar de Jebel Ali, le port doit intégrer des zones franches (free-zones sans taxes) et un dédouanement rapide, agir en passerelle de redistribution pour les entreprises internationales, développer ses infrastructures et digitaliser ses opérations logistiques (y compris la blockchain, l’automatisation « automation »). Cela permettra le renforcement du tissu productif et manufacturier de l’économie libanaise et l’accès à des opportunités dans les domaines du transport de fret (freight transporation), de l’entreposage (warehousing) et du transitaire (freight forwarding). Il faudra également connecter les différents ports, les centres de distribution, les principaux hubs de transport, les zones-franches et les terminaux de fret. Le port de Beyrouth peut devenir une plaque tournante idéale pour les itinéraires de transbordement (transshipment). Il pourrait s’associer à DHL Industrial Projects qui cherche à renforcer sa position de fournisseur transitaire privilégié dans la région pour les sociétés internationales dans le secteur du pétrole et du gaz mais aussi de l’ingénierie, de l’approvisionnement et de la construction. DHL a développé Saladoo, une plate-forme de fret numérique entièrement intégrée qui permet aux expéditeurs et aux fournisseurs de transport d’établir des connexions de fret routier rapides et fiables. Dans la pratique, la plate-forme simplifie les processus de fret routier en faisant correspondre les expéditeurs aux fournisseurs de transport, apporte de la transparence dans le suivi et de la confiance entre les différents acteurs et optimise les itinéraires, les marchandises et le temps, ce qui manque au Liban.

Avec la logistique, il y a différentes activités de l’économie qui peuvent se développer : le transport, l’inventaire, la manutention, l’entreposage et l’emballage et aussi très souvent les services de sécurité.

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Najib Fayad
Né à Baabda (Liban) en 1960, Najib Fayad est diplômé d’un MBA du Centre supérieur d’Études Commerciales-Institut Supérieur des Études Commerciales CEC-ISEC (connu sous le nom de "Centre belge") et de la faculté des affaires et des sciences commerciales de l’Université du Saint-Esprit de Kaslik (USEK). Lorsque la guerre éclate en 1975, il n’a que 15 ans mais rejoint le Tanzim pour défendre le Liban. Les combattants de cette organisation sont alors entraînés par des officiers chrétiens de l’armée comme le général Michel Aoun. Il adhère aux idées de Charles Malek, Said Akl, Alfred Murr et May Murr, de l’Ordre libanais maronite de l’abbé Charbel Kassis et de la Ligue maronite de Chaker Abou Sleiman. Il est alors en charge de défendre le front sur la ligne de démarcation au niveau du Musée National, Badaro et Furn el-Chebak. Surnommé “Bull” par les “chabeb” (jeunes combattants), il participe aussi à de batailles comme Tell el-Zaatar et Zahlé. Il est l’un des premiers à rejoindre les Forces libanaises (FL). Après la bataille de Zahlé, il est nommé à la tête du Groupe Gamma qu’il transforme alors en un véritable think-tank (le premier du Liban) et gouvernement de spécialistes et de l’ombre qui rédige le projet présidentiel de Bachir Gemayel (« État de l’an 2000 ») dans tous les domaines : politique, économique, financier, etc. Aux côtés de l’ancien chef des FL Fouad Abou Nader, de Massoud Achkar, du Bureau central de coordination nationale (BCCN) fondé par le Tanzim et du capitaine Boutros Yammine (martyr du 13 octobre 1990), il participe aux manifestations à Baabda contre l’accord de Taëf et l’occupation syrienne. Il fait carrière dans l’industrie du jouet, d’abord au Liban puis à la tête de la stratégie internationale de sociétés américaines, britanniques et surtout françaises ainsi que leur développement en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Afrique, n’hésitant pas à entrer sur les marchés russe et chinois avant leurs ouvertures et remportant ainsi de grands succès ayant fait sa renommée internationale dans l’industrie. Il passe la moitié de son temps à parcourir le monde. Il a été décoré de l’Audace Créatrice par le Président français Jacques Chirac et remporte régulièrement le prix annuel du jouet français.