Soumises d’une part à la pression judiciaire de la juge Ghada Aoun qui a gelé les biens de 5 établissements et de ceux de leurs dirigeants et d’autre part par la répartition des pertes du secteur bancaire, les banques libanaises menacent de suspendre totalement leur activité, révèle le quotidien Al Jouhouria.

Selon le quotidien, elles estiment porter une part de responsabilité dans l’effondrement financier, “mais c’est la plus petite part, car elle la précède dans l’échelle des responsabilités de l’État et de la Banque du Liban”, renvoyant la balle auprès de la classe politique.

Ainsi, les poursuites judiciaires visant les actionnaires des banques seraient vues comme des représailles “la lenteur du contrôle pénal des comptes de la Banque centrale du Liban”, notent les sources au quotidien arabophone, des mesures selon elles populistes. Par conséquent elles menaces de suspendre “leur travail jusqu’à nouvel ordre, avec ce que cela signifierait comme conséquence avec l’arrêt du paiement des salaires et des opérations bancaires nécessaires, ce qui entraînerait des répercussions désastreuses”.

Cette information intervient alors que par ailleurs, le gouvernement Mikati III envisageait de faire supporter 55% des pertes du secteur bancaire aux déposants et seulement 19% aux actionnaires des banques, une proportion trop importantes selon elles. Cependant, le FMI dont une prochaine visite est prévues dans les prochains jours, a rejeté ces propositions estimant que cette répartition est inéquitable, pointant la responsabilité d’un secteur financier dont 43% des actionnaires sont des personnes exposées politiquement.

Derrière les poursuites visante les banques locales, Riad Salamé également visé mais bénéficiant de soutiens politiques

la juge Ghada Aoun, d’interdire 5 de leurs dirigeants dont le président de l’ABL lui-même Salim Sfeir, de sortir du territoire libanais après les avoir interrogé, fin février, dans le cadre d’un des volets du dossier Riad Salamé.

Parmi les autres dirigeants visés par cette mesure, ceux de la Banque Audi Samir Hanna, de la SGBL Antoun Sehnaoui propriétaire aussi d’un nouveau site d’information francophone entre autre, de Saad Azhari pour la Blom Bank et de l’ancienne ministre de l’intérieur Raya Hassan, dirigeante de la Bank Med dont la famille de l’ancien premier ministre Rafic Hariri est le principal actionnaire.

Une mesure similaire touche déjà le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé qui ne s’est pas présenté à 4 reprises devant la juge dans le cadre des enquêtes encours au Liban pour détournements de fonds publics.

Celui avait fait ensuite l’objet d’un mandat d’arrêt mais bénéficie de la protection du procureur de la république, le juge Ghassan Oweidat et du commandant des Forces de Sécurité Intérieure, le général Imad Othman, proches comme lui de l’ancien premier ministre Saad Hariri. Pour rappel, ces 5 dirigeants sont accusés de collusion avec le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé dans une plainte déposée par le groupe “People want to reform the Regime”, fin du mois de février.

La plainte vise vise par ailleurs 14 banques libanaises, leurs dirigeants ainsi que le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé, accusé de détournement de fonds après avoir permis le transfert de 8 milliards de dollars à l’étranger. Sur ces 14 banques, 7 établissements seraient mis en cause: sur ces 8 milliards de dollars qui appartiendraient en réalité à la banque centrale, 7 milliards de dollars étaient ainsi conservées par les établissements locaux sur des comptes basés à l’étranger, alors que le Liban traverse une grave crise économique caractérisée par – outre une dégradation de la parité de la livre libanaise face au dollar – une interdiction informelle pour les déposants d’accéder à leurs fonds.

Certains de ces établissements font par ailleurs l’objet d’une demande d’information de la part d’enquêteurs français, suisses, allemands et luxembourgeois suite à la découverte d’un important patrimoine appartenant au gouverneur de la BdL et à ses proches au-delà d’un enrichissement “naturel” dans le cadre de l’affaire Forry Associates, où est impliqué également le frère du gouverneur de la BdL Raja Salamé . Ils sont ainsi accusés d’avoir d’avoir détourné 300 millions de dollars de commissions de la BdL.

Une menace qui n’est pas nouvelle

Il ne s’agit pas de la première menace du genre, les dirigeants de l’ABL ayant menacé de fermer leurs établissements en 2020 après que le procureur financier, le juge Ibrahim Ali, ait décidé de geler les biens immobiliers de 20 dirigeants de banques et de leurs établissements. Le procureur évoquait alors des violations sérieuses commises à l’encontre des déposants dont les fonds avaient été bloqués suite à l’imposition d’un contrôle informel des capitaux, en novembre 2020.

Cette décision a été ensuite annulée par le procureur de la république, le juge Ghassan Oweidad suite à une menace de grève et départ à l’étranger de ces derniers.

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