L’annonce d’un possible cessez-le-feu au Liban a pris de l’ampleur jeudi 16 avril en fin de journée, après une information attribuée au quotidien israélien Haaretz selon laquelle l’armée israélienne avait ordonné à ses forces de se préparer à l’entrée en vigueur d’une trêve en soirée, après 19 heures. Cette séquence a immédiatement retenu l’attention à Beyrouth comme à Jérusalem, alors que les combats ne se sont pas arrêtés sur le terrain, que les frappes israéliennes ont continué dans plusieurs régions du Sud et de la Békaa, et qu’un appel diplomatique un temps présenté comme un échange direct entre Joseph Aoun et Benyamin Nétanyahou a finalement laissé place à une conversation confirmée entre le président libanais et le secrétaire d’État américain Marco Rubio.
L’alerte Haaretz relance l’hypothèse d’une trêve
Quelques heures auparavant, plusieurs signaux convergents avaient déjà alimenté l’idée d’une trêve proche. Des responsables israéliens avaient confirmé que le cabinet de sécurité s’était réuni mercredi soir pour examiner l’hypothèse d’un cessez-le-feu au Liban. Dans le même temps, Washington poursuivait ses efforts pour élargir les contacts entre les deux camps. Mais à Beyrouth, le pouvoir libanais a maintenu une ligne inchangée : pas de basculement vers un contact politique direct de haut niveau avec Israël sans arrêt préalable des hostilités.
L’élément nouveau de la journée est donc bien cette annonce attribuée à Haaretz. Dans une crise où les signaux militaires et diplomatiques se chevauchent, une instruction donnée aux forces sur le terrain ne vaut pas, à elle seule, confirmation publique d’un accord définitif. Elle indique toutefois qu’une hypothèse de trêve a été suffisamment sérieuse pour être traduite en consignes opérationnelles. À ce stade, aucun communiqué officiel israélien n’est venu détailler les modalités d’une éventuelle entrée en vigueur après 19 heures, ni la durée, ni le périmètre, ni le mécanisme de contrôle d’un tel cessez-le-feu.
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L’appel Aoun-Netanyahu n’a pas eu lieu
Sur le front diplomatique, la journée a été marquée par une forte confusion autour d’un appel qui devait, selon plusieurs déclarations extérieures au Liban, réunir Joseph Aoun et Benyamin Nétanyahou. Donald Trump avait affirmé que les dirigeants israélien et libanais devaient se parler jeudi. En Israël, la ministre Gila Gamliel avait également annoncé un échange imminent entre les deux hommes. Mais à Beyrouth, plusieurs responsables libanais ont rapidement opposé un démenti net à ce scénario.
La présidence libanaise n’a pas confirmé un entretien entre Joseph Aoun et le premier ministre israélien. L’échange effectivement attesté jeudi est un appel entre Joseph Aoun et Marco Rubio. Selon la présidence, le chef de l’État libanais a remercié le secrétaire d’État américain pour les efforts déployés par Washington afin d’obtenir un cessez-le-feu au Liban. Le point est central pour la lecture politique de la journée : ce qui était présenté comme une conversation directe historique entre Beyrouth et Tel-Aviv ne s’est pas matérialisé publiquement. Le canal confirmé a été le canal américain.
Joseph Aoun a en parallèle réaffirmé la position libanaise. Un cessez-le-feu doit précéder toute négociation directe. Le président libanais a présenté cette trêve comme le point d’entrée naturel de discussions ultérieures, tout en estimant que le retrait israélien constituerait une étape indispensable pour consolider l’arrêt des combats et permettre le déploiement de l’armée libanaise dans le sud. Cette ligne a été répétée alors même que Washington tente depuis plusieurs jours de pousser les deux parties vers une formule de désescalade.
Mardi, les ambassadeurs d’Israël et du Liban se sont rencontrés à Washington dans un cadre rare, sous médiation américaine. Mercredi soir, le cabinet de sécurité israélien a discuté d’un possible cessez-le-feu, selon des responsables israéliens. Jeudi, l’information attribuée à Haaretz sur une préparation des forces israéliennes à une trêve après 19 heures a donné un tour plus concret à cette séquence. Pour autant, au moment où cette perspective circulait, les opérations militaires israéliennes se poursuivaient dans plusieurs secteurs libanais et les échanges de feu n’avaient pas cessé de part et d’autre de la frontière.
Les frappes israéliennes se poursuivent sur plusieurs fronts
C’est ce décalage entre la dynamique diplomatique et la réalité militaire qui domine la journée. Selon Reuters, les combats continuaient dans le sud du Liban, en particulier autour de Bint Jbeil, localité frontalière que Benyamin Nétanyahou a présentée mercredi comme un objectif militaire majeur. Le premier ministre israélien a affirmé que l’armée était sur le point de venir à bout de ce qu’il décrit comme un bastion du Hezbollah. Dans le même temps, des responsables libanais estimaient qu’Israël cherchait à engranger un avantage à Bint Jbeil avant toute évolution politique.
Sur le terrain, les dépêches de l’Agence nationale d’information libanaise décrivent une journée de frappes dispersées, de bombardements et de destructions ciblées dans plusieurs régions. L’agence a fait état jeudi de dégâts sévères à l’hôpital gouvernemental de Tebnine, touché par des frappes survenues à proximité. La même dépêche signale la mort d’un civil et des frappes sur de larges zones du Sud et de la Békaa. Dans un autre bilan publié par l’agence, quatre secouristes ont été tués lors d’une mission de secours à Mayfadoun, après avoir été visés par une frappe de drone, tandis que des tirs d’artillerie touchaient Zebdine et Harouf.
Toujours selon l’Agence nationale d’information, les raids israéliens ont visé dans la nuit et dans la matinée plusieurs localités du Sud. Une frappe a touché le secteur de Wadi Shbeil, à Qatrani, provoquant une coupure d’électricité à Qatrani et Sriré. Trois raids ont également visé Kafra, Haris et Touline. À Nabatiyé, l’agence a rapporté une frappe de drone sur une zone ouverte dans le quartier des Religieuses, ainsi qu’une frappe nocturne sur une maison à Roumine. À Tyr, une attaque a touché Qlailé. À Marjeyoun, une seconde frappe sur Debbine a provoqué une coupure de courant dans le secteur.
Les dépêches libanaises mentionnent aussi des frappes au-delà du seul Sud frontalier. Dans la Békaa-Ouest, deux raids à l’aube ont visé Sohmor, causant d’importants dégâts à des habitations. Dans le district de Tyr, l’Agence nationale d’information a également rapporté que les forces israéliennes avaient fait exploser le bâtiment du lycée de Marwahin. Elle a aussi signalé le renouvellement d’un avertissement israélien aux habitants situés au sud du fleuve Zahrani. Ces éléments ne dessinent pas une accalmie. Ils montrent au contraire que l’hypothèse d’un cessez-le-feu a circulé alors que les frappes continuaient d’affecter des infrastructures civiles, des habitations, des équipes de secours et des réseaux de distribution électrique.
Bint Jbeil, le Litani et le front du Sud
Au sud du Litani, la situation reste particulièrement tendue. Reuters a rapporté jeudi qu’une frappe israélienne avait détruit le dernier pont franchissant le Litani vers le sud, selon une source sécuritaire libanaise. La même source a estimé que cette destruction coupait presque un dixième du Liban du reste du pays, après la destruction d’autres points de passage au fil de la guerre. En parallèle, l’armée israélienne a répété sa volonté d’interdire l’espace situé au sud du Litani aux combattants du Hezbollah. La veille, son chef d’état-major, Eyal Zamir, avait déclaré que toute cette zone devait devenir un espace interdit pour le mouvement.
Sur le plan militaire, cette orientation israélienne s’accompagne d’une progression au sol et d’une pression constante sur l’axe de Bint Jbeil. Les dépêches de l’Agence nationale d’information publiées mercredi faisaient déjà état de bombardements d’artillerie intensifs sur Bint Jbeil et ses environs, ainsi que de combats persistants avec les forces israéliennes. D’autres dépêches parlaient encore de violents affrontements autour de Bint Jbeil et Yaroun. De son côté, Reuters a confirmé jeudi que les affrontements continuaient dans ce secteur, pendant que le Hezbollah revendiquait de nouvelles attaques de roquettes vers le nord d’Israël.
En Israël, des sirènes d’alerte ont de nouveau retenti jeudi dans plusieurs localités du nord, selon Reuters et l’Associated Press, après des tirs revendiqués par le Hezbollah. L’Associated Press a relevé que les échanges de feu s’étaient poursuivis de part et d’autre de la frontière tandis que l’artillerie et les frappes israéliennes s’intensifiaient autour de Tyr, Nabatiyé et Bint Jbeil. Cette poursuite des combats, au moment même où une fenêtre diplomatique semblait s’ouvrir, rappelle la fragilité extrême de toute annonce prématurée sur une trêve.
La médiation américaine reste le canal central
Le dossier libanais reste étroitement lié à la médiation américaine. Washington n’a pas présenté publiquement de texte d’accord, mais le rôle joué par Marco Rubio et par les contacts organisés à Washington montre que les États-Unis restent l’intermédiaire central. Jeudi, selon Reuters, l’ambassade du Liban à Washington avait informé l’administration américaine de la position de Beyrouth avant l’appel entre Joseph Aoun et Marco Rubio. Cette précision éclaire la séquence : le refus libanais d’un appel direct avec Benyamin Nétanyahou a été communiqué en amont, et la conversation de la journée s’est tenue dans un cadre strictement américano-libanais.
Le message libanais n’a pas varié. Beyrouth dit rechercher un cessez-le-feu avant toute suite politique. Cette position avait déjà été formulée les jours précédents, lorsque le Liban plaidait pour une trêve temporaire ouvrant la voie à des discussions plus larges. Elle a de nouveau été exprimée jeudi par Joseph Aoun. Cela signifie qu’au-delà des déclarations israéliennes sur d’éventuelles négociations directes, et au-delà des annonces américaines ou israéliennes sur un appel possible entre dirigeants, le pouvoir libanais continue de lier explicitement tout contact politique direct à un arrêt préalable des opérations militaires.
Le calendrier même de la journée renforce cette impression de flottement. Mercredi, Benyamin Nétanyahou affirmait encore que l’armée israélienne poursuivait ses frappes contre le Hezbollah et qu’elle s’apprêtait à prendre le dessus à Bint Jbeil. Mercredi soir, son cabinet examinait la possibilité d’un cessez-le-feu. Jeudi, l’Agence nationale d’information rapportait de nouvelles frappes dans le Sud et la Békaa, ainsi que de nouvelles destructions. Et jeudi en fin de journée, l’annonce attribuée à Haaretz a fait émerger l’idée d’une trêve après 19 heures, sans qu’un cadre complet soit immédiatement rendu public.
Le bilan humain et matériel continue, lui, de s’alourdir. Reuters rappelle que plus de 2 100 personnes ont été tuées au Liban depuis le 2 mars et que plus de 1,2 million de personnes ont été déplacées, selon les autorités libanaises. Côté israélien, les autorités font état de morts parmi les civils et les soldats depuis la reprise de la guerre. À ce bilan s’ajoutent les dégâts sur les ponts, les lignes électriques, les hôpitaux, les bâtiments scolaires et les habitations signalés par les dépêches libanaises. Même en cas de trêve annoncée, l’ampleur des destructions pèsera immédiatement sur son application concrète.


