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Liban : l’armée dénonce une campagne israélienne

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L’armée libanaise a vivement réagi, mercredi 2 septembre, à des informations attribuées aux médias israéliens concernant l’attitude de certains de ses officiers au Liban-Sud. La polémique a pris de l’ampleur après la diffusion en Israël d’affirmations selon lesquelles des officiers libanais ne souhaiteraient pas, à ce stade, le retrait des forces israéliennes de certaines positions, par crainte d’un retour du Hezbollah. Sans reprendre directement le détail de ces accusations, le commandement de l’armée les qualifie d’informations fabriquées et dénonce une campagne destinée à semer le doute au sein de l’institution et à affaiblir la confiance de la population. L’épisode intervient à un moment particulièrement sensible, alors que l’armée doit progressivement renforcer son contrôle du Sud et que le retrait israélien reste incomplet.

L’armée libanaise dénonce des « informations fabriquées »

Le commandement de l’armée a publié mercredi un communiqué inhabituellement ferme après la circulation de nouvelles informations dans les médias israéliens. L’institution militaire évoque des « allégations attribuées aux médias ennemis israéliens » concernant ses positions et ses missions au Liban-Sud, ainsi que d’autres informations qu’elle présente comme fabriquées.

L’armée affirme que ses militaires respectent les directives du commandement et les missions qui leur sont confiées. Elle souligne qu’ils agissent dans le cadre de leur responsabilité nationale pour défendre la souveraineté, la sécurité et la stabilité du Liban, « loin de tout autre calcul ou considération ».

Cette formulation répond directement au soupçon que les informations israéliennes cherchent à installer : celui d’officiers libanais qui adopteraient, sur le terrain, une position différente de celle officiellement défendue par l’État et le commandement militaire.

La position officielle libanaise reste en effet sans ambiguïté. Beyrouth demande le retrait des forces israéliennes du territoire libanais et le déploiement de l’armée dans les secteurs concernés. Présenter des officiers comme souhaitant le maintien temporaire de soldats israéliens revient donc à suggérer l’existence d’une divergence profonde au sein même de l’institution chargée de reprendre ces positions.

Des officiers libanais opposés au retrait israélien ?

La nouvelle controverse est née d’une information diffusée mardi 1er septembre par la chaîne publique israélienne Kan. Citant un haut responsable américain non identifié, le média a affirmé que certains officiers de l’armée libanaise ne souhaiteraient pas, à ce stade, le retrait complet des forces israéliennes du Liban-Sud.

Selon cette version, ces militaires craindraient que le Hezbollah profite immédiatement du départ israélien pour réinvestir les secteurs évacués. Ils préféreraient donc que les forces israéliennes restent temporairement en place jusqu’à ce que l’armée libanaise dispose des moyens nécessaires pour empêcher le retour du mouvement chiite.

L’affirmation est politiquement explosive. Elle n’est cependant étayée publiquement ni par l’identité des officiers concernés, ni par un document de l’armée libanaise, ni par une déclaration officielle américaine. Elle repose sur les propos attribués par un média israélien à une source américaine anonyme.

Le commandement libanais ne reconnaît aucune divergence de cette nature. Son communiqué de mercredi réaffirme au contraire l’unité de la chaîne de commandement et l’engagement des militaires à exécuter les missions qui leur sont assignées.

La distinction entre ce qui est confirmé et ce qui est rapporté est donc essentielle. Il est établi que cette affirmation a circulé dans les médias israéliens. Il n’est pas établi que des officiers libanais aient effectivement demandé ou souhaité le maintien de l’armée israélienne au Liban.

Une accusation particulièrement sensible pour l’armée

L’information touche à l’un des principes fondamentaux de la position officielle libanaise : l’armée israélienne est considérée par Beyrouth comme une force occupant des portions du territoire national dont le retrait est exigé.

Dans ce contexte, attribuer à des officiers libanais le souhait de voir cette présence prolongée revient à mettre en cause leur positionnement institutionnel. Cela peut aussi donner l’impression qu’une partie de l’armée considère Israël comme un rempart nécessaire face au Hezbollah.

C’est précisément ce que le communiqué du 2 septembre cherche à neutraliser. Le commandement insiste sur la responsabilité nationale de ses militaires et affirme qu’ils remplissent leurs missions sans considérations extérieures.

L’armée ne se contente d’ailleurs pas de démentir. Elle attaque la finalité supposée de la campagne.

Selon elle, le moment choisi pour diffuser ces informations révèle « la gravité des tentatives visant l’armée et son commandement ». Le but serait de « semer le doute au sein de l’institution » et de saper la confiance entre les forces armées et les Libanais.

Le vocabulaire employé traduit la sensibilité du dossier. Pour le commandement, il ne s’agit pas simplement de corriger une information erronée, mais de répondre à ce qu’il considère comme une opération susceptible d’affecter la cohésion de l’institution.

Le Hezbollah au cœur du récit israélien

L’argument attribué aux officiers libanais repose sur une question réelle et centrale dans les négociations : que se passe-t-il après le retrait israélien ?

Israël affirme depuis plusieurs mois que son retrait doit être accompagné de garanties empêchant le Hezbollah de rétablir ses positions militaires dans les secteurs évacués. Les autorités israéliennes considèrent que le seul départ de leurs forces ne suffit pas si les infrastructures du mouvement sont ensuite reconstituées.

Le Liban affirme de son côté que son armée doit exercer l’autorité de l’État dans le Sud. Les négociations portent donc notamment sur la capacité de l’armée libanaise à se déployer dans les zones évacuées, à les sécuriser et à empêcher qu’elles ne redeviennent un espace militaire échappant à son contrôle.

C’est dans cet espace entre les positions israélienne et libanaise que s’insère la rumeur actuelle. En attribuant à certains officiers libanais les mêmes inquiétudes que celles exprimées par Israël sur un éventuel retour du Hezbollah, le récit israélien suggère une convergence entre militaires libanais et responsables israéliens que le commandement libanais rejette.

Un précédent en juillet contre des officiers de l’armée

La polémique du 2 septembre n’est pas isolée. Début juillet, une autre information concernant directement des officiers de l’armée libanaise avait circulé dans les médias israéliens.

Selon ces informations, Israël aurait transmis par l’intermédiaire des États-Unis une liste comportant les noms d’officiers supérieurs libanais et aurait demandé qu’ils soient exclus des déploiements dans certaines régions du Liban-Sud.

La justification avancée était là encore liée au Hezbollah. Les officiers concernés étaient soupçonnés, dans le récit diffusé, d’entretenir des liens avec le mouvement ou de ne pas agir suffisamment contre ses activités.

Une source militaire libanaise avait formellement démenti cette information le 6 juillet. Elle avait affirmé que les informations concernant une prétendue liste israélienne d’officiers étaient sans fondement.

En moins de deux mois, deux récits ont donc visé directement le comportement de cadres de l’armée au Sud. Le premier suggérait qu’Israël voulait empêcher certains officiers d’y exercer leurs fonctions. Le second affirme désormais que certains militaires libanais eux-mêmes ne souhaiteraient pas le retrait immédiat des forces israéliennes.

Cette répétition contribue à expliquer la fermeté du communiqué publié mercredi.

Le contrôle du Liban-Sud constitue l’enjeu central

Ces controverses surviennent alors que l’armée libanaise se trouve au cœur du dispositif prévu pour stabiliser le Sud. Son déploiement doit accompagner le retrait israélien et permettre à l’État libanais de reprendre le contrôle des secteurs concernés.

Le mécanisme repose sur une succession d’étapes. Les forces israéliennes doivent évacuer certaines zones. L’armée libanaise doit ensuite y entrer, sécuriser les accès, rechercher les explosifs et reprendre les positions. Le processus doit également empêcher la réinstallation d’infrastructures militaires non étatiques.

Cette séquence est particulièrement délicate parce que l’armée ne peut pas simplement entrer immédiatement dans chaque secteur abandonné. Les routes, bâtiments et terrains doivent parfois être inspectés et déminés avant un déploiement complet.

Le village de Zawtar al-Gharbiyeh a fourni en juillet un exemple concret de ce mécanisme.

Zawtar al-Gharbiyeh, premier test du mécanisme

Le 21 juillet, l’armée libanaise est entrée à Zawtar al-Gharbiyeh après un retrait israélien effectué dans le cadre d’un dispositif pilote. Les militaires libanais ont commencé par des opérations de déminage et de sécurisation avant le déploiement plus complet des unités.

L’expérience doit servir de modèle pour d’autres secteurs. Elle permet de tester la coordination nécessaire pour éviter qu’un retrait israélien ne crée un vide sécuritaire.

C’est précisément autour de ces « zones pilotes » que les inquiétudes attribuées aux officiers libanais auraient été exprimées selon les informations israéliennes. Israël serait insatisfait du rythme des opérations contre les infrastructures du Hezbollah et considérerait que les progrès sont insuffisants dans certains secteurs.

La question est donc moins celle de la présence théorique de l’armée libanaise que de sa capacité à prendre immédiatement le contrôle effectif d’un territoire évacué.

Cela dépend des effectifs disponibles, du déminage, du renseignement, de l’accès aux différents secteurs et de la situation sécuritaire.

Israël cherche des garanties avant de se retirer

Israël maintient que son retrait doit être lié à des garanties de sécurité. Son gouvernement affirme vouloir empêcher toute reconstitution des capacités militaires du Hezbollah à proximité de la frontière.

Cette position explique le maintien de forces israéliennes dans plusieurs secteurs et les opérations poursuivies au Liban-Sud. Beyrouth considère au contraire que cette présence constitue une violation de sa souveraineté et demande son retrait.

Le désaccord crée un cercle difficile à rompre. Israël affirme qu’il ne peut pas se retirer sans garantie que le Hezbollah ne reviendra pas. Le Liban répond que son armée ne peut exercer pleinement sa souveraineté tant que les forces israéliennes restent présentes et continuent leurs opérations.

La controverse sur les officiers libanais touche directement cette contradiction. Si des militaires libanais demandaient réellement à Israël de rester, cela conforterait la position israélienne. Le démenti du commandement vise donc aussi à empêcher cette affirmation de devenir un argument politique en faveur du maintien des positions israéliennes.

L’armée invoque le soutien international

Le communiqué du 2 septembre insiste également sur la confiance dont bénéficierait l’armée auprès des pays arabes et étrangers qui la soutiennent.

Le commandement affirme que les États amis continuent d’apporter leur assistance parce qu’ils considèrent son rôle comme essentiel, particulièrement dans les circonstances exceptionnelles traversées par le Liban.

Ce passage n’est pas anodin. Les forces armées dépendent largement de l’aide extérieure pour une partie de leurs équipements, de leur formation et de leurs capacités opérationnelles. Les États-Unis figurent parmi leurs principaux soutiens internationaux.

Or l’information diffusée par Kan est précisément attribuée à un haut responsable américain.

En rappelant la confiance de ses partenaires internationaux, le commandement libanais oppose donc implicitement aux propos anonymes attribués à un responsable américain la réalité de la coopération institutionnelle entre l’armée et ses partenaires.

Une bataille autour de la crédibilité de l’institution

La polémique dépasse ainsi les mouvements militaires dans le Sud. Elle concerne la crédibilité de l’armée au moment où celle-ci doit devenir l’acteur central du contrôle de la frontière.

Pour que le mécanisme fonctionne, l’armée doit être considérée comme capable d’appliquer les décisions de l’État libanais indépendamment du Hezbollah, d’Israël ou de toute autre puissance.

Toute information laissant entendre que certains officiers suivraient une autre ligne affaiblit cette position.

C’est pourquoi le commandement affirme que les campagnes de désinformation, « quelle que soit la partie qui se tient derrière elles », ne modifieront ni la cohésion de l’institution ni sa capacité à remplir ses missions.

L’armée appelle également les responsables politiques, médias et citoyens à ne pas relayer les rumeurs et à se référer aux sources militaires officielles pour les informations concernant l’institution et son commandement.

Une armée prise entre plusieurs pressions

La situation reste néanmoins particulièrement complexe pour les forces libanaises. Elles doivent reprendre progressivement le contrôle de secteurs profondément endommagés, gérer les restes explosifs de guerre et empêcher une reprise des combats.

Elles doivent simultanément répondre aux attentes internationales concernant le monopole de l’État sur les armes et la sécurité du Liban-Sud.

Israël exige des résultats contre les capacités militaires du Hezbollah. Les autorités libanaises exigent le retrait israélien. Les partenaires internationaux veulent éviter une nouvelle guerre. Les habitants souhaitent pouvoir revenir dans leurs villages sans craindre de nouvelles opérations.

Ces demandes ne sont pas toujours compatibles dans leur calendrier.

Une évacuation israélienne trop lente est considérée comme une occupation par le Liban. Un retrait rapide sans déploiement libanais suffisant est présenté par Israël comme un risque de retour du Hezbollah. L’armée se retrouve donc au centre d’un processus dont chaque retard peut être utilisé par l’un ou l’autre camp.

Les rumeurs touchent le maillon essentiel du dispositif

C’est dans ce contexte que la campagne dénoncée mercredi prend sa véritable portée.

Si la population libanaise commence à douter de la loyauté de certains officiers, l’armée perd une partie de l’autorité dont elle a besoin pour se déployer. Si Israël affirme que l’armée ne peut empêcher le retour du Hezbollah, il dispose d’un argument supplémentaire pour maintenir ses positions. Si des responsables étrangers doutent de la cohésion du commandement, l’aide internationale peut elle-même devenir plus politique.

Le commandement cherche donc à fermer rapidement cette brèche.

Il affirme que les militaires restent soumis à leurs directives, que leurs missions sont exclusivement déterminées par leur responsabilité envers le Liban et que les campagnes visant l’institution ne modifieront pas leur action.

L’information diffusée par Kan reste, pour sa part, fondée sur une source américaine anonyme. Aucun officier libanais n’a publiquement déclaré souhaiter le maintien de l’armée israélienne dans le pays.

La question immédiate se jouera désormais sur le terrain. Les prochains retraits israéliens prévus dans les zones pilotes, suivis du déploiement effectif de l’armée libanaise, permettront de mesurer si le mécanisme progresse réellement. C’est également sur ce terrain que se vérifiera la capacité de l’institution militaire à reprendre le contrôle des secteurs évacués sans laisser s’installer le vide sécuritaire invoqué par Israël pour justifier le maintien de ses forces.

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