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17,5 % d’inflation et 6,4 % de récession : le paradoxe libanais
La Banque mondiale prévoit désormais pour le Liban une inflation moyenne de 17,5 % en 2026 et une contraction du produit intérieur brut réel de 6,4 %. Les deux chiffres doivent être lus ensemble. Ils décrivent une économie qui ne surchauffe pas mais qui s’appauvrit tout en devenant plus chère. Après une croissance estimée à 4,2 % en 2025, la reprise fragile a été interrompue par la nouvelle phase de guerre de 2026. Selon la Banque mondiale, le conflit retrancherait 10,4 points de croissance au scénario qui aurait prévalu en son absence.
La Banque mondiale attribue explicitement la remontée de l’inflation aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, à la hausse des coûts de transport maritime et à l’augmentation des prix pétroliers. Elle souligne simultanément que le taux de change est demeuré stable, soutenu par une politique plus restrictive sur la liquidité en livres et par l’utilisation des réserves. Cette juxtaposition est essentielle : contrairement à la période 2019-2023, l’inflation de 2026 ne peut plus être expliquée principalement par l’effondrement de la livre.
Le chiffre de 17,5 % paraît d’autant plus spectaculaire que l’économie est devenue très largement dollarisée. De nombreux biens et services sont directement affichés ou implicitement calculés en dollars. Une part importante des salaires privés est payée en dollars frais. Les loyers, frais scolaires, honoraires, hôtels, restaurants et une grande partie du commerce ont retrouvé une unité de compte américaine. Dans une économie normalement dollarisée, la stabilisation durable du taux de change devrait progressivement rapprocher l’inflation locale de l’inflation internationale.
Ce n’est pas ce qui se produit. L’Administration centrale de la statistique a mesuré une inflation annuelle de 15,69 % en juillet 2026, après 17,25 % en juin et 19,04 % en mai. La prévision de la Banque mondiale prolonge donc une inflation déjà observée. La question est de comprendre pourquoi une économie dont la monnaie de fait est de plus en plus le dollar continue d’enregistrer une inflation aussi élevée.
Une dollarisation qui a stabilisé la monnaie sans normaliser l’économie
La dollarisation réduit fortement le canal du taux de change. Lorsque la livre s’effondrait, chaque produit importé voyait son prix en livres exploser même lorsque son prix en dollars restait stable. La stabilisation du change a neutralisé l’essentiel de ce mécanisme. La persistance d’une inflation à deux chiffres indique donc que sa source s’est déplacée : le Liban est passé d’une inflation principalement monétaire et cambiaire à une inflation de coûts, de prix relatifs, de fiscalité, de financement et de dysfonctionnements structurels.
Avant la nouvelle guerre, la Banque mondiale prévoyait encore une inflation à un chiffre en 2026. Ce contrefactuel est précieux. Même sans le choc militaire, le Liban aurait vraisemblablement conservé une inflation supérieure à celle d’une économie dollarisée fonctionnant normalement. Une prime d’inflation propre au pays existait donc déjà.
Le Panama ou l’Équateur montrent qu’utiliser le dollar n’implique nullement une inflation à deux chiffres. La monnaie peut être identique tandis que le coût du crédit, la fiscalité, l’énergie, les infrastructures, la concurrence et le risque politique diffèrent radicalement. Le Liban s’est dollarisé sans restructurer complètement ses banques, sans rétablir un marché du crédit normal, sans restructurer sa dette souveraine et sans achever la normalisation des services publics. La monnaie s’est stabilisée plus vite que l’économie.
Ce que dit le panier de l’IPC
Les pondérations de l’indice des prix permettent une première décomposition comptable. L’alimentation et les boissons non alcoolisées représentent environ 20 % du panier et augmentaient de 14,49 % sur un an en juillet. Leur contribution approximative est donc de 2,90 points. Le logement occupé par son propriétaire, pondéré à 13,6 %, progressait de 8,87 %, soit environ 1,21 point.
Le transport représente 13,1 % du panier et augmentait de 27,61 %, soit environ 3,62 points. L’eau, l’électricité, le gaz et les autres combustibles pèsent 11,8 % et progressaient de 20,76 %, soit environ 2,45 points. L’éducation, pondérée à 6,6 %, bondissait de 35,72 %, soit 2,36 points.
Ces cinq postes représentent à eux seuls près de 12,5 points sur les 15,69 points d’inflation observés. Transport, énergie et alimentation sont particulièrement sensibles au pétrole, au fret et aux perturbations de guerre. L’éducation et le logement révèlent davantage des mécanismes internes : salaires, loyers, coûts fixes, rattrapage tarifaire et réajustement en dollars.
La guerre : choc majeur mais explication incomplète
Le meilleur moyen d’évaluer l’effet du conflit consiste à comparer les scénarios avant et après son aggravation. Avant le choc, l’inflation devait repasser sous 10 %. Elle est désormais attendue à 17,5 %. Sans prétendre que toute la différence est causalement imputable à la guerre, plusieurs points supplémentaires sont manifestement associés au conflit et à ses conséquences.
Il ne faut pas additionner naïvement guerre, pétrole et fret. Le pétrole, l’assurance maritime, les détours logistiques, les ruptures et les stocks de précaution sont précisément les canaux par lesquels la guerre se transmet aux prix. Il faut raisonner en trois blocs : inflation internationale normale ; surinflation structurelle libanaise ; supplément de guerre.
L’énergie, premier multiplicateur
Le Liban est particulièrement vulnérable aux prix énergétiques parce que l’énergie intervient plusieurs fois dans la chaîne de valeur. Une hausse du pétrole augmente l’essence mais aussi le transport routier, les livraisons, l’agriculture, les chantiers et la distribution. Le diesel alimente les générateurs privés qui complètent encore massivement l’électricité publique. Il entre donc dans le coût d’un supermarché, d’un restaurant, d’un hôtel, d’un hôpital, d’un entrepôt frigorifique, d’une usine et d’un immeuble résidentiel.
Le transport et le poste eau-électricité-gaz-combustibles représentent ensemble plus de six points de contribution comptable à l’inflation de juillet. Il serait faux d’attribuer ces six points au seul pétrole, car ils incorporent taxes, tarifs et marges. Mais ils montrent pourquoi une contribution directe et indirecte de plusieurs points est plausible.
Fret, assurances et stocks
Pour un pays fortement importateur, le prix départ usine n’est qu’une partie du prix rendu au Liban. Il faut ajouter fret, assurance, frais portuaires, financement pendant le transport, stockage et distribution. La guerre augmente le coût du risque et peut pousser les importateurs à conserver davantage de stocks. Le stock supplémentaire immobilise du capital et doit être financé.
En période d’incertitude apparaît aussi le pricing au coût de remplacement. Un commerçant peut intégrer le coût anticipé de son prochain approvisionnement au prix d’un produit déjà en rayon. Si le prochain conteneur risque d’être plus cher, la hausse apparaît avant même son arrivée. Ce comportement est rationnel individuellement mais inflationniste collectivement.
La crise bancaire : une taxe invisible
Le facteur structurel probablement le plus sous-estimé est la crise bancaire elle-même. La dollarisation a stabilisé l’unité de compte, mais elle n’a pas restauré le système de crédit.
Dans une économie normalement bancarisée, un importateur finance son besoin en fonds de roulement, obtient une lettre de crédit et dispose de lignes commerciales. Au Liban, les conditions sont beaucoup plus lourdes. La couverture en cash peut être très élevée et les correspondants étrangers intègrent une prime de risque pays. Une entreprise peut devoir immobiliser ses propres dollars longtemps avant que la marchandise soit vendue.
Ce coût ne figure pas dans l’IPC sous une ligne « crise bancaire ». Il est incorporé au prix de revient. Trois mois de financement bancaire à 5 % annuel représentent environ 1,25 % du montant financé. Quatre mois de fonds propres auxquels une entreprise attribue un coût d’opportunité de 15 % représentent environ 5 %. Cet exemple n’est pas une estimation du coût moyen libanais ; il montre pourquoi l’absence de crédit normal peut renchérir un produit même lorsque son prix international est stable.
Le retard de la restructuration rend ce phénomène structurel. Une banque qui ne prête pas normalement ne finance ni stocks, ni équipements, ni investissements. Les entreprises utilisent davantage leurs fonds propres, recherchent des marges supérieures et absorbent moins facilement les chocs. La crise bancaire agit comme multiplicateur : elle ne provoque pas le pétrole cher ou le fret cher, mais elle augmente leur transmission.
Le problème était visible avant 2019
Les documents du FMI relatifs à 2015 et 2016 montrent que la fragilisation était déjà visible. Les réserves brutes de la BDL avaient reculé de 10,1 % entre leur pic de mai 2015 et mai 2016. Face au ralentissement des entrées de capitaux, la Banque centrale a lancé en 2016 les opérations d’ingénierie financière qui ont remonté les réserves brutes.
Mais cette amélioration avait une contrepartie. Le FMI indiquait explicitement que l’opération avait fortement réduit la liquidité en devises détenue à l’étranger par les banques et augmenté les engagements en devises de la BDL.
La liquidité extérieure des banques était passée d’un pic d’environ 18 milliards de dollars en juin 2011 à 10,4 milliards en mai 2016, puis à moins de 8,5 milliards fin août 2016. Le FMI soulignait que cette évolution augmentait leur dépendance à la BDL pour leur liquidité en devises.
Les ingénieries financières ont donc amélioré le chiffre des réserves brutes de la Banque centrale tout en dégradant la liquidité autonome du système bancaire. Une partie du coussin apparaissant à la BDL correspondait à des dollars transférés par les banques.
Réserves brutes et réserves nettes
Une réserve brute est un actif. Elle ne dit pas qui possède économiquement cet actif ni quels engagements lui font face. Si une banque transfère un milliard de dollars à la BDL, la Banque centrale enregistre un actif supplémentaire et simultanément une dette envers la banque. Regarder seulement les actifs donne l’impression que les réserves augmentent ; consolider les bilans montre qu’aucun nouvel actif extérieur n’a nécessairement été créé pour le pays.
La question des réserves nettes est donc plus importante que celle des réserves brutes pour analyser la solvabilité et la liquidité du système. La thèse selon laquelle la position monétaire nette de la BDL était déjà négative autour de 2015 doit être établie à partir d’une définition précise et de séries homogènes. Elle est néanmoins cohérente avec le diagnostic du FMI sur la contraction des actifs extérieurs nets et la dépendance croissante du système aux dépôts.
Il faut éviter l’image d’un coffre de réserves obligatoires intactes. Une créance comptable des banques sur la BDL n’implique pas qu’un montant identique de dollars liquides soit encore disponible en face.
Démonstration comptable : les réserves nettes étaient déjà négatives en 2015
Le point le plus important peut désormais être établi sans conditionnel. Le tableau de situation financière ajustée publié à partir de l’audit Alvarez & Marsal évalue les réserves nettes en devises de la Banque du Liban à -5,5 milliards de dollars dès la fin de 2015. Elles passent à -14,7 milliards en 2016, -25,3 milliards en 2017, -35 milliards en 2018, -59,7 milliards en 2019 et -71,8 milliards en 2020.
La différence entre réserves brutes et réserves nettes est ici décisive. En 2015, la BDL possède encore 35,8 milliards de dollars de réserves en devises selon les chiffres ajustés, mais ses engagements en devises atteignent déjà 41,3 milliards. Le stock brut est positif ; la position nette est négative.
Les engagements envers les banques expliquent l’essentiel du déséquilibre. Les dépôts bancaires en dollars à la BDL atteignent 40,3 milliards en 2015, 53 milliards en 2016 puis 83,7 milliards en 2019. La Banque centrale conserve donc des actifs extérieurs visibles, mais ceux-ci ont pour contrepartie des dettes en dollars beaucoup plus importantes.
Cette démonstration corrige une lecture qui a longtemps dominé le débat public : le Liban ne disposait pas en 2015 d’un coussin net équivalent aux réserves brutes affichées. Le système possédait déjà davantage de créances en dollars sur la BDL que de réserves en devises mobilisables en face.
Tableau — Situation ajustée de la BDL selon l’audit Alvarez & Marsal
| Année | Réserves FX | Engagements FX | Réserves nettes | Dépôts bancaires USD à la BDL | Fonds propres ajustés |
| 2015 | 35.8 | 41.3 | -5.5 | 40.3 | -15.0 |
| 2016 | 39.4 | 54.1 | -14.7 | 53.0 | -23.9 |
| 2017 | 38.6 | 63.9 | -25.3 | 62.8 | -25.9 |
| 2018 | 33.1 | 68.1 | -35.0 | 67.1 | -33.4 |
| 2019 | 24.9 | 84.6 | -59.7 | 83.7 | -39.0 |
| 2020 | 18.4 | 90.2 | -71.8 | 89.4 | -51.3 |
Montants en milliards de dollars. Les données sont les chiffres ajustés reproduits dans l’analyse de Toufic Gaspard sur la base du rapport Alvarez & Marsal.
Source : tableau ajusté issu de l’audit Alvarez & Marsal ; graphique Libnanews.
Les ingénieries financières ont déplacé la liquidité au lieu de la créer
Les documents du FMI montrent que les ingénieries financières de 2016 ont remonté les réserves brutes de la BDL, mais au prix d’une baisse de la liquidité extérieure autonome des banques et d’une hausse des engagements en devises de la Banque centrale.
La liquidité extérieure des banques était passée d’environ 18 milliards de dollars en juin 2011 à 10,4 milliards en mai 2016, puis à moins de 8,5 milliards à la fin août 2016. En 2017, le FMI constatait en outre que la plupart des banques ne respectaient pas le ratio de liquidité en devises de 100 % lorsque les dépôts à long terme auprès de la BDL étaient exclus des actifs liquides de haute qualité.
Le FMI expliquait que les placements auprès de l’État et de la BDL manquaient de liquidité sur les marchés privés. En 2019, il relevait que les opérations menées depuis l’automne 2017 avaient attiré plus de 24 milliards de dollars provenant des banques vers la BDL en février 2019, tout en resserrant les conditions monétaires et en réduisant le crédit privé.
Il ne s’agissait donc pas d’une création de dollars pour le système consolidé. Les banques remettaient des devises à la BDL et recevaient en contrepartie des créances fortement rémunérées. Le bilan individuel de la Banque centrale paraissait renforcé en brut ; la liquidité extérieure libre du secteur bancaire diminuait.
Avril 2026 : trois définitions des réserves conduisent à trois diagnostics
En avril 2026, la BDL publie 54.26 milliards de dollars d’actifs extérieurs en incluant l’or. L’or représente à lui seul 42.71 milliards. Les actifs liquides en devises hors or ne sont plus que de 11.38 milliards, et la position liquide nette des engagements extérieurs directs de la BDL ressort à environ 9.53 milliards.
Les banques déclarent parallèlement environ 75.98 milliards de dollars de dépôts auprès de la Banque centrale. La série du passif de la BDL donne un périmètre légèrement différent, à 78.89 milliards. Dans les deux cas, les créances bancaires dépassent très largement les actifs liquides hors or.
Si 90 % des dépôts bancaires auprès de la BDL sont considérés comme des engagements en devises, une position nette large ressort autour de -58.84 milliards. Avec une hypothèse de 100 %, elle atteint -66.44 milliards. Ce ne sont pas des chiffres officiels : ce sont des tests de sensibilité montrant à quel point la conclusion dépend du traitement des passifs bancaires.
L’or ne peut pas être simplement additionné aux devises disponibles pour conclure que la BDL est liquide. Il constitue un actif patrimonial majeur, mais sa mobilisation dépend de contraintes juridiques et politiques. Les dépôts des banques sont, eux, des engagements exigibles ou restructurables du système.
Tableau — Couches successives du bilan extérieur de la BDL, avril 2026
| Agrégat | Md USD | Interprétation |
| Actifs extérieurs avec or | 54.26 | Stock brut maximal |
| Or | 42.71 | Actif patrimonial, non assimilable au cash |
| Actifs liquides FX hors or | 11.38 | Devises et titres liquides publiés |
| Moins : engagements extérieurs directs | 1.84 | Passifs envers l’extérieur |
| FX liquides nets des engagements extérieurs | 9.53 | Mesure étroite |
| Dépôts des banques à la BDL | 75.98 | Créance comptable des banques |
| Position large si 90 % des dépôts sont FX | -58.84 | Test de sensibilité |
| Position large si 100 % des dépôts sont FX | -66.44 | Test maxima |
Sources : Banque du Liban, avril 2026 ; calculs Libnanews.
Les réserves obligatoires ne sont pas un coffre séparé
Le ratio réglementaire de 14 % fournit un autre test de cohérence. Appliqué, à titre de proxy, aux 84.51 milliards de dollars de dépôts clients en devises recensés dans les banques en avril, il représenterait 11.83 milliards.
Ce montant est déjà supérieur de 0.46 milliard aux actifs liquides en devises hors or publiés par la BDL. Après déduction des engagements extérieurs directs, l’écart atteint environ 2.30 milliards.
Ce calcul n’est pas une estimation réglementaire officielle : la base exacte exclut certains comptes frais et comporte des exemptions. Il démontre toutefois que l’expression « réserves obligatoires » ne peut pas être comprise comme la preuve qu’une enveloppe intacte de dollars équivalente à 14 % de tous les dépôts existe encore en dehors du bilan général de la BDL.
Tableau — Test de cohérence du ratio de 14 %, avril 2026
| Élément | Md USD | Lecture |
| Dépôts clients en devises | 84.51 | Résidents + non-résidents |
| 14 % appliqués comme proxy | 11.83 | Base indicative, non réglementaire exacte |
| Actifs FX liquides hors or de la BDL | 11.38 | Écart : -0.46 |
| Actifs FX liquides nets des dettes extérieures | 9.53 | Écart : -2.30 |
La liquidité propre des banques est devenue extraordinairement mince
Le bilan agrégé d’avril 2026 fait apparaître 0.83 milliard de dollars de liquidités et dépôts auprès d’autres banques centrales non résidentes, et 5.55 milliards de créances sur le secteur financier non résident. La liquidité extérieure étroite brute atteint donc 6.38 milliards.
Après déduction de 2.25 milliards d’engagements envers le secteur financier non résident, la liquidité étroite nette tombe à 4.13 milliards, soit seulement 4.89 % des dépôts clients en devises.
Un plancher indicatif de 3 % représente déjà 2.54 milliards. Le résidu n’est plus que de 1.59 milliard avant les fresh deposits, les besoins opérationnels, les actifs grevés et les engagements hors bilan.
Par contraste, les dépôts des banques auprès de la BDL atteignent environ 75.98 milliards, soit 89.90 % des dépôts clients en devises. Le cœur du bilan bancaire demeure donc une créance domestique sur la Banque centrale, non une liquidité extérieure autonome.
Ces chiffres agrégés sont compatibles avec l’idée que plusieurs grandes banques ont épuisé leur liquidité libre au début de 2026. Ils ne permettent cependant pas d’affirmer que toutes les banques Alpha sont individuellement à zéro : une démonstration banque par banque exigerait les fresh deposits, les actifs grevés, les engagements hors bilan et le coussin opérationnel de chaque établissement.
Tableau — Échelle de liquidité des banques commerciales, avril 2026
| Indicateur | Md USD | % des dépôts FX | Lecture |
| Dépôts clients en devises | 84.51 | 100,00 % | Base de comparaison |
| Liquidité extérieure étroite brute | 6.38 | 7.55 % | Cash autres BC + créances financières NR |
| Liquidité extérieure étroite nette | 4.13 | 4.89 % | Après passifs financiers NR |
| Plancher indicatif de 3 % | 2.54 | 3,00 % | Seuil prudentiel utilisé comme proxy |
| Résidu après le plancher | 1.59 | 1.89 % | Avant fresh deposits et besoins opérationnels |
| Dépôts auprès de la BDL | 75.98 | 89.90 % | Créance domestique, non liquidité autonome |
| Position extérieure large nette | -12.82 | -15.17 % | Inclut les dépôts clients non résidents au passif |
Figure — Liquidité extérieure autonome et dépôts auprès de la BDL
Source : bilan consolidé des banques commerciales, avril 2026 ; calculs Libnanews.
Les lettres de crédit se sont pratiquement effondrées
En 2016, les crédits documentaires ouverts pour financer les importations représentaient environ 5.72 milliards de dollars. Les crédits utilisés atteignaient 5.31 milliards et le stock en cours à la fin de l’année 1.35 milliard.
Entre janvier et avril 2026, les ouvertures ne représentent plus que 16.14 millions de dollars. Même annualisé mécaniquement, le flux n’atteindrait que 48.42 millions. Le recul par rapport à 2016 est de 99.15 %.
Les crédits utilisés annualisés reculent de 98.67 %, et le stock de crédits en cours, à 63.58 millions en avril 2026, est inférieur de 95.30 % à celui de fin 2016.
Ce résultat est l’un des indicateurs les plus directs de la disparition du financement bancaire traditionnel du commerce extérieur. Les importations n’ont pas disparu ; leur financement s’est déplacé vers le cash, les fonds propres, des garanties externes ou des circuits non bancaires. Le coût du capital correspondant est incorporé aux prix.
Tableau — Crédits documentaires d’importation : 2016 contre 2026
| Indicateur | 2016 | 2026 | Recul |
| Crédits ouverts | 5717.4 M USD | 48.4 M USD annualisés | -99.15 % |
| Crédits utilisés | 5314.4 M USD | 70.5 M USD annualisés | -98.67 % |
| Crédits en cours | 1352.6 M USD | 63.6 M USD en avril | -95.30 % |
Sources : Banque du Liban, Quarterly Bulletin 2017-Q1 et séries mensuelles d’avril 2026 ; calculs Libnanews.
Circulaires 158 et 166 : le provisoire devenu système
Cette distinction est cruciale pour comprendre les circulaires 158 et 166. La Banque du Liban indique que ces mécanismes distribuent désormais plus de 2,5 milliards de dollars cash par an aux déposants. À fin mars 2026, 6,109 milliards de dollars avaient été versés depuis leur lancement. La BDL en avait fourni 4,183 milliards, soit 68,46 %, contre 1,926 milliard pour les banques commerciales.
Le mois de mars est encore plus révélateur. Sur 240,4 millions de dollars distribués, les banques n’en ont fourni que 28,36 millions, soit 11,8 %. La BDL assumait environ 88,2 % du flux. La Banque centrale présente officiellement ces décaissements comme financés notamment par les placements obligatoires en devises des banques auprès d’elle.
Comptablement, cette explication renvoie à une dette de la BDL envers les banques. Économiquement, elle ne démontre pas qu’un stock équivalent de devises a été conservé intact. C’est précisément la distinction entre une créance sur la Banque centrale et une liquidité extérieure réellement mobilisable.
La circulaire 158, introduite comme mécanisme exceptionnel de restitution progressive des dépôts, a été modifiée à de nombreuses reprises. Le provisoire est devenu l’une des principales architectures de gestion de la crise. Cela ne remet pas en cause le droit des déposants à récupérer leurs fonds : les dollars distribués correspondent à leurs créances. Mais le mécanisme montre que la résolution définitive des pertes n’a toujours pas eu lieu.
Les banques ont-elles épuisé leur liquidité mobilisable ?
La chute de la contribution des banques pose une question centrale. Si elles ne fournissent plus que 11,8 % des décaissements mensuels en mars 2026, faut-il y voir seulement l’effet des règles de répartition ou le signe que leur liquidité extérieure réellement mobilisable est devenue insuffisante ?
Les données historiques rendent cette seconde hypothèse plausible. Dès 2016, le FMI constatait que la liquidité extérieure des banques avait fortement diminué. Après 2019, les établissements ont dû faire face aux retraits, à la contraction de leur activité et aux contraintes des circulaires.
L’hypothèse selon laquelle la liquidité propre disponible pour les retraits aurait atteint une limite au début de 2026 doit cependant être présentée comme le résultat d’un calcul de bilan, non comme une donnée officielle tant que toutes les séries ne sont pas rapprochées. Le chiffre de 11,8 % constitue néanmoins un signal fort : le financement marginal des remboursements repose désormais très majoritairement sur la BDL.
Cela conduit à une question fondamentale. Si les réserves obligatoires ont été économiquement consommées au fil des années et si les banques ne disposent plus d’une liquidité extérieure suffisante, quelle est la source économique des dollars distribués aujourd’hui ? Il faut examiner la variation des actifs liquides de la BDL, ses achats de devises sur le marché, ses revenus, ses autres actifs et les mouvements de son bilan. Une simple référence aux réserves obligatoires ne répond pas à cette question.
Les taxes : justification salariale officielle et contrainte financière réelle
En février 2026, le gouvernement a annoncé une taxe de 300 000 livres par bidon de vingt litres d’essence et une augmentation d’un point de TVA, de 11 à 12 %, dans le cadre du financement des augmentations de salaires et pensions du secteur public. C’est la justification officielle et elle doit être rapportée comme telle.
Mais une analyse macroéconomique ne peut s’arrêter à l’affectation politique annoncée. Le budget, la restructuration bancaire, la restitution des dépôts et la politique monétaire sont liés par une même contrainte de ressources.
Il serait excessif d’écrire que la TVA est juridiquement affectée à la circulaire 158. Les circuits comptables sont distincts. En revanche, au niveau consolidé, l’État, la BDL et les banques appartiennent à une architecture financière dont les contraintes se transmettent. Un État exclu des marchés et qui veut éviter le financement monétaire est poussé vers la fiscalité. Une BDL qui veut défendre le change tout en finançant des retraits massifs doit préserver ou acquérir des devises. Un secteur bancaire non restructuré ne fournit plus normalement le crédit.
Le contribuable peut donc payer plusieurs fois la même crise : comme déposant dont l’épargne reste bloquée ; comme client d’entreprises qui répercutent le coût du financement ; comme contribuable lorsque l’État augmente les prélèvements ; et comme consommateur lorsque ces prélèvements se retrouvent dans les prix.
Cette lecture permet aussi de nuancer l’affirmation selon laquelle les nouvelles taxes financeraient simplement les augmentations de salaire. Dans une comptabilité budgétaire étroite, elles augmentent effectivement les ressources de l’État et peuvent financer les dépenses nouvelles. Dans une lecture consolidée, elles contribuent surtout à maintenir l’équilibre d’un secteur public qui ne peut plus recourir aux mêmes modes de financement qu’avant 2019, tandis que la BDL consacre simultanément des montants considérables en devises aux mécanismes de retrait.
La question n’est donc pas de rechercher un virement direct entre la TVA et la circulaire 158. Il faut observer l’allocation globale des ressources rares. Si l’État augmente les prélèvements afin d’éviter un déficit monétisé, tandis que la BDL utilise sa capacité en devises pour soutenir les retraits et le change, les deux politiques appartiennent à la même contrainte macroéconomique.
Fiscalité indirecte : une couche supplémentaire d’inflation
Une hausse de TVA agit directement sur le prix TTC lorsqu’elle est répercutée. Une taxe sur l’essence possède un effet direct à la pompe et un effet indirect via le transport. Les droits de douane, redevances administratives et tarifs publics produisent des mécanismes similaires.
L’effet est cumulatif. Un produit importé peut subir une hausse de fret, puis un coût de financement supérieur, puis un droit ou une taxe, puis une hausse du transport local. La marge commerciale s’applique sur une base déjà renchérie et la TVA intervient ensuite. Des hausses relativement limitées à chaque étape peuvent produire une augmentation finale beaucoup plus visible.
La fiscalité ne peut probablement pas expliquer seule plusieurs points des 17,5 %, mais une contribution de l’ordre d’un point, éventuellement davantage selon la mise en œuvre effective des mesures et leur transmission, constitue un ordre de grandeur à tester. Surtout, elle intervient dans une chaîne déjà inflationniste.
Ce que les nouvelles taxes peuvent réellement ajouter à l’IPC
Le passage de la TVA de 11 à 12 % ne renchérit pas mécaniquement le prix final de 1 %. Pour un bien déjà taxé et dont le prix hors taxe ne change pas, le passage de 1,11 à 1,12 représente une hausse de 0,90 % du prix TTC.
Si 60 à 75 % du panier subit effectivement cette hausse et si la transmission est complète, l’effet direct sur l’IPC se situerait autour de 0.54 à 0.68 point. Les effets indirects via les coûts des entreprises et les marges peuvent s’ajouter, mais le canal fiscal direct reste vraisemblablement inférieur à un point.
Le gouvernement estime que le point supplémentaire de TVA rapporterait environ 207.7 millions de dollars par an, soit seulement 26.0 % du coût annoncé de 800 millions pour les augmentations salariales. La justification officielle par les salaires n’épuise donc pas la question du financement.
Le contraste avec les circulaires est frappant : leur rythme annuel dépasse 2.5 milliards de dollars, soit au moins 12.0 fois le rendement attendu du point de TVA. Les seuls paiements de mars, 240.4 millions, dépassent déjà l’estimation annuelle de la recette supplémentaire de TVA.
Ces comparaisons ne prouvent pas que la TVA finance juridiquement la circulaire 158. Elles montrent l’échelle de la contrainte consolidée : l’État prélève davantage sur la consommation pour limiter son déficit, tandis que la BDL mobilise des devises d’un ordre de grandeur très supérieur pour maintenir les retraits et la stabilité monétaire.
Tableau — Mesures fiscales et ordre de grandeur macroéconomique
| Calcul | Résultat | Interprétation |
| Effet TTC de la TVA 11 % → 12 % | 0.90 % | Effet sur un bien déjà taxé |
| Effet direct possible sur l’IPC | 0.54–0.68 pt | Hypothèse 60–75 % de couverture/pass-through |
| Recette annuelle supplémentaire de TVA | 207.7 M USD | Estimation gouvernementale rapportée |
| Coût annoncé des hausses salariales | 800 M USD | La TVA n’en couvre qu’environ 26 % |
| Circulaires 158/166, rythme annuel | > 2.5 Md USD | > 12.0 fois la recette TVA |
| Paiements des circulaires en mars | 240.4 M USD | Supérieurs à la recette TVA annuelle estimée |
Ces calculs distinguent strictement l’affectation budgétaire officielle et l’analyse consolidée État-BDL-banques.
Le déficit : distinguer le déficit de son financement
Un déficit public n’est pas mécaniquement inflationniste. Il le devient particulièrement lorsqu’il est financé par création monétaire ou lorsqu’il fragilise les anticipations de change.
La Banque mondiale souligne que les finances publiques sont restées relativement solides au premier semestre 2026 après un excédent global de 3,9 % du PIB en 2025, soutenu notamment par l’amélioration du recouvrement fiscal, des douanes et de la TVA. Mais elle prévoit une pression croissante au second semestre : besoins humanitaires et de reconstruction, rémunérations publiques et ralentissement des recettes.
La dette reste insoutenable et les négociations de restructuration n’ont toujours pas commencé. Le Liban se trouve donc dans une situation inhabituelle : l’État doit financer davantage de dépenses sans disposer d’un marché de dette normal et sans pouvoir revenir sans risque à la monétisation massive.
Si l’ajustement passe par davantage de taxes indirectes, l’effet inflationniste est fiscal. S’il passe par l’endettement intérieur, il peut évincer davantage le financement privé. S’il revenait à la création monétaire, le risque sur la livre et les prix serait beaucoup plus grave. Le déficit doit donc être analysé par son mode de financement, non comme une cause autonome.
Le repricing en dollars : l’inflation que la guerre n’explique pas
L’éducation à +35,72 % est l’un des indices les plus révélateurs. Une école libanaise n’importe pas 35 % d’inflation américaine. Elle réajuste ses frais en fonction des salaires, des loyers, de l’énergie, de ses investissements et de la nécessité de reconstruire une structure de coûts après plusieurs années d’effondrement.
Le même phénomène existe dans les loyers, la restauration, les loisirs et de nombreux services. Pendant la crise, certains revenus se sont effondrés en dollars, certains tarifs sont restés artificiellement faibles et certains salaires ont été partiellement redollarisés. La stabilisation du change n’a pas arrêté ce rattrapage.
La dollarisation fixe l’unité de compte ; elle ne fixe pas les prix relatifs. Si un salaire, un loyer ou un tarif avait chuté de 80 % en dollars puis récupère progressivement une partie de cette perte, l’IPC augmente sans aucune dépréciation de la livre.
C’est probablement l’une des principales raisons pour lesquelles l’inflation aurait encore été élevée même sans la guerre. La Banque mondiale anticipait d’ailleurs déjà avant le choc une persistance de l’inflation dans certains services domestiques, notamment le logement et l’éducation.
Marges et concurrence : le coefficient de transmission
Il faut enfin distinguer la hausse initiale d’un coût de la proportion de cette hausse transmise au consommateur. Dans un marché très concurrentiel, une entreprise peut absorber temporairement une partie du choc en réduisant sa marge. Dans un marché peu concurrentiel ou dans lequel tous les acteurs sont soumis simultanément aux mêmes contraintes, la transmission est plus rapide.
Le problème libanais n’est donc pas nécessairement une explosion autonome des profits dans chaque secteur. Il peut être un coefficient de pass-through particulièrement élevé. Pétrole, fret, banque et taxes sont répercutés rapidement parce que les entreprises ont peu de capacité financière pour les absorber.
La rareté du crédit accentue encore ce phénomène. Une entreprise qui ne dispose pas de ligne de trésorerie doit préserver sa liquidité. Elle peut moins facilement accepter plusieurs mois de marge réduite dans l’espoir que le choc soit temporaire.
Le consommateur devient alors l’absorbeur final d’une succession de primes de risque.
Une première décomposition des 17,5 %
Aucune institution ne publie une ventilation officielle de l’inflation libanaise selon ses causes. Il serait donc trompeur d’affirmer que 1,7 point vient exactement des banques ou 2,3 points exactement du fret. En revanche, les données permettent de construire des fourchettes.
Un premier bloc de l’ordre de 2,5 à 3,5 points peut être associé à l’inflation internationale et aux mouvements de prix qui auraient affecté une économie utilisant le dollar même sans crise libanaise.
Un deuxième bloc, potentiellement de 5 à 7 points, correspond à la prime structurelle libanaise : repricing des services, dysfonctionnement bancaire, coût du capital, fiscalité, tarifs administrés, inefficiences énergétiques et forte transmission des coûts.
Le troisième bloc, de l’ordre de 7 à 9 points dans un scénario contrefactuel, correspondrait au supplément lié directement ou indirectement à la guerre : pétrole, fret, assurances, perturbations, stocks et prime de risque. Les bornes se recouvrent parce que les mécanismes interagissent ; elles ne doivent pas être additionnées mécaniquement.
La conclusion robuste est moins précise mais plus importante : la guerre explique probablement une fraction proche de la moitié de l’inflation de 2026, mais elle n’explique pas pourquoi le Liban avait déjà une inflation anormalement élevée avant le choc.
Un scénario central révisé des 17,5 points
Les calculs précédents permettent de resserrer la décomposition sans prétendre atteindre l’identification économétrique. Le choc de guerre reste le principal bloc, car il regroupe énergie, fret, assurance, ruptures, stocks et prime de risque. La crise bancaire constitue un canal autonome : elle explique pourquoi le choc extérieur est transmis plus intégralement et pourquoi un produit peut devenir plus cher en dollars même si son prix mondial varie peu.
Le scénario central attribue 2,8 points au socle international ; 7,7 points au choc de guerre ; 2,6 points au repricing domestique ; 1,5 point au coût bancaire et financier ; 0,8 point à la fiscalité et aux prix administrés ; et 2,1 points aux marges, inefficiences énergétiques, structures de marché et interactions résiduelles.
La guerre expliquerait ainsi environ 44 % de l’inflation, le socle international 16 %, et les dysfonctionnements ou ajustements proprement libanais environ 40 %. Les décimales ne doivent pas être lues comme une mesure officielle : ce scénario sert à rendre compatibles les mécanismes identifiés avec le total de la Banque mondiale.
Tableau — Scénario central indicatif des 17,5 %
| Bloc | Points | Part | Canaux |
| Inflation internationale | 2,8 | 16,0 % | Prix mondiaux et monnaie d’ancrage |
| Guerre : énergie, fret, ruptures | 7,7 | 44,0 % | Pétrole, assurance, stocks, risque |
| Repricing domestique | 2,6 | 14,9 % | Écoles, loyers, services et salaires |
| Crise bancaire / financement | 1,5 | 8,6 % | LC, cash collateral, fonds de roulement |
| Fiscalité / prix administrés | 0,8 | 4,6 % | TVA, carburants, droits et tarifs |
| Marges et interactions | 2,1 | 12,0 % | Pass-through, générateurs, concurrence |
| Total | 17,5 | 100,0 % | Scénario analytique, non officiel |
Calculs Libnanews à partir du contrefactuel Banque mondiale, de l’IPC et des bilans financiers.
La prime d’inflation libanaise
Le concept le plus utile est peut-être celui de prime d’inflation libanaise. Il désigne l’écart entre ce que l’on attendrait d’une économie utilisant une monnaie stable et l’inflation effectivement observée.
Cette prime ne correspond pas à une seule taxe ou à un seul monopole. Elle additionne les coûts de l’électricité, le financement cash des importations, la paralysie du crédit, les risques de guerre, les assurances, les taxes, le rattrapage des services et la faible capacité d’absorption des entreprises.
Elle est en quelque sorte le prix quotidien de la non-normalisation de l’économie.
Le Liban a réussi à stabiliser le taux de change sans résoudre les pertes accumulées dans le système financier. Il a redollarisé les transactions sans redonner aux banques leur fonction d’intermédiation. Il a rétabli une partie des recettes publiques sans restructurer la dette. Il a restauré certains tarifs sans restaurer complètement les services correspondants.
La stabilisation monétaire a donc arrêté l’hémorragie la plus spectaculaire, mais elle n’a pas supprimé le coût économique de la crise.
La stagflation libanaise
La combinaison de -6,4 % de croissance et de 17,5 % d’inflation est plus préoccupante que chacun des deux chiffres pris séparément. Elle signifie que le pouvoir d’achat est comprimé au moment même où l’activité, l’investissement et les revenus sont fragilisés.
Une inflation de demande peut accompagner une économie dynamique. Ce n’est pas le cas ici. La destruction et les déplacements réduisent l’offre, le tourisme est affecté, l’investissement est retardé, le coût des importations augmente et les ménages subissent la hausse des prix.
C’est une stagflation de coûts et de contraintes d’offre.
Elle est difficile à combattre. Une politique monétaire restrictive peut stabiliser la livre mais ne réduit pas le coût du fret ou d’une lettre de crédit. Une hausse des taxes peut stabiliser le budget mais ajouter de l’inflation. Une hausse des salaires publics peut restaurer du pouvoir d’achat mais accroître les besoins de financement. Une distribution plus rapide des dépôts soutient les ménages mais augmente les besoins de liquidité en devises.
Chaque instrument déplace donc une partie du coût sans faire disparaître la perte économique sous-jacente.
Pourquoi la restructuration bancaire est aussi une politique anti-inflation
La restructuration bancaire est souvent présentée comme un dossier distinct de l’inflation. C’est une erreur. Restaurer des banques solvables et capables de prêter réduirait le coût du fonds de roulement, celui des lettres de crédit, le besoin d’immobiliser du cash et la prime de risque appliquée par les partenaires étrangers.
Un système bancaire fonctionnel permettrait aussi aux entreprises d’investir dans l’efficacité énergétique. Une société capable de financer des panneaux solaires, une meilleure réfrigération ou des équipements moins énergivores devient moins sensible au pétrole. Le crédit peut donc réduire indirectement la transmission des chocs énergétiques.
La restructuration permettrait également de distinguer enfin les établissements viables des établissements insolvables. Tant que cette séparation n’est pas achevée, l’ensemble du système reste marqué par l’incertitude. Cette incertitude a un prix : les déposants conservent davantage de cash, les entreprises préfèrent la liquidité, les correspondants étrangers demandent davantage de garanties et les banques prêtent peu.
Le coût inflationniste de la crise bancaire n’est donc pas seulement le coût d’une lettre de crédit. C’est le coût d’une économie entière obligée de fonctionner avec beaucoup plus de fonds propres et beaucoup moins d’intermédiation.
La restitution des dépôts ne crée pas la richesse qui a disparu
Les circulaires posent un autre problème conceptuel. Rendre un dollar à un déposant ne crée pas un dollar de richesse nouvelle : cela transforme une créance bancaire bloquée en liquidité utilisable.
Du point de vue du déposant, il s’agit d’une restitution. Du point de vue macroéconomique, cette transformation peut néanmoins modifier la demande. Un dollar bloqué dans un compte inaccessible ne finance pratiquement aucune consommation. Le même dollar retiré en espèces peut être dépensé.
Lorsque plus de 2,5 milliards de dollars par an sont ainsi remis en circulation, l’effet sur la demande n’est pas nécessairement négligeable dans une économie de taille réduite. Il faut toutefois éviter une conclusion abusive : les déposants ne sont pas responsables de l’inflation et le remboursement de leurs créances n’est pas une politique de relance comparable à une distribution budgétaire financée par création monétaire.
L’effet dépend de la source des dollars. Si la BDL utilise un actif extérieur existant, elle transforme la composition de son bilan et réduit potentiellement son coussin. Si elle achète des dollars sur le marché contre des livres, elle retire des devises du marché tout en injectant des livres avant leur stérilisation éventuelle. Si elle recycle des entrées nouvelles, l’effet est différent. C’est pourquoi l’analyse des circulaires doit être reliée au bilan de la BDL.
Le rôle des réserves dans la stabilité du change
La Banque mondiale souligne que la stabilité de la livre repose notamment sur l’utilisation des réserves et une liquidité en livres plus restrictive. Cette stabilité constitue un succès important par rapport à l’effondrement antérieur, mais elle a un coût d’opportunité.
Chaque dollar utilisé pour défendre la stabilité ou financer un retrait n’est pas disponible pour un autre usage. Cela ne signifie pas que la BDL devrait laisser la monnaie s’effondrer ou empêcher les retraits. Cela signifie que les ressources sont rares et que leur allocation doit être analysée explicitement.
La stabilité du change peut d’ailleurs masquer une inflation en dollars. C’est précisément ce qui se passe lorsque les prix locaux augmentent alors que la parité reste inchangée. Le consommateur payé en dollars perd alors du pouvoir d’achat sans aucune dépréciation de la monnaie qu’il utilise.
Ce phénomène est particulièrement important pour comprendre la situation sociale. Après 2019, une grande partie du débat sur le pouvoir d’achat se concentrait sur la livre. En 2026, un ménage payé en dollars peut lui aussi subir une baisse réelle de revenu si ses dépenses augmentent de 15 ou 17 %.
Les salaires : rattrapage nécessaire mais pas gratuit
La revalorisation des salaires publics répond à une réalité incontestable : l’effondrement monétaire avait détruit la valeur réelle des rémunérations. Un fonctionnaire ne peut durablement vivre avec un salaire dont la valeur en dollars a été divisée par plusieurs fois.
Mais le financement de ce rattrapage compte. Si les augmentations sont financées par des recettes nouvelles, elles déplacent du pouvoir d’achat du contribuable vers le salarié public. Si elles sont financées par création monétaire, elles risquent de réactiver l’inflation cambiaire. Si elles sont financées par dette, elles créent une charge future.
Le choix de la TVA et de la taxe sur l’essence traduit donc une volonté de financer les dépenses sans revenir à la monétisation. C’est plus prudent pour la monnaie, mais plus directement inflationniste à court terme pour le consommateur.
Il existe aussi un effet de second tour. Les hausses du secteur public peuvent devenir une référence pour les revendications salariales privées. Si les entreprises augmentent les salaires et répercutent ensuite le coût sur les prix, une boucle prix-salaires peut apparaître. Le risque reste toutefois différent de celui d’une économie en plein emploi : au Liban, la faiblesse de la demande et de l’activité limite partiellement ce mécanisme.
La reconstruction : nécessaire mais potentiellement inflationniste à court terme
La guerre crée également des besoins de reconstruction. À moyen terme, reconstruire les infrastructures et les logements augmente la capacité productive. À court terme, une reconstruction rapide peut accroître la demande de ciment, d’acier, de main-d’œuvre, de transport et d’équipements dans une économie dont les capacités sont déjà contraintes.
L’effet dépendra du financement extérieur. Une reconstruction financée par des dons ou des capitaux étrangers apporte des devises qui facilitent les importations nécessaires. Une reconstruction financée principalement par des ressources domestiques exercerait davantage de pression sur les prix et sur le crédit.
La Banque mondiale souligne que les besoins humanitaires et de reconstruction pèseront sur les finances publiques au second semestre. Il faudra donc surveiller non seulement le montant des dépenses mais leur composition, leur financement et leur calendrier.
Le risque d’une nouvelle pression sur le taux de change
L’inflation actuelle se développe avec un taux de change stable. Cette stabilité ne doit pas être considérée comme acquise définitivement. La Banque mondiale avertit qu’une diminution des entrées de devises ou une prolongation des chocs liés au conflit pourrait exercer une pression sur la parité.
Ce serait le scénario le plus dangereux. Les mécanismes de coûts décrits dans cet article se combineraient alors à nouveau avec le canal cambiaire. Une hausse du pétrole, du fret, des taxes et des coûts bancaires serait amplifiée par une dépréciation de la livre pour les prix encore libellés en monnaie locale.
Le maintien de la stabilité monétaire est donc indispensable, mais il ne suffit pas. Le Liban doit simultanément réduire la prime structurelle qui maintient l’inflation très au-dessus de celle du dollar.
Ce qui ferait réellement baisser l’inflation
La première condition est une réduction durable du risque militaire. Elle diminuerait le fret, les assurances, les stocks de précaution et une partie de la prime énergétique.
La deuxième est la restructuration effective du système bancaire. Il ne suffit pas d’adopter des textes : il faut reconnaître les pertes, recapitaliser les établissements viables, résoudre ceux qui ne le sont pas, protéger les déposants selon une hiérarchie cohérente et restaurer le crédit.
La troisième est une politique énergétique capable de réduire la dépendance au diesel et aux générateurs. Chaque kilowattheure produit à un coût plus stable diminue la sensibilité de l’économie au pétrole.
La quatrième est une politique fiscale plus prévisible. Les recettes publiques doivent être restaurées, mais l’accumulation de taxes indirectes sur les carburants, les importations et la consommation possède un coût inflationniste supérieur à celui de prélèvements mieux répartis sur les revenus, les rentes et les assiettes aujourd’hui insuffisamment taxées.
La cinquième est le rétablissement de la concurrence et de la transparence. Plus les marchés sont concurrentiels, plus les entreprises sont contraintes d’absorber une partie des chocs plutôt que de les transmettre intégralement.
Enfin, le Liban doit restaurer une statistique économique suffisamment détaillée pour mesurer ces mécanismes. Une inflation de 17,5 % ne peut être correctement combattue si l’on ne sait pas distinguer la part du pétrole, du fret, des taxes, du crédit et des services domestiques.
Une matrice indicative des contributions
Une décomposition prudente peut être construite autour de fourchettes. Elle ne doit pas être présentée comme une mesure officielle mais comme un scénario analytique.
L’inflation internationale sous-jacente et les prix importés hors choc spécifique au Liban pourraient représenter environ 2,5 à 3,5 points.
L’énergie et les effets de second tour liés au choc pétrolier pourraient représenter environ 2,5 à 4 points.
Le fret, les assurances, les ruptures d’approvisionnement et les stocks de précaution pourraient représenter environ 1,5 à 3 points, avec un chevauchement important avec le bloc énergétique et le conflit.
Le repricing domestique en dollars — éducation, loyers, services et salaires — pourrait représenter environ 2 à 3 points.
Le dysfonctionnement bancaire, les lettres de crédit, l’immobilisation du cash et le coût du capital pourraient représenter environ 1 à 2 points, éventuellement davantage dans certains secteurs très dépendants des importations.
La fiscalité, les redevances et les prix administrés pourraient contribuer autour de 0,7 à 1,5 point selon la transmission effective.
Le reste correspond aux marges, à la structure concurrentielle, aux interactions entre facteurs et aux catégories non isolées.
Ces fourchettes se recouvrent. Leur somme brute peut dépasser 17,5 % parce qu’un même choc peut appartenir à plusieurs chaînes causales. Le pétrole augmente le fret ; le fret plus cher augmente le besoin de financement ; le financement plus cher augmente le coût du stock ; une taxe peut ensuite s’appliquer sur ce prix plus élevé. Une véritable estimation économétrique devrait identifier les effets marginaux et éliminer ces doubles comptes.
Le résultat central n’en demeure pas moins robuste : l’inflation libanaise ne peut être attribuée entièrement à la guerre.
Le coût de la non-réforme
La guerre explique l’accélération de 2026. La non-réforme explique pourquoi cette accélération produit un niveau aussi élevé.
Dans une économie dotée d’un système bancaire fonctionnel, une entreprise touchée par une hausse temporaire du fret peut emprunter pour lisser le choc. Au Liban, elle immobilise son cash.
Dans une économie dotée d’un réseau électrique fiable, une hausse du pétrole affecte surtout les transports. Au Liban, elle affecte aussi la production privée d’électricité.
Dans une économie où l’État dispose d’un accès normal au financement, une dépense exceptionnelle peut être étalée. Au Liban, le gouvernement doit préserver un équilibre budgétaire fragile et recourt davantage aux taxes immédiates.
Dans une économie où les pertes bancaires ont été reconnues et réparties, les dépôts sont des dépôts et les banques prêtent. Au Liban, des circulaires exceptionnelles organisent encore la restitution graduelle des créances tandis que le crédit reste profondément affaibli.
Les 17,5 % constituent donc en partie le prix de la guerre et en partie le prix de six années et demie de retard dans la résolution de la crise.
Qui paie finalement ?
La question de l’inflation rejoint ainsi celle de la répartition des pertes.
Le déposant paie par l’indisponibilité de son épargne et par la décote implicite associée à des années d’attente. Le contribuable paie par les taxes nouvelles. Le consommateur paie les coûts de financement, d’énergie, de fret et de fiscalité incorporés aux prix. L’entreprise paie par l’absence de crédit et l’immobilisation de ses fonds propres. Le salarié paie lorsque les prix progressent plus vite que sa rémunération.
Les banques ont vu une partie de leur liquidité extérieure transférée vers la BDL bien avant 2019, puis ont subi l’effondrement du système qu’elles avaient contribué à financer. La BDL porte des engagements considérables et continue d’assumer la majorité des décaissements des circulaires. L’État porte une dette insoutenable et doit restaurer ses recettes.
Il n’existe pas de solution comptable permettant de faire disparaître cette perte. Toute stratégie consiste à décider comment elle sera répartie dans le temps et entre les acteurs.
L’inflation elle-même devient l’un de ces mécanismes de répartition. Elle réduit la valeur réelle des revenus et transfère une partie du coût vers ceux qui ne peuvent pas ajuster rapidement leurs salaires, leurs pensions ou leurs prix.
Pourquoi le chiffre de 17,5 % est finalement crédible
Pris isolément, 17,5 % paraissent extraordinaires pour une économie dollarisée. Une fois les mécanismes additionnés, le chiffre devient compréhensible.
Le Liban importe un choc énergétique et logistique lié à la guerre. Il le fait avec un système bancaire qui finance mal les importations. Les entreprises immobilisent davantage de cash. L’État augmente certains prélèvements. Les services domestiques poursuivent leur rattrapage en dollars. Les infrastructures énergétiques amplifient le pétrole. Les risques de rupture augmentent les stocks et les marges de précaution.
La dollarisation supprime le principal accélérateur de 2020-2023, mais elle ne supprime aucun de ces facteurs.
C’est pourquoi l’économie peut afficher un taux de change stable et une inflation très élevée. Le prix du dollar ne monte plus ; le prix des choses en dollars, lui, continue de monter.
Le Liban a stabilisé sa monnaie, pas son économie
Les 17,5 % d’inflation prévus par la Banque mondiale ne sont pas seulement un indicateur conjoncturel de la guerre. Ils constituent un diagnostic sur la structure économique du pays.
La guerre explique une part majeure de l’accélération : pétrole, fret, assurances, ruptures et destruction de capacités. Mais elle frappe une économie qui était déjà anormalement inflationniste malgré la stabilisation du change.
Le système bancaire n’a toujours pas retrouvé sa fonction de financement. Les liquidités extérieures avaient commencé à se contracter bien avant 2019 et les ingénieries financières de 2016 avaient déplacé davantage de devises des banques vers la BDL. Les circulaires 158 et 166 organisent encore une restitution progressive des dépôts, avec une contribution désormais très majoritaire de la Banque centrale. Les finances publiques doivent rester suffisamment strictes pour éviter une nouvelle monétisation, ce qui pousse l’État vers des recettes fiscales qui se répercutent en partie sur les prix.
Dans le même temps, les services domestiques reconstruisent leurs prix en dollars après l’effondrement des années précédentes. L’éducation, le logement, les restaurants et les loisirs montrent que l’inflation n’est pas uniquement importée.
Le paradoxe libanais peut donc être résumé simplement : le pays a réussi à stabiliser la monnaie sans avoir encore normalisé les mécanismes qui déterminent les prix.
La récession de 6,4 % rend ce constat plus grave encore. Il ne s’agit pas d’une économie en plein essor dont la demande ferait monter les prix. Il s’agit d’une économie qui se contracte alors que ses coûts augmentent. C’est une stagflation alimentée par la guerre, mais amplifiée par les séquelles d’une crise financière toujours non résolue.
La question centrale des prochains mois ne sera donc pas seulement de savoir si l’inflation retombe lorsque le pétrole ou le fret se détendent. Elle sera de savoir quelle part de la prime d’inflation libanaise subsiste après le choc.
Si l’inflation demeure très supérieure à celle des économies utilisant le dollar une fois la prime de guerre réduite, le diagnostic sera difficile à contourner : le problème ne se trouvera plus principalement à l’extérieur du Liban. Il se trouvera dans son système bancaire, son financement du commerce, son énergie, sa fiscalité, ses structures de marché et le retard accumulé dans la résolution de la crise depuis 2019.
Les 17,5 % ne seraient alors pas seulement le prix de la guerre. Ils seraient aussi le prix de la non-réforme.
Note méthodologique
Les contributions par catégorie citées dans cet article sont des approximations de premier ordre obtenues en multipliant la pondération du poste dans l’IPC par sa variation annuelle. Une décomposition exacte exigerait les indices élémentaires et la formule d’agrégation complète de l’ACS.
Les fourchettes par cause économique sont des estimations analytiques et non des données officielles. Elles servent à tester la cohérence des ordres de grandeur. Elles ne doivent pas être additionnées sans correction des interactions.
Le calcul agrégé d’avril 2026 montre une liquidité extérieure étroite nette d’environ 4.13 milliards de dollars, soit 4.89 % des dépôts clients en devises. Après un plancher indicatif de 3 %, il reste 1.59 milliard avant les fresh deposits, les besoins opérationnels et les engagements hors bilan. Ce résultat est compatible avec un épuisement de la liquidité libre de plusieurs banques Alpha, mais les données publiques ne permettent pas de l’établir banque par banque.
L’existence de réserves nettes négatives dès 2015 n’est plus une hypothèse : le tableau ajusté issu de l’audit Alvarez & Marsal les évalue à -5,5 milliards de dollars. Les sensibilités présentées pour 2026 restent, elles, des estimations fondées sur les actifs liquides publiés et le traitement des dépôts bancaires auprès de la BDL.
Sources
Banque mondiale, Lebanon Economic Monitor, Summer 2026, A Conflict-Torn Economy.
Banque mondiale, communiqué du 21 août 2026 sur l’économie libanaise.
Administration centrale de la statistique du Liban, indice des prix à la consommation, juillet 2026.
Fonds monétaire international, Lebanon 2016 Article IV Consultation, Country Report No. 17/19.
Fonds monétaire international, Financial System Stability Assessment relatif au Liban, 2017.
Banque du Liban, communiqués et textes relatifs aux circulaires 158 et 166.
Documents budgétaires et communications officielles du gouvernement libanais relatifs aux mesures fiscales et aux rémunérations publiques de 2026.
Toufic Gaspard, Banque du Liban: A Forensic Analysis, American University of Beirut, 2024, tableau 1 fondé sur le rapport Alvarez & Marsal.
FMI, Lebanon: Financial System Stability Assessment, Country Report No. 17/21, 2017.
FMI, Lebanon: 2019 Article IV Consultation, Country Report No. 19/312.
Banque du Liban, actifs et passifs extérieurs de la BDL, bilan consolidé des banques commerciales et crédits documentaires, avril 2026.
Banque du Liban, Quarterly Bulletin 2017-Q1, financement des importations par crédits documentaires en 2016.
Banque du Liban, Intermediate Circular 694, mai 2024, passifs en devises soumis au ratio de 14 %.
Banque du Liban, communiqué relatif aux circulaires 158 et 166, données à fin mars 2026.
BusinessNews, estimations relatives au passage de la TVA de 11 à 12 %, à la taxe sur l’essence et au financement des rémunérations publiques, février 2026.
Annexe chiffrée : tableaux et graphiques
Les tableaux ci-dessous complètent l’analyse. Les contributions à l’IPC sont des approximations de premier ordre obtenues par pondération × variation annuelle ; elles ne constituent pas une décomposition causale officielle.
Tableau 1 — Chiffres macroéconomiques clés
| Indicateur | Valeur | Lecture |
| Inflation Banque mondiale 2026 | 17,5 % | Prévision moyenne annuelle |
| Croissance réelle 2026 | -6,4 % | Récession prévue |
| Croissance réelle 2025 | 4,2 % | Rebond estimé avant le conflit |
| Impact du conflit sur la croissance | -10,4 points | Écart au contrefactuel sans conflit |
| Inflation juillet 2026 | 15,69 % | ACS, variation sur un an |
| Inflation juin 2026 | 17,25 % | ACS, variation sur un an |
| Inflation mai 2026 | 19,04 % | ACS, variation sur un an |
| Excédent budgétaire 2025 | 3,9 % du PIB | Banque mondiale |
Tableau 2 — Principales contributions comptables à l’IPC de juillet
| Poste | Poids IPC | Inflation annuelle | Contribution approx. |
| Transport | 13.1 % | 27.61 % | 3.62 pts |
| Alimentation | 20.0 % | 14.49 % | 2.90 pts |
| Énergie domestique | 11.8 % | 20.76 % | 2.45 pts |
| Éducation | 6.6 % | 35.72 % | 2.36 pts |
| Logement | 13.6 % | 8.87 % | 1.21 pts |
Tableau 3 — Circulaires 158 et 166 : montants documentés
| Indicateur | Montant | Part |
| Paiements cumulés à fin mars 2026 | 6,109 Md USD | 100 % |
| Part cumulée BDL | 4,183 Md USD | 68,46 % |
| Part cumulée banques | 1,926 Md USD | 31,54 % |
| Paiements mars 2026 | 240,4 M USD | 100 % |
| Part banques en mars | 28,36 M USD | 11,80 % |
| Part BDL en mars | 212,04 M USD | 88,20 % |
| Rythme annuel annoncé par la BDL | > 2,5 Md USD | 158 + 166 |
| Bénéficiaires à fin mars 2026 | 578 770 | dont 266 166 comptes spéciaux entièrement remboursés |
Tableau 4 — Érosion historique de la liquidité extérieure des banques
| Date | Liquidité extérieure | Évolution |
| Juin 2011 | ≈ 18,0 Md USD | Pic cité par le FMI |
| Mai 2016 | 10,4 Md USD | -42 % environ par rapport au pic |
| Fin août 2016 | < 8,5 Md USD | -53 % environ par rapport au pic |
Tableau 5 — Décomposition causale indicative des 17,5 %
| Canal | Fourchette indicative | Remarque méthodologique |
| Inflation internationale / prix importés hors choc Liban | 2,5–3,5 pts | Socle externe ; ne pas assimiler mécaniquement à l’IPC américain |
| Énergie et effets de second tour | 2,5–4,0 pts | Chevauchement avec guerre, fret et transport |
| Fret, assurances, ruptures et stocks | 1,5–3,0 pts | Chevauchement avec énergie et guerre |
| Repricing domestique en dollars | 2,0–3,0 pts | Éducation, loyers, services, salaires |
| Dysfonctionnement bancaire et coût du capital | 1,0–2,0 pts | LC, cash collateral, fonds de roulement ; estimation |
| Fiscalité, redevances, prix administrés | 0,7–1,5 pt | TVA, carburants, droits et tarifs |
| Marges, concurrence, interactions | Résiduel | Éviter tout double comptage |
Tableau 6 — Chaîne de transmission d’un bien importé (illustration)
| Étape | Effet potentiel sur le coût |
| Prix international | Inflation mondiale / variation du fournisseur |
| Transport maritime | Fret et prime de risque |
| Assurance | Prime de guerre / risque régional |
| Financement | LC, cash collateral, immobilisation des fonds |
| Port et douanes | Frais, droits et redevances |
| Transport local | Carburant, générateurs, logistique |
| Marge / coût de remplacement | Risque de renouvellement du stock |
| TVA | Taxe appliquée sur une base déjà renchérie |


