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Le président Joseph Aoun a appelé jeudi 27 août les entreprises des Émirats arabes unis à investir au Liban, en recevant au palais de Baabda une importante délégation conduite par le ministre émirati du Commerce extérieur, Thani ben Ahmed Al Zeyoudi. Le chef de l’État a présenté cette visite comme un « message d’espoir » et de confiance dans la stabilité du pays. Al Zeyoudi a de son côté annoncé que les échanges non pétroliers entre les deux pays avaient atteint 4,2 milliards de dollars en 2025, l’un des niveaux les plus élevés des quinze dernières années. Cette visite de deux jours s’accompagne déjà de plusieurs protocoles d’accord et de discussions sur un cadre économique plus large entre Beyrouth et Abou Dhabi.
Joseph Aoun : « Le Liban est votre deuxième pays »
La deuxième journée de la visite économique émiratie au Liban a pris jeudi une dimension politique avec la réception de la délégation par Joseph Aoun au palais présidentiel de Baabda. Le président a accueilli Thani ben Ahmed Al Zeyoudi et les hommes d’affaires et investisseurs qui l’accompagnent, en présence de plusieurs responsables économiques libanais et émiratis.
Joseph Aoun a insisté sur la profondeur des relations entre les deux pays et remercié les Émirats pour leur soutien au Liban. Il a présenté la présence d’une délégation économique de cette importance comme un signe dépassant la seule tenue de rencontres commerciales. Selon lui, elle traduit une confiance dans « la stabilité du Liban et son avenir » et peut ouvrir de nouvelles perspectives de coopération et d’investissement.
Le président a directement invité les entrepreneurs émiratis à engager des projets dans le pays. « Le Liban est votre deuxième pays, nous vous invitons à y investir », leur a-t-il déclaré. Il a mis en avant le capital humain libanais, le dynamisme du secteur privé, la position géographique du pays et l’importance de la diaspora comme principaux avantages susceptibles d’attirer les investisseurs.
Aoun a également remercié le président émirati, Mohammed ben Zayed Al Nahyane, pour son soutien. Il a affirmé que le dirigeant émirati avait répondu favorablement aux demandes libanaises, y voyant une manifestation des liens entre les deux pays et leurs populations.
« Sécurité et investissement sont liés »
Le chef de l’État n’a cependant pas éludé l’un des principaux obstacles auxquels se heurte le retour des capitaux étrangers. « Il ne fait aucun doute que la sécurité et l’investissement sont liés », a-t-il reconnu devant la délégation.
Cette déclaration intervient dans un contexte particulièrement sensible. Les opérations militaires israéliennes se poursuivent dans le sud du Liban, où frappes, tirs d’artillerie et dynamitages ont encore été signalés cette semaine. La situation sécuritaire constitue donc une donnée immédiate pour des investisseurs qui envisageraient des engagements de long terme.
Joseph Aoun a toutefois voulu dissocier l’existence de ces difficultés d’une impossibilité d’investir. Il a estimé qu’une volonté politique et économique suffisante pouvait permettre de les surmonter. « Tant qu’il existe une volonté et une intention sincères, les défis ne constitueront pas un obstacle », a-t-il affirmé.
Son message vise à convaincre les entreprises émiraties que le Liban peut présenter des opportunités avant même l’achèvement de son redressement. Cette approche rejoint celle défendue par plusieurs membres du gouvernement, qui cherchent à faire revenir les investisseurs arabes tout en poursuivant les réformes institutionnelles et économiques.
4,2 milliards de dollars d’échanges non pétroliers
Thani ben Ahmed Al Zeyoudi a apporté un chiffre important à cette séquence : le commerce non pétrolier entre les Émirats arabes unis et le Liban a atteint 4,2 milliards de dollars en 2025. Le ministre a présenté ce résultat comme l’un des niveaux les plus élevés enregistrés au cours des quinze dernières années.
Les données communiquées lors du Forum économique libano-émirati indiquent également une progression annuelle de 35,6 % en 2025. Cette hausse montre que les relations commerciales ont continué à se développer malgré la crise économique libanaise et les tensions qui avaient marqué les rapports entre Beyrouth et plusieurs États du Golfe au cours des années précédentes.
| Indicateur | Donnée |
|---|---|
| Commerce non pétrolier Liban-Émirats en 2025 | 4,2 milliards de dollars |
| Croissance annuelle en 2025 | 35,6 % |
| Taille annoncée initialement de la délégation | 67 dirigeants économiques |
| Participants évoqués lors du forum | plus de 70, jusqu’à environ 90 selon les comptes rendus |
| Protocoles d’accord signés le 26 août | 5 |
| Accords de partenariat économique conclus par les Émirats dans le monde | 38 |
Les variations concernant le nombre de membres de la délégation s’expliquent par les différents périmètres utilisés dans les annonces. Les préparatifs officiels évoquaient initialement 67 grands dirigeants et responsables économiques émiratis. Les comptes rendus du forum organisé mercredi ont ensuite fait état de plus de 70 participants émiratis, certaines informations évoquant environ 90 personnalités en incluant l’ensemble des investisseurs, responsables et membres associés à la mission.
L’importance économique de la visite ne se mesure donc pas uniquement à sa taille. Elle tient surtout au profil des participants et aux secteurs représentés, ainsi qu’aux accords déjà conclus pendant les rencontres de Beyrouth.
Cinq protocoles d’accord signés à Beyrouth
La délégation n’est pas venue uniquement pour une série de rencontres politiques. La première journée de la visite, mercredi 26 août, a débouché sur la signature de cinq protocoles d’accord dans le cadre du Forum économique libano-émirati organisé à Beyrouth.
L’un concerne la création du Conseil d’affaires conjoint libano-émirati, destiné à fournir un cadre permanent aux relations entre les secteurs privés des deux pays. Deux autres accords ont été conclus entre la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Beyrouth et du Mont-Liban et ses homologues d’Abou Dhabi et de Ras al-Khaimah.
Deux protocoles supplémentaires concernent le groupe émirati Elite Agro Holding. L’un porte sur une coopération avec l’Université américaine de Beyrouth dans les domaines de la sécurité alimentaire et de l’agriculture en milieu aride. L’autre associe le groupe à Jarjoura Dakkache & Sons autour des cultures sous serre.
Ces accords restent des protocoles d’entente et ne doivent pas être assimilés à cinq grands investissements déjà financés et engagés. Ils constituent néanmoins des instruments permettant aux entreprises et institutions concernées de transformer les discussions en projets précis.
Les infrastructures et la numérisation ont également figuré parmi les secteurs discutés. Aucun accord spécifique n’avait toutefois été annoncé sur ces deux domaines à l’issue de la première journée.
Al Zeyoudi veut renforcer le lien logistique et technologique
Devant Joseph Aoun, Thani Al Zeyoudi a qualifié les rencontres avec les entreprises et investisseurs libanais d’« excellentes ». Selon lui, elles ont permis à la délégation d’identifier plus précisément les opportunités disponibles dans différents secteurs de l’économie libanaise.
Le ministre a particulièrement insisté sur le potentiel logistique. Il estime que les entreprises émiraties présentes à Beyrouth peuvent contribuer à renforcer les connexions entre le Liban, les Émirats et des sociétés actives sur d’autres marchés internationaux. Le secteur technologique figure parmi les domaines qu’il considère comme prometteurs.
Cette orientation correspond à la stratégie commerciale internationale d’Abou Dhabi. Les Émirats ont fortement développé leur réseau d’accords de partenariat économique au cours des dernières années. Leur programme compte désormais 38 accords de partenariat économique global, destinés à faciliter l’accès aux marchés et à réduire les barrières commerciales.
Al Zeyoudi a ainsi présenté les Émirats non seulement comme une source potentielle de capitaux, mais également comme une plateforme permettant aux entreprises libanaises d’accéder à un réseau commercial beaucoup plus vaste.
Les compétences libanaises mises en avant
Le ministre émirati a aussi insisté sur le rôle joué par les Libanais dans l’économie des Émirats. Il a salué leurs compétences et leur contribution au développement des entreprises et institutions émiraties, notamment dans la conception de stratégies et la gestion de projets.
Cette présence de la diaspora constitue l’un des principaux liens économiques entre les deux pays. Les autorités libanaises cherchent désormais à utiliser ce capital humain comme un relais susceptible de faciliter le retour des investissements vers le Liban.
Al Zeyoudi a présenté la visite de sa délégation comme une forme de reconnaissance de cette contribution. « Notre présence est une preuve de l’amour des Émirats pour le Liban », a-t-il déclaré, évoquant également une volonté de rendre une partie de ce que les Libanais ont apporté au développement de son pays.
Le ministre a transmis à Joseph Aoun les salutations du président Mohammed ben Zayed Al Nahyane, du vice-président et premier ministre Mohammed ben Rachid Al Maktoum ainsi que de Mansour ben Zayed Al Nahyane, vice-président et vice-premier ministre.
La levée de l’interdiction de voyager comme premier signal
Le rapprochement économique actuel a été précédé par une décision politique importante : la levée de l’interdiction qui empêchait les citoyens émiratis de se rendre au Liban. Al Zeyoudi a souligné jeudi l’effet positif de cette mesure sur les relations bilatérales.
Cette décision facilite directement le tourisme, les voyages d’affaires et les contacts entre investisseurs. Elle possède aussi une portée symbolique, puisqu’elle traduit une amélioration de l’évaluation émiratie de la situation libanaise après plusieurs années de prudence.
En juillet, l’ambassadeur émirati au Liban, Fahad Salem Saeed Al Kaabi, avait déjà évoqué avec Joseph Aoun le renforcement des relations bilatérales. Le président libanais avait alors remercié Abou Dhabi d’avoir autorisé ses ressortissants à revenir au Liban.
Le mouvement actuel ne débute donc pas avec la seule délégation des 26 et 27 août. Celle-ci représente plutôt une accélération et une concrétisation économique d’un rapprochement engagé progressivement au cours des mois précédents.
Vers un accord économique plus large
L’un des développements potentiellement les plus importants concerne la volonté d’aller au-delà des protocoles sectoriels. Thani Al Zeyoudi a évoqué la nécessité de commencer à travailler sur un accord économique global susceptible de servir de cadre aux relations bilatérales.
Le ministre libanais de l’Économie et du Commerce, Amer Bisat, a également mis l’accent sur cette perspective. Présent lors de la rencontre à Baabda, il a expliqué que les discussions avaient porté sur la création d’un cadre d’investissement plus large et indiqué que le travail se poursuivrait après la visite.
À ce stade, il ne s’agit donc pas d’un accord déjà conclu. Les deux parties explorent la forme que pourrait prendre un cadre économique renforcé. Les prochaines étapes devront préciser son périmètre, les secteurs concernés et les éventuelles mesures commerciales ou réglementaires qui l’accompagneraient.
Pour le Liban, un tel dispositif pourrait offrir davantage de visibilité aux investisseurs émiratis. Pour Abou Dhabi, il permettrait d’intégrer plus étroitement le marché libanais à son réseau régional et international de partenariats.
Le secteur privé placé au centre du rapprochement
Les deux gouvernements accordent un rôle central au secteur privé. Al Zeyoudi a estimé que celui-ci devait constituer le principal moteur de la mise en œuvre des projets et la « couverture générale » des relations économiques avec les différentes parties libanaises.
Cette orientation permet de distinguer la visite actuelle des aides financières directes que les pays du Golfe ont pu apporter au Liban lors de périodes antérieures. Le discours porte cette fois davantage sur l’investissement, les partenariats, les entreprises et la création de projets économiquement viables.
Pour Beyrouth, cette évolution représente à la fois une opportunité et une exigence. Attirer des capitaux privés suppose de proposer des projets rentables, mais aussi un environnement réglementaire, bancaire, judiciaire et sécuritaire suffisamment prévisible.
La présence à Baabda du ministre chargé de la Technologie et de l’Intelligence artificielle, Kamal Shehadi, aux côtés d’Amer Bisat, illustre également la volonté libanaise d’élargir les discussions au-delà des secteurs économiques traditionnels.
Un signal politique, mais les investissements restent à concrétiser
La visite constitue incontestablement un signal de rapprochement entre Beyrouth et Abou Dhabi. Elle rassemble une délégation économique importante, intervient après la levée des restrictions de voyage et a déjà produit cinq protocoles d’accord. Le niveau des échanges commerciaux fournit en outre une base réelle à cette relation, avec 4,2 milliards de dollars de commerce non pétrolier en 2025.
Il serait néanmoins prématuré de présenter cette séquence comme un retour massif et déjà acquis des investissements émiratis. Les protocoles doivent encore être traduits en réalisations et le projet d’un cadre économique global reste à élaborer. La situation sécuritaire, que Joseph Aoun a lui-même reliée à l’investissement, demeure également un facteur déterminant.
C’est précisément sur ce point que le discours présidentiel prend son sens. Aoun ne nie pas les risques qui pèsent sur le Liban, mais cherche à convaincre les investisseurs qu’ils ne rendent pas toute initiative impossible. Son appel aux entreprises émiraties repose sur l’idée que le redressement économique peut commencer avant que tous les problèmes politiques et sécuritaires soient réglés.
La délégation doit achever jeudi sa visite de deux jours après les rencontres politiques et économiques engagées à Beyrouth. Le prochain indicateur sera désormais moins le nombre de responsables présents que la transformation des cinq protocoles signés, des discussions sectorielles et du projet de partenariat économique en investissements effectivement engagés au Liban.


