Le Golfe connaît depuis le 8 septembre une brusque montée des tensions qui combine affrontements directs entre les États-Unis et l’Iran, attaques contre des pétroliers, incidents au large des Émirats arabes unis et offensive houthie contre plusieurs villes d’Arabie saoudite. Dans la nuit de mardi à mercredi, des navires marchands ont été touchés dans le nord du Golfe et dans le golfe d’Oman, tandis que Téhéran affirmait avoir frappé des bâtiments américains et plusieurs pétroliers. Washington avait quelques heures plus tôt détruit cinq tankers iraniens. Cette séquence, la plus importante sur mer depuis plusieurs mois, menace désormais simultanément le détroit d’Ormuz, les installations énergétiques saoudiennes et la navigation autour de Bab el-Mandeb.
Cinq pétroliers iraniens frappés par les États-Unis
Le principal changement intervenu ces dernières heures tient à l’ampleur des opérations américaines contre la flotte pétrolière iranienne. Mardi 8 septembre, le Commandement central américain a annoncé avoir détruit cinq pétroliers iraniens dans le golfe d’Oman et à proximité de l’île de Kharg, principal centre d’exportation pétrolière de l’Iran.
Les navires visés ont été identifiés comme le Kivik, le Charminar, le Horizon 1, le Riesco et le Derya. Selon Washington, leurs équipages ont reçu l’ordre d’abandonner les bâtiments avant les frappes. Les autorités américaines n’ont pas annoncé de victimes parmi les marins.
L’un des pétroliers a été touché près de Jask, sur la côte iranienne du golfe d’Oman. Un autre a été frappé à environ quatre milles nautiques de l’île de Kharg. Des images diffusées par l’armée américaine montrent au moins un navire en feu et fortement endommagé.
Washington présente ces attaques comme une riposte à deux tentatives iraniennes contre un bâtiment de guerre américain au cours des deux jours précédents. Les Gardiens de la révolution auraient utilisé des missiles balistiques. Le navire américain aurait évité les projectiles et aucun militaire américain n’aurait été blessé.
Cette stratégie marque une extension notable des représailles. Les États-Unis ne frappent plus seulement des infrastructures militaires iraniennes. Ils ciblent désormais directement des navires transportant du pétrole, une ressource essentielle au financement de l’État iranien.
L’Iran affirme avoir attaqué dix navires
La réponse iranienne est intervenue rapidement. Mercredi 9 septembre, les Gardiens de la révolution ont affirmé avoir frappé deux bâtiments américains et huit pétroliers dans le Golfe et autour du détroit d’Ormuz.
Téhéran assure que ces navires avaient tenté de pénétrer dans une zone qu’il considère comme « interdite et dangereuse ». L’Iran affirme maintenir une surveillance étroite du détroit et estime pouvoir décider des conditions de passage dans certains secteurs.
La réalité exacte des dommages reste cependant difficile à établir. Les États-Unis ont contesté certaines affirmations iraniennes concernant les bâtiments de guerre américains. Plusieurs informations sur les attaques contre les pétroliers n’ont pas encore pu être vérifiées indépendamment.
Un organisme britannique chargé de la sécurité maritime a néanmoins confirmé mercredi que plusieurs navires marchands avaient été touchés par des tirs suffisamment importants pour les immobiliser dans le nord du Golfe et dans le golfe d’Oman. Aucun bilan humain ou environnemental n’était encore disponible au moment de la rédaction.
Il s’agit d’un élément important, car il confirme que les échanges de tirs ne concernent plus uniquement des annonces militaires contradictoires. Des navires commerciaux ont effectivement subi des dommages au milieu de l’activité militaire.
Un navire touché à proximité de Dubaï
Un autre incident a été signalé mercredi au large des Émirats arabes unis. Un bâtiment au mouillage a été aperçu avec une forte inclinaison environ 24 milles nautiques au nord-ouest de Port Rashid, à Dubaï.
Selon les premières informations transmises aux autorités maritimes britanniques, le navire pourrait avoir été touché par un projectile. L’inclinaison observée suggère une entrée d’eau à bord.
L’identité du bâtiment n’avait pas encore été rendue publique dans les premières informations disponibles. Il n’était pas davantage possible de déterminer immédiatement l’origine du projectile ou de relier formellement cette attaque aux opérations revendiquées par l’Iran.
L’incident est toutefois particulièrement sensible par sa localisation. Port Rashid se trouve à proximité immédiate de Dubaï, l’un des principaux centres portuaires et commerciaux du Golfe. Une multiplication d’attaques dans cette zone ferait directement peser un risque sur les routes maritimes desservant les Émirats arabes unis.
Pour Abou Dhabi, le danger ne tient donc plus seulement à la fermeture partielle d’Ormuz. Il concerne désormais des incidents militaires susceptibles de se produire beaucoup plus près des ports émiratis.
Le Koweït et Bahreïn directement menacés
La confrontation s’est également rapprochée du Koweït et de Bahreïn. Les Gardiens de la révolution ont adressé mercredi une menace explicite aux équipages de pétroliers se trouvant à proximité des ports de ces deux pays.
Téhéran leur a demandé de quitter immédiatement leurs navires, qu’ils soient au mouillage ou à quai. L’Iran a prévenu que ces bâtiments pourraient être pris pour cible.
La justification avancée par les responsables iraniens tient à la présence militaire américaine dans le Golfe. Bahreïn accueille notamment le quartier général de la Ve flotte américaine, tandis que le Koweït abrite des forces et des installations utilisées par Washington.
Aucune attaque majeure contre les ports koweïtiens ou bahreïnis n’avait encore été confirmée mercredi au moment de la rédaction. La menace modifie néanmoins le niveau de risque pour les navires présents dans ces eaux.
Elle pose aussi un problème économique immédiat. Un équipage qui abandonne un pétrolier au mouillage rend impossible son chargement ou son départ. Même sans frappe, une menace crédible peut donc perturber les exportations.
Ormuz devient à nouveau le principal point de tension
Le détroit d’Ormuz se trouve au centre de cette nouvelle phase du conflit. Avant la guerre, environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde transitait par ce passage de quelques dizaines de kilomètres entre l’Iran et Oman.
Le trafic s’est fortement réduit depuis le début de la confrontation. Mardi, seulement six navires transportant des matières premières ont franchi le détroit, contre neuf la veille. La moyenne des dix jours précédents se situait autour de douze passages par jour pour cette catégorie de bâtiments.
Avant la crise, environ 125 navires commerciaux de différents types pouvaient quotidiennement emprunter la zone. La comparaison montre l’ampleur du changement, même si certaines statistiques actuelles sont difficiles à interpréter en raison de navires qui coupent leurs systèmes de localisation.
Les données concernant les volumes pétroliers sont elles aussi devenues très incertaines. Certaines estimations placent désormais les flux quotidiens entre environ 4 et 9 millions de barils, alors qu’ils pouvaient dépasser 20 millions avant la guerre.
Cette baisse entraîne une modification profonde du commerce énergétique. Les producteurs du Golfe tentent d’utiliser davantage les oléoducs permettant de contourner Ormuz, mais leurs capacités restent limitées par rapport aux volumes normalement exportés par voie maritime.
L’Iran capture un drone sous-marin américain
Le bras de fer maritime a également pris une dimension technologique. Mardi 8 septembre, l’Iran a annoncé avoir récupéré un drone sous-marin américain à l’entrée du détroit d’Ormuz.
Le matériel a été identifié comme un appareil autonome de type Dive-LD. Ce véhicule sous-marin sans équipage peut être utilisé pour la cartographie des fonds marins, la surveillance ou les opérations liées aux mines.
Téhéran a présenté la récupération du drone comme une opération de renseignement. Washington a reconnu avoir perdu l’appareil, mais affirme qu’il s’agissait d’un modèle ancien ayant subi une panne.
Les responsables américains assurent que le drone ne transportait ni données secrètes ni équipements classifiés sensibles. L’appareil était, selon eux, hors service depuis plus d’une journée lorsqu’il a été récupéré.
L’incident montre néanmoins l’intensité des opérations sous-marines actuellement menées autour d’Ormuz. Les mines navales constituent l’une des principales préoccupations pour les forces américaines et les armateurs qui continuent d’utiliser le détroit.
L’Arabie saoudite frappée dans quatre villes
Alors que la tension monte à l’est de la péninsule Arabique, l’Arabie saoudite fait simultanément face à une importante offensive venue du Yémen. Mardi 8 septembre, les Houthis ont lancé une vague de drones et de missiles contre Abha, Khamis Mushait, Jazan et Najran, dans le sud du royaume.
Le bilan communiqué par la coalition conduite par Riyad fait état de 73 blessés, dont des femmes et des enfants. Les attaques ont touché des infrastructures civiles, militaires et énergétiques.
Les Houthis affirment avoir visé une base aérienne à Khamis Mushait ainsi que plusieurs installations liées au groupe pétrolier Saudi Aramco. Des infrastructures situées à Abha, Najran et Jazan figuraient parmi les objectifs revendiqués.
Des incendies ont éclaté sur plusieurs sites. Les autorités saoudiennes ont reconnu que certaines installations énergétiques avaient dû interrompre temporairement leurs activités pendant les opérations de lutte contre les incendies et d’évaluation des dommages.
Il s’agit de l’une des attaques les plus importantes contre le territoire saoudien depuis le déclenchement de la guerre régionale en février.
La raffinerie de Jazan particulièrement exposée
Jazan représente un objectif particulièrement sensible. La ville abrite une importante raffinerie de Saudi Aramco ainsi que des installations portuaires et électriques stratégiques sur la mer Rouge.
La raffinerie est conçue pour traiter jusqu’à 400 000 barils de pétrole par jour. Des incendies importants ont été signalés après les attaques houthies, et certaines opérations auraient été interrompues.
Cette infrastructure permet à l’Arabie saoudite de produire de l’essence, du diesel à très faible teneur en soufre et d’autres produits raffinés. Elle joue également un rôle dans l’approvisionnement du marché intérieur.
L’importance de Jazan a encore augmenté depuis les perturbations d’Ormuz. Le royaume utilise ses infrastructures occidentales et la mer Rouge pour réduire sa dépendance aux exportations passant par le Golfe.
En frappant Jazan, les Houthis visent donc précisément l’une des voies utilisées par Riyad pour contourner les difficultés dans le détroit d’Ormuz.
Khamis Mushait placé en état d’alerte
Khamis Mushait a également été placé en état d’alerte après les attaques. La ville accueille une importante base aérienne saoudienne utilisée par les forces du royaume.
La défense civile a levé l’alerte mercredi, soit un jour après les frappes. Les autorités n’ont pas précisé si cette mesure répondait à une nouvelle menace spécifique ou constituait simplement une précaution.
Les Houthis affirment avoir visé la base aérienne de Khamis Mushait avec des missiles et des drones. L’étendue des dégâts éventuels n’a pas été rendue publique.
La coalition saoudienne a qualifié les attaques de « dangereuse escalade ». Elle a annoncé qu’elle prendrait les mesures nécessaires pour empêcher de nouvelles opérations contre le territoire du royaume.
Le conflit au Yémen repart lui aussi
Les attaques contre l’Arabie saoudite s’inscrivent dans une reprise beaucoup plus large des combats au Yémen. Après plusieurs années de relative accalmie depuis la trêve négociée en 2022, les affrontements se sont intensifiés au cours des dernières semaines.
Les forces yéménites soutenues par Riyad ont lancé plusieurs offensives contre les zones tenues par les Houthis. Ces derniers ont également tenté de progresser dans certaines régions.
La coalition arabe a repris des frappes aériennes sur des positions houthies. Les rebelles ont affirmé mercredi que 32 frappes avaient visé quatre provinces du Yémen.
La province d’al-Jawf a subi plusieurs bombardements. Les autorités contrôlées par les Houthis affirment que plus de vingt personnes y ont été tuées au cours des deux derniers jours, mais ce bilan n’a pas été confirmé indépendamment.
Une prison située dans la région d’al-Hazm a également été frappée. Le bilan annoncé mercredi faisait état de 23 morts, avec plusieurs personnes encore portées disparues.
Cette reprise des opérations terrestres et aériennes augmente le risque d’un retour à une guerre ouverte entre l’Arabie saoudite et les Houthis.
Bab el-Mandeb devient le deuxième verrou maritime
La crise touche ainsi les deux extrémités de la péninsule Arabique. À l’est, Ormuz est soumis à la confrontation entre l’Iran et les États-Unis. À l’ouest, les Houthis menacent la navigation dans la mer Rouge et autour de Bab el-Mandeb.
Le mouvement yéménite avait annoncé en juillet un blocus maritime visant l’Arabie saoudite. Depuis, plusieurs navires associés au royaume ont été pris pour cible dans la mer Rouge.
Mardi, environ 25 navires ont franchi Bab el-Mandeb, contre une moyenne d’environ 27 au cours des dix jours précédents. Le trafic y reste donc moins perturbé qu’à Ormuz, mais le niveau de risque augmente rapidement.
Bab el-Mandeb constitue l’accès sud à la mer Rouge et au canal de Suez. Une perturbation durable de cette route forcerait davantage de navires à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, allongeant les trajets entre l’Asie et l’Europe.
La menace simultanée sur Ormuz et Bab el-Mandeb constitue le scénario le plus préoccupant pour le commerce mondial. Les deux passages assurent une part considérable des flux pétroliers et du transport de marchandises entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe.
Le pétrole repasse au-dessus de 100 dollars
Les marchés ont immédiatement réagi. Mercredi, le baril de Brent a franchi la barre des 100 dollars, un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis juillet.
La hausse intervient après plusieurs semaines durant lesquelles les marchés avaient commencé à intégrer une relative accalmie entre Washington et Téhéran. Les nouvelles attaques ont brutalement remis en avant le risque d’une rupture prolongée des approvisionnements.
Le Brent a progressé de plus de 60 % depuis le début de l’année. Plusieurs banques internationales ont revu leurs prévisions à la hausse, estimant que les risques restent orientés vers une augmentation des prix.
Le problème ne tient pas uniquement à la quantité de pétrole actuellement disponible. Les assureurs appliquent des primes de risque plus importantes aux navires souhaitant entrer dans les zones exposées.
Le coût du fret augmente également. Les compagnies doivent rémunérer davantage les équipages, modifier les routes ou immobiliser certains bâtiments lorsque le niveau de menace devient trop élevé.
Les Émirats, le Qatar et les marchés du Golfe sous pression
Les places financières régionales reflètent cette incertitude sans toutefois connaître de mouvement de panique généralisé. Mercredi, les principaux indices du Golfe évoluaient de manière contrastée.
La Bourse de Dubaï reculait d’environ 0,5 %, tandis que celle d’Abou Dhabi progressait légèrement. Le marché qatari enregistrait une petite baisse et l’indice saoudien restait proche de l’équilibre.
Cette relative résistance ne doit pas masquer l’ampleur des risques. Les économies des Émirats, du Qatar, de l’Arabie saoudite, du Koweït et de Bahreïn dépendent fortement de la sécurité des routes maritimes régionales.
Le Qatar est particulièrement exposé à Ormuz pour ses exportations de gaz naturel liquéfié. Les Émirats disposent d’un oléoduc permettant d’acheminer une partie de leur pétrole vers Foujeirah, sur le golfe d’Oman, mais cette solution ne protège pas l’ensemble de leur commerce maritime.
L’Arabie saoudite possède pour sa part un oléoduc Est-Ouest reliant les champs pétroliers de l’est du royaume à la mer Rouge. Les attaques houthies contre Jazan montrent cependant que cette alternative est elle aussi vulnérable.
Une escalade désormais répartie sur plusieurs fronts
La particularité des événements des 8 et 9 septembre tient à leur simultanéité. Il ne s’agit plus d’un incident isolé dans le détroit d’Ormuz ou d’une attaque ponctuelle contre une installation saoudienne.
Les États-Unis frappent des pétroliers iraniens. L’Iran revendique des attaques contre des bâtiments américains et des navires commerciaux. Des navires marchands ont effectivement été endommagés dans le Golfe et le golfe d’Oman.
Un autre bâtiment aurait été touché à proximité de Dubaï. Le Koweït et Bahreïn font l’objet de menaces explicites contre les navires se trouvant dans leurs ports.
Dans le même temps, les Houthis frappent l’Arabie saoudite avec des drones et des missiles. Riyad répond au Yémen, où les combats terrestres et les frappes aériennes reprennent.
La région se retrouve donc confrontée à deux grands axes de confrontation : Iran–États-Unis autour d’Ormuz, et Houthis–Arabie saoudite autour du Yémen et de la mer Rouge. Ces deux fronts sont liés politiquement et militairement, mais ils disposent de dynamiques propres.
L’enjeu immédiat sera de savoir si les menaces iraniennes contre les pétroliers présents au Koweït et à Bahreïn se traduisent par de nouvelles attaques. Les autorités maritimes surveillent également le navire touché au large de Dubaï et les bâtiments immobilisés dans le Golfe, alors que le trafic à Ormuz reste très inférieur aux niveaux observés avant le conflit.



