L’école publique de Mansouri, dans le caza de Tyr au Liban-Sud, se trouve directement menacée après une nouvelle opération israélienne mercredi 9 septembre. Une petite aéronef télépiloté israélien a déposé des matières explosives sur le toit de l’établissement, selon plusieurs médias libanais, avant qu’une forte explosion ne soit signalée à proximité. L’incident intervient à quelques jours de la rentrée scolaire prévue le 15 septembre et dans une localité soumise depuis plusieurs semaines à des évacuations, frappes et destructions. Cette école mixte accueillait 336 élèves selon les données du Centre de recherche et de développement pédagogiques (CRDP).
Des explosifs déposés sur l’école publique de Mansouri
L’alerte est survenue dans la matinée de mercredi. Plusieurs médias libanais ont rapporté qu’une petite aéronef télépiloté israélien avait déposé des matières explosives directement sur le toit de l’école publique intermédiaire de Mansouri. Des images de l’opération ont également circulé.
Les premiers comptes rendus ont présenté cette opération comme une préparation à la destruction de l’établissement. Cette intention n’a toutefois pas été confirmée officiellement par l’armée israélienne dans les informations disponibles au moment de la rédaction. Il convient donc de distinguer le fait observé — le dépôt de matières explosives sur le bâtiment — de l’interprétation selon laquelle celui-ci annoncerait sa démolition.
Peu après, une importante explosion a été signalée près de l’école. Les premières informations disponibles ne permettaient pas encore d’établir précisément l’étendue des dommages subis par le bâtiment ni de confirmer sa destruction.
Aucune présence d’élèves n’a été signalée dans l’établissement au moment de l’incident. La rentrée scolaire publique doit commencer le 15 septembre, alors que la situation sécuritaire continue de perturber profondément l’enseignement dans le sud du pays.
Une école de 336 élèves au cœur de la menace
L’établissement concerné n’est pas une structure marginale. Le répertoire officiel du CRDP identifie l’école de Mansouri comme une école publique intermédiaire mixte relevant de la circonscription éducative de Tyr.
Les données disponibles dans ce répertoire font état de 336 élèves répartis dans 12 classes. L’établissement comprend trois classes de maternelle, six classes correspondant aux premier et deuxième cycles et trois classes du troisième cycle.
Les mêmes données recensent 87 enfants en maternelle, 160 élèves dans les deux premiers cycles et 89 dans le troisième. L’école fonctionne le matin et utilise l’anglais comme première langue étrangère.
Son personnel comprend, selon cette fiche, 11 enseignants ou personnels administratifs titulaires et 16 contractuels. Vingt-et-un membres de l’équipe éducative disposent d’un diplôme universitaire.
La menace qui pèse sur le bâtiment concerne donc directement une infrastructure essentielle pour les familles de Mansouri. Dans une localité où les déplacements de population se sont multipliés, la disparition de l’école compliquerait encore davantage la possibilité d’un retour durable des habitants.
Mansouri avait déjà reçu un ordre d’évacuation
L’incident de mercredi ne constitue pas un événement isolé pour Mansouri. Cette localité côtière située au sud de Tyr subit une pression militaire israélienne particulièrement forte depuis plusieurs semaines.
Le 5 août, l’armée israélienne avait ordonné aux habitants d’évacuer immédiatement le village. Elle leur demandait de se déplacer vers le nord et de s’éloigner d’au moins un kilomètre en direction de zones ouvertes.
Israël avait alors justifié cet avertissement par des violations du cessez-le-feu qu’il attribuait au Hezbollah. L’ordre avait été suivi de bombardements et avait provoqué un nouveau déplacement de la population, alors que certains habitants étaient revenus dans leurs maisons après une période d’accalmie.
Mansouri avait déjà été visée avant cet ordre. Le 26 juin, quelques jours après l’annonce du cessez-le-feu, un drone israélien avait largué des tracts au-dessus de la localité avertissant les habitants que le secteur était menacé.
Les opérations se sont ensuite poursuivies pendant l’été. Frappes, tirs d’artillerie et destructions ont été signalés à plusieurs reprises dans la localité et ses environs.
Cette succession d’événements donne une dimension particulière à la menace pesant désormais sur l’école. Un établissement scolaire n’est pas seulement indispensable à l’enseignement : dans les villages du Sud, sa capacité à fonctionner conditionne aussi le retour des familles.
Une école déjà endeuillée en novembre 2025
L’école publique de Mansouri avait déjà été directement touchée par les conséquences du conflit. Le 17 novembre 2025, le ministère libanais de l’Éducation avait annoncé la mort de son directeur, Mohammad Choueikh.
Selon le ministère, son véhicule avait été visé par un projectile tiré depuis un drone israélien. La ministre de l’Éducation, Rima Karami, avait alors appelé à protéger les écoles, les enseignants et les élèves des opérations militaires.
Cet épisode avait placé l’établissement au centre des inquiétudes concernant la sécurité des structures éducatives du Liban-Sud. Moins de dix mois plus tard, c’est désormais le bâtiment scolaire lui-même qui est menacé.
L’école avait d’ailleurs fait l’objet d’investissements publics avant cette nouvelle phase de destruction. Les registres de l’Autorité libanaise des marchés publics font apparaître des travaux de rénovation concernant spécifiquement l’école intermédiaire publique mixte de Mansouri.
Deux montants figurent dans ces données pour 2025. Un premier marché atteignait environ 6,19 milliards de livres libanaises, tandis qu’un second montant s’élevait à environ 1,54 milliard de livres.
Au total, les montants enregistrés représentent près de 7,73 milliards de livres libanaises. Ces dépenses illustrent le coût supplémentaire que représenterait une destruction du bâtiment : au préjudice éducatif s’ajouterait la perte d’investissements publics récemment consacrés à sa remise en état.
L’incident survient le jour consacré à la protection de l’éducation
La date de l’incident renforce sa portée. Le 9 septembre correspond à la Journée internationale pour la protection de l’éducation contre les attaques, instaurée par les Nations unies pour attirer l’attention sur les conséquences des conflits armés pour les élèves, les enseignants et les établissements.
Mercredi matin, la ministre libanaise de l’Éducation, Rima Karami, a précisément publié un message à cette occasion. Elle a rappelé que l’éducation ne devait pas devenir une cible de guerre et a demandé la protection des écoles, des enseignants et des élèves.
La ministre a également insisté sur la nécessité de garantir un accès sûr à l’enseignement. Elle a souligné que cette responsabilité ne relevait pas seulement de son ministère, mais aussi de l’État libanais et de la communauté internationale.
Son message intervient dans une situation particulièrement difficile pour l’école publique au Liban-Sud. Les destructions, déplacements de population et transformations d’établissements en centres d’hébergement compliquent la préparation de l’année scolaire 2026-2027.
Selon les données communiquées début septembre par le ministère de l’Éducation et les organisations internationales, 50 écoles publiques ont été détruites ou gravement endommagées depuis la reprise de la guerre. Plus de 200 autres établissements ont subi des dommages modérés ou légers.
Au moins 100 000 enfants menacés dans leur scolarité
La situation dépasse largement le cas de Mansouri, même si l’incident de mercredi illustre directement la vulnérabilité des infrastructures éducatives du Sud. Les Nations unies estiment que les conséquences du conflit pourraient perturber la rentrée d’au moins 100 000 enfants.
Environ 80 écoles publiques servaient encore récemment de centres d’hébergement pour des familles déplacées. Une partie devrait pouvoir reprendre sa fonction scolaire, tandis que d’autres restent confrontées à la présence de déplacés ou aux dommages provoqués par les combats.
Plus de 340 000 personnes demeuraient déplacées début septembre dans le sud du Liban et d’autres régions affectées par le conflit. Certaines ne peuvent pas regagner leur village parce que leurs maisons sont détruites ou parce que leur localité reste exposée aux opérations militaires.
Pour les enfants concernés, les interruptions s’accumulent. Plusieurs ont déjà connu des périodes prolongées sans enseignement normal depuis le début des affrontements à la frontière en 2023, puis durant les différentes phases de guerre qui ont suivi.
La ministre Rima Karami cherche à maintenir l’enseignement présentiel partout où les conditions de sécurité le permettent. Dans les zones où les écoles ne peuvent pas fonctionner, le ministère prévoit de recourir à l’enseignement à distance ou à des solutions temporaires.
Une semaine avant l’incident de Mansouri, la ministre avait effectué une tournée dans le Sud pour évaluer l’état des établissements. Elle avait notamment annoncé que le ministère travaillait à l’installation de classes préfabriquées dans les localités où les bâtiments scolaires avaient été détruits.
Une rentrée prévue le 15 septembre sous forte incertitude
L’incident de Mansouri intervient seulement six jours avant la date prévue pour la rentrée. Cette proximité transforme la menace contre le bâtiment en problème immédiat pour les élèves, les enseignants et leurs familles.
Si l’établissement devait être gravement endommagé ou détruit, le ministère devrait trouver une solution de remplacement pour plusieurs centaines d’élèves. Le transfert vers une autre école, l’installation de classes temporaires ou l’enseignement à distance figurent parmi les solutions déjà utilisées dans les régions touchées.
La situation sécuritaire rend toutefois ces dispositifs difficiles à organiser. Une école de substitution doit elle-même être accessible et située dans une zone suffisamment sûre pour accueillir quotidiennement les enfants.
Le problème concerne aussi les enseignants. Les déplacements de population ont éloigné une partie du personnel éducatif de son lieu de travail et rendent parfois les trajets vers les établissements du Sud difficiles ou dangereux.
Mansouri cumule désormais plusieurs obstacles : déplacements répétés de ses habitants, opérations militaires, dommages matériels et menace directe contre son école publique. Ces facteurs compromettent la reprise d’une vie quotidienne normale, même lorsque les combats diminuent temporairement.
La destruction des écoles, un précédent déjà observé au Sud
La crainte concernant Mansouri est renforcée par des précédents récents. Le 12 août, l’armée libanaise avait annoncé la destruction par les forces israéliennes de plusieurs infrastructures civiles à Zawtar al-Charqiyé, dans le gouvernorat de Nabatiyeh.
Selon le commandement de l’armée, les destructions avaient notamment touché l’école publique, un dispensaire, une crèche et plusieurs habitations. L’institution militaire avait dénoncé une politique empêchant le rétablissement de la stabilité et le retour des habitants.
Ce précédent explique pourquoi le dépôt de matières explosives sur le toit de l’école de Mansouri suscite immédiatement la crainte d’une démolition. Il ne permet cependant pas, à lui seul, d’affirmer que le bâtiment connaîtra le même sort.
L’état exact de l’école constitue donc l’élément central à surveiller dans les prochaines heures. Après l’explosion signalée mercredi près de l’établissement, les autorités devront déterminer les dommages subis et surtout établir si le bâtiment peut encore accueillir ses élèves à la rentrée du 15 septembre.


